L'hopital Cochin
Les héritiers de l'abbé Jean-Denys Cochin ont défendu jusqu'au bout les volontés de leur grand oncle . Ils n'ont pu en assurer le respect. Ils sont sortis du tribunal pleins de tristesse, mais avec la certitude d'avoir fait leur devoir.
Il leur restait à marquer leur recontiaissance à tous les amis dont la sympathie les a suivis dans la lutte soutenue, à la marquer surtout aux émine?tts conseils qui leur ont prêté l'appui de leur expérience et de leur talent, M^ Benoist, avoué, M" Lerolle, Georges Berryer et DeviUe, avocats. C'est pourquoi ils ont cm bieti faire de ?émiir en ce volume tout ce qui concerne le procès, le compte-rendu des débats qui l'ont précédé dans les assemblées publiques, les documents Judiciaires qui l'oîit engagé, les brillantes plaidoiries qui lui ont donné tanf d'éclat, etifin le jugement qui Va terminé
Devant ce jugement les héritiers de l'abbé Cochin gardent le silence, se permettant seulement de le considérer comme un de ceux qui engagent le plus gravenmit favenir des fondations hospitalières.
Pour que la suite du procès fût bien comprise, il importait d'en faire connaître les origines historiques. C'est pourquoi cette publication sera suivie de pièces justificatives fort étendues. Pour compléter le tableau, il était nécessaire de faire cojinattre complètement la vie et le caractère de l'abbé Jean-Denys Cochin. On lira une notice sur ce vénérable prêtre dont l'auteur est M. Augustin CocJmi. Les lignes suivantes extraites aussi d'un écrit de M. Augustin Cochin font connaître sommairement l'histoire de la famille Cochin, avant et après le curé de Saint-Jacques du Haut-Pas. (1)
(1) Ces lignes sont extraites de la notice piiblioe en tète de la. 4" édition du Manuel des Salles d'Asile, et intitulée : Notice sur la vie de J. D.M. Cochin, ancien maire, député et conseiller municipal de Paris, par Augustin Cochin.
Notre famille n'est pas illustre, mais il en est peu de plus constamment et plus anciennement honorables. Ses membres figurent parmi les plus vieux bourgeois de la ville de Paris, dont ils sont tous originaires (i). Les uns marchands, les autres dans les fonctions du clergé, de l'administration, du parlement, au barreau, dans les assemblées publiques, ils surent tous se concilier la considération, et être utiles à leur ville et à leur pays. Charles Cochin appartenait à l'administration municipale de Paris, sous François II, en 1560. Son fils et son petit-fils faisaient, dans la même ville, le commerce en gros des draps, et possédaient la seigneurie de Massy, près Palaiseau (2).
Messire Claude-Denys Cochin, écuyer, mort à 88 ans, était a doyen des anciens juges consuls, » doyen des anciens échevins de Paris, doyen » des Grands Messagers jurés de l'Université, » doyen des Quarante Porteurs de la Châsse de » Sainte-Geneviève, doyen des Commissaires des » Pauvres, doyen des marguilliers de la Paroisse y> Saint Benoît, etc. » Pour obtenir la plupart de ces dignités, il fallait être d'origine parisienne, et de réputation sans tache (3).
(1) Les titres authentiques relatés dans Vllisloire de la Ville de Paris, par Félibien, mentionnant un Cochin, éehevin de Paris sous saint Louis, en l'^68. (Le comte de Falloux, Augustin Cochin. Paris, Didier, 1875, 3« édition).
(2) Une partie de la lamille Cochin fut longtemps fixée dans cette partie de llle de France. Sous Louis XI et Charles VIII, d; 1482 à 1493, Denys Cochin fut prévôt du roi au château de Montlhéry (Malte-Brun. Notice historique et archéologique sur Montlhéry. Paris 1860). Outre la seigneurie de Massy, ses descendants possédèrent des terres à Epinay-sur-Orge et Avrainvillc.
(3) Claude-Denys Cochin était un botaniste distingué. Son jardin botanique et ses serres de Ghàtillon près Paris étaient fort renommés.
Claude-Denys Cochin, son fils, était Payeur des rentes et administrateur des hôpitaux. Le frère de celui-ci était Jacques-Denys Cochin, curé, pendant vingt-six ans, de la paroisse Saint-Jacques du Haut-Pas (i)
Jacques-Denys, Baron Cochin (2), fut maire et député du 12^ arrondissement de Paris, et y a laissé le souvenir de son respectable caractère et de son ardente charité. Maire, à une époque où tant de choses étaient à recommencer (1815-1825), il eut l'honneur de présider à l'organisation du bureau de charité de son arrondissement (181 7), et à l'établissement des quatre maisons de secours des quartiers, à la fondation de cinq écoles de filles et de trois écoles de garçons. 11 fit rétablir les monuments funéraires dans les Eglises d'où ils avaient été enlevés pendant la Révolution, transporter le corps du poète Santeuil à Saint-Nicolas du Chardonnet, placer les pierres tumulaires de Racine et de Pascal à St-Etienne du Mont (1817- 1818). Enfin il s'associa activement aux démarches faites pour obtenir la consécration de l'Eglise Sainte-Geneviève, rendue au culte (1822). C'était bien mériter de la religion, de la pauvreté et de l'enfance.. .
A la même famille, en ligne Collatérale, appar-
(1) Voir plus loin la notice qui le concerne.
(2) Le titre de Baron lui fut octroyé par ordonnance du roi Louis XVIII (10 Mars 1820). Il a passé à M. Denys Cochin, actuellement conseiller municipal de Paris, lors du décès de son oncle le baron Denys Cochin, mort san.s enfants en 1887.
tiennent les deux Charles-Nicolas Cochin, père et fils, graveurs célèbres ; Augustin Cochin , conseiller d'Etat sous Louis XV ; et l'illustre avocat Henry Cochin. L'une des gloires du barreau Français, il y mit en honneur l'improvisation, dicta, pour ainsi dire, à un siècle de distance, plusieurs des dispositions du Code civil, et se fit admirer par sa vertu autant que par sa parole . Lenormand, son émule, s'écriait, après une de ses plaidoiries : « Je n'ai rien entendu de si éloquent. » RoUin, son ami, a dit ; <c Jusqu'à Cochin, je n'ai pas trouvé d'application de la définition : Vir bonus, dicendi peritus . » Martin, son admirateur, a écrit : <c Une défendit jamais que ce qu'il aurait jugé. »
Dévouement civique, religion, travail, charité, nobles sentiments, traditions vénérables perpétuées de siècle en siècle dans d'honorables vies, voilà les véritables titres d'anoblissement de la famille Cochin ; et si, à diverses reprises, des lettres royales ou la possession de certaines charges, ont conféré à ses membres la noblesse et les titres d'écuyer, de chevalier ou de baron, ces lettres et ces charges n'ont fait que revêtir d'un caractère public une noblesse dont l'ancienneté de leurs vertus et de leurs services les avait, j'ose le dire, dès longtemps mis en possession.
« C'est beaucoup d'être le fruit d'un bon arbre, « a dit St-François-de-Sales ; mais la vertu et la « naissance sont comme la lumière et la splen- « deur : l'une brille par elle-même, l'autre n'a « qu'un éclat emprunté, m
En continuant la suite des générations on arrive à Jean- Deny^-cMarie Cochin, maire, député et conseiller municipal de Paris, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation (i), fondateur des Salles d'Asile en France. Toute sa vie fut consacrée à l'étude des questions scolaires, ouvrières, hospitalières.
Quant à son fils, M Augustin Cochin, on sait quelle gloire il ajouta à l'héritage de sa famille. Sa mémoire est présente au cœur de tous ceux qui l'ont connu.
D'honorables alliances ont rattaché la famille Cochin aux familles Cai ron et Nau de Beauregard, qui figurent avec elle au procès (2).
Dans la présente génération, les héritiers de l'abbé Cochin s'efforcent d'accomplir les devoirs qui leurs sont imposés par de semblables traditions de famille.
Un des premiers parmi ces devoirs était sans doide de défendre j comme ils l'ont fait l'œuvre de leur grand oncle.
(1) Souvent cité eu cette qualité par Dalloz,aux axiicles Hypothèque, Privilège, Nantissement, Antichrèse, 1818, 1819, 1822, 1823, 1824, etc.
(2) Un tableau généalogique, placé aux pièces justificatives fait connaître les liens qui rattachent à l'abbé Cochin les divers dem«ndeure àxi procès.
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