Les ballons d'observation boches
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fil. Cela détourne de nous beaucoup d'obus, qui le plus souvent s'en vont tomber où nous ne sommes pas.
Cependant ils sont très nombreux, nos soldats bleus, dans cette ville qui est un cantonnement d'importance et qui est le lieu où ils viennent au repos, pour se remettre tout de même un peu de la vie plus dure des tranchées proches. A la grâce de Dieu, ils vont et viennent, s'empressent à mille travaux, sous la protection parfois illusoire des quelques camouflages qui les dissimulent. Bien plus malheureux, les pauvres, que ceux qui cantonnent dans des villes incomplètement saccagées, où restent encore des semblants de maisons, où des habitants ont eu l'héroïsme de vouloir demeurer malgré les averses d'obus ; dans ces villes-là au moins, ils verraient encore quelques visages de femmes, et des visages de petits enfants, très doux à regarder pour ceux qui sont pères de famille. Tandis qu'ici, rien ; ils se regardent entre eux et regardent les caves obscures où il leur faut trop souvent descendre s'abriter contre la mort.
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Venez donc un peu leur faire visite, et contempler leur sérénité sublime, vous Parisiennes et Parisiens trop élégants et trop futiles, qui vous plaignez que la guerre s'éternise. Oh I vous êtes patriotes, je le sais bien, mais, si vos sentiments risquaient un jour de se lasser ou de s'émousser, venez donc un peu vous retremper ici I Ou tout au moins, quand ces s\)idats du front viennent en permission dans votre Paris, défiez-vous, comme d'une faute infiniment grave, de les révolter par des airs de joie et de bien-être. La patrie est en danger, vous savez, et la mort est à vos portes... Si les Allemands ont commis une de leurs lourdes bêtises en envoyant sur Londres des avions pour assassiner des petits enfants, au moins ont-ils été plus habiles en n'envoyant à Paris que des agents de corruption, de sinistres discoureurs ^...
Et vous, les Neutres, qui ne rougissez pas do laisser commettre tant d'abominations, destinées d'ailleurs à retom^ber sur vous plus tard, venez donc vous promener par ici, au milieu de nos ruines, — que vous ne vous
1, Ceci, est-il besoin de le rappeler, était écrit en 1917.
représentez pas aussi effroyables, je veux le croire, car c'est là votre meilleure excuse. Aux Américains, je n'ai plus besoin de dire : venez, — car voici, ils sont magnifiquement en route, ils arrivent avec de l'or, des soldats, des explosifs, au secours de la civilisation et de la liberté. Ils sont beaucoup plus admirables que ne l'auraient été les derniers Neutres de l'Europe qui se seraient enfin décidés à marcher avec nous, car eux n'étaient encore que presque lointainement menacés, l'Océan les préservait, sans doute au moins pour un temps, contre les tentacules de la grande pieuvre allemande, et, s'ils se sont levés, c'est dans un élan superbe d'indignation, dans un pur sentiment de solidarité et de justice. Quand j'étais allé dans leur pays dernièrement, mon âme d'Oriental s'était un peu effarée de leur modernisme, de leur fièvre de spéculation et de progrès ; peut-être n'avais-je pas su voir, ni dire, qu'ils étaient capables d'un tel idéalisme et d'un tel désintéressement. Qu'ils veuillent bien me pardonner et qu'ils m'accordent la joie d'être ici un humble interprète de nos plus profondes et sympathiques admirations.