E ■ A RESPIRER
PRItSONNES CAPACITÉ DU DORTOIR LARGEUR HAUTEUR PAR PERSONNE
f) toises 2 pieds pouces C) t. ^ p. 0 p.
toises cubes 1/9
« A l’extrémité de chaque dortoir est un lieu d’aisance avec une seule lunette...
« A l’ouverture de cette lunette est un boisseau en cuivre ; son couvercle est de pareil métal, il s’adapte juste à l’ouverture par le moyen d’une feuillure.
« La lingerie «est remarquable... On trouve ici un réservoir de cent muids d’eau, rempli par la pompe à feu de Chaillot. » Lorsque la Convention fit changer l’aménagement de cet hospice pour en faire un hôpital de malades, il put assez bien remplir sa nouvelle destination. Les descriptions du temps en font l’éloge. Dulaure note « la salubrité et la propreté qui y régnent. Il est bien aéré; les bâtiments où sont les salles des malades sont placées entre cour et jardin (1). » L’établissement fut ouvert comme hôpital général, c’està-dire qu’il devait recevoir toutes les maladies médicales et chirurgicales, excepté celles de la peau et les vénériennes qui sont soignées dans les hôpitaux spéciaux. 11 a toujours conservé depuis sa destination générale.
(1) Loc. cit.
Les salles, à une seule rangée de lits faisant face aux fenêtres, étaient d’une habitation fort agréable. En particulier, celles du pavillon de l’horloge qui furent longtemps réservées aux convalescents étaient, par l’abondante lumière qu’elles recevaient, la vue des jardins et la terrasse qui les desservait, un séjour d’un confortable tout à fait exceptionnel.
Cependant, les bâtiments latéraux n’avaient de fenêtres que d’un seul côté et, qui plus est, sur la cour, disposition qui empêchait leur aération instantanée par des courants d’air. Au deuxième étage, bien que les salles soient faites pour contenir le même nombre de personnes que celles du premier, le cubage n’est pas le même, à cause de la moindre élévation des plafonds. Enfin les combles étaient sacrifiés et ne recevaient la lumière que par d’étroites lucarnes.
« Les malades sont couchés (1) dans des lits garnis de rideaux, excepté ceux de la salle des hommes au troisième étage; mais ces lits n’ont point le ciel couvert, afin que l’air circule librement. Toutes les salles ont leurs buffets, une fontaine en cuivre étamé et sa cuvette. La chaleur est distribuée du premier au second par des récipients et des tuyaux de chaleur : on s’y est plaint quelquefois de ce qu’elle n’était pas assez forte. En général les malades, surtout ceux de la classe qu’on reçoit dans les hôpitaux, voudraient étouffer de chaleur dans un air qui ne fut jamais renouvelé. C’est aux physiciens, qui connaissent le danger de respirer un air méphitique et sans ressort, à combattre sur ce point et à vaincre les préjugés du peuple.
(1) Rapport au Conseil général des hospices, an XI.
«... La mortalité a élé : dans l’an IX, de 1 sur 7 1/2, dans l’an X, de 1 sur 7, dans les six premiers mois de l’an XI, de 1 sur 5 2/3. »
Quand les bâtiments des ailes ont été doublés, la valeur hygiénique des salles qui y sont situées s’est améliorée. La salle doublée reste coupée en deux par un mur dans son milieu; mais, en tenant ouvertes les portes percées dans ce mur et les fenêtres qui se font vis-à-vis, on peut obtenir une aération rapide, impossible autrefois. Les œils-de-bœuf des combles ont été remplacés par des fenêtres, donnant un plus facile accès au jour.
Jusqu’en 1803, date à laquelle le nombre des lits de l’hôpital fut porté de 80 à 120, les renseignements sur le mouvement et la population manquent entièrement. De 1803 à 1816, l’hôpital contient 120 lits à occuper et reçoit chaque année de 1 300 à 1 400 malades. — Bien qu’en 1 81 6, le nombre des lits passe à 140, cependant le chiffre annuel des entrées n’augmente pas jusqu’en 1821. En cette année, le nombre des lits monte à 153, et le chiffre des entrées atteint subitement 1500, pour varier, les années suivantes, entre 1400, 1 800, et même 1 900. En 1 829 seulement, le chiffre annuel des entrants, qui occuperont désormais 166 lits, arrive à 2,000 d’une façon définitive. Désormais ce nombre ne s’accroîtra qu’avec les constructions.
De 1805 à 1814, la mortalité se maintient à la moyenne de 1 sur 5,22 (1). En 1814 et les deux années suivantes, Paris se trouve, grâce aux levées de troupes, à l’invasion, au typhus, dans un état qui retentit sur l’hôpital
(1) Moyenne établie par les Comptes moraux de l’Assistance publique.
Beaujon. Laissons parler Larochefoucauld-Liancourt (I) :
« Dès 1813, les hôpitaux militaires du Val-de-Grâce et du Gros-Caillou, constamment remplis du nombre de malades qu’ils pouvaient contenir, ne pouvaient recevoir tous ceux qui s’y présentaient. L’encombrement de ces hôpitaux était dû à l’augmentation fréquente de la population militaire dans Paris, soit par une garnison plus nombreuse, soit par les levées de conscrits, dont une grande proportion se réunissait à Saint-Denis. »
... « Les troupes alliées avaient déjà franchi nos frontières sur plusieurs points... Les hôpitaux militaires des frontières furent évacués sur les hôpitaux de l’intérieur, qui furent à leur tour évacués sur Paris, qui bientôt devint l’asile réclamé par les malades de tous... L’administration militaire n’avait pu préparer aucun des moyens qui eussent facilité ces évacuations... Les blessés et les malades chargés sur des charrettes ou entassés pêle-mêle dans des bateaux... arrivaient de toutes parts, exténués par les veilles, par la fatigue, par le froid, par le fléau.
... « Mais de plus grands maux se préparaient encore. Une épidémie qui avait fait de grands ravages dans les armées ennemies avait passé le Rhin avec les nôtres... fièvre pestilentielle qu’on appela « typhus » , et qui est la fièvre plus connue sous le nom vulgaire de « fièvre des hôpitaux. /)
Le dévouement de Paris fut admirable dans cette circonstance; chacun s’ingénia aux secours publics. Les malades furent mis dans des abattoirs, dans des marchés (hôpitaux
(1) Compte-rendu par le Conseil général, 1815. Curieux mémoire dont les exemplaires deviennent rares.
temporaires), et la mortalité s’y trouva moindre que dans les hôpitaux ordinaires. — Mais l’ennemi arrive à Paris, la bataille du 30 mars est livrée et Louis XVIII proclamé. Nouvel afflux de malades à la suite de la bataille.
Le rapporteur continue :
« L’administration des hôpitaux militaires avait quitté Paris le 3 1 mars, pour suivre la colonne des troupes françaises qui se dirigeaient vers Orléans. Un arrêté du préfet du même jour chargea le Conseil des hospices de la remplacer... M. le préfet avait, dans la même journée, fait verser dans la caisse 300,000 francs provenant des octrois...
« Le jour de l’entrée à Paris des armées alliées, M. de Sack, leur chirurgien en chef, demandait à la préfecture que 6,000 lits fussent, dans la journée même, préparés pour recevoir des blessés russes et allemands... Les hôpitaux temporaires de Ménilmontant. de Montmartre, du Roule, furent de suite évacués des blessés français qui furent conduits dans les salles, dans les corridors, dans les églises des hôpitaux ordinaires; et ces hôpitaux furent destinés aux blessés alliés... Une demande de 6,000 nouveaux lits suivit la première... Les Russes occupaient Ménilmontant, le Roule, Montmartre, Courbevoie; les Prussiens furent placés au Val-de-Grâce, au Gros-Caillou, à la maison des Oiseaux, et les hôpitaux de Lourcine et de Montaigu reçurent les blessés autrichiens, bavarois, badois, etc. »
Bientôt, l’administration des hôpitaux militaires ayant repris un certain nombre d’hôpitaux, le Conseil général ne fut plus chargé que de ceux de Ménilmontant, du Roule, Courbevoie, Montmartre.
L’hôpital du Roule fut évacué le 13 juillet; Courbevoie,
Ménilmontant, Marché Saint-Martin, Montmartre, après lui seulement. Au 1” janvier 1814, sur les 120 lits de l’hôpital Beaujon, 93 sont occupés par des malades de la ville; il y a donc 27 lits disponibles. Les chiffres sont les mêmes à la fin du mois.
Les résultats de la journée du 30 mars furent les suivants
1“ A rhôpital Beaujon :
Il existait le 30 mars au matin.
148 civils.
Il en entra dans le jour.
Il en sortit
Il en mourut
Il reste donc le soir du 30 mars.
151 civils.
Le 31 mars, il entra dans le jour.
5 civils.
Il en sort.
Il eu meurt.
Il reste le 31 au soir. . . .
Le 1" avril, il entre
5 civils.
Il en sort.
11 en meurt.
Reste le avril au soir. . .
141 civils.
2" A l’hôpital temporaire du Roule (1) :
11 existait le 30 au matin.
545 militaires.
Il en entra dans la journée. .
Il en sortit
Il en mourut
Reste le soir
612 militaires.
(1) Cet hôpital eut pour médecins MM. Ghediou et Bernard.
Le 31 mars, il entre dans le jour. 138 militaires. Il en sort. ... 4
Il en meurt. . . 7
Le 31 au soir, le total des restants s’élève à 739.
Le avril, il entre. .
Il en sort. .
Il en meurt.
Reste le soir
34 militaires.
760 militaires.
Dans cette funeste année 1814, la mortalité fut considérablement plus élevée que les années précédentes : en 1810, elle n’avait été que de 1 sur 5,06; en 1814, elle s’élève à 1 sur 4,32. Ce chiffre est particulièrement élevé à Beaujon : en effet la moyenne dans les hôpitaux n’est, cette même année, que de 1 sur 7,02. Le personnel aussi est éprouvé : du 1" janvier 1814 au 30 juin, il y a parmi les employés H malades et 5 morts.
Les années qui suivent deviennent plus douces, et entre
1811 et 1824, donnent une moyenne de mortalité retombée
à q sur 5,37, chiffre qui est même un peu plus favorable
que celui de la période décennale précédant 1814. Ce chiffre,
cependant, laisse voir entre la mortalité totale des hôpitaux
(1 sur 7,72 en 1817) et la mortalité de l’hôpital Beaujon
(1 sur 5,05 la même année), une différence défavorable à «
celui-ci.
Cette différence s’explique d’une façon naturelle. Pour établir la moyenne de la mortalité dans les hôpitaux, on englobe en effet les hôpitaux généraux avec les hôpitaux spéciaux : or, ces derniers, par la nature même des maladies
qu’on y traite, donnent une mortalité beaucoup moindre et presque nulle ; c’est ce qui décharge la moyenne totale pour faire paraître très fort le chiffre de chaque hôpital général pris à part. Donc, ici, la comparaison est un point de repère plus fictif que réel. Pour avoir de la mortalité totale une moyenne réelle, qui seule rendrait la comparaison utile, il serait indispensable de tenir le tableau des hôpitaux spéciaux séparé de celui des hôpitaux généraux (1).
A partir de 1818 l’administration s’occupe sans cesse d’améliorer le sort des malades : des fourneaux pour le linge, l'eau, les boissons sont établis à chaque étage (1818), des cheminées d’aspiration font communiquer les fosses d’aisance avec l’air extérieur (1822), les toitures, les cheminées sont refaites (1828), etc.
La mortalité répond à ces soins : elle a une tendance bien accentuée à devenir moins forte : en 1827, elle n’est plus que de 1 sur 7,35; en 1829, de 1 sur 8,57. Une autre cause aussi avait, dès 1821, contribué à cette diminution : des travaux considérables s’opéraient dans le voisinage, le quartier tout entier se transformait : une grande quantité d’ouvriers blessés furent amenés à l’hôpital ce qui, en augmentant le chiffre de la population, diminua la moyenne de la mortalité. Les maladies chirurgicales sont, en effet, moins souvent funestes que les médicales.
En 1822, légère épidémie de petite vérole : sur 28 cas qui se présentent dans l’année, il y a 18 guérisons.
(1) Ea 1832, par exemple, on trouve à l’hôpital Laënnec la mortalité énorme de 1 sur 3,28 (phtisiques); au contraire, à l’hôpital du Midi, la mortalité est à peu près nulle : 1 sur 019,66; il en est de même à Lourcine : 1 sur 514,66.
De 1825 à 1834 la mortalité continue encore à être moins forte. Dans cette période, si rien d’extraordinaire ne fut survenu, elle n’eût été que de 1 sur 7,04; c’est le chiffre que l’on obtient en la calculant indépendamment des décès qui furent causés par le choléra de 1832. Si, au contraire, on tient compte des décès cholériques, la mortalité, à l’hôpital Beaujon, s’élève à 1 sur 6,59. Ces chiffres sont très favorables à l’hôpital; ils se rapprochent beaucoup de la moyenne totale des hôpitaux (1 sur 8,00 non compris les cholériques, — 1 sur 7,49 compris les cholériques).
De 1835 à 1844 la mortalité diminue encore : elle n’est plus, à l’hôpital Beaujon, que de 1 sur 8,78 et pour la totalité des hôpitaux de 1 sur 9,59 (1). Donc, à cette époque de 1844, l’établissement dont il est question serait arrivé à ce résultat colossal de voir sa mortalité diminuée de plus de moitié en l’espace de trente années.
Cependant les constructions nouvelles, répondant aux besoins du quartier, allaient permettre à la population de l’hôpital de s’étendre, au mouvement d’être plus actif. En 1838, le chiffre annuel de 3,000 entrées qui jusquelà n’avait pas été atteint est dépassé; l’année suivante le chiffre dépasse 4,000, il atteint 5,000 en 1843, 6,000 en 1849. C’est aux environs de ce chiffre que le nombre annuel des entrées s’est toujours tenu depuis.
Dans les nouvelles salles destinées à loger les malades on établit des appareils de ventilation et de chauffage qui
fl) Ces moyennes décennales ont été établies dans les Comptes moraux de l’Assistance publique. Nous les donnons telles que nous les avons trouvées, bien qu’elles ne coïncident pas absolument avec les moyennes que l'on pourrait établir depuis le tableau annuel placé à la fin de ce chapitre.
promettent d’heureux résultats hygiéniques ; dans le deuxième et le troisième pavillon sont installés les appareils de Désarnod, de Perreive et de Duvoir qui ventilent par aspiration. L’air vicié de la salle s’échappe par en haut, grâce à la moindre densité que lui donne un foyer de chaleur. 11 se fait ainsi dans la pièce une raréfaction de l’atmosphère grâce à laquelle l’air extérieur est aspiré à travers des ouvertures placées en bas de chaque salle. — Dans le quatrième pavillon, on installe au contraire un appareil de ventilation par injection. Par ce ventilateur l’air pur est poussé dans un calorifère qu’il traverse avant d’être conduit dans les salles, c’est l’appareil du docteur Van Hecke. Cette fois c’est par les parties supérieures que l’air pénètre, et il arrive chauffé. En entrant dans la salle et en s’éloignant du calorifère il tend à se refroidir. A mesure qu’il se refroidit il devient plus dense, et, grâce à ce phénomène physique, se dispose en couches dont les plus légères sont à la partie supérieure; quant aux couches inférieures, elles deviennent à chaque instant plus lourdes, tendent par conséquent à descendre, et s’échappent enfin par des ouvertures situées à la tête des lits, au bas de la salle.
De 1846 à 1855 la mortalité est de 1 sur 8,04; de 1857 à 1867 elle est de 1 sur 8,07.
L’hôpital Beaujon continuait à rendre d’importants services dans le quartier, non seulement par les nombreuses réceptions de malades qu’il faisait, mais encore par le nombre des consultations que ses médecins donnaient chaque jour gratuitement. Un arrêté du Conseil général
des hospices du 7 mars 1802 avait ordonné l’ouverture
d’une salle de consultations à Beaujon. Vingt-deux ans après, le local de la consultation était devenu insuffisant; on le restaura provisoirement (1845). Quinze autres années plus tard, en 1860, le nombre des consultations données dans l’année aux malades de l’extérieur s’élève à 13,981 ; en 1864, à 14,967; en 1865, à 16,031. L’hôpital Beaujon, bien que éloigné d’être compté parmi les plus grands hôpitaux de Paris, tient cependant le quatrième rang si l’on n’envisage que le nombre des consultations extérieures (1) qui y sont données.
De 1867 à 1876, la mortalité a notablement augmenté, elle est de 1 sur 6,05; ce résultat doit être attribué à la mortalité énorme qui signale l’année 1871 (1 sur 3,69). Pendant la guerre de 1870 et le siège de Paris, les ambulances de Paris furent réparties en neuf groupes (2), l’hôpital Beaujon eut le cinquième. Il était composé d’ambulances très importantes et en nombre plus grand que n’en contenaient les autres. Il comprenait en particulier l’ambulance de l’Internationale (Presse), 500 lits; — collège Chaptal, 300 lits; — ministère de la marine, 100 lits; — gare de l’Ouest, 75 lits; — gare d’Orléans, 20 lits; — gare de Lyon, 20 lits.
Pendant la bataille de Buzenval, Beaujon recevait à lui seul huit cents blessés.
Actuellement l’hôpital Beaujon reçoit annuellement plus
(1) Eu 1864 les trois hôpitaux qui ont donné plus de eonsultations que l’hôpital Beaujon sont : Lariboisière plus de 37,000; le Midi, 23,000; Saint- Antoine, 18,000. L’Hôtel-Dieu n’atteint qu'’au chiffre de 14,000.
(2) le*" groupé, Saint-Antoine. — 2“®, Saint-Louis. — O*"®, Saint-Martin (militaire). — 4“®, Lariboisière. — 5“®, Beaujon. — 6“®, Gros-Caillou (militaire). — 7“®, Necker. — 8“®, Val-de-Grâce (militaire). — 9“® Pitié.
— Gi-
de six mille malades. La mortalité de 1877 à 1882 y a été de 1 sur 5,87, chiffre qui se rapproche beaucoup de la moyenne totale des hôpitaux qui est pendant les mêmes années 1 sur 6,90. Voici un tableau de la population et de la mortalité que nous avons dressé par années :