MOYEN D'OBTENIR DES BOUTONS A FRUITS
Dans une note lue à la Société d*horticulture de la Moselle, M. Belhomme fait connaître un moyen nouveau d'obtenir des boutons à fleurs sur les arbres fruitiers dont tous les bourgeons menacent de se développer en production à bois.
• Ce moyen, dit-U, parait très-employé en Belgique où rarboricultnre fait des progrès sensibles, et il semble certain pour obtenir le but que Ton se propose.
» L'opération consiste à décoller légèrement^ fin d*aoùt, au tiers environ de son pourtour, et à Impartie supérieure de son insertion sur la branche, par une incision faite verticalement, un bourgeon, rameau oii un odl placé pour devenir bouton à firaits ou branche fruitière.
> Cette légère décollation paralyse quelque peu la sève descendante, et le bouton ou œil qui paraissait vouloir devenir une branche gourmande^ ou dans le cas, une branche trop vigoureuse, se convertit presque toujours en producticm fruitière, soit Tannée de l'opération, soit, au plus tard, Tannée suivante.
» Cette pratique, dit M. Belhomme en terminant, usitée cbesE nos voisins depuis deux ou trois ans, donne d'excellents résultats et convient surtout pour les §rbres greffés sur franc, qui, généralement, sont fort lents à se mettre à fruits. ■
On doit savoir gré à Tauteur de cette note d'avoir cherché à introduire, en France, un procédé qu'il a vu appliquer en Belgique ; mais il pouvait se dispenser d'aller en Belgique pour en étudier les principes. Il y a quelques dix à douze ans que M . Philibert Barcm, arboriculteur distingué de Paris, nous démontrait ce coup de serpette dans ses leçons d'arboriculture à Saint-Mandé. Seulement, Tincision verticale, pour opérer ce développement, se faisait à la partie inférieure de Tœil, et non à h partie supérieure^ comme le recommande M. Belhomme ; le savant conservateur du jardin botanique de Metz aura trèsprobablement confondu, ou n'aura porté que peu d'attention au moment de Topération. Il ne doit cependant pas plus i^orer que le simple jardinier, ce fameux principe de la physiologie végétale, si cher aux personnes qui n'en savent pas un mot : « Que la sève ascendante fait développer les yeux en bourgeons
à bois, et la sève descendante en bouigeons à fruits. » Or, si Tincision est faite au-dessus de Vmlj cette séve descendante, que les feuilles se donnent tant de peine à élaborer, au dire des physiologistes^ ne peut pas parvenir jusqu^à cet œU, et lui offrir les sucs nutritifs qui doivent le transformer en boutoB à fruits ; il reçoit, au contraire, la sève asœndarUe ortéiée dans sa marche par cette incision; et c'est probablement parce que cette sève n'est pas encove élaborée par Jes feuilles ^ que Tcail, qui se trouve abondamment nourri^ se développe vigoureusement en bourgeon à bois l
S'il est regrettable <pie la science propage dea principes aussi manifestement en contradiction avec les faits, il est fiicheux^ que des hommes occupant une position qui leur donne nue certaine autorité dans les départements, cherchent à introdiÛTe dans la pratique des opérations qu'ils ne comprennent pas ; ils font souvent produire des résultats exactement contraires ; et tout cela, parce que, ^voulant appuyer leur démonstration de théories scientifiques^ ils font intervenir des lois qu'ils ne comprennent pas davantage.
Donc concluons : le décollement de Tceil, tel que le pratique M. Philibert Baron, est une bonne opération j mais pour le faire tourner au profit de la fructification, il faut donner le coup de serpette en dessous et non en dessus ; ne recevant plu$ alors que la moitié, ou môme le tiers de la ration normale, — sève ascendante et toujours ascendante -*• il se trouve affaibH, et ne peut produire que des bourgeons avortés d'où sortent les fleurs.
F, Herincq.
LES FRAISIERS REMONTANTS. #
Nous avons reçu de M. Gloëde la lettre suivante que nous publions pour répondre à l'attente de Fauteur.
Les Sal>l»Qft> 30 Mptembct f 866^
MoNsiEUB LE Rédacteur en chbp,
Dans le dernier numéro de votre estimable journal, vous avez bien voulu rendre compte de mon petit livre, intitulé : Les bonnes fraises. Permettez-moi de rappeler votre attention sur un paragraphe de ce compte rendu, dans lequel il est dit, que mon ouvrage ne fait aucune mention de fraisiers à gros fruit qui remontent soit accidentellement 8oit par le moyen d'efieuiller après la première fructification. Vous en coiicluez que le procédé en question, ou le hasard, si vous voulez^ ne m'est point <^nnu !
Je ne m'arrête point au moyen cité et qui consiste dans aTeffeuillaison ». Ce moyen, s'il pouvait réussir^ serait à mon avis trop barbare pour le recommander; car couper les feuilles aux fraisiers, ce serait leur ôter les poonmis, et ce ne pMrrait être fidt qu'au détriment de la plante^ et encore réussira-t-il toujours?
Veuillez, je vous prie, relire dans mon livre, page 66^ ce que e dis des moyens à employer pour obtenir quelquefois une seconde récolte de grosses fraises. Veuillez ensuite vous reporter à la page iib, où je dis — en parlant de la race des Capronniers et notamment de la variété a Belle Bmrdelaise, » — qu'elle donne souvent i Farrièresaison une seconde petite récolle, si les arrosements ne lui ont pas manqué après la première fructification • » Vous voyez donc, Monsieur, que le fait n'est pas tout à fait ignoré des spécialistes, que certains fraisiers produisent pour la seconde fois dans la môme année ?
Vous avez rendu justice à mon travail et je vous en remercie ; j'aime ionc à ereîre que dans rotre prochain numéro vous voildrez Men accorder une petite place à ma réclamation. Dans cette attente^ jesuis^etc.
Ferdinand Gloede.
Il résulte, de cette lettre même, que M. Gloëde ne connaissait pas le procédé de Veffeuillaison, puisqu'il dit « ce moyen s'il pouvait réussir, serait barbare. » Notre collègue a constaté un fait « qui ne
parait pas très-connu ies spécialistes, d il n'a rien voulu dire de plus. A Inon tour, je tiens pour certain ce fait conté8té^*ou à peu près^ par M. Gloëde. Dimanche dernier^ j'aurais même pu offrir encore à rhabile cultivateur de fraisiers, des Sablons, un petit panier de ces grosses fraises, non pas dues au hasard^ mais bien à Topération cal* culée de l'effeuillage. Quant à la barbarie de l'opération, nous ne la discutons pas; à ce point de vue toutes les opérations horticoles sont barbares, voire même le forçage du fraisier.
F. Hebincq.
MÉMOIRE