Mémoires, édition Michaud, t. III, p
récipient supérieur de se vider plus ou moins rapidement. Généralement ces sabliers étaient au nombre de quatre, le premier se vidant en un quart d'heure, le second en une demie, le troisième en trois quarts d'heure, et le quatrième durant l'heure entière ; puis on gradua chacun de ces appareils, et de cette façon on put suivre de l'oeil la marche du temps pendant un laps déterminé. Enfin quand le dernier récipient était vide et que le quatrième quart par conséquent se trouvait achevé, on renversait l'appareil, qui recommençait son évolution, et ainsi de suite d'heure en heure.
Plus tard, vers la fin du XV® siècle sans doute, sûrement dès les premières années du siècle suivant, on adjoignit à ce jeu de sabliers un petit cadran comportant douze divisions et muni d'une aiguille, qu'on avançait d'une division chaque fois qu'on retournait l'appareil. Celui-ci prit de la sorte l'aspect d'une véritable
Fig. 24. — Sablier à quatre ampou- . , , / • « r» / \
lettes. (Fin de XVI- siècle.) Petite horloge (voir fig. 24). Enfin, les Comptes de la construction du château de Gaillon, à l'année 1505, nous apprenaient que le cardinal Georges d'Amboise fît acheter pour la somme de 45 sols a une petite cloche de métal pour sonner à Gaillon l'eure des maçons et deux orloges de sablon à donner l'eure aus dits maçons ». Cette fois le sablier se compliquait d'une sonnerie.
Si l'intervention de l'homme n'avait pas eu à se manifes-
ter d'une façon constante pour assurer la marche de ces sortes d'horaires, s'il n'avait pas fallu une observation de tous les instants pour ne laisser s'écouler aucun laps de temps entre le moment où le dernier récipient se trouvait vidé et celui où les sabliers étaient retournés et remis en marche, ces sortes d'horloges primitives auraient non seulement rendu de très grands services, mais elles auraient pu donner l'heure avec une exactitude suffisante pour les besoins du temps. Rien n'était négligé, en effet, pour assurer leur fonctionnement régulier. Un détail entre cent fera juger des précautions que l'on croyait devoir prendre.
Une des conditions essentielles du bon écoulement de la poudre ou du sable renfermé alternativement dans les deux récipients, c'était que cette poudre ou ce sable fût d'une finesse bien égale et ne formât pas de petites agglomérations, de petits grumeaux capables, à un moment donné, d'obstruer la communication ou de ralentir la marche de l'appareil. Un curieux livre du xiii® siècle* va nous apprendre à quels raffinements on avait recours dans ce but : a Pour faire sablon à mettre orloges, — dit le Ménagier de Paris, — prenez le limon qui chiet (tombe) du siage de marbre, quant l'on sie ces grands tumbes de marbre noir, puis le boulez (faites bouillir) très bien en (dans du) vin comme pièce de char et l'escumez, et puis le mettez seicher au soleil, puis le mettez boulir, escumer et puis séchier par neuf fois, et ainsi sera bon. »
Si l'on apportait autant de soin à préparer le sable, on ne prenait pas moins de précautions pour confectionner le reste de l'instrument. Les dimensions et la forme des ampoules de verre, la grandeur du trou établissant entre «lies la communication indispensable, étaient préalablement calculées, réglées et ménagées avec toute l'attention désirable. Bien mieux, pour les riches personnages, l'orfèvre