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Fig. 33. — Horloge de Strasbourg.
Elle comprenait, en effet, le comput ecclésiastique, un calendrier perpétuel avec les fêtes mobiles, un planétaire d'après le système de Copernic, présentant les révolutions moyennes tropiques de chacune des planètes visibles à Toeil nu, les phases de la lune, les éclipses de soleil et de lune, le temps apparent et le temps sidéral, une sphère céleste indiquant la précession des équinoxes, les équations solaires et lunaires pour la réduction des mouvements moyens du soleil et de la lune en temps et lieux vrais, etc. Les heures, leurs subdivisions, les jours de la semaine avec les signes des planètes qui y correspondent, étaient marqués à Textérieur et à l'intérieur. De plus, un cadran intérieur, n'ayant pas moins de 9 mètres de circonférence, donnait le quantième, la lettre dominicale, le saint ou les saints du jour, etc. Deux génies ailés étaient assis aux deux côtés du petit cadran. Tous les quarts d'heure, celui de droite frappait sur un timbre un coup à l'instant répété, au-dessus de chaque cadran, par un automate représentant l'un des quatre âges de la vie ; l'Enfance donnait le premier quart , l'Adolescence le second, la Virilité le troisième, la Vieillesse le dernier. La Mort, placée sur un piédestal, à côté de la Vieillesse, était chargée de frapper les heures; et chaque fois le second des petits génies ailés que nous venons de signaler, retournait un sablier dont le contenu s'écoulait en une heure. A midi, à la sonnerie des heures succédait une procession des douze apôtres qui, s'inclinant chacun d'une manière particulière , venaient saluer le Christ, lequel, placé sur un piédestal, étendait sur eux ses mains comme pour les bénir. En même temps, le coq , l^erché sur la tour gauche, agitait ses ailes et faisait entendre trois fois son chant de victoire. Des chars portant des figurines sortaient alternativement d'un groupe de nuages, placé au-dessus du cadran des heures, et indiquaient les jours de la semaine, ingénieusement représentés par des divinités païennes .
Fig. 34. — Horloge de la cathédrale de Bourges.
Il serait difficile, on l'avouera, d'imaginer une œuvre pluscompliquées et cependant, même en ces temps lointains, l'horloge de Strasbourg n'était pas un monument unique en son genre. En regard de certaines horloges d'une sévère simplicité, comme celle de la cathédrale de Bourges (voir fîg. 34), qui ne comporte que deux cadrans fournissant avec l'heure le jour et le quantième, on en pourrait citer nombre d'autres qui, par leur invraisemblable complication, embarrassent le spectateur plus qu'elles ne le renseignent : celle de Besançon notamment, qui, restaurée il y aune trentaine d'années, ne comprend pas moins de trente cadrans fournissant des indications différentes. Nous avons vu, au surplus, par la fameuse horloge de Jehan de Dondis, que l'Italie, à ce point de vue, n'avait rien à envier à l'Allemagne et à la France. Mais ce qui distingue surtout les horloges publiques de ce temps, ce sont ces figurations d'automates qui devaient alors fortement impressionner les imaginations naives, et plonger les foules superstitieuses dans tine craintive admiration.
Ces représentations singulières, si bien dans le goût du* Moyen Age, demeurèrent en honneur presque jusqu'au milieu du XVII® siècle. Quelques-unes jouissent encore d'une véritable popularité. De ce nombre sont les deux jacquemarts de Dijon, qui battent les heures sur l'horloge que Philippe le Hardi enleva de Gourtrai et donna à la ville comme marque de sa reconnaissance. Ces deux étrangesfigures, refaites au xvi® siècle, ornées depuis lors de larges chapeaux et d'une pipe monumentale, augmentées au XVIII® siècle d'un petit enfant chargé de sonner les dindel— les^, ont fait couler des flots d'encre. On lésa célébrées sur tous les tons; on les a chantées en vers et en prose. Il n'est
1. Ce chef-d'œuvre d'ingéniosité et de patience a été, on le sait, restauré ou pour mieux dire refait par un savant strasbourgeois nommé Schwilgué. Cette restauration n'a pas demandé moins de quatre ans..