FRUITIERS
Plein d'admiration pour les audacieux et admirables procédés de transplantation employés par la viUe de Paris pour procurer à bref délai à ses habitants deTombrageet des fleurg» ne voulant plus attendre de la marche si lente de la végétation les beaux ombrages que l'argent, fût-il prodigué, ne pourrait même procurer aux habitations princîères , nous avons voulu expérimenter, en les appliquant aux arbres fruitiers, les moyens pratiques de transplantation de la ville de Paris; nous avons cherché à les rendre usuels et abordables pour tous.
Après la réussite de . nos expériences , les pi'ûpriétaires, pressés de jouir, ii'ont plus qu'à supputer si la sCMsime, d'ailleurs peu considérable, qu'exige la transplantation des vieux arbres, équivaut à la jouissance précoce qu'ils doivent en espérer; ce n'est plus qu'une affaire de mathématiques.
Voulez-vous en plantant des manches à balais attendre dix ans au moins de Tombrage, des fleurs et des fruits, suivez les errements généralement préconisés par ceux qui vendent des arbres d'un an de greffe ; mais pour avoir toutes ces jouissances dès les premières années, transplantez de vieux arbres, suives le progrès du siècle, et vous n'aurez pas plus de mortalité que par l'ancien système, pour peu que vous opériez dans la belle saison, que vous praliniez les racines de vos ârbreis avant de les confier de nouveau à la terre, et que vous vouliez bien les faire soigneusement effeuiller.
A» l'appui de ces doctrines j'offre, en exemple, les résultats obtenus par moi au Pin, oîi j'ai transplanté, au mois d'août, une centaine d'arbres fruitiers.
Sur les indications de mon savant arai^ M. Carrière, 'chef
des pépiniëres an Muséum, un peu à titre d'essai, beaucoup dans le désir d'effectuer en terre bien saine et par un beau temps mes plantations jusque-là faîtes par la pluie et le froid, faî fait procéder. Tannée dernière, vers la fin d'août, par une sécheresse et une chaleur caniculaires^ au milieu des rires et dœ quolibets des jardiniers du voisinage, à la transplantation, dans toute espèce de formes, de nombreux Poiriers greifés sur Cogi^assier, de 3, 4, 5 et 6 années d'âge.
Quinze jours après la transplantation, les spongioles des ndnes m'assuraient de leur reprise. Tous ces arbres ont parfaitement profité depuis ; leur feuillage est du plus beau vert, etles plus âgés ont, à mon grand étonnement, rapporté cette année de beaux fruits. J'ai eu le plaisir de présenter, à une des dernières séances de la Société, des Poires cueillies sur œs arbres déplantés, résultats que je n'eusse certes pas obtenus si j'avais suivi la mode, Tépoque habituelle des plantations d'automne ou de printemps.
Je conclus de ces expériences, faites suffisamment en grand, qne, toutes les fois qu'on veut transplanter dep arbres dans la même localité, il faut opérer le plus tôt possible, à partir de la* mi- juillet, en tenant compte toutefois de la maturité des fruits qu'on désire recueillir, et ne pas perdre, comme de raison.
En procédant ainsi, la reprise est certaine. Je suis bien sûr de ne pas perdre un seul des 150 à 200 pieds d'arbres dont j'ai conmieiicé la transplantation cette année. Je gagne une année, puisque l'arbre me donne son fruit l'année même de sa transplantation aussi bien, sinon mieux, que s'il eût été laissé en place.
Je puis ainsi, à ma grande satisfaction, présider moi-même à cette délicate opération, par un beau temps, dans une terre saine et non dans la boue glacée de novembre. Chez tous lès arbres ainsi replantés, les plus incontestables succès s'observent* depuis la fin d'août et dans tout le cours de septembre.
Les arbres transplantés en novembre et déeembre laissent plus à désirer, et leur végétation est relativement faible .
Ce mode de transplantation n'est toutefois applicable que pour des arbres pris d^ins son voisinage ou tirés de sa propre pépinière ; car il est impraticable dès qu'il s'agit de les faire venir de loin ; mais, même dans ce cas^ il y a encore avantage à planter le plus tôt possible^ aussitôt après la chute des feuilles.
On sait d'ailleurs comment il faut procéder pour avoir une réussite complète : les arbres sitôt arrachés avec le plus de racines possible» sont trempés dans un baquet à pralînage rempli de bouse de vache délayée en bouillie liquide ; les trous sont préparés d'avancOi et les racines sont aménagées au milieu d'une demi-brouettée de terreau de couche, et arrosées de pmin étendu de 5/4 d'eau.
Ce prahnage des racines concourt puissamment à la reprise des arbres. M. Carrière le recommande en s' appuyant sur une longue et fructueuse pratique ; il m'a été très-utile pour faire reprendre des arbres demi-morts de froid oir fatigués d'un long voyage. Quelque-uns de mes arbres, transplantés en août, l'ont été avec tous leurs fruits qui ont continué à végéter; mais j'avoue ne pas les avoir goûtés, pour savoir s'ils avaient conservé leur saveur habituelle, au moment de leur maturité. Je recommande, sur toute chose, de planter presque à fleur du sol; car j'ai remarque que tous les arbres qui languissent ont été placés profondément.
Agissant toujours en vertu du même principe, j'ai fait déplanter à racines nues, et replanter, soit en pots, soit en caisse, des Pêchers, des Abricotiers, des Cerisiers, des Vignes, dans le courant de janvier et février 1 864 ; à mesure que la gelée et la neige me l'ont permis; non-seulement tous ces petits arbres, placés dans ma serre à fruits, ont bien repris, maisencore la plupart, à ma grande surprise, ont donné de beaux et bons fruits en
jiim et jQîHet. Tai pu ainsi présenter à la Société de Meaux six yaiiétés de Pèches tardives qui ont été trouvées bonnes et parfomées, après seulement cinq mois de transplantation.
Si donc celte opération peut avoir parfois de grands inconvenients en pleine ten-e, je conclus qu'elle n'en présente presque aucun en serre.
Les Hollandais ont , dit-on, une méthode particulière de transplantation et de culture forcée des arbres fruitiers . Je $màs tarès-cAligé si quelqu'un pouvait me fournir quelques renseignements à cet égard, A leur défaut, et pour corroborer mes précédentes expériences, je vais faire transporter, dès le mois d'août et de septembre, dans ma serre à fruits, une nonvdle collection des mêmes arbres qui n'y ont été placés que tardivanent^ en janvier et février, et je me ferai un devoir de communiquer à la Société le résultat de ce nouvel essai.
De la Roy.
(Eïtr. du Bail, de iaSoc, tmp. et cent^ â'hort, de fronce,)