LES HORLOGES NOCTURNES
On désigne sous ce nom les horloges construites et disposées de façon à faire connaître l'heure pendant la nuit. Il semble que le devoir de l'horloge parfaite — il n'est question ici que des horloges monumentales et publiques — soit d'indiquer l'heure en tout temps, et à tous ceux qui ont besoin de la connaître. Les renseignements qu'on est en droit d'exiger d'elles sont même d'autant plus précieux, qu'une fois le soleil couché, les points de repère pour estimer l'heure probable nous font plus complètement défaut. Même lorsque le passant attardé, le citoyen forcé par ses occupalions ou son emploi de circuler la nuit, possèdent une montre, l'obscurité relative dans laquelle on se trouve plongé ne permet pas toujours d'en faire usage. Aussi éprouvons-nous une sorte de déception lorsque, nous t^rouvant la nuit devant certains monuments, comme l'Institut, le Louvre, l'église Saint- Augustin, par exemple, nous cherchons vainement du regard le cadran que maintes fois nous avons consulté durant le jour, et que les ténèbres dérobent à nos yeux.
Nos pères avaient si bien compris cette nécessité, qu'ils avaient multiplié les sonneries de leurs horloges, leur faisant répéter l'heure aux quarts et aux demies. Nombre d'horloges anciennes fournissent encore de ces indications multiples*. Certaines églises du centre de la France, à Lyon,
1. Certaines horloges construites récemment comportent également de ces répétitions. Nous citerons notamment l'horloge du Conservatoire des Arts et Métiers, chef-d'œuvre deDetouche, qui le jour ne sonne les heures qu'une fois par 60 minutes, et la nuit les répète aux demies.
à Bourg, à Dijon, notainment, sonnent les heures deux fois de suite, et parfois sur un timbre différent. A Saint-Bénigne de Dijon, la sonnerie répète l'heure aux quarts et aux demies, en l'accompagnant chaque fois d'une ritournelle explicative. Dans le Nord, les carillons varient les mélodies qu'ils jettent au vent, suivant la division de l'heure, qu'ils redisent de quart en quart, et de cette façon la ville entière, bourgeois, servantes, artisans, initiés à ce langage aérien, sont renseignés sur la marche du temps avec une exactitude et une fidélité suffisantes. A Middelbourg en Zélande, deux carillons, celui de la Grande Eglise, qu'on a baptisé du nom singulier de Lange Jan (le grand Jean), et celui de l'Hôtel de ville, connu sous l'appellation non moins étrange de Gekke Betje^ (la folle Babet), carillonnent non seulement les heures, les demies et les quarts, mais encore les demi-quarts, (sept minutes et demie), et comme, de mémoire d'homme, il a toujours existé entre ces deux horloges une différence de 2 à 3 minutes, les habitants sont, nuit et jour, bercés par une mélopée à laquelle il leur suffit de prêter l'oreille, pour toujours savoir l'heure d'une façon à peu près exacte.
Ces sonneries compliquées exigent une installation assez étendue et parfois des abris spéciaux ; aussi ont-elles fourni aux architectes les motifs d'édicules élégants affectant le plus ordinairement la forme de campaniles et qui, surmontant la façade de nos monuments, dominent ceux-ci de leurs silhouettes souvent gracieuses et toujours pittoresques. La plupart de nos anciens hôtels de ville ont été ainsi gratifiés de beffrois en miniature, et l'œil s'est, avec le temps, si bien habitué à leur présence, qu'on en décore nombre d'édifices publics qui ne possèdent pas de carillons.
Ce n'est plus, en effet, par la fréquence de leurs sonneries que les horloges nocturnes renseignent le public. On a trouvé préférable de les éclairer. De cette façon elles s'a-