SUR LA PRODUCTION ET LA FIXATION DBS VARIÉTÉS DANS LBS
PUNTES d'ornement;
Par M. B. Vbrlot, chef.de culture au Jardin des Plantes de Paris.
(Ce Mémoire « remporté Je prix dans le concours de 186S, pjir la Société impiriate H
eentréle tFBorikiature»)
(suite.)
Cette variation est fréquente chez les végétaux cultivés, à quelque catégorie qu'ils appartiennent.
Les plantes potagères nous en offrent de nombreux exemples : le Persil, le Cerfeuil, la Laitue^ etc. Ces variations se reproduisent de semis et ont pu être fixées.
Les plantes vivaces n'en produisent que peu d'exemples ; la Tanaiâe nous en fournit un des plus manifestes et se propage d'éclats.
Les arbres ont aussi donné naissance à des déformations crispées : rOrme, le Robinia pseudo-Acacia^ etc. Nous ne savons si ces variations seraient flxables ; nous le pensons, ou égard à ce qui se passe chez les plantes annuelles*
% THI. — Dm niodlIleattoM laetalée» et ^éUmpUfatÊ.
Les laciniures, plus ou moins profondes, apparaissent particulièrement dans les plantes à feuilles lobées ou composées, plus rarement dans les feuilles simples ; on les trouve accidentellement dans les semis [i ), et parfois aussi sur quelques parties d'un végétal ; on les trouve
(1) M. Jacquin trouva dans un semis le Betul<i urUcifolia, ^ Ann» Soc, d'hoi^t. de Pam, t. Xï, p. 444 .
mèmd à l'état sauvage; telle est celle du Gcrylvi» Avellam, rencontrée dans un bois des environs de Rouen (4 ). Elles peuvent se multiplier de t)outures^ greffes, marcottes. Sont-elles fixables ? Nous ne connaissons aucune expérience décisive à cet égard ; nous pensons néanmoins que cette fixation pourrait être obtenue. En 4839, M. Jacques sema d6S noix de «/u^iai» laciniata, et sur 45 individus qu'il obtint, i seul reproduisit cette variation [i] .
§ OL. — Des déformatioMS ImlléM.
Plusieurs de nos Choux ont leurs feuilles bullées. Le Basilic bulle, la Tomate de Laye, tout nouvellement introduite dans le» cultures, présentent aiissi ce caractère. Ces déformations. semblent se fixer avec facilité.
§ X. — Des défenuAtlont enesllées.
EQes sont rares ; le Broussonetia papyrifera en présente un exemple. Cette variation se propage de bouture ou de greffe.
C'est dans ces mêmes ordres de variations que nous placerons encore les monstruosités diverses que revêtent les frondes des Fougères. Ces variations^ qui naissent accidentellement, ne se multipliaient jusqu'ici que par la division des pieds. On savait néanmoins que ces lérâtions ^e reproduisaient de semis, mais dans des proportions généralement très-faibles. Les expériences toutes récentes et du plus gfimd intérêt qui. viennent d'être publiées dans les Annales des sciences naturelles, 4* série, XVI p. 367, par M* Kencely Bridgmann, sur V influence de la nervation doM la reproduction des monstnumtiê chez k$ Fougères, démontrent de la manière la plus- évidente, que ces déformations peuvent se reproduire identiquement de semis.
« La nervation dans ces monstruosités, dit M. Kencely Bridgmann, étant inconstante, variable, plus ou moins différente de Titat normal, suivant les régions de la fronde où on Texamine, et la production des sporanges étant intimement liée avec elle, on a pensé qu'elle pouvait inflaer sur la reproduction des monstruosités par voie de semis, et c^est pour s'assurer du fait que les expériences suivantes ont été entreprises.
ff Sur une fronde choisie parmi les plus contrefaites du Scdopen* drium officinale multifiduki, on a recueilli, pour les semer, des spores prises indifféremment sur toute son étendue. Les plantes, au nombre de plusieurs centaines qui naquirent de ces semis , présentent tous
(4) Ann. Soc. d'hort. de faris^ t. Vtll, p. 357. (t) Am. Soc. d^hort. de Paris, t. VU, p. 97.
les degrés de variations et de monstruosités, deptos la forme ligolée des frondes la plus simple et la plus normale, juscpi'à celle de la plante mère et même au delà; ce qui, fom les amateurs de ce genre de plantes, aurait été considéré comme un progrès. Il est même à jioter que les anomalies ne se sont pas produites dans un seul sens, mais dans trois sens diflKrcnts, donnant lieu par là à trois variétés bien distinctes. Remarquons maintenant que la fronde sur laqtielle les spores avaient été prises^ n^était pas anormale sur toute son étendue ; que sur certaines portions de sa moitié inférieure, la nervation était à peu près ou tout à fait régulière, et que ces portions avaient fourni leur contingent au semis» Dans sa moitié supérieure, au contraire, la nervation devenait de plus en plus irrégulière ; au lieu de rester parallèle à ellemême, elle se transformait en un lacis de fibres entrecroisées, d'autant plus compliqué qu'elle s'approchait davantage du sommet. En même temps les spores y devenaient insensiblement plus nombreux, plus petits, plus vrâtins du boid de la fronde, et leurs indusiuiAS de plus ea plus réduits finissaient par disparaître total^nent sur lesderniersqui n'étaient plus que de petits amas de sporanges disséminés sans ordre sur les plus grosses nervures.
» On verra par ce qui va suivre que l'apparition de formes normales et de formes monstrueuses dans les semis, dont il vient d'être parlé, s'explique très-naiurellement par le mélange des spores recueillies sur les portions régulières et sur les p<Hlions déformées de la fronde.
t Une seconde expérience fut faite à l'aide du Scolopakdrium officimle iaeer&iumf sur lequel se montrait nettement séparés les deux modes de nervation. On recueillit avec i^éeaution les spons delà partie déformée de la ttonde^ et on les sema à part, dans une terrine remplie de terre calcinée. Le résultat fut que toutes les plantes, qui en provinrent, rei^oduisirent la forme crépue de l'individu mère, et quelques-unes même à un plus haut degré.
0 Les spores de la portion normale de la fronde, qui avait fourni ce premier semis^ furent recueillies avec le même soin et semées dans des conditions identiques. H en naquit de même des milliers de jeunes plantes ; mais c'est à peine si^ sur la quantité, il s'en trouva domte qui montrassent» et encore à un faible degré, les irrégularités déformes si caractéristiques du premier lot. Les deux semis étaient ai différents l'un de l'autre que, si l'on n'en eût connu lu provenance, on n'aurait Jamais pu croire qu'ils étaient si iM!oebes pareats. La très«grande majo^ rite des plantes était ici parfaitement normale ; quant au petit nombre de celles qui présentaient des traces de la monstruosité maternelle, cette monstruosité se bornait à des frondes bi ou trilobées au sommet^ avec des bords plus ou moins sinueux ou quelque peu déchiquetés ;
encore cette altération n'atteignait-elle le plus souvent qu'une ou deux, frondes sur on même individu.
» Les plantes mélangées^ obtenues dans la première expérience rapportée ci-dessusj furent retirées de leur terrine et mises en pleine terre, non pas une è une^ ce qni eût été trop long, mais par petites touffes, n en résulta que les individus atteints de monstruosité se trouvèrent mêlés à des individus de forme normale; mais^ moins vigoureux que ces derniers^ ils furent bientôt étouffés par eux et disparurent tous. On eut donc là un de ces exemples de sélection naturelle^ où le plus fort tue le plus faible ; mais cette sélection, comme on le voit, se fit dus le sens de la rétrogressioQ, c'est-à-dire en faveur du type la plue ancien, qui se maintint au détriment de la forme nouvelle^
CATALOGUES DTfORTTCtJLTimE
poua 4865.ir
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4 'M. OaAU<»4 pèw^ korticaiteur, nie du Bégoia, Si, quartier de ia GuU-*-
. lotière (Lyon). Catalogue et prix courant des Rosiers diipombls&ypour Tautomne 4865 et le printemps 1866.
Crttfllot Hts, horticulteur, chemin des Pins, à Ta Gniîîotière (Lyon) . Catalogue des Rosiers disponibles pour rautonuie 4S6l^et le priatempr $%%B,
Pelé (Adolphe) fils, horticulteiir, rue de i'Ourcine, 451, Paris . Catalogue des plantes disponibles ; automne et hiver 4865.
Veneltairelt, horticulteur, nie du Chaume, 50, à Gand (Belgique). Cxtrait éa eatalegoe général, n<» 75. Prix eourant pour i'aolonoe 4Se& et te prin-' temps 48^. Plaiates nouvelles,
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WtktmwOy à Aueil (Seine^et-Oisa) . CaAaJoguo 4e Daklda, P<diirgeiiioiii, Phloz^ Fuchsia, Pétunia, etc.
Aioliilie Hf'^eick, Allée de la Robertsau, près Strasbourg (BajBhRhin). Choix de Plantes nouvelles et rare en multiplication dans rétablissement.
toeenewegett et Cie, à AnMterdam (HoUand^)* Catalogue ée Plantes dln-
. troduistieii no«v«Uefi et rares » Pejx eouraat de Plantes Irolbeans.
Hm^ et «cluMUli, à Ett^Oh (Prusse). Catalogue d*Oigoo&a à fl6iir84 Bulbes, Griffes, Rhizomes, etc.
Travaux du mois d'Octobre*
Jardin potager. On sème en place : M&che^ Epinards, Cerfeuil^ pour récolter BQ marsj et des Laitaes crêpe rouge, petite noire, romaines hâtives, pour repiquer ensuite sur couche. On repique en place ou en pépinière : Choux d*Tork et autres. Oignons blancs. Oseille ; et sur cotières, Laitues de la Passi:*:- Choux-fleurs. Lorsque les gelées arrivent, il faut couvrir les semis et leunes plants, ainsi que les planches de Chicorée, Scaroles et Haricots qui poujrraient encore rester dans le jardin.
Jardin fruitier. Récolter les fruits d'hiver et choisir pour cela un temps bien sec. Pour que ces fruits se conservent plus longtemps, û faut éviter de les meurtrir et les laisser ressuyer dans une pièce bien sèche^ avant de les transporter dans le fruitier. C'est le moment d'adresser les demandes d'arbres.
Jardin d^agrément. Travaux d'entretien et de propreté. On met en place les Chrysanthemum. On peut planter des Œillets de poète, Mufliers^ Scabiense, Campanules, Digitales, Polemonium et autres plantes vivaces élevées en pépinières. On fait ses plantations, en pleine terre, d'Oignons de Jacinthes, Tulipes» Narcisses, Crocus. On doit relever, pour mettre en pot, de la Giroflée Jaune et la rentrer sous un abri quelconque pendant Thiver, afin de l'avoir de bonne heure en fleurs au printemps.
Serre, On doit aérer pendant les heures les plus chaudes, tant que la température extérieure sera égale à celle de la serre ; mais vers la fin du mois, les nuits commencent à être froides, il est alors prudent de préparer les paillassons pour en couvrir les vitres. On ne doit pas oublier que les plantes ont besoin de repos pendant un certain temps; on doit donc commencer à diminua les arrosements. U est cependant quelques espèces qui ne fleurissent, sous notre climat que pendant^ la saison d'hiver; à celles-là, les arrosements ne doivent pas manquer, surtout lorsqu'elles se disposent à entrer en végétation.
Si les plantes d'orangerie ne sont pas encore rentrées, il ne faut pas tarder aies hiverner; les nuits commencent à être froides et humides; il faut choisir une belle journée de soleil et attendre que rhumidité de la rosée des nuits soit disparue; autrement on risquerait de voir les plantes pourrir. On doit disposer ces plantes, dans l'orangerie, de manière à réserver le devant pour les plantes délicates ou celles qui conservent leurs feuilles. On place les arbrisseaux à feuilles caduques tout à fait au fond avec les Orangers et les Lauriers roses. Règle générale : toute plante è feuilles molles et qui les conserve pendant rhiver» doit être rentrée dans un endroit bien éclairé,' pour recevoir autant de lumière que possible. On dépouille les Fuchsia et les Géranium zonales de leurs feuilles, et on les intercalle entre les caisses d'Orangers; ils n'ont pas besoin de lumièra avant le mois d'avriL, si on ne les pousse pas à Teau ; on ne doit arroser lei plantes d'orangerie que très-rarement, pour maintenir seulement la vie*
Puis. - Imprimerie borOcote de E. DonàOB, me Gasiette, 9
sMuitt Ms Amais (mwm daxs ci mnitte.
F. HniMCo. €lir«Ml4«6. — F. Meainca* Le ■•«veaa Jardlaler llloirtré deTtat MS j«gea : criliqof^ et rtpportt 4« MM. Joiga^anx, Max Desnoyf ra, t loaard Norrea, D' Lfffbnr^, et de Lticy. — Éaiu CSAti, Leii Caleé^lAirca llsneaiieii; far 6« 17atte(, (PI. XXn.— ÉaiLB CaaTi. Les Gér»«lanifl à rteiiM «•«M^s, tir. ÊiartUU de CUn/ltmrd {?\, XXIi). — 0. Lcscvtfr, «•■«>■ nouTellea pour 1866. — Gcnaci ttaoAHT, Observitiona tnr r.%cliyr«iilliea %'«»rachairellll.— Eco. ai Maatraciit, Uoyi'ot d*ob« teairdfsiBlreaétti, à flfar«J«iM<>« ei proordé U*e&aiiaplaje.— B. Vialot, Mémoire lor lot variéUi (soitt). — Cauiogooi d*bortieoUttre pour 1866«— Trtrtax da mois de aotembrei
CHRONIQUE
Le ehaDgement de tempe; quel rôle a joaé la luDe dans ectte eirconstanee; la théorie de Toaldo ; coDSom (nation des fruits par la population parisienaa ; QD poète pomologiste ; les fruits ne sont pas de garde : pourquoi? prix fabuleux d'une Poire befle angevine; les pépinières de TAdjou; Nouveau Catalogue de MM. André Leroy, Balte! frères, Morlet^ etc.
0 est donc changé, ce temps au ciel azuré parsemé d^étoiles le soir, et contre lequel tout le monde murmurait, il j a un mois à peine. A qui devons-nous ce changement si ardemment souhaité? Est-ce au simple caprice des vents, ou au bon plaisir d*un quartier quelconque de la lune, comme le prétendent Aristote, son docte disciple Toaldo, et les nombreux lunomana de France et de Navarre? .
Si nous nous en rapportons au fait lui-même, la lune n'a rien h réclamer pour ce changement ; mais si nous recourons aux admirables lois et règles établies par les partisans de rin-* fluence lunaire, il n'y a aucun doute que la pluie qui nous est arrivée soit bel et bien un bienfait de notre toute- puissaute satellite.
Pendant plus d'tm mois, tous les lunomanes avaient, à l'approche de chaque changement de phase, le npz en Tair, et scrutaient attentivement tous les coins et recoins du ciel, pour découvrir d'où venait le vent, et s'il ne traltiait pas, a sa suite, quelque gros nuage chargé de ce bon fluide aqueux tant désiré. Nwmbrê 4865^ M
Mais, hélas ! comme soBur Amie, ils ne voyaient rien venir : c'était toujours la route qui poudroyait^ les arbres qui se d^ verdoyaient^ et le soleil qui reflamboyait.
Le changement est survenu, en effet , un jour sur lequel les doctes sectaires ne comptent pas généralement : juste au beau milieu d'une phase. C'est pendant la nuit du 7 au 8 octchre, qu^uii vent du sud-sud-est promena sur Paris de gros nuages moutonneux, desquels s'échappèrent, dans la matinée du dimanche 8, quelques fines gouttes d*eau qui picturhrerU l'asphalte des boulevards. Le lendemain lundis à l'heure où les sylphes et sylphides commencent à secouer leurs ailes, il pieuvinotait très-agréablement, et à 1i heures le ciel déversait sur nos tèles^ ses cataractes diluviennes], qui transformèrent, en peu de temps, la capitale de l'empire en un immense réseau de fleuves aux eaux boueuses, et qui fireut fuir Nayades, Dryades et Uamadryades parisiennes dépourvues et ni^me pourvues du peu poétique parapluie. Le changement était in* contestable; personne ne Ta contesté, et c'est pendant la nuit du 7 au 8 qu'il s'est opéré ; cette date est importante à noter.
En effet, la pleine lune était le i, et le dernier quartier le 11. OûMimeni admettre ici l'influence lunaire, puisque le premier mouvement a eu lieu trois jours après la pleine lune, et trois jours avant le dernier quartier? Je reviens sur ce sujet, parce qu'il me semble intéressant de constater que cette persistance du beau temps n'a nullement été rompue par l'influence de la lune ; et certes, si l'astre des nuits avait la puissance qu'on lui attribue, c'était le cas ou jamais de l'appliquer pour confondre les incrédules.
Les partisans de cette influence ne sont pas embarrassés, je le sais, pour donner à César ce qui appartient à Dieu, et pour démontrer ensuite que César n'a bien que ce qui lui appartient; il est vrai qu'ils lui font la part belle. Ainsi, les moins dévoués à notre satellite admettent que chaque changement de
hm9, ou chaqae^îha&gemeDt déphasé, nouvelle lune, {weniier quartier, etc., étend son action h deux jours avant et à deux jours après ; œ qui donne une sphère d'action de cinq jours. Or, comme chacune de ces phai^os est de sept jours, il n'y a que deux jours en dehors de l'action lunaire; c'est raisonnablel Hais il y a des sectaires plus dévoués encore, et un célèbre phy<« sicien dePadoae, Toaldo, est de ce nombre. Pour établir trr^/tf* tablement Tinfluence de la lune sur les changements de temps^ il a pcurté (1) àtrois jour9 avantet à trois jours après, l'action de chaque phase, ce qui fait» avec le jour du renouvellement de phase, sept jours bien comptés 1 Que reste-il pour la neutralité ? EsUil étonnant^ avec de pareilles bases, que la lune jouisse d'une aussi puissante influence, et qu'elle fasse, à volonté, la pluie et le beau temps! Il résulterait donc^ d'après les règles posées par Toaldo, que la rupture du beau temps est le résultat des deux influences combinées de la pleine lune et du dernier quartier! A ce compte, le premier crétin venu peut se dire doué d'une pareille puissance ; il est certain de passer pour prophètei, même dans son pays, ce qui est cependant fort difficile. Il n'au^ rait pas besoin ,• pour l'exercice, d'avoir autant d'esprits à sa disposition que les frères Davenport. Mais, quoi que je dise, la lune aura toujours des partisans et beaucoup. Puit^sent-ils, en échange, obtenir d'elle des changements favorables à leur culture de petits Pois et autres légumes hâtifs; c'est la grâce que je leur souhaite ; car c'est d'un bon rapport, les légumes de primeurs ! Paris seul en consomme pour 500,000 francs par an, au dire de la Liberté.
Ce Journal, qqi parait bien informé sur la consommation des fruits à Parii^ rapporte que, en 1 864, il a fallu à ce Gar* gantua : 160 millions de kilogrammes de pommes ! — quelle quantité d'Evesil afallu pourles faire mangei* ! — ; 225 millions
(4) Voir l» noie insérée, en 47S0^^daiis le JiAiam/Qi d^ fh^fsiqiiê.
de kilos de poires ; 170 millions de kilos de prunes ; 900,000 kilos de pèches; 600,000 kilos d'abricots; 900.000 kilos de raisins; 1,200,000 kilos de fraises; 21 millions de kilos de éerises; 6,000,000 kilos de framboises et 12 millions de kilos de Groseilles. Cette consommation représenté une valeur de 16 millions de francs. Je ne conteste nullement Texactitude de ces chiffres; mais les 21 millions de kilos de cerises m'étonnent* Est-il surprenant, après cela, que Victor Hugo ait chanté • dans ses nouvelles Chansons des bois et des rues :
Od a grand soif; au lieu de boire*
On mange des cerises; voi,
Cest joli^ j'ai la bouche noire
El j*ai les doigts bleus. •.. laisse-moi.
n faut être poète, pour voir la bouche noire et les doigts bleus, aux personnes qui mangent des cerises. 0 1 pofite, tu abuses légèrement de la licence I Si jamais j'écrivais, en prose, de pareilles choses — si jolies en vers, — mais toutes les locomotives de l'univers se mettraient à siffler. Auraient-elles tort, lecteurs?
Je doute — non pas que M. Hugo trouve des admirateurs ; Mangin, le marchand de crayons, en avait bien, — mais je doute que la consommation en pommes, poires et raisins, pendant la présente année, s'élève aux chiffres constatés pour 1 864.
Partout on se plaint, d'abord de la rareté des fruits, et ensuite delà difficulté de les conserver. Tous pourrissent au fruitier. Quel est donc ce mystère? Aulrefois, dans les annécspluvieuses, on disait: les fruits ne siiont pas de gsirde; ils sont trop, aqueux. Cette année, ils ont en tout le temps d'élaborer leur eau de végétation, qui n'a pas dû être considérable, par suite de la sécheresse, et par le soleil trop persévérant. Ici, la pratique est quelque peu en défaut. La science aurait-elle raison ! Un chimiste de mes amis m'a expliqué ainsi ce phénomène. « La cause de la maturation précipitée des fruits est
doe précisément h Fè^ence d'eau et à r&bondance de la pee* Une, — substance qui existe en dissolution dans le jus des fruits mûrs, — laquelle se dissout sous Tinfluence d*un principe analogue à la diastase, et que les alcalis transforment eu acide peetique, qui lui-même passe h Tetat diacide parapectique, d'acide métapeclique, de pectale et parapectale, etc. — Voilà pourquoi les fruits ne se conseryeut pas ! Celte théorie est peutêtre diriioile à démêler ; les savants chimistes semblent le reconnaïf re, puisqu'ils ont donné a celte substance le nom de pectine, du latin peden, et en français peigne!...
Malgré cet état de choses^ les fruits de la saison ne sont pas chers ; il est vrai que le choléra est pour quelque chose dans cette dépréciation. Les mauvais fruits de parade se maintiennent^ au contraire, à des prix fabuleux ; j'ai vu à Tétalagc dun fruitier [en renom, une Belle angevine cotée 30 fr. ! Ceci me rappelle un fait plaisant arrivé à quelqu'un de connaissance*
Dans un grand dîner d'hiver, on avait cooMuandé^ chez un marehand de comestibles, un surtout de fruits, composé dePoi'* res toutes magnifiques, mais peu mangeables; elles sont là comme les fleurs : pour être regardées seulement. Cette fois une indiscrète ne quittait pas des yeux une majestueuse Poire Angevine, et le démon delà gourmanilise, voyant qu'on n'en offrait pas, la poussa jusqu'à dire à la maîtresse de la maison : Celte Poire doit être bien bonne ! Comment alors n'en point ofTiirîLa Poire, en effet, fut coupée en 8, en 16 quartiers, et chacun des gourmands de faire, à la première bouchée, une affreuse grimace. — Premier déboire de l'hôtesse ; le second n'arriva que le lendemain.
Quand le marchand^vint reprendre sa corbeille de Poires, il ajouta, en effet, à sa facture de location des fruits : Pour une Poire Angevine 70 fr. !
Avis aux amateurs qui veulent se faire 5,000 fr. de rente; c'est plus certain que par la culture du lapin.
' Le beau pays de rAnjon n'anrait-il produit que ceifé bitie Poire, que rhorticuiture devrait le tenir en grande estime; maïs il a bien d'autres droits, non pas seulement à Testime, mais encore à la reconnaissance de cette science aimable, qui procure des jouissances à la fois au goût, à Todorat et aux yeux. Je reux parler de ses immenses pépinières qui couvrent une partie de son territoire, et qui sont les propriétés des André Leroy, des Louis Leroy , des Audusson Hiron et de tant d'autres. Quelles quantités énormes d'arbres fruitiers, d'arbres d'agrément et d'arbres forestiers ne répandent-elles pas, chaque année sur toute cette terre où nous faisons, dit-on, notre purgatoire 1
? Et puis quelle lumière n'ont pas répandue, pendant plusieurs années, les publications de son comice horticole, son école d*arbres fruitiers, et le simple catalogue de rétablissement André -Leroy! Je viens de recevoir précisément la nouvelle éditioa pour 1868, et je crois devoir m'y arrêter un instant.
De tout temps, le catalogue de M. André Leroy, d'Anges, a été un modèle de catalogue, qui malheureusement n'a pas en beaucoup d'imitateurs. Le premier, il a donné des indications sur la qualité, la dimension, l'époque de maturité des fruife; le degré de fertilité de l'arbre, la forme la plus préférable à sa croissance ou sa production^ et enfin l'exposition qui convient le mieux à chaque variété .
Aujourd'hui, pour guider l'amateur dans le choix des espèces d'arbres et d'arbustes d'ornement, M. André Leroy, a fait un travail analogue ; il indique, dans cette nouvelle édition, la couleur des fleurs et l'époque de la floraison ; de nombreuses remarques sont jointes, dans une troisième colonne, concernant la forme de l'arbre ou de l'arbuste, son emploi, et la nature du terrain qu'il préfère.
Ces annotations font du catalogue de M. André Leroy un véritable ouvrage d'horticulture, car il devient, en quelque
sorte, le vade^meeufti de Tamatenr dendrologîste. Aussi, cécâtalogue, qui est un in-octavo de 1 50 pages, ne se donne pas à tout le monde; mais chacun peut en faire l'acquisition pour la simple somme de 1 &anc.
Nous avons reçu également le catalogue de MM. Baltet frères, de Troyes, qui sont pour la Champagne ce que H. André Leroy est pour r Anjou. — Celui-ci, ne se Tend pas, il se donne» — Idem, de M. Gustave Morlet d'Avon, près Fontainebleau, et de beaucoup d'autres. Mais nous renvoyons, pour les détails, à Tarticle spécial des catalogues parus ; le Nouveau Jardinier Ulustré nous réclamant pour la cwreotion de ses dernières feuilles.
F. Herincq.