INAUGURATION DU BUSTE DE L'ABBÉ COCHIN DANS UNE SALLE DE L'HOPITAL
i. --Extrait du Journal des Débats, du 21 Nivôse an XII. (12 Janvier 1804)
Le buste en marbre de M. Cochin, fondateur de l'hospice de ce nom, exécuté par le citoyen Bridan, d'après les ordres du Ministie de l'Intérieur, a été posé le 9 de ce mois dans une salle de cet hôpital. Les parents et les amis du respectable curé de St-Jaeques, les pauvres qui l'ont tous connu y retrouveront l'expression de bonté de sa i)hysionomie, et la douce simplicité de son cœur. Le nom de M. Cocliin est un de ceux qui rappellent le mieux l'idée du digne ministre d'une leligion de bonté. Nul homme ne peignit les besoins des pauvres nvec plus de simplicité et plus d'énergie ; son cœur dictait les paroles qui sortaient de sa bouche ; aussi fût-il payé selon ses œuvres ; nul
homme ne recueillit de ai abondantes et de si volontaires aumônes. C'est par leur moyen, et par les dons de sa famille, qu'il parvint à fonder une école où l'on enseignait aux enfants à lire, à écrire, mais où on leur apprenait surtout à travailler. C'est par ce moyen, c'est en vendant ses meubles, et jusqu'à sa bibliothèque qu'il parvint à fonder un hôpital dont la première pierre fut posée en 1780, et qu'il eut, par les soins et le zèle de l'architecte Viel, son ami, le bonheur de terminer en deux ans. Sa vie fut toute remplie de bonnes œuvres; il ne vécut que pour faire le bien. Ses sermons et ses discours spirituels ne respirent que la charité ; ils sont encoi-e aujourd'hui, peut-être, un des meilleurs modèles à offrir aux pasteurs qui veulent faire entendre le langage de l'Evangile. Sa famille, qui a publié ce recueil, en a donné le prix tout entier aux pauvres ; c'était honorablement continuer son ouvrage. Tel est l'homme de bien, le vénérable pasteur, dont le Ministre a honoré la mémoire.
Extrait de la Gazette de Frange du 3 Pluviôse an XII (24 Janvier 1804)
On dirait que le gouvernement s'est fait une loi de dédommager ia mémoire des bienfaiteurs de l'humanité, de l'oubli où elle était restée, ou plutôt des profanations auxquelles elle avait été exposée sous le règne de l'anarchie et de l'immoi-alité. Aussi a-t-il la satisfaction de voir partout renaître la bienfaisance et se rallumer le feu de la charité. Dans l'espace de quatre années, les hospices ont^retrouvé une grande partie des dotations dont la Révolution les avait dépouillés; des femmes vertueuses que les persécutions n'avaient pas découragées, se sont présentées en foule pour se vouer de nouveau dans lesasyles de l'infortune, au soulagement des pauvres et des malades. Ce n'est pas au rétablissement de la religion seulement qu'il faut attribuer le retour des coeurs vers la bienfaisance ; c'est aussi à l'espèce de culte dont le Gouvernement honoreet fait honorer, a son exemple, les fondateurs et bienfaiteurs d'établissements pieux, que nous sommes redevables d'un ordre de choses aussi consolant poar l'humanité.
On ne saurait songer aux œuvres éclatantes de la charité, sans que le nom de l'illustre abbé Cochin se présente naturellement à l'esprit, malgré les efforts impies que la Révolution a faits pour proscrire sa mémoire, en lui ravissant son titre le plus glorieux, on n'avait point oublié que c'est à lui, à sa famille et à quelques âmes charitables dont il avait échauffé le zèle, que l'on doit la fondation de l'hospice, situé en face de l'Observatoire, et qui a repris dernièrement le nom de son fondateur.
Le gouvernement ne s'est pas borné à payer ce tribut de respect à l'un des plus dignes bienfaiteurs de l'humanité; il a voulu qu'un buste de M. Cochin fût placé dans cet hospice, et le ministre de l'Intérieur s'est empressé de le faire exécuter. La lettre suivante contient, à ce sujet des détails que nous nous faisons un devoir de publier :
Aux Rédacteurs de la Gazette de France.
J'étais le 9 nivôse, à l'hôpital Gochin, où, depuis sa fondation, j'exerce la chirurgie par le choix du vertueux curé de St-Jacques du Haut-Pas, dont la Charité a créé cet établissement. Je ne saurais exprimer la douce émotion que j'éprouvai, quand je vis, ce jour-là, placer dans cet hôpital, par ordre du Ministre de l'Intérieur, le buste de M. Gochin, fait en marbre blanc, par une main habile (l). L'administration des hospices, composée des personnes les plus distinguées par leur mérite et leur bienfaisance, s'était rendue à l'hôpital Gochin, pour y installer le buste de son fondateur, et offrir à son image le tinbut de respect qu'elle aurait voulu pouvoir payer à celui que les cœurs vertueux regretteront toujours. M. Duchanoy, l'un des membres du Gonseil d'administration, a prononcé, en présence des pauvres, de toutes les personnes employées dans cette maison, de Madame Galland, Fagente de l'économe, qui la dirigent avec zèle, intelligence, et de la famille Gochin, un discours plein d'éloquence et de sensibilité; il a dit, entre autres, que la seule vue de ce marbre échaujferait les cœurs en faveur des pauvres. Ghacun était pénétré ; les pauvres surtout témoignèrent leur sensibilité et leur reconnaissance ; la famille du fondateur versait de bien douces larmes ; les miennes s'y joignirent. Tous ceux qui chérissent la mémoire de cet homme célèbre par ses vertus et par toutes ses bonnes œuvres, me sauront gré d'exprimer ici, comme en leur nom, les sentiments dont j'ai été pénétré.
Garon,
Membre du collège de la ci-devant académie de Chirurgie, Chirurgien en chef de l'Hôpital Cochin.
N.-B. — Le cœur de M. Gochin avait été, à la demande de sa famille, placé à l'hospice, dans un des piliers de la chapelle ; il y est toujours. Mais cette chapelle ne sert plus à la célébration de l'Office divin ; elle est employée à un autre usage. On a nommé un chapelain qui vient visiter les malades ; mais l'ancien oratoire n'est point encore rétabli, et la famille Gochin désire vivement qu'il le soit (2).
(1) C'est M. Bridan, sculpteur célèbre qui a modelé ce buste en terre cuite, qu'il avait fait au moment de la mort de M. Cochin, curé, et dont M. Viel, gendre de M. Bridan, avait fait don à l'hospice. C'est cet ai chitecte distingué, qui a construit ce monument, dont il a su tirer, avec peu de terrain, le plus grand parti, et avec un désintéressement admirable, faisant don aux pauvres de son temps et de ses travaux. (Note de la Gasette de France).
(2) Depuis le jour où M. Carou écrivait la Chapelle de l'Hôpital Gochin fut rendue au culte. Une nouvelle Chapelle a été bâtie en 1873 au moyen d'une somme léguée par M. Augustin Gochin. Le cœur de l'abbé Gochin y a été transporté. ( Note des Editeurs).
Discours prononcé par M. DUCHANOY
Administrateur des Hospices, le 9 Nivôse 2ui XII,
à l'occasion de l'inauguration
du buste de l'abbé J. D. COCHIN.
Qu'il me soit permis de jeter quelques fleurs sur l'autel de la bienfaisance !
Qu'Us se trompent, et qu'ils sont bien peu consolants, ceux qui pensent que tout Unit avec riionime quand il cesse de respirer ! Sans doute le nom du commun des mortels laisse à peine ici bas quelques reyrets fugitifs ; mais qu'il en est autrement de ces hommes qui se sont illustrés par de hauts faits, ou fait aimer par leurs vertus. Leur àme leursurvit, et, toujours présente, elle électi'ise, elle enflamme par l'exemple, et produit autant d'émides qu'il reste d'hommes capables de les apprécier et jaloux d'imiter leur bienfaisance ou leur dévouement.
Arrêtons nous un instant dans cet asile sacré du malheur. Qui de nous ne se sent pas ému, attendri, reconnaissant au seul nom de Goghin, le pasteur vénérable, ce vrai père des indigents ? Et qui n'aime pas à applaudir aux hommes, ses imitateurs qui, semblables en tout à lui, éprouvent le besoin de la bienfaisance ?
Le membre du Conseil des Hospices, M. Duquénoy, chargé spécialement de la direction de cet hôpital, animé de l'esprit de l'ailniinistration toute entière, doué de cesentiment exquis, que j'appellerais volontiers l'inslinct du bien, marche sur les traces du bienfaiteur que nous célébrons en ce jour : ne parlons pas des sacrifices particuliers et répétés qu'il fait sans cesse à la classe malheureuse des pauvres ; rendons lui ici d'éternelles actions de grâce d'avoir, par son crédit fondé sur l'amour du bien, obtenu d'un ministre ami de l'humanité ce marbre animé par le ciseau d'un de nos plus célèbres sculpteurs, M. Bridan ; ce même crédit ajoutera encore à ce qu'a fait Cocliin Et les vertus de l'un se réfléchiront longtemps encore dans les œuvres de l'autre.
Oii sont-ils ces hommes iiidifiérents, ces égoïstes froids, poui- qui la vuû du nialheur est un spectacle de répugnance et d'eflroi ; qu'ils viennent ! Ce marbre, cette image où la douceur, la commisération, la satisfaction d'avoir fait le bien respirent à î'envi 1 Cette image les échaufiera, amortira leur cœur, et les reiulra capables d'éprouver les douces émotions de la pitié. Qu'elle était belle, noble et touchante cette apostrophe du citoyen Pastoret, couronnant dans un concours public les élèves de cet art destiné à guérir et à consoler l'homme malade : « Approchez, jeunes élèves, aiguisez vos « instruments sur le marbre des Dussault, des Bichat, « comme jadis les soldats aiguisèrent leurs armes sur le « tombeau de Turenne ! »
Je dirais volontiers : Approchez, hommes indifférents ou de glace ! Le cœur du fondateur de celle maison est là ! Les émanations célestes qui en jaillissent vous embraseront et vous feront sourire à la vertu, comme au bonheur si touchant de faire du bien au pauvre !
DEVOUEMENT DES SŒURS DE L'HOPITAL COCHIN PENDANT LES ÉPIDÉMIES CHOLÉRIQUES