‹ L'horlogerieChapitre 32 sur 50 · Voir la Hollande pittoresque^ le cœur du pays, p · texte numérisé non relu

Voir la Hollande pittoresque^ le cœur du pays, p

dressent non plus aux oreilles, mais aux yeux, et il suffit de voir avec quelle attention tous ceux qui passent dans leur voisinage les contemplent et les interrogent, pour se persuader qu'elles répondent à une véritable nécessité sociale. L'utilité des horloges lumineuses n'étant pas discutable, il importe d'étudier à quelles conditions doivent répondre ces appareils, pour donner satisfaction à un besoin à la fois si naturel et si général, et quels moyens l'horloger possède pour remplir ces conditions.

Le premier devoir pour les cadrans lumineux — comme du reste pour les cadrans diurnes — c'est d'être facilement visibles. Il ne faut pas que, voulant les consulter, on éprouve de l'hésitation et qu'on soit obligé de les chercher du regard. Il est donc indispensable que ces cadrans soient d'une dimension suffisante. Nous avons, au précédent chapitre, indiqué certaines proportions à établir entre la taille du cadran, la hauteur à laquelle il est placé et le recul que l'on doit prendre pour le contempler. Ces proportions conviennent aussi bien aux horloges nocturnes qu'aux horloges ordinaires. '

La seconde condition à exiger, c'est que le cadran soit assez fortement éclairé pour que ses indications demeurent clairement lisibles. Ce bon éclairage a, de tout temps, préoccupé les horlogers, les mécaniciens et les architectes. On l'obtient de deux façons différentes : soit par la pro- . jection d'une lumière plus ou moins intense, placée extérieurement et venant concentrer ses rayons sur un cadran opaque, soit à l'aide d'un foyer lumineux intérieur, éclairant par transparence un cadran translucide.

Le premier de ces deux modes est de beaucoup le plus ancien. L'idée d'éclairer un cadran par un luminaire placé en avant remonte au moins au xvi** siècle. Un curieux manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique nous apprend

que le roi Philippe II possédait une petite horloge qui la nuit était éclairée de la sorte. Depuis quelques années toutefois, cette disposition est à peu près abandonnée, à cause des inconvénients qu'elle présente. Tout d'abord le bon placement de la lumière extérieure offre de grandes difficultés. Pour que son effet soit suffisamment précis, il faut que le foyer se trouve à une certaine distance de la façade, en sorte que, durant tout le jour, cette lanterne suspendue en avant de l'horloge produit, au point de vue décoratif, une assez fâcheuse impression. En outre, lorsque le temps est mauvais, on éprouve de réelles difficultés pour nettoyer les glaces, entretenir le réflecteur en bon état, et le soir, pour allumer les becs de lumière. 'Enfin, quelque précaution qu'on prenne, il est bien rare que la projection lumineuse puisse être assez exactement calculée pour que le cadran reçoive seul les rayons concentrés par le réflecteur. Ceux-ci généralement s'égarent sur la périphérie. Or tout éclairage qui vient frapper les parties voisines du cadran rend la lecture des indications horaires moins facile.

Ces inconvénients ont été sans doute constatés dès le premier jour par ceux qui étaient chargés de résoudre ces délicats problèmes ; mais comme , jusqu'au commencement de ce siècle, la cristallerie, encore imparfaite, n'avait pu fournir à l'horloger les grandes surfaces translucides qui lui sont indispensables pour établir la seconde sorte de cadrans, on dut s'en tenir aux foyers extérieurs, et, à notre connaissance, la seule tentative d'éclairage interne que l'on puisse porter à l'actif du siècle dernier, est celle qu'essaya l'horloger Roussel à l'église Saint-Paul.

Ne pouvant, et pour cause, donner à son grand cadran la translucidité nécessaire, il imagina d'établir au-dessus de la porte même de l'église un cadran à guichet qui, au moyen d'un décrochement à sautoir, faisait passer successivement devant une petite ouverture carrée les chiffres des heures et ceux des minutes. Cette curieuse innovation fit, en son

temps, le plus grand honneur à son inventeur. Démoli, brisé à l'époque de la Révolution, le guichet horaire de Saint-Paul fut restauré aux environs de 1825 par Lory, en sorte que de nos jours cette belle église possède, outre son cadran ordinaire, une horloge nocturne d'une structure passablement étrange et probablement unique.

La tentative de Roussel, en effet, ne trouva pas d'imitateurs, à Paris du moins, et cela se comprend. Le premier devoir d'une horloge publique (nous l'avons dit et répété) est d'appeler le regard. Or, sur cent personnes passant et repassant journellement devant Saint-Paul, il n'en est pas dix, pas cinq peut-être, qui aient jamais remarqué le guichet dont la porte est surmontée, et bien peu d'habitants, même dans le quartier, savent qu'ils peuvent voir la nuit — tant ces indications sont discrètes — l'heure sur la façade sombre de l'austère monument.

Aujourd'hui que la cristallerie met à la disposition des horlogers des surfaces de glace polie ou dépolie aussi vastes qu'on les peut souhaiter, on n'a plus besoin de recourir à ces complications mécaniques, et l'on obtient à moins de frais un résultat beaucoup plus satisfaisant en employant de grands cadrans translucides.

Ces cadrans sont le plus ordinairement formés d'un seul morceau de glace ; mais ils peuvent également se composer, comme le cadran du Palais de justice de Paris ou €omme ceux de l'Hôtel de ville ou du Crédit lyonnais, d'un nombre plus ou moins considérable de fragments réunis et «ertis dans une armature de métal. Cette armature, toutefois, doit demeurer des plus ténues, surtout dans la partie centrale du cadran, afin que ses nervures ne puissent jamais être confondues avec les aiguilles.

Le cristal dont sont faits ces cadrans est généralement €oloré dans la pâte, de façon à présenter, étant vu du dehors, une surface d'un beau blanc laiteux. Parfois il est simplement dépoli. Les chiffres d'heures et les points de minutes

peuvent être peints ou émaillés en noir sur la face extérieure du cadran. Ils peuvent être également peints en or ou découpés en métal doré et rapportés après coup. Dans ces divers cas, lorsque le cadran est éclairé , points, chiffres, aiguilles , se détachent en brun sur le fond du cadran. Mais aiguilles, chiffres noirs se dessinent toujours^ avec une netteté, une fermeté de contours plus grandes; et cela s^explique, La lumière frisante, produisant des reflets sur le bord extérieur des aiguilles et des chiffres dorés, diminue d'autant l'épaisseur des uns et des autres. Cet inconvénient n'existe pas avec les aiguilles et les chiffres noirs ; aussi ces derniers sont-ils seuls usités dans les horloges de pure utilité.

Enfin l'éclairage des cadrans blancs translucides réclame certaines précautions dont constructeurs, horlogers, mécaniciens, architectes, sont obligés de tenir compte. Ainsi il est indispensable que le foyer lumineux éclairant le disque horaire soit assez intense pour que ce disque se dessine avec tout l'éclat et toute la netteté désirables; mais il faut se garder de lui donner une puissance éclairante trop considérable, parce que, dans ce cas, il se produirait un phénomène d'irradiation analogue à ceux dont nous parlons dans notre manuel de la Décoration^, Les rayons ont, en effet, une tendance à déborder sur les aiguilles et sur les chiffres sombres, et avec un éclairage trop fort ceuxci deviendraient moins faciles à distinguer.

Enfin, le foyer lumineux doit être disposé au-dessous de la ligne idéale formée par le rayon visuel, c'est-à-dire de telle façon qu'il éclaire le disque horaire sans qu'on puisse l'apercevoir du dehors, sans quoi le cadran se trouverait transformé en lanterne.

De ces premiers appareils comportant tous un disque assez vivement éclairé, sur lequel les indications horaires,

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