MOYEN D'EMPLOYER LE JUS DE TABAC EN FUIMGATIONS
Dans le n** de décembre dernier nous avons publié la circulaire de M. le directeur général de l'administration des tabacs, dans laquelle on faisait connaître qu'il ne serait plus délivré
de débris de feuilles de tabacs, mais que l'administration mettait du jus à la disposition des agriculteurs et des horticulteurs. Â la suite de cette publication, nous avons reçu de plusieurs de nos abonnés, entre autres de M. Anceau, jardinierxAieî de M. le marquis de Sinéty, des observations au sujet de ce jus, qui, disait^on, ne peut pas servir en horticulture pour détruire ïes pucerons et autres insectes qui infestent les plantes deserre. Comme eux, nous regrettions le retrait des détritus de feuilles ; mais nous ne pouvions que sympathiser à leurs regrets. Aujourd'hui, nous pouvons faire mieux ; nous pouvons leur donner le moyen d'employer ce jus de tabacs en fumigations ; c'est une découverte renouvelée des Anglais.
En Angleterre, on trouve, dans le commerce, du tobacco-paper^ ou papier-tabac, qui est préparé par le jus provenant des macérations de feuilles et d*une manière très-simple. On prend du gros papier buvard, c'est-à-dire du papiçr non collé; on le fait imbiber dans le jus, puis on le roule et on le laisse bien égoutler. Après quoi on le conserve dans un endroit frais, pour qu'il ne se dessèche jamais complètement. Quand le moment d'en faire usage est venu, on le déchire par petits morceaux ou on le découpe en petites lanières, et on en met par petite quantité à la fois sur le brasier ardent d'un réchaud ; il brûle alors lentement et produit la fumée destructive des insectes.
Le procédé est simple, et, comme le dit M. Pavard^ dans une note publiée dans les 'Bulletins de la Société d'Horticulture de Paris, il permet à chacun d'être son fabricant, et d'utiliser le jus que l'administration met à la disposition des horticulteurs.
F. Hëringq.
LES VOYAGEURS COLLECTEURS DE L'HORTICULTURE
{André Michaux et François-André Michaux.)
J'ai toujours eu une grande vénération pour ces courageux et dévoués voyageurs^naturalistes qui^ renonçant aux douceurs de la vie sociale, vont par les pays déserts et sauvages» à la recherche de ces précieux végétaux dont les nns nous servent d'aliments, et dont les autres ajoutent à l'ornementation de nos jardins ou viennent augmenter les essences de nos forêts.
Certes, si des hommes méritât la reconnaissance des peuples^ ce sont ces intrépides explorateurs qui portent au sein des po«* pulations barbares les bienfaits de la civilisation européenne^ et qui rapportent^ en échange» des produits naturels» objets souvent de nouvelles sources de richesses pour leur pays, de nouvelles sources de jouissances pour la société. Quelle influence n'a point exercée sur le commerce européen la décou* verte du tabac» du thé» la culture du caféier» de la canne à sucre» du cotonnier, du mûrier et du vers à soie ! et qui oserait nier les bienfaits de la découverte et de Tintroduction de la ponmie de terre» du maïs, du sarrasin, et de ces nombreuses plantes fourragères qui sont venues augmenter les propriétés .nutritives de nos prairies ?
« Un gouvernement sage, dont les regards prévoyants savent percer dans Tavenir et se reporter sur le passé, dit Poiret dans Y Encyclopédie botanique ^ saura calculer combien l'étude de la nature est souvent importante pour la prospérité des États, et quels avantages précieux peuvent résulter des voyages entrepris pour le progrès des sciences. » La plupart des plantes de l'économie domestique et sociale sont, en effet, des conquêtes de ces intrépides explorateurs botanistes, conquérants paisibles, pleins d'une noble ambition» celle d'enrichir
— scieur pays de» productions naturelles utiles qui se trouvent disséminées sur toutes les parties du g^obe*
Pour conquérir ces trésors inconnus, le voyageur-naturaliste ne marche pas à la tète d'une puissante armée. Sans soucis de la mort qu'il affronte, il pénètre seul chez les peuples sauvages, armé seulement d'un mâle et froid courage qui ne lait pas oublier le danger, mais qui le fait braver sto!quanent« Combien est différentce courage calculé du soldat de la science, du courage des héros envahisseurs qui souvent n'est dd qu'à l'ivresse de la poudre, du caniage et du sang 1... Le soldat naturaliste n'a même pas pour excitant, la perspective de la gloire, de l'ovation populaire qui attend le héros vainqueur en rentrant dans sa patrie ; car il revient comme il est parti, sans troubler le repos public. Son butin de victoire n'excite pas le moindre hurrah ; il se compose de quelques bottes de foin et de sacs de grai-* nés. Qui donc sedécouvrirait devant de semblables trophées I . « . Quelquefois, au contraire, des journalistes à court de copie lui décochent la raillerie, si ce n'est l'insulte, comme il arrive souvent, hélas ! quand il s'agit d'importants travaux de nos savants respectables qui consacrent toute leur vie^ souvent leur fortune, à Tétude des sciences naturelles, dont le résultat est d'élargir le cercle des connaissances humaines, ou de répandre un nouveau bienfait sur toute l'humanité. Mais, hàtons^nous de le dire, chez ces hommes d'élite, -^ voyageurs ou savants --^ l'élévation de leur pensée est trop au-dessus du niveau des idées de ces pamphlétaires, pour qu'ils aient à redouter les atteintes de ces beaux esprits littéraires, dont Timagin^on n*a jamais été exaltée que par la richesse des rimes de quelques grands pofites , dont Tune est en baisse, et l'autre en laisse.
Si la France n'avait, pour nourrir ses enfants, que les productions poétiques et romantiques de ces illustres explorateurs de la pensée, bien à plaindre seraient les enfants delà France.
Et pourtant on tresse des couronnes au^ poëtes. Il est immortel celui qui a écrit ces vers sublimes :
0 docteurs, eomme tous rampâtes !
Gampaspe est nue eo son grenier âur Aristole à quatre pattes :
L*e$prit a Pamoor pour ànier (1).
et ces productions^ souvent indigestes^ se payent au poids de l'or.
Quant à l'explorateur naturaliste^ c'est différente Ces productions ont ajouté à la prospérité de son pays; d*un sol stérile elles en ont fait un terrain fertile, dont le produit met le peuple à l'abri de la famine. L'oubli est sa récompense. Walter Ralegh rapportant de l'Amérique en Europe la pomme de terre, — autrement nutritive qu'une pièc^ devers, — méritait certainement une couronne civique ; il eut conune le Christ une couronne d'épines et sa tête tomba sous la hache du bourreau !•«
F. Herîncq.
(A cm^nmr).
CAtALOGUES DHORTICULTURE
pouft 4866*
Bo«elutrl»t ainé^ hortiealteur, à Oulre-les-ïiyooi, chemin de la Groizilousse, 30. — Catalogues de Plantes noiiYeUes inédites obtenues de semis dans rétablissement ; Verveines italiennes, Pétunias, Véroniques, etc.
BenAatlèr, horticulteori à Nancy ; catalogues de Plantes nouveUes inédites, de rétablissement : Pétonia^, Géranium^ Verveines, Héliotropes^ Pentst^mon et ajitres nouveautés du commerce.
Lemolne, horticulteur, mode TËtang à Nancy (Meurthe); catalogue, prix cou-^ rant de graines de fleurs, et plantes nouvelles : Pélargonium inquimans flore pleno (Gloire de Nancy).
(1) Victor Hugo : Chaimns des rues et des bois.
Travaux du mois de Janvier.
Potager. On doit préparer le terraiii pour semer sur ados ou cotières: Pois, Fèves de marais^ Âil> Ëchalottes, Poireaux, Oignons rouges et p&les. Dans les planches d'oignons, on peut semer quelques choux, soit de Vaugiraid ou gros Milan y qu'on repique en place ensuite vers le mois de marsi poui être bons à récolter en juin. On peut encore y semer un peu de carottes que Ton tire pendant l'été; do Persil qui reste pour la consommation d*automme: ces plantes ne nuisent aucunement aux plantsd* oignons. Pendant la gelée, on couvre ces semis de litière sèche. Vers la fin du mois^ on plante les pommes de terre hâtives, Comice d*Âmiens et Marjolin. Sur couche et sous châssis, on sème : Poireau, Carottes, Tomates, Pois et Haricots nains, Melons, Concombres, Choufleurs tendres^ Chicorée frisée d'Italie ; on continue les semis de Laitues et Romaines hâtives, Radis roses, Navets, Cerfeuil. On pince au-dessus de la quatrième feuille les Pois semés le mois précédent ; la transplantation qu'on leur fait subir en avance la production . On chauffe les châssis de fraisiers eu pots; les variétés les plus convenables sont: Queen Seedling, Goliath, ConUe de Paris, Princesse royale^ Crémone, etc.
Truitier, On peut commencer la taille des arbres, mais il est préférable d'attendre la pousse : on obtient de meilleurs résultats ; les cicatrices se recou'vrent plus rapidement, et Ton n*a pas à craindre les décollements de l'écorce on le dessèchement des bourgeons supérieurs voisins de la coupe. On continue les travaux de défoncement et plantations : il faut se bien garder de planter par uo temps pluvieux ou par la gelée; la terre doit être très-meuble. On peut placer des panneaux vitrés contre les espaliers de Vignes, Cerisiers^ Pêchers, etc., pour en obtenir des fruits précoces.
'PaHerre. Couvrir et découvrir les plantes délicates suivant l'état de l'atmosphère ; il est bon de couvrir, si le froid est vif, le? Pensées au moyen d'un pot renversé ; préserver aussi de l'humidité les Œillets et Ânricules cultivés en pots. Terreauter les gazons et bordures de Ûeurs. Tailler les Rosiers et arbres à fleurs, excepté les^ Rosiers thés qu'on ne doit tailler qu^à la fin de février.
Serres, Maintenir la température nécessaire, la propreté sur les feuilléi, arroser suivant le besoin. On doit faire des boutures de Fuchsia, Bouvardia, Pelargonium, Lantana, Sauges, Héliotropes) Cuphea, etc.
Pour conserver les Êpacris et les Ericas ou bruyères, il ne faut pas chauffer les serres ; il suffit de couvrir les vitres de paillassons ou de feuilles pendant les iroids ; on doit leur donner le plus d'air possible, toutes les fois que le temps la permet; ces plantes peuvent supporter quelques degrés de froid sans souffrir.
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Paris. •> Imprimerie horticole de E. D<»ràqd, rue Cassette,!
SOHMAmB DBS ABTIGLKS C01ITB1V08 DAlfS CK NUMÉRO.
P. flniRco, Chrwnl^ve. — H. 0. LBscinrKR, Giytlirlite (PI. II).— Carrière, OEMIIets MVteaas, hybride». — L, CoRDiSBilesTingt^cInq Fr»f«ior» de It Société d'HorticnltiredaFiri».— A. GniLLiER, manière d'obtenir la graine de Choaz-llettrs. — Dblavilu, oomao traitemest des LaBBftovrdesffniltièrM.— F.Hbrxncq, dimertaUoa snrlavéfételloM : deUséve.— F.IlERiKCo, lesVoyaieur» Mlleeieors de l'HorticttUore : (portnil àe François André-Miobiox). — . Travaox da mois de féTrier.
CHRONIQUE
L'hiver au Canada et ietSarracenia; pourquoi ces plantes érigent la serre chaude 80U8 notre climat. Causes probables des modifications de certaines plantes; les hybrides; l'emploi des adjectifs latins pour la nomenclature des légumes ; la 10« session du congrès pomologique de Lyon ; l'exposition d'horticulture de Londres.
Le Journal de Québec, du 8 janvier dermer, nous apporte la clef de notre énigmatique hiver. Si nous ne jêuissons pas en ce moment des effets de givres, de neige et de glaçons sur nos fleuves, nous devons nous en prendre aux habitants du Canada, qui ont retenu T hiver tout entier ch&L eux. «i 11 y a peut-être plusieurs années, dit le journal canadien, — d'aucuns disent six ans — que nous n'avons eu un froid aussi intense que celui qui sévit depuis jeudi soir^ c'est-à-dire depuis cinq jours, et qui ne s'est pas sensiblement ralenti. Vendredi le merciu^ d'un thermomètre Réaumur est descendu à S3 degrés au-dessous de zéro ; samedi à 25* ; dimanche à 26; et aujourd'hui à 23. — On dit que la glace est arrêtée au saut de la Chaudière. Dans le haut de la ville, sur le cap notamment, la gelée a fait beaucoup de dommages. L'eau est gelée dans les tuyaux de l'aqueduc jusque dans la rue. » — Et dire que c^est un pareil pays qui est la patrie des Sarracenia^ de ces curieuses plantes à feuille»
Féoner IS66 3
en cornet que nous cultivons en serre chaude ! C'est pour le moins aussi énigmatique que la température exceptionnelle de notre hiver. On peut toutefois expliquer cette énigme par le climat du Canada et la régularité de ses saisonsi Le Canada jouit de chaleur et de froid excessifs ; quand arrive l*hiver le sol se couvre de neige^ et alors la geléo sévit dans toute sa rigueur sans interruption^ jusqu'à ce que le ciel clément daigne envoyer un plus fort rayon de soleil, qui fait rompre la glace, et fait fondre la neige sous laquelle est abritée toute la légion des plantes herbacées. A partir de ce moment^ il n'y a plus de nouvelles gelées à craindre; c'est le règne du printemps; la température devient de plus en plus douce et la végétation sort de sa léthargie. Bientôt surviennent les chaleurs d'été qui font acquérir aux végétaux un développement des plus luxueiix. En France, ce qui nuit aux végétaux, c'est Tinconstance des saisons; c'est la variabilité excessive de la température; cesoM les alternatives de gels et dégels. Telle plante supportera^ sans souffrir^ sous le climat parisien^ iO-15 degrés de froid en décenabre ; mais elle gèlera au mois de mai, par une simple gelée Uimche. Au Canada il n'y a pas de ces alternatives de chaleur et de froidi À la gelée succède la chaleur^ sans retour de froid. Les plantes herbacées du Canada gèlent donc, sous notre cHmai, non pas par les froids excessifs^ mais parce que la température est inconstante au printemps, qu'elle se permet de trop grands écarts à cette époque de l'année qui est celle de la i^éprise de la végétation.
Le plud petit froid détruit tout^ ou arrête le développement des jeunes organes en voie de formation.
C'est certainement à cette inconstance du climat de la France» qu'il faut attribuer ces accidents de foi*me qu'on observe si souvent depuis quelques années dans nos cultures^ et qui semblent donner raison aux adversaires de l'espèce et aux pard>sans de l'hylnidation .
Chaque jour, en effet, on nous présente des plantes qui offrent deux formes de feuilles ou de fleurs, et on nous les donne comme exemple de transformation d'une espèce en une autre, ou bien comme hybride dans lequel s'opère la disjonction des deux essences qni ont concouru à sa création ; ces formes pourraient bien n'être que des modifications produites phr un brusque changement de température qui arrête Torgaûe au milieu de son évolution.
Aujourd'hui on va même plus loin. Les partisans de Thybridation font intervenir le croisement par la sève! Nous reviendrons sur ce curieux sujet ; mais en passant, quelle idée baroque t
Une autre idée qui ne me parait pas non plus très-sérieuse, et qui cherche à se faire jour en ce moment, est celle de Tem- {^oi des adjectifs latins dans la dénomination des plantes potagères. Nous en avons déjà parlé au sujet du congrès de Namur; c'est là son berceau. L'auteur tient bon. Il vieût de publier un essai de nomenclatere, pour prouver la simptitîté et la facilité de la chose. « Ce travail rudimentaire, dit-il, n'ayant rien d'absolu, quant à nous, nous le croyons donc très-susceptible d'être remplacé par un meilleur. i> — Je le ovms sans pane* Nos lecteur peuvent en juger; en voici un échantillon :
L'Arroche rouge s'appellerait Atriplex rubra.
Betterave blanche ; Beta albida.
Betterave rouge longue ; Beta rubra longior.
Carotte rouge demi-longue; Daucus ruber semi-lon^us.
Céleri plein rouge de Tours ; Apium solidim rubrum turonense.
Cbou de Bruxelles ; Brassica midtiplicata.
Haricot de Soissons à rames ; Phaseolus suessionensis scan^ dens.
Hancot suisse gris de Bagnolet; Phaseolus variegatus helveticus.
Laitue romaine rouge d'hiver ; Lactuca romatia longa rtiètcola hyemalis.
Navet petit de Berlin j Brassica napus Berlini parva.
Oignon rouge pâle ; Allium cepa rubra pallida.
Poireau gros court de Rouen ; Allium Porrum rothomageme.
L'auteur a oublié de latiniser les mots gros et courts ce qui aurait pu faire, en latin de jardinier, Allium Porrum grossum courtum rothomagense ; c'eût été très-joli ! Voilà pourtant ce qu'on appelle simplifier la nomenclature des légumes ; « apporter un remède à ce mauvais état de choses, et mettre un terme à ce dédale dans lequel vendeur et consommateur se débattent depuis trop longtemps sans pouvoir en sortir. »
Mais le remède est cent fois pire que le mal. Aujourd'hui avec les noms vulgaires, les transactions avec l'étranger sont difficiles, c'est vrai; au moins les Français, les Allemands, les Anglais, etc.^ se comprennent tous entre eux, ou à peu près ; avec les adjectifs latins, ils ne s'entendi*ont plus du tout. Oq comprend qu'un homme de talent et de savoir^ comme Tauteui' de la proposition, qui connaît la langue latine, et la parie avec aisance et faciUté, trouve commode cette nomenclature, un peu longue quelquefois, comme Lactuca romana longa rubû cola hyemalis; mais le pauvre jardinier qui a déjà de la peine à retenir les noms vulgaires, conunent pourra-t-il se rappeler qu'il faut demander du Cynara cardunculus turonensis pour avoir du Cardon de Tours ; ne pourra-t-il pas confondre — ne comprenant rien au latin — avec VApium solidum rubrum turonense ? qui lui procurera le Céleri plein rouge de Tours. Mais aussi quel immense avantage pour lui, habitant aux environs de Paris ou de Marseille, de pouvoir faire venir de Saint- Pétersbourg, de Londres, de Berlin, même de Philadelphie, ses graines de Raphanus roseus rêtundus (Radis rose), ou de Brassica
napus clarus forts (J^ayet de Clair-Fontaine), etc., sans crainte d'être trompé !
Et pour la science comme elle y gagnera ! En lisant Brassica centumpodia^ AtriplexTubra^ Beta albida, le savant croira avoir affaire à des espèces nouvelles, quand ces noms ne désigneront que des variétés, des sous-variétés, simples accidents souvent. Il arrivera, en fin de compte, qu'on ne se comprendra plus ni en botanique ni en jardinage. Pour éviter la confusion entre les noms d'espèces et de variétés, il faudrait suivre, au moins, larègle posée en botanique : que le nom de la variété doit être toujom*s précédé du nom spécifique. Ainsi l'auteur de l'emploi des adjectifs latins aurait dû mettre : Atriplex hortensis rubra; Daucus CABOTA ruber semi-laiiga; Phaseolus vulgaris variegatus helve^ ticus^ etc., pour indiquer que V Atriplex est une variété de V hortensis ; que c'est le Daucus carota qui a donné la variété ruber serai 4onga; et que c'est du Phaseolus vulgaris qu'est sortie la variété variegatus helveticuSy etc. , etc. ; autrement comment pourrait-on reconnaître ce qui est espèce, variétés ou sousvariétés? De là donc une petile série de quatre ou cinq mots latins pour chaque nom de plante 1 Pour voir là une simplification de nomenclature, il faut être vraiment aveuglé par l'aiguillon de la célébrité. Car le consommateur ne comprendra plus rien ; la science gagnera des difficultés de plus, et les mar^ chauds de graines ne s'entendront pas plus entre eux, que les horticulteurs fleuristes ou pépiniéristes, qui, pourtant, ont à leur disposition la nomenclature latine. On comprend qu'un petit nombre d'hommes, de divers pays, s' occupant d'une science, adoptent une langue morte pour pouvoir communiquer facilement entre eux ; mais vouloir appliquer le même système à une branche de commerce qui s'étend jusque dans les régions les plus ignorantes chez tous les peuples, c'est de la déraison. On n'imposera jamais aux maraîchers, aux jardiniers campagnards, aux paysans, une nomenclature latine ; le l>esoin, pour
aux, ne s'en fait nullement sentir. Si quelques marchands de graines éprouvent de la difficulté'dans les transactions commerciales avec leurs confrères de l'étranger, ce n*est pas une raison pour établir un état de choses qui fera qu'ion ne s'en tendra plus dans le même pays. Que ces messieurs fassent comme les autres commerçants ; qu'ils envoient des échantillons en proposant leurs marchandises, et qu'ils établissent un tableau synonymique des différents noms que portent les légumes chez les peuples voisins, ils se tromperont moins souvent. Est-ce que toutes les autres branches du commerce français ne sa trouvent pas dans le même cas? Est-il jamais venu à l'idée des négociants en denrées coloniales par exemple, de demander l'application de la nomenclature botanique pour désigner le café, le poivre, les quatre épices etc. ? Ce serait du plus grand ridicule.
Je répète donc ce que j'ai dit en plusieurs circonstances : Chaque fois qu'un objet appartenant à une science devient le sujet d'un commerce, il doit être mis, par les savants, hors de cause; car il est impossible de le suivre dans toutes les modifications que lui font subir Tindustrie d*un côté et le charlatanisme d'un autre.
Or, les graines de légumes sont l'objet d'un commerce. La science n'a plus rien à y voir ; elle ne doit pas couvrir de son manteau un trafic qui n'est pas toujours honnête. La science est comme la religion: elle doit rester pure, c'est-à-dire étrangère à la spéculation, au mercantilisme.
Mais il n'est pas besoin d'être prophète, pour annoncer que remploi des adjectifs latins pour la nomenclature des légumes ~ bien qu'on prétende qu'il y a de nombreux adhérents, parmi lesquels on cite, MM. Chatin, Tiélens et Lecureur, de Mantes -*- n'aura pas plus de succès que la nomenclature épurée du Congrès pomologique de Lyon, qui est cependant plus praticable et qui a un but réellement utile : car il s'agit tout sim-
plement ici d'établir une synonymie des noms de fruits ; on ne demande pas denomenclatore latine. Les membres du Congrès sont plus raisonnables; néanmoins leur œuvre plus facilement réalisable restera inacbevée^ je le crains bien.
La deniière session de ce Congrès s'est tenue à Dijon» dans le courant de septembre dernier, et cette fois plusieurs membres influents ont fait défaut; Thonorable président élu du Congrès, M. le sénateur Réveil, s'est fait excuser de ne pouvoir prendre part aux travaux ; le secrétaire général, M. Villermoz, n'a pu se transporter à Dijon, pour cause de santé, parait-il; et MM. Dupont (d'Alençon), Porcher (d'Orléans), qui ont présidé à des sessions précédentes, se sont également fait excuser.
Après quatre jours d'études et d*examen sérieux, le Congrès a admis les fruits suivants :
Poire Emile d'Heyst.
Abricot précoce.
— royal.
Raisin Madeleine royale blanche.
Un des membres du Congrès m'a assuré qu'il n'y a eu personne de sérieusement fatigué par cet excès de travail de quatre jours. Si le Congrès continue ainsi, comme il y aenviron 3,000 Poires connues, dans trois mille ans nous serons édifiés sur Ta valeur réelle des Poires qui existent en 18(56. Il faut défalquer, il est vrai, la quatrième séance qui a été consacrée à la question de savoir dans quelle ville aura lieu la 1 1* session. Le bureau avait reçu deux demandes : 1° de la Société de Melun et Fpntainebleau; 2^ de la Société d'Angers, Mais M. Thouvenel, un des secrétaires, a combattu ces deux proportions ; il a demandé que cette session ait lieu à Metz, ou à Nancy ou à Strasbourg.
f Le Congrès, dit-il, doit aller planter sa tente là où il doit trouver de nouveaux éléments, Melup. nous est connu par ses productions. Ce ne serait donc que servir les intérêts de deux ou
trois pépiniéristes ; la présence de T Empereur à FontaineMeau, dit-on, pourra être utile aux intérêts du Congrès. Derrière cette objection se cache l'ambition. Ce n'est point au milieu des fêtes que l'on peut travailler utilement. » Malgré ce plaidoyer un peu vert, Melun a obtenu la majorité. — Il doit y avoir de Tanguille sous roche ! ce serait alors écrié M. ThouveneL Je suis assez de son avis.
C'est du 22 au 26 mai prochain qu ont lieu le Congrès et l'exposition internationale d'horticulture à Londres. L^exposition se tiendra à South-Kensingthon, dans les jardins de la Société royale. La somme des récompenses à décerner s*élève à 2,500 livres sterling, soit 62,500 francs. Les principaux jardins caractéristiques de l'horticulture anglaise seront ouverts aux visiteurs étrangers. H y aura un Congrès présidé par M. Decandolle, de Genève ; deux conversazioni qui permettront aux étrangers de se rencontrer avec les différents botanistes et exposants; enfin un banquet^ auquel sont invités les visiteurs étrangers et les dames souscrivantes : le prix du billet de banquet est une bagatelle : 3 guinées, ou en bon français 78 fr. 7 5 centimes.
F. Herincq.
ERYTHRINA ORNATA (Pt. II).
Depuis quelques années le genre Erylhrina s'est enrichi de plusieurs espèces et variétés très-remarquables, dues, en partie, à M. Bellanger, Tobtenteur de la nouvelle variété que nous figurons dans ce numéro.
Les Erythrines sont de petits arbustes de la famille des Légumineuses ou Papilionacées. Les tiges et les feuilles sont armées parfois d'aiguillons ; les feuilles sont pennés, composées généralement de trois folioles dont la terminale est assez éloignée des inférieures. Les fleurs sont disposés en vastes paniculesau sommet des tiges, et présentent les caractères suivants :
calice en forme de petite clochette h 2 lèvres^ dont la supérieuFe plus large entière ou un peu échancrée et l'inférieure à 3 lobes.
La corolle est composée de 8 pétales inégaux : un supérieur nommé étendard, en forme de cœur, et plus ou moins renversé sur les inférieurs; 2 latéraux très-courts, linéaires- oblongs, munis d*une oreillette à leur base^ sont nommés ailes; les 2 tout à fait inférieurs constituent la carène qui est redressée à son sommet. C'est dans l'intérieur de cette carène que sont renfermés 10 étamines, dont 9 soudées entre elles par les filets ; un ovaire surmonté d'un long style qui est terminé par un stigmate très-petit. Le fruit est une gousse dans laquelle les graines sont séparées les unes des autres par des masses cellulaires pulpeuses.
Le gain nouveau que nous figurons dans ce numéro, Erythrina omata^ est un petit arbuste qui atteint tout au plus 60 centimètres de hauteur; il peut fleurira 20 centimètres. La panicule, longue et serrée, est composée de belles grandes fleurs dressées, d'un beau vermillon foncé, avec la carène rouge cramoisi. — Cette variété est très-hâtive ; elle fleurit de 1 5 à 20 jours avant les autres Erythrines et la floraison se prolonge jusqu'à l'automne; des boutures faites en mars-avril fleurissent souvent vers la fin de juillet. C'est une bonne plante pour culture en pot; les boutons ne tombent jamais.
M. Bellanger met en même temps au commerce un autre gain. Madame Bellanger, plante également naine et très-florifère, à fleurs rouge cramoisi foncé velouté, avec la carène plus foncée.
Ces deux variétés, issues, dit-on, du croisement de crw^o-
gallij avec les Bellangeri, floribnnda et autres, se rapprochent
davantage du crista-galH pour le port et la forme des fleurs.
Elles sont en vente, eu beaux sujets, chez M. Rougier-Chau-
vière, 152, rue de la Roquette, à Paris.