DE U TAILLE DES RACINES DES ARBRES FRUITIERS
La taille des radiies ne peut donner tous les résultats que Ton doit en attendre que lorsqu'elle est pratiquée sur les arbres dès leur première jeunesse et régulièrement dans la suite au moins tous les deux ans.
Chacun sait que les plants repiqués, transplantés plusieurs fois dans les pépinières, sont d'une reprise beaucoup plus certaine que ceux qui n'ont pas subi cette opération. Cela tient uniquement à ce que leurs racines se sont très-ramifiéee par ces trani^lantations successives. Eh bien! les arbres soumis à la taille régulière des racines se trouvent dans le même cas que les plants repiqués dont il vient d'^re questâcm. Ils souffrent peu d'avoir leurs racines mises à nu et raccourcies jusqu'à un certain point, tandis que pour ceux dcmt les racines sont restées intactes, ce simple procédé pourra être parfais chanceux. En Angleterre on a adopté depuis quelques années, et cela sw tout dans les petits jardins (oii il faut empêcher les arbres de prendre trop de développement), un mode d'qpérer qui o&e tous les avantages de la taille annuelle ou bisannuelle des racines et peut même la remplacer complètement; c'est ce qu'on y appelle soulèvement (lifting). U consiste à détacher les racines du sol et à soulever la motte sans toutefois ctÊOget
Tarbre de place. Il en résulte que toutes les extrémités des racines se trouvent ainsi glus ou moins raccourcies et ne pouvant plus s'allonger donnent naissance à phisîeurs ramifications nooTelles. Il se forme ainsi une motte très-enchevètrée de racines extrêmement nombreuses par lesquelles il est facile de maîtriser la végétation, fftt-ce même en plein été, au moyen d*un simpfe coup de bêche donné autour de la motte à distance convenable.
Nous pensons que ce procédé simple et suffisamment efficace peut tenir lieu de la taille des racines proprement dite^ mais il faut avoir soin de le pratiquer périodiquement afin d'empêcher les racines pivotantes de se former. C'est, à notre avis, le seul moyen d'équilibrer les forces végétatives du système radiculaire et du système aérien, équilibre si indispensable à la fructification régulière des arbres. Voici ce que nous écrivions «or cerajet, il y a déjà plus de quatre ans, dans la Flore des Serres^ le superbe ouvrage iconographique édité par M. L. Van Houtte :
t Dans toute plante, le sytèiçe aérien doit être dans un certain équilibre avec le système radiculaire, en d'autres termes te développement des branches doit être proportionné à celui des racines. Cet équilibre existe complètement dans les arbres fruitiers adultes, abandonnés à eux-mêmes, tandis que dans les jeunes individus le système radiculaire tend toujours à prédominer, c'est là Tordre établi par la nature, en vertu duquel les plantes prennent de Taccroissement avant de fruëtifîer. Dans les arbres soumis annuellement à la taille et à des pincements réguliers, celte harmonie entre les branches et les racines n'est jamais possible; elle Test d'autant moins que la taille est faite avec plds de sévérité^ car les racines se trouvant toujours en majorité envoient aux parties aériennes un excès de nourriture. Cela explique parfaitement pourquoi, dans ces circonstances, les arbres sur lesquels la taille est trop raccourcie.
fructident si rarement : tous les bourgeons s'y tranisfonn^t en gourmands, en rameaux à bois.
I » Nous savons cependant qu'au bout d'un laps de temps, parfois bien long, à force de mutilations, la vigueur de ces arbres diminue et qu'ils se mettent à fruit. C'est que le traitement par sa sévérité même a réagi sur le système radiculaire en provoquant un affaiblissement dans les fonctions de ces organes» et a rétabli jusqu'à un certain point l'équilibre entre ceuxci et les branches. Le résultat désiré a été obtenu ; mais^^nons le demandons, peut-on dire qu'il Ta été d'une manière rationnelle, de la manière la plus utile la plus rapide? incontestablement non. Pourquoi les arbres jeunes, jouissant d'une grande vitalité, ne produisent-ils pas de fruits en raison de cette vigueur? Par la très-simple raison que cette hai*monie entre les organes aériens et les organes souterrains n'existe pas encore chez eux ; parce que les racines sont disproportionnées aux branches, qu'elles absorbent dans lé sol plus que celles-ci ne demandent.
» Voilà aussi pourquoi le poirier greffé sur franc se met à fruit beaucoup plus tardivement que lorsqu'il est greffé sur cognassier. En effet, les racines du premier de ces sujets s'étendent, s'enfoncent davantage dans le sol et possèdent une vigueur plus grande que celles du second. Cela n'explique^t-il pas encore pourquoi lé pommier greffé sur paradis atteint son maximum de fertilité au bout de 4 à 5 ans? Nous posons donc en principe que la production des fruits ne peut avoir lieu
' normalement, aussi longtemps que la disproportion entre le système aérien et le système souterrain est trop sensible ; et que la fructification commence, dès que Téquilibre se sera établi, quels que soient l'âge des individus et le mode de taille adopté pour les branches et les rameaux à fruits (pourvu que cette taille n'ait pas pour résultat de détruire les yeux destinés à fleurir Tannée suivante ou de provoquer leur développemffll
aniicipé). Ce principe admis, on conçoit dès lors rimportance de la taille annuelle des raciiies dans la culture des arbres fruitiers. »
Pynaert.
{Manuel de rAmatew* des fi^iis.)