‹ L'hôpital BeaujonChapitre 15 sur 26 · UN SUR · texte numérisé non relu

UN SUR

Le service médico-chirurgical n’existe que depuis la transformation de l’orphelinat en hôpital, c’est à dire depuis 1795. Pendant douze ans il n’y a qu’un médecin et un chirurgien. Le médecin est un nommé Brieude auquel succède dès 1797 Dupont qui y terminera sa carrière en 1815 pour garder le titre de médecin honoraire jusqu’à sa mort (1827). Le chirurgien Lacaze-Pelarouy qui pratique depuis l’origine de l’hôpital jusqu’en 1819 était peut-être parent du conventionnel Joseph Lacaze, condamné à mort en 1794; les biographes sont muets à son sujet. Il faut arriver aux chirurgiens Roux et Nicod qui depuis 1808 tiennent la place de chirurgiens en second à l’hôpital pour avoir des renseignements plus précis.

Roux(l) n’a séjourné à Beaujon que pendant trois ans, il

(1) Roux, né à Auxerre, le 26 avril 1780; mort à Paris, le 23 mars 1854, prosecteur. — Beaujon 1808-11. Charité 1810, professeur en 1820. De l’Académie de médecine. De l’Institut.

nous échappe donc presque complèlemeiit. Fils d’un chirurgien de l’hôpital d'Auxerre sa ville natale, ancien officier de’ santé de l’armée de Sambre-et-Meuse, il arrive à Paris pour y rencontrer Bichat. Ce fut son véritable maître : c’est en lui servant de prosecteur et de répétiteur à ses élèves, en concourant à la rédaction du Traité d'anatomie descriptive^ qu’il s’est formé. Rival de Dapuytren, il est nommé en 1808 à Beaujon. Pendant le court séjour qu’il y fait il publie des « Mélanges de Chirurgie et de Physiologie » , mais surtout prépare sa thèse « de la Résection » travail remarquable, mais non pas plus que l’habileté avec laquelle il mettait en pratique les résections articulaires dont il traite. Outre les résections, les opérations qui lui valurent sa renommée sont en général les grandes restaurations de la face et en particulier la staphylorrhaphie, dont il est l’inventeur. Tous les ouvrages de Roux, sauf ceux que nous avons cités, sont ou antérieurs ou très postérieurs à son séjour à Beaujon. Il avait épousé la fille de Boyer, sortit de Beaujon pour entrer à la Charité en 1811, et n’obtint les hauts grades universitaires que plus tard.

Blandin (1) n’est resté que six ans à l’hôpital Beaujon. Il avait été d’emblée nommé à cet hôpital, trois ans après son admission au bureau central en 1825. De taille moyenne, de physionomie avenante, il avait dans les relations de tous les jours une rondeur et une bonhomie grâce auxquelles il s’attira de nombreuses sympathies. La première et la plus

(1) Blandin Philippe-Frédéric, né à Aubigny (Cher) 1798; mort à Paris, 16 avril 1849, prosecteur en 1824, au bureau central en 1825, agrégé en 1826, à l’hôpital Beaujon 1829-35, chef des travaux anatomiques en 1837, professeur de médecine opératoire en 1841.

utile pour lui fut celle de Marjolin, qu’il rencontrait en arrivant à Beaujon. Marjolin, ayant sans doute sur le cœur les procédés de Dupuytren, par lequel il avait été pendant huit ans tenu dans une inaction forcée à l’Hôtel-Dieu, ne voulut pas imiter cet exemple et loin de nuire à Blandin se fit son collègue, son maître et son ami. Blandin qui avait déjà travaillé avec Béclard et Roux eut surtout pour maître Marjolin. En 1830 le concours pour le professorat avait été rétabli à la Faculté; Blandin concourt six fois successivement tantôt pour la chaire d’anatomie, tantôt pour celle de pathologie externe; en 1841 seulement il est reçu, à son septième concours, à la chaire de médecine opératoire où il succède à Richerand. Son séjour à l’hôpital Beaujon (1829-35) avait donc toujours été troublé par cette préoccupation des concours.

Ces tracas cependant ne l’empêchaient pas un seul jour de faire son service hospitalier et n’absorbaient pas toutes ses facultés. Déjà célèbre en arrivant à cet hôpital, il avait écrit son Traité d' Anatomie topographique si excellent et si pratique pour les élèves chirurgiens, d’autre part le merveilleux article « Amputation » du Dictionnaire de Médecine et de chirurgie; avec Velpeau, Ribes, Maréchal, il soutenait la doctrine des liquides dans les rapports de la phlébite avec l’infection purulente (1) et battait les solidistes, Bichat et Pinel, Toujours préoccupé du perfectionnement des ampu-

(1) Quelques points d'anat., dephys., et de path. 1824. — Art. amputation. — Phlébite et infection purulente. 1829.

Il admet que la phlébite cause l’infection purulente par pénétration dans le sang, du pus formé au centre du caillot, suppuration centrale qu’a si bien décrit Cruveilhier; le sang, suivant Blandin, rendu plus fluide par cette altération, s’épancherait directement dans les tissus pour les enflammer et produire les abcès.

Avant Blandin l’inflammation des veines avait été divisée en « adhésive,

tâtions partielles, il démontre à la Société anatomique la supériorité de l’amputation médiotarsienne sur la tarsomé— tatarsienne (1828); s’occupe ensuite de la rhinoplastie à laquelle il applique les plus ingénieuses modifications, de la ténotomie, de la lithotritie (1). Il invente une sonde à résection et les attelles immédiates pour la fracture du fémur : il découvre nombre d’ingénieux procédés opératoires (section sous-muqueuse du sphincter anal, excision partielle du sphincter contre le prolapsus rectal — résection d’une partie du cornet inférieur hypertrophié, ablation d’une partie de la cloison — procédé de contre-ouverture pour les abcès profonds de la mamelle — ligature de la langue, du voile du palais, des amygdales, du col utérin.)

Son dévouement pendant la guerre civile de 1830 et l’épidémie de 1832 fut remarqué à Beaujon. Son temps au delà de 1835 ne nous appartient plus; il cessa d’ailleurs d’écrire dès qu’il fut professeur; il mourut à cinquante et un ans d’une bronchite capillaire.

Nicod (2) qui était appuyé par un oncle « ordonnateur général des hôpitaux civils de Paris», arriva de bonne heure à sa situation dans les hôpitaux : nous le voyons en possession de sa place à Beaujon dès l’âge de vingt-

suppurative, ulcéreuse »; Cruveilhier lui avait aussi décrit quatre degrés en se basant sur ces données. Blandin, s’occupant surtout du siège des altérations, est l’auteur de la division admise actuellement dans les traités techniques : peu importe que les mots « péri, méso, endo-phlébite » soient de Virchow, il ne les a créés qu’en reprenant la classification donnée par Blandin lo premier en « phlébite interne, moyenne, externe ». Cette division de la phlébite est donc toute française.

(1) Taille et litholrilie parallèles. 1834.

(2) Nicod Pierre-Louis, aîné. Né à Morez (Jura), le 22 juin 1788, mort en 1845. Docteur eu 1807. — Hôpital Beaujon 1812-1825.

quatre ans. Il était loin alors d’avoir la réputation qu’il acquit plus tard comme spécialiste génito-urinaire; il commence seulement à se tourner de ce côté dans les dernières années de son séjour, et son travail sur la «« cautérisation de l’urèthre » est de 1826, un an après son départ de Beaujon : pendant son séjour, il avait pour tribune « la Revue pittoresque et philosophique » dont il était rédacteur depuis 1810; les lecteurs conservèrent longtemps la mémoire de la terrible discussion qu’il eut avec Richerand au sujet d’une résection des côtes et de la plèvre pratiquée par celui-ci, en 1818.

Renauldin (1) fut médecin de l’hôpital Beaujon de 1817 à 1849. Il était médecin-consultant du roi. C’était un praticien habile et prudent, un littérateur distingué. Son œuvre capitale est l’introduction au grand Dictionnaire des sciences médicales, excellent résumé des progrès de la médecine depuis son origine.

Marjolin (2). Voici une figure sympathique, un esprit large, un cœur sans rancune et sans jalousie. Ce dont la la postérité doit lui être le plus redevable c’est peut-être de la bienveillance avec laquelle il a traité Blandin, chirurgien en second de l’hôpital Beaujon, dont il avait la première place. Pendant six ans il l’a favorisé de ses conseils, l’a fait profiter de sa propre expérience, lui a donné toutes les occasions d’apprendre, l’a encouragé dans ses tentatives pour parvenir à la haute situation de professeur, qu’il

(l) Renauldin Léopold-Joseph, né à Nancy en 1775, mort à Paris 1849. Docteur en 1802. — Rédacteur à la Biographie universelle, depuis 1817.

|2) Marjolin, Jean-Nicolas, né à Ray-sur-Saône en 1780, mort à Paris, le 4 mars 1850; lauréat des hôpitaux; docteur en 1808; professeur, 1819; Hôtel-Dieu, 1818-26; Beaujon, 1826-45.

ambitionnait. Et pourtant, un esprit moins élevé eut peutêtre par instinct de revanche fait souffrir à Blandin ce que lui-même avait souffert de Dupuytren. Marjolin avait eu la malechance d’être le concurrent de ce dernier pour la chaire de Sabatier, en 1812. Malechance doublement funeste : il échoua devant un adversaire aussi redoutable ; de plus, Dupuytren avait appris à le craindre et quand, en 1818, il arriva à l’Hotel-Dieu comme chirurgien de seconde classe, Dupuytren, son aîné, sut lui enlever les malades, les moyens de travail et de renommée. Un an après cependant il obtint le professorat, succès qui n’était pas fait pour désarmer Dupuytren.

Cette situation dura huit ans : dépité, il donne en 1826 sa démission et passe à Beaujon où il se trouve chirurgien en chef. C’est là qu’il a fini sa carrière; pendant dix-neuf ans il y fait le service et jusqu’à sa mort il porte le titre de chirurgien honoraire de cet hôpital.

Chirurgien des hôpitaux, professeur, membre de l’Académie, avec cela homme du monde, brillant parleur, il avait tout ce qu’il faut pour attirer une splendide clientèle. Elle ne lui fît pas défaut, il s’y consacra tout entier et acquit une immense fortune. Il était d’ailleurs aussi consulté comme médecin que comme chirurgien et n’avait pas moins d’hahileté à soigner les suites de ses opérations qu’à les pratiquer.

Cette vie de praticien lui laissa peu de temps pour écrire.

Encore parmi ses rares ouvrages la plupart sont antérieurs

à son arrivée à Beaujon et ne sont pas, par conséquent, de

notre domaine. En 1837 il publie un Cours de pathologie

chirurgicale et, sauf des articles de journaux et de diction-

naires, il n’écrivit plus. Retiré depuis 1845, il mourut cinq ans plus tard âgé de soixante-dix ans.

Martin-Solon (1), ancien chef de clinique de l’Hôtel-Dieu, rival malheureux de Trousseau, n’est connu que par son travail sur !’« albuminurie » (1838). Ce mot est de son invention : il sert de titre à un travail qui révèle un clinicien soigneux; mais depuis, tant de recherches ont été faites de ce côté que le livre est bien vieilli. Malgré tous les titres universitaires qu’il obtint, Martin-Solon mourut pauvre à l’âge de soixante et un ans.

Laugier (2), fils d’un chimiste français, parent de Fourcroy, sort en 1836 de l’hôpital Necker pour entrer à l’hôpital Beaujon où il restera dix ans.

Deux ans après son entrée, il invente pour les fractures des os longs un appareil qui permet de réaliser de notables économies. On lit, à cette occasion dans le compte moral de 1838 :

« L’administration doit aux recherches du docteur Laugier l’emploi et les excellents résultats des appareils en papier rendu solide par la dessication de la solution d’amidon, substitués au linge dans le traitement des fractures des membres.

« Ces appareils dont le docteur a fait une heureuse application aux blessés reçus dans son service à l’hôpital Beaujon, réunissent de grands avantages.

(1) Martin-Solon, né en 1795, mort à Paris en 1856; docteur en 1819, chef de clinique, 1820-22; agrégé, 1826; bureau central, 1827; hôpital Beaujon, 1831-45.

(2) Laugier, né à Paris en 1798; mort en 1872; docteur, 1828; même année médaille d’or de l’Assistance publique; agrégé, 1829; bureau central, 1831; hôpital Necker, 1832; hôpital Beaujon, 1836; Pitié, 1848; Hôtel-Dieu, 1854; professeur de clinique chirurgicale à la Faculté; Académie de médecine, 1844; Société de chirurgie, Académie des Sciences, 1868.

« Le Conseil a exprimé à M. Laugier la satisfaction et la reconaissance de l’administration, pour la découverte et l’application qu’il a faite de ces appareils. (Délibération du 6 juin 1838). »

De nombreux travaux sont édités par lui à cette époque. En 1840 il trace une comparaison de la désarticulation du bras et de son amputation à la partie supérieure, en 1841, il traite de l'amputation de la cuisse dans l' articulation coxofémorale. La même année paraît sa thèse sur les cals dilformes. Dans ce remarquable travail, laissant de côté les premières périodes, qui ne font que préluder à la solidification, Laugier s’occupe surtout de l’époque où le cal devient solide. En effet, c’est le moment aussi où il peut devenir défectueux, et, pour remédier aux altérations de sa forme, il importe de connaître sa résistance, afin de choisir entre les différentes opérations. Or, la rapidité de la solidification sera très variable, dit l’auteur, avec les sujets; on ne doit pas s’attendre pour un même laps de temps à la trouver aussi avancée chez un vieillard que chez un enfant; la constitution générale, l’état actuel de santé, influent aussi; il en est de même du volume des os : les os les plus fragiles sont ceux qui se consolident le plus vite, mais, par contre, il faut plus longtemps pour que le cal minime ait la résistance qu’aurait le cal d’un os volumineux. Le travail de Laugier donne un résumé des idées de Dupuytren, de Duhamel et de Breschet sur ce sujet.

Le chirurgien Robert (1) ne prête pas à une longue appré-

(1) Robert, César- Alphonse, né à Marseille le 17 novembre 1801; docteur en 1831; prosecteur, chirurgien des hôpitaux, 1832; agrégé, 1833; Académie de médecine, 1840; Deaujou, 1846-58.

ciation. D’un esprit pratique et d’une école sévère, il s’est tenu dans les chemins frayés. Longtemps il lutte pour le professorat et le manque définitivement en 1851 ; il était alors depuis cinq ans à Beaujon. Cinq ans plus tard il devient professeur d’anatomie à l’Ecole des Beaux-Arts. Nous n’avons pas de travail datant de son séjour à Beaujon.

Bouvier (1) est un des médecins qui dans leur spécialité ont laissé un nom des plus illustres. 11 n’a pas été compris par ses confrères; toute sa vie il fut tenu par eux en suspicion. Aujourd’hui le plus grand revirement s^est fait en sa faveur : on donne son nom à des salles d’hôpitaux d’enfants. Il a beaucoup plus mérité cette gloire que le dénigrement primitif : quiconque a lu son travail sur les « difformités en général et les déviations de l’épine en particulier » , ou ce qui s’y rapporte dans sa « Clinique chirurgicale » publiée plus tard, sera de notre avis.

Le mal de Pott en particulier y est merveilleusement décrit; il n’est pas d’accident médullaire, pas de forme de gibbosité, de degré ni de siège dans les abcès par congestion, qui lui échappent. A la lecture de ce chapitre, le médecin voit repasser sous ses yeux tous ces malheureux sujets qui encombrent d’une façon chronique les hôpitaux d’enfants. C’est un travail des plus vrais, des plus intéressants, des plus cliniques.

Nous pouvons dire de Legroux (2) qu’il a précédé son époque. Les concrétions et les coagulations sanguines qui

(1) Bouvier, Sauveur-Henri- Victor, né à Paris en 1799; lauréat de l’Académie des sciences, 1837; membre de l’Académie de médecine; médecin en chef de l’hôpital des Enfants; Beaujon, 1846-51.

(2) Legroux, né à Marégines (Nord), docteur, 1827 ; mort, 1861 ; Beaujon, . 1846-53.

devaient plus tard prendre tant d’importance avec l’école de Virchow ont été étudiées par Legroux pendant toute sa vie. Bien que dénué de tout antécédent, il avait donc prévu ce fait considérable auquel presque tous les chapitres d’étiologie ouvrent aujourd’hui une place.

Huguier (1) séjourne dix-sept ans à l’hôpital Beaujon. Pendant ces années (1850-1867) il traite de Vablation complète du maxillaire inférieur (1857, in- 8°) des allongements hypertrophiques du col de l'ulérus (1860, in-4“), de Vhystéromd/ne(1865, in-8°).

Huguier est le rénovateur de l’hystérométrie, sinon son inventeur. Dès l’origine de la médecine on avait sondé l’utérus : la collection hippocratique décrit pour cet usage des instruments en grand nombre, variés tant pour leur forme que pour la matière qui les compose; elle applique ce procédé non seulement au diagnostic mais aussi au traitement des maladies utérines. Aétius en parle à propos des déviations de cet organe; Morgagni, Désormeaux, Dance l’appliquent au diagnostic du prolapsus vaginal ; Levret introduisait une sonde dans le col utérin dilaté par la présence de polypes; Récamier se servait de sa curette; Amussat, Velpeau faisaient de la sonde un moyen thérapeutique. — Mais Huguier inventa l’hystéromètre dont on se sert de nos jours le plus fréquemment. Dans son traité de 1865, il indique les précieux renseignements qu’on peut obtenir par l’emploi de cet iustrument dans les divers cas de tumeurs utérines pédiculées ou interstitielles, rensei-

(1) llugier, Pierre-Charles, né à Sézanne (Marne), en 1804; aide d’anatomie, 1830; prosecteur, 1833; docteur, 1834; agrégé, 1835; Bureau contrai, Lourcine, Beaujon, 1850-67; Académie de médecine, 1848.

gnements surtout précieux pour indiquer le siège, la forme, rimplantion de ces tumeurs, et permettre au pratricien d’opter pour une opération ou de la rejeter. Les belles planches de cet ouvrage donnent encore plus de précision à ses descriptions.

Gubler (1) nous échappe presque complètement malgré son long séjour à Beaujon : parce que, thérapeutiste et non clinicien, il appartient plus à l’Ecole de médecine qu’aux hôpitaux. 11 resta vingt-deux ans à l’hôpital Beaujon, c’est là qu’il a publié ses Commentaires thérapeutiques du Codex; ses autres ouvrages sont bien antérieurs, l’étendue des Commentaires thérapeutiques, jointe à l’extrême diversité des sujets qui y sont traités, empêche d’en faire une appréciation d’ensemble.

En 1844 le Conseil général fait évacuer à l’Hôpital des Enfants un certain nombre de lits occupés par des teigneux. Pour suppléer à ces places, il institue dans les hôpitaux Beaujon, Saint-Antoine et des Enfants-Malades un traitement externe de la teigne. Les enfants atteints de cette affection, au lieu de séjourner à l’hôpital venaient à des jours indiqués subir la visite des médecins et se soumettre au traitement ordonné. Jusqu’à cette année, il n’y avait eu de traitement externe de la teigne qu’au Parvis, ce qui était cause d’une grande perte de temps pour les parents.

Depuis 1806, la teigne était traitée dans les hôpitaux par les procédés secrets Mahon. Les médecins se bornaient à constater l’existence de la maladie et plus tard la guérison ;

(1) Gubler, né à Metz en 1821 ; docteur en 1849, agrégé, chef de clinique de l’Ecole, 1850; bureau central, 1853; hôpital Beaujon, 1856-78; Académie de médecine, 1865 ; professeur de matière médicale et de thérapeutique, 1 868.

chaque guérison ainsi constatée valait une rémunération à l’inventeur du procédé. Il est juste de reconnaître que la guérison peut être obtenue par la méthode Mahon; mais ce qu’il faut reconnaître aussi c’est que la durée du traitement est en général fort longue, et le prix relativement élevé (1).

Le célèbre Bazin, l’auteur du traitement de la gale, étudia la teigne, et rien n’a encore été écrit d’aussi précis sur cette maladie. La nature parasitaire, l’implantation d’un champignon dans la racine même du cheveu, expliquent la nécessité de l’épilation, base indispensable du traitement qu’institue Bazin. D’ailleurs, après l’épilation, les cheveux repoussent fort bien et en général plus drus qu’ils n’étaient avant; des applications variées (pommades au goudron, au turbith minéral; vésicatoire volant, lotion de sublimé, etc.) complètent le traitement. Ce traitement rationnel, dont l’application ets dénuée de mystère, était essayé déjà avec succès dans les hôpitaux; la durée moyenne du traitement était de six semaines. Pour compléter ces essais, en 1858 un service de quinze lits et un traitement externe sont établis à l’hôpital Saint-Louis. En 1854 un service intérieur est également établi à l’hôpital Beau j on pour le traitement de la teigne et confié à l’un des héritiers Mahon : l’ancien procédé Mahon, et le procédé scientifique Bazin se trouvaient en présence.

De 1854 à 1868 le procédé Mahon est appliqué à l’hôpital Beaujon. Mais pendant cette période d’années les deux procédés, appliqués parallèlement l’un et l’autre à l’hôpital Saint-Louis, donnèrent des résultats très différents. En 1857

(t) Compte moral de l' Assis tayxce publique (1858).

Bazin faisait 4,472 pansements, Mahon 1,059; en 1858, Bazin 3,955, Mahon 864; en 1860, Bazin 4,036, Mahon 614. Dans cette môme année Bazin recevait 343 enfants teigneux, Mahon 88 seulement (1). Des proportions analogues ayant continué à être observées dans les années suivantes, en outre, le procédé Bazin étant beaucoup moins coûteux (2), le 21 décembre 1868, par une lettre du Directeur général de l’Assistance publique, les frères Mahon ne sont plus chargés du traitement de la teigne. Le docteur Moutard-Martin prend le service des teigneux, le conserve jusqu’en 1872; au 1" août de cette année, il est réparti entre les quatre médecins à tour de rôle.

Voici un tableau synoptique que nous avons dressé des médecins et chirurgiens de l’hôpital Beaujon. Avant 1795, il n’y avait pas de médecins. On trouvera dans ce tableau bien des noms que nous n’avons pas cités dans les esquisses de biographies médicales précédemment tracées : ce sont des médecins dont le séjour à Beaujon a été trop court pour que nous ayons eu à en parler dans ce travail.

LISTE DES MÉDECINS ET CHIRURGIENS DEPUIS l’ORIGINE

DE l’hOPITAL

An IV (ir06)

Médecin, Brieude. Chirurgien : Lacaze-Pelarouy.

il.nnées 1T9T «

Médecin, Dupont. Chirurgien, Lacaze.

(1) Ghiflres extraits des Comptes moraux de l' Assistance publique .

(2) « Pour ce qui concerne le traitement externe, la dépense qui, à l’hôpital des Enfants s’élève à 5 fr. 80, suivant la méthode Mahon, n’est ici que de 1 Ir. 25 par guérison (Saint-Louis, traitement Bazin). » Compte moral, 1853.

Médecin^ Dupont. Chirurgien en che/, Lacaze.

— en second, Roux.

Médecin, Dupont. Chirurgiens, Lacaze.

— Nicod.

Médecins, Lerminier, médecin de Chirurgiens, Lacaze.

l’Hôtel-Dieu, chargé — Nicod.

du service de Beauj on .

— Dupont, honoraire.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Lacaze.

— Dupont, honoraire. — Nicod.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Nicod.

— Dupont, honoraire. . — Lacaze-Pelarouy,

honoraire.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Marjolin.

— Dupont, honoraire. — Lacaze, honoraire.

Médecin, Renauldin. Chirurgien, Marjolin.

Médecin, Renauldin. Chirurgiens, Marjolin.

— Blandin.

Médecins, Renauldin. Chh'urgiens, Marjolin.

— Martin-Solon. — Blandin.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Marjolin.

— Martin-Solon. — Laugier.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Marjolin.

— Martin-Solon. — Laugier.

— Robert.

Médecins, Renauldin. Chirurgiens, Marjolin.

— Martin-Solon. — Laugier.

— Louis.

Robert.

Médecins, Renauldin.

•— Bouvier.

— Legroux.

Médecins, Renauldin.

— Bouvier.

— Legroux.

— Sandras.

Médecins, Bouvier.

— Legroux.

— Sandras.

— Vallier.

— Renauldin, bon.

Chirurgiens, Laugier.

— Robert.

— Marjolin, hono raire.

Chirurgiens, Huguier.

— Robert.

— Marjolin, hono raire.

Chirurgiens, Huguier.

— Robert.

Médecins^ Legroux.

— Sandras.

— Grisolle.

— Barth.

— Renauldin, bon.

Médecins^ Legroux.

— Sandras.

— Barth.

— Renauldin, bon.

Médecins, Barth.

— Béhier.

— Bouley.

— Renauldin, bon.

Chirurgiens, Huguier.

— . Robert.

Chirurgiens, Huguier.

— Robert.

Chirurgiens, Huguier.

— Robert.

Médecins, Barth. Chirurgiens, Hugiuer.

— Béhier. — Robert.

— Bouley.

— Tessier.

— Renauldin, bon.

Médecins, Barth. Chirurgiens, Huguier.

— Béhier. — Robert.

— Tessier.

— Gubler.

— Renauldin, bon.

Médecins^

Béhier.

Chirurgiens, Huguier.

Tessier.

— Malgaigne.

Gubler.

Frémy.

Renauldin, bon.

-ISOl

Médecins,

Béhier.

Chirurgiens, Huguier.

Gubler.

— Gosselin.

Frémy.

Moutard-Martin.

Renauldin, bon.

ISO»

Médecins,

Gubler.

Chirurgiens, Huguier.

Fremy.

— Morel-Lavallée

Moutard-Martin.

Lailler.

Renauldin, bon.

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