LES SABLIERS
On désigne sous ce nom de petits appareils du même genre que les clepsydres, plus simples comme construction, plus maniables surtout, généralement moins complets comme indications, mais aussi moins sujets à se déranger, fondés toutefois sur le même principe, mais où le sable se trouve substitué à Teau ; particularité qui leur vaut le nom sous lequel on les désigne.
L'usage des sabliers est vraisemblablement très ancien. Cependant aucun texte remontant à l'Antiquité et consacré à leur description n'est parvenu jusqu'à nous, les écrivains spéciaux, philosophes et savants, les ayant jugés sans doute de trop peu d'importance, pour daigner s'occuper d'eux avec quelque détail. Mais, fait curieux, si leur invention remonte à des temps très lointains, le nom sous lequel nous les désignons est des plus modernes.
On le chercherait vainement dans les auteurs du xvii* siècle. Ni Richelet ni Furetière ne l'ont connu. L'Académie elle-même l'a longtemps ignoré. Jusqu'aux premières années du xviii® siècle on a mentionné ces petites horloges sous le nom de sable, de poudrier, à'ampoulette et surtout à' horloge à sable ou à sablon. Littré a donc eu tort d'écrire que sable était <c le synonyme peu usité de sablier » . C'est, si l'on peut dire ainsi, son ancêtre.
A partir du xiii® siècle, en France et dans le Nord, le sablier remplaça à peu près complètement la clepsydre. Il offrait ce grand avantage d'être, nous venons de le dire, d'un maniement plus facile, et surtout de pouvoir être utilisé en toutes saisons; tandis qu'à l'époque des grands
froids, Teau étant sujette à la congélation, la clepsydre ne pouvait rendre aucun service. Sa forme paraît avoir été, dès le principe, à peu près la même que celle que nous lui voyons aujourd'hui. Les plus anciennes images qui nous aient été conservées en font foi. Il consistait en deux récipients de verre, d'égale capacité, affectant chacun Taspect d'une poire, bien clos l'un et l'autre, réunis à leur extrémité amincie et communiquant ensemble par un petit trou qui permettait au sable, placé dans le récipient supérieur, de s'écouler en un temps mathématiquement déterminé dans celui placé au-dessous.
Les textes sur ce point se trouvent d'accord avec les images. Un document précieux entre tous, V Inventaire de Charles V, dressé en 1380, nous apprend que ce prince possédait a ung grant orloge de mer [à] deux grans fîolles plain de sablon, [renfermé] en ung grand estuy de bois garni d'archal ». Le fidèle chroniqueur de la maison de Bourgogne, Olivier de la Marche, racontant les tournois qui eurent lieu en 1475 à propos des noces de Charles le Téméraire, nous montre les combattants dans les lices, et « aussi tost, ajoute-t-il, qu'ils eurent d'un costé et d'autre les lances sur la cuisse, le nain qui estoit sur le perron drecea son orloge qui estoit de verre, plein de sablon, portant le cours d'une grande demye heure, et puis sonna sa trompe, tellement que les deux chevaliers le purent ouyr. Si mirent les lances en arrest et commencèrent leurs joustes... Ainsi se passa la demye heure que tout le sablon fût coulé*. »
Ce dernier texte offre un intérêt particulier, parce qu'il montre que, dès le xV' siècle, on faisait des sabliers de diverses grandeurs, ou mieux de capacité différente et proportionnée à des longueurs de temps variables. Bientôt, on eut l'idée de confectionner des jeux de sabliers, munis de trous de communication plus ou moins larges, permettant au