I. — Médecins
A l'Hôpital-Général, on ne recevait ni ne soignait aucune personne malade. Par les articles XXVII et XXVIII de son règlement, tous les individus atteints de maladies formées, étaient envoyés à l'Hôtel- Dieu. Toutefois, à la Salpêtrière, à la Pitié et à Bicêtre, il y avait des infirmeries pour les officiers, officières et domestiques, où les pauvres étaient admis, lorsqu'ils n'avaient que des maladies ordinaires.
Un docteur-régent de la Faculté de Paris, choisi par les administrateurs, aux modestes appointements de cinq cents livres par an, augmentés, en 1700, de pareille somme, visitait chaque maison de l'Hôpital-Général deux fois par semaine, et plus souvent quand il était nécessaire. Pour se rendre à Bicêtre, éloigné de la ville, une voiture était mise à sa disposition (1).
Quoique ces fonctions fussent peu rémunératrices, la Faculté y attachait grand honneur, et elle déployait une énergie et une ardeur parfois exagérées à vouloir conserver et défendre le privilège qu'elle croyait posséder de fournir seule des médecins aux Hôpitaux, aux Hospices, à l'Hôtel-Dieu, à la Charité, aux Incurables et aux Petites- Maisons.
Aussi, grand fut son mécontentement, quand les administrateurs de l'Hôpital-Général nommèrent un certain Gaulard, docteur de Reims et médecin des Écuries du Roi. Menacée dans ses prérogatives, elle chargea Combalusier, un de ses membres, de présenter au
(1) Collection Joly deFlcury.
Parlement un Mémoire, explicatif de ses droits. Les conclusions méritent cPen être rapportées ici (1).
« La Faculté supplie la Cour de vouloir bien décider et reconnaître « solennellement que le soin de tous les pauvres de cette capitale est « la première et la principale des fonctions publiques, qui lui sont « confiées par les Arrêts, et de régler que définitivement la direction « médicale de tous les Hôpitaux et de toutes les Charités de Paris « appartient à la Faculté et à ses membres, uniquement et exclusi- « vement à tous les autres médecins.
« Elle demande en conséquence que la nomination, l'installation « et la possession actuelle de la place de médecin de l'Hôpital-Géné- « rai par le sieur Gaulard soient déclarées nulles et à nul effet, et « qu'il soit procédé incessamment par le Bureau de l'Administration « à la nomination d'un ou plusieurs médecins de la Faculté, tels « qu'ils voudront les choisir pour visiter et soigner convenablement « les pauvres dudit Hôpital.
« Comme il paraît qu'un seul médecin ne peut suffire au service « des malades, dont la quantité est considérablement augmentée « depuis quelque temps dans cet hôpital, la Faculté offre le nombre a de ses docteurs, qui sera jugé nécessaire pour cet objet important; « elle en trouverait même qui y feraient leur résidence, s'il le fallait.
« Si l'administration ne connaît pas assez les sujets, qui compo- « sent la Faculté, cette compagnie aura l'honneur de lui en présen- 0 ter plusieurs, pris dans le ban des Anciens et dans celui des Jeu- « nés, mais tous dignes de la confiance du public. »
Dans ce même mémoire, l'auteur donne la liste des médecins de la Faculté qui ont rempli de 1657 à 1762 la place que Gaulard veut lui enlever. Ce sont : Florimond Langlois, Robert Patin, Moreau, Finot père et fils, Winslow, Fermelhius, Lépy et Latier (2). L'Alipanach Royal, d'autre part, mentionne à partir de 1750 à l'article consacré chaque année à l'Hôpital-Général les médecins, chargés de ce service; de sorte que nous connaissons leurs noms à tous.
Quelques mots de biographie sur chacun ne seront peut-être point inutiles, car peu d'entre eux sont connus.
Langlois (Florimond), né à Paris en 1606, mort dans la même ville,
(1) Défende de la Faculté de médecine.
(2) Défense de ht Faculté de médecine, p. 71.
le 22 novembre 1671, fut reçu docteur le 22 novembre 1639. Il eut de violents démêlés avec ses collègues, et surtout avec l'irascible François Blondel. On ne lui pardonnait point de s'être fait le défenseur et le propagateur de l'antimoine. Nous ne comprenons guère aujourd'hui les haines et les polémiques acerbes que ce médicament a fait naître pendant plus d'un siècle. Un de ses adversaires, dans un violent pamphlet, l'accuse de s'être donné au diable (accusation grave alors, car on croyait encore aux sorciers, et on n'hésitait pas à les punir sévèrement et à les faire brûler en place de Grève, comme ce pauvre Simon Morin, dont nous avons déjà parlé.)
La Faculté se faisait gloire de tenir haut et ferme le drapeau de l'orthodoxie et de ne jurer que par Hippocrate et Galien ; aussi elle répudiait et proscrivait toutes les méthodes de traitement, inconnues à ces deux^maîtres. Lénifier, adoucir, rafraîchir,purger et saignera outrance, tel était presque exclusivement au XVl<=et au XVII" siècles le programme thérapeutique.
Florimond Langlois a peu écrit, on ne connaît de lui que les deux opuscules suivants :
En epUepsiœ et melancoliœ hemorrhoides, salutares, 1640. En collaboration avec Eusèbe Renaudot.
Non E. unquani salubris ebrias. 1663, avec Charles Lelong.
Patin (Robert), fils du célèbre Guy Patin, né le 11 août 1629, docteur en 1639, obtint au Collège royal la chaire qu'avait occupée son père, et fut nommé à l'Hôpital-Général en survivance de Florimond Langlois ; mais il mourut avant celui-ci.
Guy Patin, son père, dans une curieuse lettre, adressée à un de ses amis, rend compte d'une visite qu'il a faite à Bicêtre où le scorbut exerçait de grands ravages. Comme elle donne quelques détails sur cet Hôpital, il nous a semblé bon de la reproduire.
« Par ordonnance de M. le Premier Président et des administra- « leurs de l'Hôtel-Bieu les six médecins de cet hôpital furent assem- « blés, il y a quelques jours, afin d'aviser à ce qui pourrait se faire « pour empêcher le progrès du scorbut, qui devient si commun « dans les hôpitaux. A ces messieurs on a ajouté les deux médecins t de l'Hôpital-Général, Florimond Langlois et Robert Patin et deux « autres de notre faculté : Brayeret moi. La difficulté n'a été effleurée, « bien qu'il y en ait deux qui aiment à pleurer et qui aient bien tenu « le tapis, enfin il a été résolu que l'on nous mènera visiter les lieux
« et entre autre le château de Bicêtre, où il y en a un grand nombre € et que là nous examinerons les causes de cette propagation du mal t et ferons réflexion sur la nature des eaux qu'on y boit, des vents « (jui y soufflent et des aliments dont on est nourri.
« Paris le 13 mars 1670. »
Quelques jours plus tard, à propos d'un ouvrage sur le scorbut, que lui a adressé cet ami, il lui parle encore de cette épidémie.
« Je vous remercie de votre livre du scorbut, dont plusieurs Alle- « mands ont écrit. On ne voit point cette maladie chez les Bourgeois. « mais seulement chez quelques pauvres gens et dans les hôpitaux, « comme le château de Bicêtre et dans la Savonnerie, où l'on ne boit « que de mauvaises eaux; mais le Premier Président et les adminis- « traleurs y ont donné ordre et retranché beaucoup d'abus.
« Paris, 30 août 1670. »
Peu de temps après le jeune médecin de l'Hôpital-Général succombait, emporté par une'maladie de poitrine, que son père ne désigne pas nettement, mais qui paraît avoir été une phtisie. Guy Patin n'avait point à se louer de ce fils, qui, profitant d'un moment de faiblesse de sa part pour lui faire signer un abandon presque complet de sa fortune et de sa belle bibliothèque, s'était aussitôt empressé de vendre les livres que le vieux bibliophile avait réunis avec tant d'amour.
Moreau iJean Baptiste) né à Paris en 1626, mort à Fontainebleau en 1693, succéda à Langlois. Il occupa une chaire au Collège royal et fut doyen de la Faculté. Il a peu écrit, mais pourtant on peut citer de lui.
Non E colico et nephretico dolori eadem remédia. Paris 1638, avec Perreau.
Non E idem, in assumendis alimentis ordo, 1649, avec Denis Puylon.
En quadragrsimali tempore pisciam ejus carninm esui antepo-nendum.
Finot(Baymond), médecin poète, né à Beziers en 1636, mort en 1709 fut d'abord reçu docteur à Montpellier et vint ensuite se soumettre aux mêmes épreuves à Paris, où il acquit une grande réputation, comme praticien. Malgré, toute sa science il tut supplanté en 1691 par un charlatan, nommé Rochebruiie qui, grâce à la haute protection du Premier Président de Harlai, le remplaça â l'Hôpital-Général. Le doyen de la Faculté, Mahieu alla trouver le Premier Président et
lui démontra quelle injustice il y avait à chasser ainsi de ses fonctions un homme, à qui pendant vingt ans l'administration n'avait eu que des louanges à adresser. Il fut alors renommé.
Il avait été le médecin du Grand Condé, près de qui il était en haute estime.
Finot (Raymond), son fils, né à Paris en 1674, mort à Soisy-sous- Etioles en 1747, succéda à son père comme médecin de l'Hôpital- Général. Mais il ne garda pas longtemps cette place.
Le père et le fils publièrent quelques mémoires :
E. propria medici scientia œconomiœ avimalis cognitio, Paris, 1695.
E. Asthmati humido nicoUna, 1700. Avec Fancy.
Non E semper et certum impedmentum generationis amoris vinculum, 1669.
Non est vita sine somno, 1667, avec Henri Mallieu.
Ari quo fluxilior savguis an satnlas firmior, 1702, avec Pépin.
Winslow. — Celui-ci a laissé un nom connu de tous. Né le 9 avril 1669 à Odensée dans l'île de Funën (Danemark), il eut une vie des plus mouvementées. Destiné à l'état ecclésiastique, il conçut vite une grande répugnance pour les études théologiques; petit neveu de Stenon, il se sentait attiré Vers la science dans laquelle son oncle s'était illustré, il abandonna donc les cours de théologie pour se consacrer à i'anatomie. Après un an de travail, il avait fait de si grands progrès, que le roi de Danemark lui donna une bourse de voyage pour parcourir les diverses Uniyersités de l'Europe et compléter ses connaissances. En 1698 il arriva à Paris, où il suivit les cours de Duverney. Peu après, converti par Bossuet, il abjura le luthéranisme, du coup sa pension lui fut enlevée ; mais l'évêque de Meaux, ne voulant pas que son néophyte tombât dans la misère, lui en fit une de la même somme. En 1703 Winslow soutint en présence de Bossuet, déjà gravement malade, une de ses thèses inaugurales.
La Faculté, qui avait jugé son mérite, lui vint en aide à la mort de son protecteur, et lui fit obtenir la place de médecin de l'Hôpital- Général. Il donna bientôt sa démission pour se livrer entièrement aux études anatomiques; dès lors pendant plus de cinquante ans, il ne cessa ses recherches. Quand il mourut à Paris, le 4 avril 1760, il avait acquis depuis longtemps, dans le monde savant, une réputation incontestée.
Parmi ses nombreux travaux nous citerons :
An cerealia et olearia agri Parisiensis salubria, 1703.
En ex anatome subtiliori medica certior ars ? 1714.
Lettres à Morand sur l'opération de la taille, 1728.
An mortis incertœ signa minus incerta a chirurgicis quam ab aliis experimentis ?
An ad servandam prœ fœtu matrem, obstetricium humatile minus anceps et œquè insons, quam ad servandum cum matre fœtum sectio cœsarea ? 1744.
An ad exlrahendum calculum, dissecanda adpubem vesica? Paris, 1752.
Remarques sur le mémoire de M. Ferrein, concernant le mouvement de la mâchoire inférieure (1).
Fermelhuis (J.-B.), né à Vernon en 16S6, mort le 20 février 1731, fut membre de l'Académie des Arts et de l'Académie de peinture et de sculpture. Quoiqu'il ait été un praticien distingué et très occupé, il n'en cultiva pas moins avec grand succès les belles-lettres. Souvent il fut appelé par ses fonctions d'académicien à prononcer des éloges funèbres; parmi les plus remarquables, on cite celui d'Elisabeth Sophie Chéron, femme de La Harpe, son collègue, àTAcadémie de peinture et de sculpture et celui du célèbre sculpteur, Coysevox.
Il n'en remphssait pas moins avec zèle ses fonctions à l'Hôpital- Général. Ce fut lui, qui composa le formulaire, destiné aux apothicaireries de cet établissement charitable (2) .
Lépy (Pierre- Antoine), né à Paris, fut reçu docteur le 8 octobre, 1704. Après avoir aidé Fermelhuis pendant plusieurs années dans ses fonctions de médecin à l'Hùpital-Général, il le remplaça ù titre définitif le 8 janvier 1723; et pendant trente ans il remplit celte charge à l'entière satisfaction des administrateurs (2).
Latier (J. François), né à Dieppe, le 29 juillet 1721, docteur le 26 septembre 1752, acquit tout jeune une grande réputation. Aussi, Lépy, devenu vieux, le prit, avec le consentement du Bureau, comme adjoint à FHôpital-Général; lorsque celui-ci se retira, il fut nommé médecin titulaire malgré les compétitions acharnées de collègues plus âgés. Plus tard Gaulard prétendit dans sa réponse au mémoire de la Faculté de médecine, que Latier n'avait été choisi que grâce à
(1) Van TîALLER. Bibliotheca Anatomioa. Collection Joly de Fleury, n» 1,248
(2) Colkctum Joly de Fleury, 1223.
la protection, non désintéressée de Lépy, à qui il aurait dû donner la moitié de son traitement ; l'accusateur commettait là une mauvaise action, car les deux accusés n'étaient plus de ce monde pour répondre. Il est peu vraisemblable que deux médecins en renom se soient tant préoccupés de se partager les mille livres d'honoraires, que rapportait cette place. Latier n'exerça que cinq ans à THôpital-Général, il fut emporté le 10 juin 1760, victime de son dévouement à soigner les scorbutiques de Bicêtre (1).
Les Administrateurs ne crurent pas devoir se presser à lui donner un successeur.
Les malades ne souffrirent point de cet intérim. Deux anciens doyens de la Faculté consentirent à se charger momentanément du service. — C'étaient Boyer et Chomel.
Gaulard. Au bout d'un an, on se décida à nommer un titulaire. La place était si recherchée que vingt médecins se mirent sur les rangs pour l'obtenir. Un premier tour de scrutin ne donna pas de résultat et la nomination fut renvoyée à plus tard. Dans l'intervalle un des administrateurs, ami de Gaulard, l'un des concurrents, fit de la propagande en faveur de ce dernier : Celui-ci, docteur de Reims, avait osé le premier disputer ces fonctions aux membres de la Faculté de Paris ; il est vrai que sa qualité de médecin des Ecuries du roi lui donnait une grande influence. Quelques Administrateurs pour se faire bien venir de la Cour n'hésitèrent pas à soutenir ouvertement sa candidature. Au second vote il eut presque l'unanimité. Malgré les protestations adressées au Parlement, sa nomination fut reconnue valable, et jusqu'en 1782 il est mentionné dans l'Almanach Royal.
Philips (Joseph), né à Entrevaux (Provence), professeur de pathologie externe et doyen, succéda à Gaulard en 1782; il occupa cette place jusqu'en 1792. Alors il donna sa démission à la suite de dissentiments, survenus entre lui et la nouvelle administration des Hôpitaux.
Chambon de Mentaux. Lorsqu'en 1786 l'infirmerie de la Salpêtrière se trouva terminée, les malades de cette maison ne furent plus envoyés à l'Hûtel-Dieu, et on adjoignit à Philips un collègue. Saillant (2) fut nommé comme médecin résidant. Mais il n'accepta pas la
(1) Défense delà Faculté de médecine y ar Combaluaier.
(2) Collection Joly de Fleury, n» 1,230.
place, alors Chambon de Montaux fut choisi. En 1790, il donna également sa démission pour s'occuper de politique, il fut même^maire de Paris du 14 décembre 1792 au 4 février 1793.
Saillant (Charles-Joseph), né à Paris, en 1747, se fit renommer à l'Hôpital-Général en 1790. Le 4 novembre 1791, l'Administration des hôpitaux sans motif plausible le remercia en même temps que cinq élèves en médecine et en pharmacie. Saillant qui était riche et Electeur de Paris, naccepta point cette révocation sans protester ; il adressa une pétition à la Chambre. Le H novembre il fut admis à la barre de l'Assemblée et il demanda que l'arrêt, qui l'avait cassé, fut rapporté. Les députés, pour plus ample informé, renvoyèrent l'affaire au ministre de la justice, qui après enquête laissa les choses dans le statu quo (1).
Avec Philips et Saillant se termine la liste des médecins de l'Hôpital-Général.
Chirurgiens de l'Hôpital -Général et de Bicêtre.
Avant la Révolution, les chirurgiens, quoique leur profession fût essentiellement libérale, constituaient une corporation, formée sur le modèle des autres métiers. Le premier règlement, qui leur fut donné en 1301 par le prévôt Etienne Boileau, se trouve dans le Livre des Métiers.
Ils étaient assujettis,comme toutes les autres corportions, à des règles strictes, et pour acquérir le titre de maître en chirurgie il leur fallait remplir de nombreuses formalités : passer des examens, faire un stage et payer certaines redevances assez onéreuses.
Lorsque l'Hôpital-Général fut institué, tous les corps de métiers furent obligés de lui fournir chacun deux gagnant-maîtrise. Les chirurgiens et apothicaires y furent également astreints par lar ticle 57 de l'édit d'Avril 1656.
« Voulons aussi, y est-il dit, que les apothicaires et les chirurgiens « donnent chacun deux compagnons, capables pour servir audit « Hôpital-Général et y assister les officiers et les domestiques d'iceluy, « pour les indispositions communes et les maladies des officiers et « des domestiques et après pareil temps de six ans,lesdits compagnons
(1) Archiver nationales, Fl^ 2 H, 245 et 21G.
« apothicaires et chirurgiens gagneront leur maîtrise sur les certificats « des directeurs et auront mêmes droits et privilèges que les autres <i maîtres. »
Quoiqu'il n'en soit pas fait mention dans le règlement précité, les directeurs mirent à la tête du service chirurgical un maître chirurgien, résidant à la Pitié.
Un autre règlement, formuléenlTSOparl es administrateurs deTHôpital-Général (1), donne les renseignements les plus précis sur l'organisation chirurgicale de ce grand établissement.
Ni la Faculté, ni le Collège de St-Côme n'avaient voix délibérative dans la nomination des chirurgiens et des compagnons ; ils étaient choisis sans leur avis et sans leur participation, on ne les consultait que pour juger du mérite et de la capacité des candidats.
Fallait-il des chirurgiens gagnant-maîtrise, des élèves ou des compagnons dans une des maisons de l'Hôpital-Général ? Les postulants étaient invités à se présenter au bureau de la Pitié. Là on examinait leurs titres et si l'on était embarrassé pour choisir, on leur faisait alors subir un examen. Les membres du jury étaient le lieutenant du premier chirurgien du roi, les prévôts de St-Côme, le doyen et deux docteurs de la Faculté de médecine, ils constataient le savoir des concurrents, et faisaient ensuite leur rapport aux directeurs. Mais ceux-ci n'étaient nullement obligés de tenir compte du rang, assigné par la commission.
A différentes reprises, médecins et chirurgiens protestèrent contre cette manière de procéder. En 1722, Maréchal, premier chirurgien du roi, avait obtenu que les places de gagnant- maîtrise à la Salpêtrière et à Bicêtre fussent mises au concours, mais l'Hôpital-Général se prévalant des dispositions de l'Éditde 1656 fit rapporter l'arrêt (2). En 1730 et en 17."1 ce même privilège lui est confirmé (3).
Habituellement lorsque les fonctions de chirurgien en chef devenaient vacantes, les administrateurs nommaient un de leurs gagnantmaîtrise ; les apprentis, dont ils étaient satisfaits, passaient second ou premier compagnon, de préférence aux étrangers. De sorte que beaucoup d'élèves acquéraient leurs grades sans sortir de Bicêtre ou
(1) Collection Joly de Fleury. Règlement du gagnant-maîtrise à Bicêtre, n» 1235.
(2) Collection Joly de Fleury, n» 1,248.
(3) Code deV Hôpital- Général, p. 9G.
de la Salpêtrière. Il y avait donc tout avantage à servir dans ces maisons, car on y était logé, nourri, payé et en outre on y jouissait de certaines immunités, qui n'étaient point accordées aux autres étudiants.
L'arrêtdu Conseil d'Etat, en date du 4 juillet 1750, qui réorganisait le Collège royal de chirurgie, avait imposé comme condition, pour être reçu maître en chirurgie : d'être âgé au moins de vingt ans, d'avoir suivi les cours pendant trois années consécutives, d'avoir servi pendant trois autres années chez les maîtres, ou dans les hôpitaux des villes frontières, dans les armées ou au moins deux ans dans les hôpitaux des pauvres. Ce n'étaient là que des formalités peu difficiles à remplir ; mais il en était une dernière bien autrement embarrassante, qui consistait à présenter conformément à la déclaration du 23 avril 1743 des lettres de maître es-arts, acquises dans une des Universités du royaume. Par une dérogation spéciale, ce titre de capacité n'était point exigé des élèves de l'Hôpital-Général (1).
A Bicêtre,le service de santé se composait d'un chirurgien gagnantmaîtrise, de deux compagnons et de six élèves, tous logés à l'hospice. Le gagnant-maîtrise et les compagnons avaient chacun leur chambre et les élèves un dortoir commun. Les trois premiers mangeaient au premier réfectoire ; les élèves mangeaient ensemble et avaient la nourriture du second réfectoire. Le gagnant-maîtrise touchait six cents livres d'honoraires, qu'il laissait à la maison pour la nourriture de son cheval; car, malgré la défense du règlement, il avait une nombreuse clientèle à Paris, et chaque jour, après sa visite, il venait donner des consultations en ville. Avant son départ, il parcourait les infirmeries des officières, des filles de seïvice, des employés ou de St-Henry, comprenant quarante lits, où parfois étaient admis les Bons-Pauvres, ainsi que les insensés ; puis il passait à celle des prisonniers, composée des salies St-Roch, St-Léger et St-Denis, et il terminait par les vénériens de St-Eustache et de la Miséricorde. Les deux compagnons faisaient à tour de rôle une seconde visite dans l'après-midi. A son retour de Paris, le gagnant-maîtrise revoyait les malades (2).
Moins heureux dans nos recherches sur les chirurgiens, nous ne
(1) GuYOT. Répertoire de Jurisprudence. Chirurgiens.
(2) Père RiCHAED. Loc. cit.
pouvons donner qu'une liste incomplète des chirurgiens en chef et des gagnant-maîtrise de Bicêtre :
Chirurgiens eu chef :
Jaume, à la Salpêtrière , . . . 1736
Dupont, à la Pitié 1723 à 1736
Rouhault » 1736 à 1740
Martinet » 1740 à 1760
Thomas » 1760 à 1763
Coutavoz » 1763 à 1770
Brun » 1770 à 1792
Girardeau » 1789 a 1792 (1)
Le chirurgien en chef avait toujours son domicile à la Pitié, sauf Jaume qui habita à la Salpêtrière. Ses appointements, qui n'étaient d'abord que de cinq cents livres, furent portés en 1747 à mille livres. Deux fois par semaine, il visitait les maisons de la Salpêtrière et de Bicêtre. En cas d'urgence ou d'accident, il devait s'y rendre immédiatement, car les opérations ne pouvaient se faire qu'en sa présence. De Bicêtre, on venait le chercher en voiture. A l'Hôpital-Général était également attaché un chirurgien bandagiste.
En dehors des maîtres chirurgiens jurés, il y avait, a Paris, trois classes de chirurgiens experts : 1° pour les dents; 2° pour les yeux; 3° pour les hernies.
Nous ignorons si les deux premières catégories étaient représentées à Bicêtre par l'un de leurs membres. En 1728, un oculiste anglais, Woolhouse, s'adressa au bureau de la Pitié pour obtenir le droit de faire des opérations dans les hôpitaux et de panser gratuitement tous les aveugles guérissables et tous les pauvres, affligés des différentes maladies des yeux, qui se trouvaient à l'Hôpital-Général et à Bicêtre. Sa demande reçut-elle une réponse favorable ? Rien ne peut le faire supposer (2).
(1) Tableau du Collège et Académie de chirurgie, Bibliothèque nationale, T9-1. Almanach Royal, 1736-1792.
(2) LegbaXD. Histoire des Qtiin:e-Vingts, p. 337.
Gagnant-Maîtrise.
Parmi les gagnant-maîtrise de Bicêtre nous ne pouvons en citer que quelques-uns :
Catalan, 717 (1).
Dast, qui eut des discussions avec les administrateurs et fut remercié en janvier 1724, avant d'avoir terminé son stage (2).
Berthe (Pierre), nommé à sa place, mécontenta l'administration, car dès la première année de son stage les dépenses de la pharmacie doublèrent (3).
Martinet, qui devint chirurgien en chef.
Thomas, qui après avoir été élève à Bicêtre fut comme le précéden chirurgien en chef.
Faguier en 1776 y était compagnon et fut nommé chirurgien en 1781 à l'hôpital de Vaugirard (4).
CuUerier (Michel), fut nommé en 1787.
Collon, qui en 1790 tit paraître un opuscule intitulé : Réclamations des malades de Bicêtre.
Nous avons trouvé les noms de trois autres chirurgiens, qui gagnèrent leur maîtrise au service de l'Hùpital-Général, mais nous ne pouvons préciser, si ce fut à la Salpêtrière ou à Bicêtre.
Bouret,qui gagna un procès contre la corporation des chirurgiens jurés, qui lui contestait le droit de prendre le titre de maître (5).
Gilles (Charles) (6).
Leduc (Antoine) (7).
(1) Almanavh royal. Année 1717.
(2) Collection Joly de Fleury, n" 1222.
(3) Collection Joly de Fleury, n» 1222.
(4) Archives nationales, F'* 245.
(6) Code de V Hôpital- Général, p. 96.
(6) Index Funereus.
(7) Index Funereus.