‹ L'horlogerieChapitre 27 sur 50 · Petites cloches qui indiquent les quarts · texte numérisé non relu

Petites cloches qui indiquent les quarts

pas jusqu'à leur nom, devenu en quelque sorte patronymique et sous lequel on désigne aujourd'hui d'une façon gé« nérale tous les automates du même genre, qui n'ait mis les imaginations en mouvement et provoqué des polémiques instructives *; et pendant que les étymologistes discutaient, que les savants ergotaient, Jacquemart, comme dit la vieille chanson bourguignonne,

Jacquemart de rien ne s'étonne :

Le froid de l'hiver, de l'automne, Le chaud de l'été, du printemps, N'ont pu le rendre mécontent.

Martin et Martine de Cambrai, quoique d'un âge moins respectable, sont presque aussi célèbres. Ces deux Maures à la figure peu avenante sont cependant d'une grande simplicité à côté des jacquemarts de Lund en Suède, et du fameux Hans Von lena, La première de ces horloges, à chaque sonnerie de l'heure, montrait deux cavaliers qui, venant à la rencontre l'un de l'autre, se frappaient d'autant de coups qu'il y avait d'heures à sonner. Gela fait, une porte s'ouvrait, laissant voir la vierge Marie assise sur son trône, tenant le divin enfant entre ses bras, recevant les rois Mages qui venaient déposer à ses pieds leurs offrandes, pendant que deux trompettes sonnaient pour célébrer ce mémorable événement. Puis tout disparaissait pour reparaître à l'heure suivante. A léna, au-dessus du cadran de l'horloge, on voit une tête monstrueuse dont la bouche s'ouvre au moment où l'heure va sonner. Alors un vieux pèlerin approche de ses lèvres une pomme d'or piquée au bout d'un bâton; mais au moment où la pomme est sur le point d'être avalée, le pèlerin la retire prestement, condamnant ainsi le pauvre Hans à l'éternel supplice de Tantale. Pour équilibrer cette scène

1 . Voir la définition de ce nom donnée par Furetière ; la Dissertation de M. Gabriel Peignot sur le jacquemart de Dijon ; M. Pierre Dubois dans son Histoire de l'horlogerie, etc.

grotesque, à gauche de la tête on aperçoit un ange lisant qui agite à chaque heure son livre et une clochette. Enfin,

il ne faut pas oublier les fameux Piquentins qui depuis trois siècles font la joie et Torgueil des habitants de Compiègne, non plus que les jacquemarts de Lambesc, chers à M™® de Sévigné.

Nous avons dit que le goût de ces automates se continua presque jusqu'au xvii® siècle. Avec la Renaissance, toutefois, ils affectèrent une tenue plus noble et des allures plus classiques.

Les énergiques forgerons qui martèlent le timbre de Thorloge de Saint-Marc, à Venise, l'emportent autant comme élégance déformes, surlcspre-

Fig. 35. - Martin et Martine de Cambrai. miers jacquemartS de

Dijon*, que la procession des rois Mages, placée juste au-

1. Ceux^que nous voyons aujourd'hui furent refaits au commencement du xvie siècle. Si l'on en croit une chanson du temps intitulée le Mariage de Jaiquemar et écrite pour célébrer cette transformation, les personnages actuels affecteraient des formes et une allure bien distinguées, comparées à leurs prédécesseurs, qui, laids, contrefaits et bossus, ressemblaient à l'Esope antique.

dessus du cadran remporte en majesté sur celle de Lund. La même correction, la même distinction, se remarquent dans les personnages qu'anime cette admirable horloge de Saint- Jean à Lyon, jadis si brillante, aujourd'hui dans un état si lamentable. Cette merveille , achevée en 1598 par Nicolas Lippius de Bâle , réparée auxviu® siècle par le célèbre horloger lyonnais Guillaume Nourrisson, montrait toute une série d'aimables statuettes représentant les jours de la semaine et qui se succédaient les unes aux autres régulièrement à minuit. En outre, à chaque heure le coq, qui domine cette belle horloge , chantait ,

et aussitôt qu'il avait ^^«•^'•-"°^^°«" ^" ^'^^^'^^ Saint-Jean (à [Lyon).

poussé son cri, un chœur d'anges, placés sous la voûte du dôme, exécutait l'hymne de saint Jean-Baptiste : Ut queant Iaxis, en frappant sur un carillon.

L'horloge superbe que François I®^ lit ériger à Fontainebleau, sur les dessins et sous la conduite de Philibert

de Lorme, montrait également une ingénieuse personnification des jours de la semaine. Mais au lieu d'être représentés par de saints personnages, les jours ici étaient figurés parles dieux qui leur ont donné leurs noms respectifs. Ils apparaissaient sous la forme de sept belles statues d'ÂpoUon, de Minerve, de Mars, de Mercure, de Jupiter, de Vénus et de Saturne, dont Texécution avait été confiée aux sculpteurs Louis Sonnier et Fremyn Deschauffour. Enfiii à Vulcain incombait le soin de sonner les heures, sous la conduite de Guillaume du Couldray, « orlogeur ordinaire du roy » , qui avait été spécialement chargé de « vacquer au fait et conduitte des mouvements des figures des sept jours de la sepmaine* ».

De cette horloge où, pour la première fois, les figurations mythologiques et profanes prenaient laplace des représentations sacrées, il convient de rapprocher Thorloge non moins curieuse que Henri II fit établir àÂnet pour la belle Diane de Poitiers (voir fig. 30). Cette pièce particulièrement intéressante montre au-dessus du cadran une grande biche de bronze toute droite qui d'un de ses pieds de derrière frappe les heures, tandis que deux chiens pareillement de bronze et placés de chaque côté aboient alternativement un même nombre de fois.

Il semble que la vue de ces curieuses figures ait profondément impressionné le jeune Louis XIII, car, un jour qu'il battait de sa cuiller le bord d'un plat d'argent, — il avait alors cinq ans, — il s'écria : « Je sonne les heures comme le jacquemart qui frappe l'enclume* », faisant allusion au Vulcain de Fontainebleau. Toutefois, ce fut sous son règne qu'on renonça à ces représentations, ainsi qu'aux complications astronomiques dont on avait été si prodigue jusque-là. A partir du xvii® siècle, en efiet, les horloges publiques, si elles devinrent beaucoup plus nombreuses, se

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