Lettre de M, l'abbé Cochin
Je scai Madame que vous ne pouvés et ne devés agir que d'après les délibérations du Conseil de votre Congrégation aussi suis-je bien éloigné de me blesser des objections que vous me faittes ; au reste il me semble que nostre contestation se civilise puisque nous sommes d'accord sur presque tous les articles.
Vous ne voulés rien diminuer des accommodements demandés quelque onéreux qu'ils soient pour moi ; je crois devoir y accéder; cet objet est trop mince pour arrêter la conclusion d'un traité fiussi utile aux pauvres.
N'aiez aucune inquiétude Madame sur la juridiction de la thrésorière ; elle se s'étend pas au-delà des comptes qu'elle reçoit directement de la sœur première et à qui elle fournit l'argent nécessaire pour les différentes dépenses ; c'est elle qui tous les mois raportera au bureau les comptes qu'elle aura visé pour y être arretté tant pour sa propre décharge que pour celle de la supérieure : il a paru plus décent que celle-ci eut à traiter directement avec une personne de son sexe ; d'ailleurs cette maison
est proprement la maison de Charité de la paroisse et ne change les usages qui y sont observés que dans les points prévus dans nos conventions et pour ne point détourner les sœurs du service de l'intéi'ieur de la maison, le curé seul aura l'œil sur l'observance des règles et l'administration ; elle-même ne pourra en contredire l'observation, en un mot la thrésorière ne sera dans cette maison que ce qu'elle est dans toutes les pai'oisses ou elle traitte vis-à-vis des sœurs de dépenses relatives aux pauvres malades.
Vous désiriez Madame avoir communication du règlement de la maison, mais le règlement ne sera arrêté que lorsque la maison aura déjà servi pendant quelque temps à l'usage auquel elle est destinée ; il n'en est pas de même de la règle intérieure qui doit être observée pour le soin des malades et les exercices qui leur sont propres ; je l'ai contesté avec nostre sœur supérieure affin qu'il ne contrariât point les exercices de vostre règle et il m'est facile de vous faire passer cette règle particulière ; nous devons nous attendre alors que sur ce point l'expérience nous foi'cera à quelques variations mais les changements qu'on sera forcé de faire ne nuiront en rien aux usages de votre congrégation .
Il ne reste plus qu'un article auquel l'administration me paraît fortement tenir, c'est celui qu'aucun domestique ne puisse être renvoie sans l'aveu au moins présumé du bureau ; la précaution que nous prenons dans nostre traitté de n'introduire aucun domestique contre le gré des sœurs de leur en laisser absolument le choix, leur donne sur tous une autorité qui les met à l'abri de tout inconvénient ; la facilité dans les grandes occasions de les expulser en avertissant le curé vient encor à l'appui de cette autorité, il ne s'agit donc plus que de sujets médiocres et sur lesquels il y aurait de l'hésitation et alors le contest entre les Pœurs et l'administration ne peut estre préjudiciable aux sœurs et aux domestiques même que cet espèce de jugement retiendra dans le devoir.
Ce dernier article une fois convenu de vostre part Madame, je ne vois plus rien qui arrette sur la conclusion du traitté auquel je prens en mon particulier le plus grand intérest et parce qu'il tend au bien de mes pauvres et parce qu'il me lie à une congrégation que je respecte infiniment et parce qu'il me donnera l'occasion de vous renouveller fréquement le Respectueux dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'estre Madame,
Paris, le 20 Février 1182. Votre très-humble et très-obéissant serviteur, J. D. Cochin , curé de St-Jacques du Haut-Pas.