‹ L'horlogerieChapitre 46 sur 50 · T. XII, p · texte numérisé non relu

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côtés, étaient décorées avec soin, alors que le derrière, conservant une simplicité rudimentaire , laissait apercevoir, lorsque l'horloge était retournée, à travers une porte de verre, le mécanisme intérieur. Cette disposition, au demeurant, était logique, puisque, les horloges restant adossées à

la muraille, leur quatrième paroi était destinée à n'être jamais vue.

Mais placé devant une glace et réfléchi par elle, ce quatrième côté devint brusquement visible, sans que personne prît la peine de signaler cette anomalie ni songeât à y remédier. Si bien qu'aujourd'hui encore les pendules spéciale - Fig. 74. — Pendule à sujet. ment faites pour

(Epoque Louis XVL) . , ^ .

servir de garnitures aux cheminées, continuent d'être construites comme leurs ancêtres, uniquement destinées à être appliquées contre la muraille.

Cette ténacité dans le mode de construction est d'autant plus remarquable, qu'en se mêlant plus intimement à la vie sociale, l'horlogerie était entrée dans une phase nouvelle de son existence, phase qu'on pourrait appeler décorative et littéraire.

Jusque-là, dans la confection de ces appareils, une préoccupation avait primé toutes les autres : la connaissance de

l'heure. Comme conséquence, le cadran, dans toutes les horloges, occupait la place principale, la plus en évidence, celle qui, du premier coup, frappait, attirait même les regards. On avait bien mêlé à la décoration de ces beaux meubles quelques allégories relatives à la division du Temps, ou de transparentes allusions à la brièveté de la Vie. Les trois Parques, le Soleil, l'Aurore, Saturne avec sa faux, la Nuit faisant pendant au Jour, etc., s'étaient groupés autour du cadran, lui servant d'encadrement, de couronnement ou de support ; mais le cercle horaire — ne craignons pas d'insister sur ce fait — était resté le membre essentiel de l'appareil. En descendant sur les cheminées, le rôle de la pendule se transforma. Sa fonction désormais fut surtout ornementale. La connaissance de l'heure devint presque l'accessoire, et l'intérêt résida dans le Sujet.

C'est, nous l'avons dit, au milieu du xviii® siècle que s'opéra cette transformation. Dès l'année 1756, les Menus Plaisirs entraient dans cette voie irrationnelle, en commandante Gallien, pour 6,500 livres, une pendule destinée au Cabinet du Conseil à Versailles et représentant « la France gouvernée par la Sagesse, couronnée par la Victoire et accordant sa protection aux Arts ». Vers le même temps le Mobilier de la Couronne demandait à Saint-Germain une pendule représentant V Enlèvement d'Europe, et à Vion, qui l'avait exécutée en collaboration avec Lepaute, une pendule figurant les Trois Grâces et l'Amour, Et ce n'était pas seulement le roi qui achetait de ces pendules à sujet. Vers le même temps Lazare Duvaux expédiait, sur l'ordre de M"® de Pompadour, à la princesse de Naples une pendule ornée d'un groupe de porcelaine de Saxe, représentant un Concert champêtre. En 1765, on adjugeait rue Saint-Honoré, chez le notaire Angot, une pendule ayant pour sujet V Histoire d'Andromède, La même année Pally mettait en vente une pendule représentant Vénus admirée par un Amour et Cupidon sur un char traîné par des colombes. En 1775, on

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allait voir chez le graveur Barde une pendule où se trouvaient groupés la Force, la Justice et les Arts; en 1778, chez le bijoutier Macé, a une superbe pendule dorée d'or moulu représentant la Création de l'homme et les allégories relatives au maiûage du roi » ; et chez le bijoutier Granchez, fournisseur attitré de Marie-Antoinette, V Innocence, la Pleureuse d'oiseaux, Apollon et Daphné transformés en sujets de pendule. Partout, à cette époque, on rencontre de ces compositions singulières, étranges, invraisemblables, enfantines même. Le célèbre Etienne Lenoir dépense son ingéniosité à créer une pendule « en forme de tambour, portée par un rhinocéros dont laméchanique fait mouvoir les yeux, les oreilles^ la trompe (?) et la queue* »; et le marquis de Broglie orne la cheminée de son cabinet d'une pendule représentant a \di Scène du Déserteur^ ».

Fig. 75. - Pendule à cadrans tour- Lg gyjgt dèS lorS, est si nants construite par Lépine. ** ...

bien devenu la principale préoccupation des horlogers et des dessinateurs chargés de créer des modèles, que les uns et les autres s'ingénient à dissimuler et même à supprimer le cadran. C'est, en effet, le moment de la grande vogue de ces pendules en forme de vases ou de globes dont les cercles horaires, disposés sur un plan horizontal et animés d'un mouvement de rota-

\. Journal général de France du 15 février 1779 et du 31 juillet 1782. 2. Annonces j Affiches et Avis divers, 6 août 1786.

tion, au lieu de solliciter Tœil, deviennent presque invisibles et fournissent des indications à peu près illisibles.

Et ce ne sont pas des horlogers de rencontre ou des artistes de second ordre, qui commettent ce grossier contresens. L'illustre Lépine signe cette pendule singulière que nous reproduisons (fig. 75), et où toutes les traditions de rhorlogerie se trouvent bouleversées comme à plaisir. Lepaute exécute pour le marquis de Courtanvaux une pendule surmontée d'une urne à cadran tournant, à laquelle un serpent qui se dresse sert d'aiguille ; et Falconnet taille dans le marbre cette belle pendule des Trois Grâces qui, à la vente de M. Double, fut adjugée au prix énorme de 101,000 francs.

Si nous avons cité tous ces exemples, c'est pour bien montrer quel vertige funeste s'empara de l'Horlogerie à une époque qui passe cependant pour avoir fait preuve d'un goût charmant et raffiné. Avec la période suivante, le goût s'étant amoindri, le mal empira d'une façon singulière. A la fin du règne de Louis XVI, toutefois, on avait vu se produire une diversion à ces errements fâcheux. Tout le monde connaît ces étranges pendules, dont le cadran en forme de tambour se trouve soutenu par des architectures quelque peu incohérentes, qui associent le marbre noir à l'albâtre et aux bronzes dorés. La vogue de ces édicules si particuliers dut être considérable, si l'on en juge, du moins, par le nombre qui nous en est resté. Cependant elle ne dura pas longtemps. Le goût des sujets reprit le dessus, avec cette aggravation qu'au lieu de se complaire dans les compositions allégoriques, dans les motifs joyeux ou galants, le public et les artistes donnèrent la préférence aux anecdotes historiques ou lugubres.

C'est alors qu'on vit apparaître Hector, emporté par le galop de coursiers fougueux, et monté sur un char dont la roue servait de cadran. C'est alors qu'on vit le sombre Marius indiquer la marche du temps à l'aide d'un bouclier

sur lequel les heures étaient gravées. Puis à THistoire on associa la Romance, et les boudoirs, les chambres, les salons, s'enrichirent de troubadours larmoyants, de vierges ridiculement gauches et naïves, lisant un livre sur le sommet d'une bibliothèque; de fillettes à taille courte pleurant auprès d'une cage ouverte, de bergers et de bergères cueillant des fruits sur un arbre porteur d'un cadran. Enfin en 1819 , prodige de l'aberration, le bronzier Galle exposa une pendule représentant VAmitié couvrant les heures, (voir fig. 77)*. Il semblait que la niaiserie ne pût aller plus loin, et cependant on se prend presque à regretter ces fantaisies innocentes, quand on considère les pendules gothiques que le Romantisme fit éclore, et la collection lamentable Fig. 76. — Pendule à sujet de grands écrivain^, d'ar-

(style Empire). . .n i m- •

tistes illustres, de militaires fameux, dont l'horlogerie, sous le règne de Louis-Philippe, esèaya la familière apothéose.

Il faut avoir le courage de le dire, cette place d'honneur accordée aux pendules sur la tablette de la cheminée semble avoir été funeste au bel art qui nous occupe. En associant d'une façon trop directe et trop intime à un ensemble de décoration, des appareils qui ont une raison d'être

1. Voir la description de cette pendule et Tanecdote qui lui valut le jour dans les Annales de l'Industrie nationale et étrangère, année 1819, t. II, p. 221.

spéciale, et dont le rôle et les services sont strictement déterminés par un but d utilité, on ne pouvait que leur faire perdre de leur caractère. On ne saurait donc blâmer ceux de nos contemporains qui, renonçant à une ordonnance considérée pendant plus d'un siècle comme classique, remplacent, dans la garniture de cheminée, la pendule par une «euvre d'art. Cette œuvre d'art, quand elle est convenablement choisie, est, en effet, mieux à sa place au milieu du chambranle, que ces pendules à sujet qui, persistant — nous l'avons remarqué plus haut — à être bâties en façade, ont tout à redouter d'une glace indiscrète, révélant les imperfections voulues de parties qui n'ont point •été construites pour braver le regard.

Mais comme pendant longtemps encore on continuera sans doute de fabriquer des garnitures de cheminée, et qu'il importe d'assurer aux pendules, pièces capitales de ces gar-

, !• , «Il Fig. 77. — L'Amitié cachant les heu-

nitures, les qualités essentielles res, pendule à sujet exécutée par

auxquelles elles peuvent pré- ^^® (Exposition de I8i9). tendre, on nous permettra de terminer ce chapitre par quelques conseils, que nous recommandons spécialement à l'attention de nos lecteurs.

Dans la composition et l'ordonnance d'un projet de pendule, le premier point qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est que le cadran est extérieurement le membre le plus important. C'est lui que les yeux cherchent d'abord; c'est donc lui que les yeux doivent de suite rencontrer. Cette importance ne doit pas seulement résider dans les dimen-

sions relatives du cercle horaire. Elle doit encore être morale, si Ton peut dire ainsi. Le cadran doit dominer le sujet, le subalterniser en quelque sorte, de façon qu'à première vue, tout ce qui constitue la partie décorative, ornemen-^ taie, paraisse avoir été conçu et exécuté dans un seul but : mettre le cercle horaire bien en évidence.

Ce cercle lui-même, non seulement doit être assez vaste pour frapper de suite les regards, il importe encore queses indications soient très facilement lisibles. Cette condition se trouve exactement remplie par ces beaux cadrans blancs émaillés, sur lesquels courent deux aiguilles élégantes, dorées, ciselées, ajourées. C'est pourquoi ces cadrans doivent être préférés à tous leurs congénères en marbre de couleur, ou en métal plus ou moins orné.

Dans les pendules de boudoir, de chambre à coucher, de petit salon, où cette surface blanche pourrait paraître un» peu monotone, si elle était dénuée d'ornements, et jurerait avec la décoration frivole du reste de la pièce , on peut entourer les chiffres d'heures de légers fleurons ou de fines et délicates guirlandes. Le Conservatoire des Arts et Métiers possède une horloge décorée de la sorte, qui est d'un goût ravissant. Mais on fera bien de mesurer les ornementsqui parent ces cadrans à la Dauphinie (c'est le nom qu'on* leur donna au siècle dernier) avec une grande discrétion, et la principale préoccupation du décorateur sera de choisir le modèle de ses chiffres et de combiner leurs proportions, de façon qu'ils demeurent toujours bien lisibles.

Si la décoration de l'appartement peut influer sur celle du cadran, celui-ci doit, comme dimensions, se proportionner à l'étendue de la pièce dans laquelle il prendra place. Pour les horloges monumentales et pour les horloges à gaine, nous avons été naturellement amenés à faire dériver la taille du cadran de son élévation au-dessus du sol. Dans le cas actuel, cette hauteur cessant d'être variable et facultative, il nous faut chercher une autre base d'estimation,.

•et c*est le recul possible qui nous la fournira. Plus le recul peut devenir considérable, et naturellement plus le diamètre du cadran devra être grand. On a remarqué que pour donner, à un mètre de distance, des indications suffisamment lisibles , il importe que ce diamètre compte au moins 0™,05, c'est-à-dire qu'il soit de la taille d'une grande montre. Pour deux mètres on doit le tenir à 0", 10; à 0™,15 pour trois mètres , et à 0°*,20 pour quatre mètres , et ainsi de suite. Hâtons-nous de constater que dans nos appartements actuels, très encombrés de meubles, le recul ne dépasse pas •ordinairement ce dernier chiffre. En outre, il convient de remarquer que les pièces comportant des dimensions exceptionnelles , sont généralement dotées de cheminées monumentales, et par conséquent dépourvues de garnitures.

Une autre condition presque aussi importante, à laquelle toute pendule bien dessinée ne saurait se soustraire, c'est que son ordonnance présente un aplomb bien évident, et que sa masse repose sur une base suffisamment robuste ^our que Tœil ne soit point alarmé. Dans aucun cas, il ne ^faut admettre que la statique de l'appareil soit soumise aux •combinaisons plus ou moins ingénieuses de la décoration. -Les supports doivent non seulement être d'une solidité réelle, suffisante pour assurer la parfaite stabilité du mou- 'vement, — condition Indispensable au fonctionnement régulier du mécanisme, — ils doivent encore être d'une robustesse bien apparente. Tout cadran qui paraît porter sur un ■appui trop fragile, inquiète l'esprit et contrevient ainsi à l'une des lois fondamentales de la Décoration.

Une quatrième condition dont il importe également de tenir compte, ce sont les proportions du sujet. Nous venons <le constater que l'enveloppe de notre mouvemeïit ne doit pas présenter une apparence trop frêle ; il ne faut pas non plus qu'elle semble trop trapue. Étant chargée de mesurer la marche du temps, sa massivité ne doit pas donner à l'esprit la sensation d'une immobilité éternelle. Quant

aux proportions exactes de la hauteur relativement à la largeur, elles sont bien difficiles, sinon impossibles à déterminer d'une façon générale et en quelque sorte dogmatique. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que la pendule de cheminée a une destination précise et fait le plus souvent partie d'un ensemble. On est donc forcé de tenir compte à la fois des dimensions de la cheminée, de l'importance de sa tablette, et des objets complémentaires, vases, chandeliers, candélabres, qui sont destinés à servir d'accompagnement.

En largeur, une pendule bien proportionnée ne doit jamais occuper plus des deux tiers de la tablette sur laquelle elle repose, et en longueur jamais plus du quart. Il importe, en effet, que le marbre débordant en avant fournisse à sa masse une base robuste, et que sur les côtés il y ait assez d'air et d'espace, pour éviter que cette même masse ne paraisse écraser le chambranle, qui lui-même couronne un trou béant. De plus, quand la garniture de cheminée se complète de deux candélabres, il est nécessaire que ces derniers soient légèrement plus élevés que la pendule, de façon que la ligne brisée formée par les sommets de ces diverses pièces présente un caractère de gaieté, qui sans cela ferait défaut * .

Enfin, et comme dernière recommandation, nous ferons remarquer que la décoration d'une pendule ne paraît absolument satisfaisante, que lorsque le métal intervient d'une façon bien visible dans son ornementation. C'est lui qui enlève au bois, au marbre, au biscuit, à l'ivoire, dont l'enveloppe peut être faite, leur inévitable froideur. Il rappelle utilement le rôle prépondérant que l'acier, le fer, le cuivre, le laiton, jouent dans la constitution du mécanisme interne. Bien mieux, il est indisp,ensable que le cadran sur lequel se comptent les heures à mesure qu'elles s'écoulent

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