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DEPUIS SON ORIOINE JUSQU’A NOS JOURS

Lorsque, venant du centre de Paris, on remonte la rue du faubourg Saint-Honoré en se dirigeant vers le quartier des Ternes, après avoir traversé l’avenue Friedland on passe devant une étrange façade située à droite du faubourg.

Trois étages de fenêtres, de grandeurs décroissantes de bas en haut, la composent. Deux parties latérales, dont l’une, un peu en retrait, dévie obliquement en arrière, tandis que l’autre avance sur la rue, s’harmonisent mal avec la portion centrale, élargissent la façade plus que ne le comporterait sa hauteur et lui enlèvent tout équilibre apparent. D’autre part, un entablement saillant qui semble destiné, comme dans les constructions de la même époque, à surplomber l’édifice, ou tout au moins à n’etre dépassé que par un plan uniforme de muraille servant de couronnement, est ici surmonté par des fenêtres détachées. L’en-

semble produit l’effet de quelque chose d’hybride assez désagréable à l’œil.

Si l’on veut bien, au contraire, faire abstraction des prolongements latéraux et de tout ce qui est au-dessus de l’entablement, l’aspect devient régulier, de belles proportions et d’une grande simplicité de lignes.

Au centre est un large portique décoré d’une grille en fer forgé d’un travail remarquable et de dimensions majestueuses. Franchissons cette grille, hospitalièrement ouverte tout le jour. Nous voici dans un vestibule qui donne accès à la cour d'honneur. La voûte, à plein cintre, est ornée de caissons; latéralement deux petites issues sont ménagées, chacune d’elles est surmontée d’un fronton grec. De ces deux frontons, l’un encastre une plaque de marbre noir sur laquelle on lit « Ecole des filles » , l’autre laisse voir l’emplacement d’une plaque semblable, dont il est maintenant dépourvu.

Pénétrons dans la cour d’honneur. Tout son pourtour est manifestement de la main du même architecte qui a construit la façade primitive : ce sont la même régularité, les mêmes proportions; le même entablement à triglyphe très saillant règne au-dessus du deuxième étage. Au fond, en face l’entrée principale, le pavillon de l’horloge frappe d’abord la vue. La porte, exhaussée sur perron de quelques marches, est bordée de deux colonnes ioniques et surmontée d’une horloge du temps de Louis XVI. Deux enfants sculptés en ronde-bosse entourent l’horloge et sur le cadran se détache le nom de « Lepaute, horloger du roy. »

Ce bâtiment dont les quatre corps circonscrivent la cour carrée est celui qui fut construit au siècle précédent par

Girardin, sur l’ordre du financier Beaujon. « Il a, dit Dulaure, seize toises de face sur vingt-quatre de profondeur; sa hauteur se compose d’un rez-de-chaussée, de deux étages au-dessus et d’un troisième dans le comble. » Nous verrons que, depuis, la largeur des ailes et de la façade a été modifiée.

A chaque extrémité du pavillon de l’horloge, un large escalier à cage régulièrement cylindrique nous mène aux parties supérieures; chacun d’eux est éclairé du haut par une lanterne qui laisse pénétrer un jour intense dans lenrs moindres parties.

Dans différentes pièces de ce bâtiment se trouvent encore des objets qui serviraient à rappeler son origine. A droite de la cour, dans le cabinet du directeur, tout un mobilier Louis XVI dont les chaises à médaillon rappellent cependant un peu le règne précédent; à gauche, dans la cuisine, une auge de grandes dimensions taillée dans un seul bloc de marbre rouge et qui aurait servi d’abreuvoir pour les chevaux (?); mais surtout, à la pharmacie, une collection de vases italiens mentionnés dans un inventaire des objets donnés à l’hospice par son fondateur. Ces vases, au nombre de cent cinquante, ont la forme d’urnes et sont de faïence blanche ornée d’un écusson ; leur valeur actuelle est considérable aux yeux des collectionneurs.

Si nous dépassons le pavillon de l’horloge, nous constatons que la façade ne pouvait donner qu’une faible idée de l’étendue de l’établissement. Nous marchons à travers de longues galeries vitrées servant d’enceinte à des jardins et formant un quadrilatère aux coins duquel sont placés quatre pavillons isolés.

Ici tout est moderne. Les proportions sont belles, mais l’architecte paraît s’être moins soucié du coup d’œil extérieur que d’un aménagement exclusivement utile et pratique. C’est bien autre chose encore si nous dépassons l’enceinte de ces promenoirs en continuant à marcher vers le fond de l’établissement : à part la chapelle, nous ne rencontrons plus que quelques affreuses bâtisses en briques.

En somme et au premier aspect, nous avons sous les yeux un établissement qui occupe un terrain en forme de parallélogramme allongé, du faubourg Saint-Honoré à la rue de Gourcelles. Nous y distinguons trois parties : l’une, ancienne, qui forme les quatre côtés de la première cour; l’autre, moderne, formée d’une chapelle et de quatre pavillons isolés; enfin, les baraques du fond, où sont placés les services accessoires.

Avant de faire une visite plus détaillée, de raconter la fondation primitive, de décrire les agrandissements notables qu’elle a reçus, de suivre l’état de ses finances et de sa population jusqu’à nos jours, de parler en dernier lieu de son administration, de son hygiène, des médecins qui s’y sont succédé, des travaux et des découvertes qu’ils y firent, — il est juste que nous jetions un coup d’œil sur la vie du fondateur qui lui a laissé son nom.

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