L. Nbumann
SALVIA DISSIMILIS Bonpl. (Planche XII).
Il y a deux ans, M. Louis Neumann recevait quelques grai« lies de TAmérique équatoriale, sans désignation spécifique^ Ces graines furent semées, et bientôt il apparut, dans ce semis, une vigoureuse et belle Sauge^ au port majestueux par son large feuillage et par son ample panicule de fleurs écarlates. Celte Sauge ne ressemblait en rien aux espèces cultivées; elle élait bien nouvelle pour le floriculteur, et, depuis^ nous avons constaté qu'elle était également nouvelle pour le botaniste; elle ne se rapporte, en effet, à aucune des 407 espèces décrites dans le Prodromus de DecandoUe, ni aux descriptions des quel* ques 50 ou 60 espèces publiées dans le Repertorium et les Annales de Walpers. Des échantillons de cette plante se trouvent seulement dans Therbler du Muséum de Paris; ils ont été récoltés au Pérou par Bonpland, il y a quelque 50 ou 60 ans et étiquetés par lui Salvia dissimilis; mais elle n'a pas été décrite. C'est ce qui nous engage^ en publiant la figure, à en donner la diagnose(l).
Le Salvia dxsstmilis appartient à la section des calosphace de Benlham, qui comprend les Salvia Grahami^ coccineay pseudo* coccinea, scutellarioides et Heerii avec lesquels l'espèce de Bonpland a le plus de rapport, au point de vue de la forme de la corolle. La tige, qui atteint jusqu^à deux mètres de hauteur, est ligneuse à la base, dressée, rameuse, à rameaux herbacés quadrangulaires, revêtus d'un court et fin duvet blanchâtre.
(4) Salvia dissimilis Bonpl. rnsB. (berb. muB. Paris.)* ~ Gaule basi frutioo«o erecto ramoao^ ramis berbaceis tetragonis miDulissimè puberulis^ foliw loDgè petiolaiu membranaceis eloDgato^cofdalis v. Côrdato-ovatis acolis y. breviter acuminatig obtuse serraiis , supra pilis coasparsis^ subtus pubescenti-canescentibus; racemis ramoso-panioulatis terminal ibus;^ verticillaslris sezlloris remotis; caiycibus rachibusque pilosoglandulosis bilabiatis, labio superiore iotegro mucronato, ioferlore bifldo;corollib ettufl pUosis coGcineis calyce Iriplo longioribus, tubo basi recurvo', labio superiora abbreyiato recto emarginato» labio inferiore declinato patente trilobo, lobo medio dilatato eroarginato; genitaiibus exsertis; stylo apice piloso.
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Les feuilles sont longuement pétiolées, molles^ en cœur plus ou moins allongé, aiguCs^obtusémenl et inégalement dentelées, d'abord pabescentes sur les deux faces, puis parsemées seulement de quelques poiU à la face supérieure, et pubescentes blanchâtres h la face inférieure; le limbe seul mesure jusqu* à 20 cent, de long sur 12 de large. Les fleurs, d'un beau rouge carminé, sont réunies, par 6, en faux veriicilles distants, et dis* posés en grappes rameuses paniculées terminales ; le rachis et lespédicelles sont poilus-glanduleux, ainsi que le calice qui est strié à 2 lèvres : la supérieure dressée aiguë mucronée, Tinférimire à 2 dents. La corolle^ trois fois plus longue que le calice, est faiblement poilue; le tube est un peu arqué à la base, et le limbe divisé en 2 lèvres inégales ; la supérieure droite échancrée, et Tinférieure réfléchie à 3 lobes, dont l'intermédiaire pins large étalé échancré en cœur. Le style est poilu supérieurement, saillant, ainsi que les étamines.
Le Salvia dissimilis nous parait très^voisin du S. Heerii de R^el, originaire du Pérou ; il n'en difi'érerait, — d'après la description, — que par le nombre des fleurs qui constituent les feux veriicilles : dans Tespèce de Bonpland ces fleurs sont au nombre de 6 par faux verticilles; il ne serait que de deux et dirigées du même côté {i)€rticillastris bifloris secundis) dans l'espèce de M* Regel, figurée dans le Gartenflora^ année 1855, pi. 1 15 ; mais nous n'avons pas pu comparer notre plante aveo cetle figure.
Quoiqu'il en soit, cette Sauge est appelée à jouer un certain rôle dans l'ornement des serres froides, dans lesquelles elle commence à fleurir vers le mois de septembre; il est probable qu'elle pourra, comme les S. Grahami, cardinalis ei coccineu^ entrer aussi dans l'omemenUition des parterres ; car sa vigoureuse végétation, dans le grand pavillon des serres froides du ^ Muséum, annonce un certain degré de rusticité .
F. Herincq.
LE PHQENICOPHORIUM SECHËLLARUM.
En décrivant précédemment la splendîde Verschaffehia * spkndidaf nous disions, à part tout enthousiasme, que ce Palmier est beau parmi les beaux, le plus beau peut être, à Vexception de celui dont il s*a^t, dpnt Tensemble, quoique bien jeune encore, nous parlons des individus que nous en avons observés dans rétablissement A. Verchaffelt, présente le plus grandiose, le plus brillant aspect, l'effet le plus décoratif qu'on puisse imaginer, et nous contraignons notre plume, qui s'agite entre nos doigts, pour ne pas écrire qu'il est le phénix de la famille. On va juger, du reste, si nous n'exagérons rien, par la lecture de la notice suivante, d'une exactitude rigoureuse.
Comme rindique son nom spécifique, et comme nous l'avons dit, ce Palmier est originaire des Séchelles, d'où Ta reçu directement M. A. Verschaffeltil y a huit ou neuf ans* Très-jeune, Taspect en est déjà admirable ; ses larges frondes entières (non pennées !) sont, sur un fond sombre et luisant, ornées de centaines de petites macules rondes^ transparentes, d'un orangé vif, passant ensuite au brun» Plus tard, ces macules dis* paraissent peu à peu, mais plus loin sur les bords, sur les grandes et doubles dentelures et sur les bases du limbe frondai, le long du rachis, se retrouve la même teinte, mais plus claire et plus vive. C'est tout bonnement magoifique ! ajoutez à cela la grandiosité de ses énormes frondes !
M. H« Wendland a cru devoir prendre cette plante pour le type d'un nouveau genre ; et en justifie la création par les figures analytiques du fruit qu'il a fait dessiner avec soin sous ses yeux.
Nous décrirons, quelque peu grosso modo^ mais fidèlement^ l'un des plus grands individus que nous en ayons examinés.
mais évidemment assez loin encore de V$^e adulte* Da sol au sommet de Texpansion des frondes, il mesurait 1°* 50 ; la couronne frondale avait un diamètre de 1" 15 à 1" 28. Cinq frondes étaient entièrement développées , mie sixième prête à l'être. Saos doute la plante doit être lors de son dévelop[>ement corn* plet, pourvue d'un tronc ou stipe; mais à Tépoque où nous l'observons', les gaines péliolaires descendent encore jusqu'au sol. Comme à Tordinaire, dans les plantes de celte lamille, elles s'enroulent dès la base en une sorte de tronc alloDgé. cyliadracé ; arrondies dorsalement, canaliculées en dessus, longues, in statu prœsentif de O^'tiO à 0^70, jusqu'à la base des pétioles, de la base au quart de la longueur^ elles afectent une teinte glauque -blanchâtre mate, sur laquelle tranche vivement le noir de jais des nombreux et longissiines aigoiUons, dont elles sont hérissées ; bientôt ladite teinte se kùà insensiblement en une autre jauue*orangée de plus en pins vive, et qui se prolonge jusqu'à l'extrémité du rachis
les aiguillons (nous venons d'en dire la couleur) sont très-< ii^pprochés, hoiîzontaux, grêles^ mais rigides, quoique flexibles, tiès^gus, mais non pungents, un peu ondulés, très*déprimés, c'€st*àdire plans, sur les faces supérieures et inférieures, lesquelles sont les plus larges (0,001-1 *, plans encore sur les eôtés, sur à peine un diamètre de 0,00^), formant donc par, la section un petit carré long, un parallélogramme ; la longueur eir varie de 0^*05 à 0"09 (et au delà probablement dans un âge plus avancé). Ils diminuent peu à peu en nombre et en longueur, en avançant sur les pétioles pour disparaître entièrement sur les rbachis. Brusquement reuflés-noduleux au point d'insertion, ils sont surmontés^ et comme dans leur aisselle pour ainsi dire, par un bourrelet' assez épais, discolore et adné à l'épiderme; on voit à peu près la même chose dans la Verschaf' feltia splendùta^ avant le développement entier de la gaine et
surtout du pétiole, ils sont dressés et ont Taspect de poils.
Le limbe frondai, et mous sommes arrivés à la pai^tie esseû* tîellement oniementale • de notre plante, le plas grand que notis ayons encore examiné, avait au moins i mètre de longueur sur un diamètre de 75 centimètres, était cunéiforme à la base, plus largement ové, profondément bifide au sommet, impenné (1) latéralement, inséré sur le rachis en plis très-prononcés, alternativement dressés ou rentrants, toujours à angles droits; le supérieur portant au sommet la nervure secondaire arrondie, saillante; linférieur creux, en gouttière; d'où il résulte que le long du rachis le limbe dessine un «igwg très-prononcé, bordé d'une vive teinte rouge orangée. Le long des nervures et des nervules (intermédiaires) se voient manifesiioment, en interposant le limbe entre les yeux et la lumière, une foule de très-petites macules oblongues, libres, et d'un vert plus foncé que le fond, macules ajoutant beaucoup à Teffet décoratif.
Les bords dudit limbe, de chaque côté de la base jusque vers le milieu, sont tout à fait entiers, assez largement bordés de rouge orangé vif; puis profondément laciniés en grandes dents doubles, inégales, obliques; l'inférieure (c'est-à-dire celle qui regarde la base du limbe) beaucoup plus courte, toutes deux aiguës, presque imperceptiblement ciliées-frangées, •dont le sinus souvent occupé par une tierce dent filiforme, ou même un fil simple, provenant d'une nervule intermédiaire; toutes bordées de même de la riche teinte indiquée..,, etc.
Et maintenant, amiccy opiime^ benevoleqtœ Lector, avonsnous raison de vanter la suprême beauté d'un tel Palmier et de vous le recommander pour orner votre serre chaude ?
D'après M. Verschaffelt, ce nouveau et beau Palmier exige
(4) Le thol entier ici serait incorrect, en raison des grandes dcDl» doubles des bords supérieurs; le nouveau mot que nous proposons a donc sa raison d'être en l'opposant à penné.
une tempérdtare assez élevée, un compost riche, un peu compacte, bien que facilement perméable aux eaux, formé surtout mi-partie de terre tourbeuse et de terre de pâturage, le tout bien mêlé avec une partie de sable blanc, au-dessus d'un bon èfainage* Comme cette espèce croit sur les bords de la mer, il pèsera pas sans avantage de faire dissoudre dans Teau d'arro- «ment un peu de sel marin.
Ch. LmktKÉ.
(Extrait de l'Illustration horticole.