Boule des Hespérides^ pleine terre
Jules Jarlot,
Chef de Section au flearitte de la Ville.
NE TAILLEZ PAS VOS ROSIERS
Je m'étais promis de répondre à mes contradicteurs.
Je commencerai par le dernier, en disant à M. A. Boisselot^ de Nantes, que je ne considère pas comme des ennemis ceux qui ne pensent pas comme moi.
Novembre 4866. ' îî
Où en serions-nous s'il fallait teaiter ainsi tous nos contradicteurs? C'est déjà bien assez que |es questions politiques et religieuses engendrent rinimitié : laissons au moins au vaste champ de la science et des arts la liberté pleine et entière de discussion ; conservons-lui un caractère amical et fraternel et n'ayons pour but que le progrès .
M. A. Boisselot à raison de dire : « La vérité n'est pas dans les extrêmes, » — et il a d'autant plus de raison que, en sciences, il n'y a rien d'absolument vrai, car ce qui est vrai aujou^ d'hui ne le sera peut-être plus demain.
Pour détruire un abus^ combattre une pratique qui ne puise sa raison d'être que dans la routine, il faut malheureusement frapper fort et quelquefois malgré soi pousser ses arguments à l'extrême. C'est pourquoi j'ai dit avec M. d^ Te^'oisien : A> taillez pas vos Rosiers.
A toutes les règles il y a et il faut des exceptions.
La routine dit : Taillez vos Rosiers. Et on les taille toujours (du moins depuis 40 ou 50 ans), et à outrance. C'est aujourd'hui la règle.
Je voudrais voir établir la règle : Ne taillez pas vos Rosiers — la taille sera l'exception, — et que Ton appliquât celte r^le à tous les arbres, à tous les arbustes.
J'en conclus qu'il ne faut pas tailler ses Poiriers, Pommiers et autres arbres à fruits, ni aiLcun arbuste d'ornement, si Ton peut leur donner assez d'espace.
Que l'on élague, coupe, pince, quand on veut atteindre, dans un espace restreint, un but déterminé, je le veux bien, et il est raisonnable de le faire. Ce sera l'exception.
Mais ce que j'ai combattu et continuerai à combattre, c'est la croyance générale que la taille est nécessaire, indispensable, pour avoir des fruits et des fleurs : et je maintiens que, sans taille, l'ou aura d'aussi bons et aussi beaux fruits, d'aussi belles fleurs, et que Ton en aura considérablement plus.
M^ Fandon^ de 8aiDt« Didier , et M. Rolland^ d'Orange^ tieimeûttous les deux^ à peu prè^ le même langage, pour sou^ tenir la taille à outranoe des Rosiers.
L'exemple du Rosier Hermosa^ cité par M. Rolland, n'est pas heureuxy car s'il existe, entre tous, un rosier qui ne demande pas à être taillé, c'est bien celui-là; il se garnit toute Tannée du bas jusqu'en haut de nombreuses fleurs et forme naturellement un charmant buisson.
Dire que les Bengales que l'on ne taille pas dans le Midi, n'y donnent qu^une seule floraison, est une assertion bien hasardée. ^
Ils y sont continuellement fleuris^ bien entendu quand une sécheresse trop prolongée ne Tient pas tarir la sève et qu'ils se tron^^oit «(lans les conditions convenables et reçoivent les soins qu'ils réclament.
L'exemple de Téglantier n'estpasmieux choisi. Que M. Rolland aille voir les Rosa tomentosa, Reuteri et autres, dans leur état naturel, tels que je les ai vus en août dernier, près du Col du Cfaenaillon (Haute-Savoie) et il verra qu'ils ne soUicitaient pas le bienfait de son sécateur.
Les hybrides soi-disant remontants n'exigent pas, comme l'affîrme M. Rolland, une taille sévère : car, comme je l'espérais lorsque j'écrivis mon premier article, j'ai eu ce printemps une floraison splendide (et longtemps avant mes voisins) sur des hybrides non taillés (plantés en 1864). Plus de cent fleurs sur im seul rameau et des fleurs énormes ; de l'aveu des roaié-^ ristes de Lyon, jamais l'on n'avait vu de plus belles roses.
La seule objection sérieuse qui m'ait été faite est celle de M. Gonod^ qui aime mieux vendre dix Rosiers qu'un seul.
Nous avons eu jusqu'à présent la réplique de trois horticulteurs marchands. Il serait à désirer, pour convenablement élucider la question, que les amateurs qui ont fait des expériences voulussent bien émettre leurs avis, et c'est principale^ ment pour eux que j'écris.
L'amateur n'a pas d'autre intérêt que celui de ses jouissances florales. L'horticulteur de profession a souvent à défendre d^ opinions émises depuis longtemps, sur lesquelleis son amourpropre (mal entendu) lui défend de revenir; et tous n'ont pas le courage de M. Dubreuil, qui a l'audace de démolir les autels
qu'il a élevés. ^ ^
Jean Sisley^
Hue 8aint-Mattrice-Mooplai8ir.|Lyon.