L. CORDIBR
MANIÈRE D'OBTENIR LA GRAINE DE CHOtJX-FLEURS.
11 parait que le Chou-fleur parvient fort difficilement à produire des graines^ car la semence est très chère» Les graines de Choux-fleurs se vendent 3 fr. les 10 grammes, o« 100 fr.^le kilogramme, tandis que la graine de Choux ordinaires ne coûte que de 4 à 15 fr. le kilogramme. Le Journal de la Société d'horticulture de la Moselle a publié sur ce sujet une note très^intéressante d'un habile horticulleur» M. Goillier, que nous croyons utile de reproduire :
« C'est des Choux -fleurs proprement dits, et non des BrocoUs que je veux parler ; la ressemblance qui existe entre quelques variétés de ces derniers et les vrais Choux -fleurs est telle, qu'on les confond souvent ensemble en les désignant du même nom dans certaines localités, bien que ces deux races de Choux diffèrent essentiellement entre elles, quant aux modes de culture qu'elles réclament et quant aux résultats qu'on en obtient. Les seuls que Ton doive appeler Choux'^fleurs, sont les Chouxfleurs durs, demi-durs et tendres de Paris; Chou-fleur Lenormand, petit et gros Salomon de Hollande^ de Naples et de Malte ; toutes les autres vanélés, quels que soient leur volume, leur couleur et leur productivité précoce ou tardive,
sont des Brocolis^ et, je le répètô^ je tie dois pas m'en occuper dans eet article, attendu que ce que j'ai à dite touchmitlâ culture du Chou-fleur ne petit en aucune sorte S'appliquer aUx Brocolis.
■ On a cru pendant longtemps .qu'il n'était pas possible de récolter de bonnes graines de Choux-fleurs en France et on tirait ce produit de Hollande et d'Angleterre; on pourrait niême dire que l'horticulture française ti'a fait qUe peu dé progrès sous ce rapport , car elle ne produit annuellétnent qu'une petite quantité de ces graines, et cela daUs quelque^ localités privilégiées seulement, où la culture maraîchère $'est perfectionnée , et parmi lesquelles Paris doit être mis en première ligne.
9 II ne faut d'ailleurs pas croire que ce soit chose facile t}Ue d'obteliir des graines propres à produire de beaUx Choux^fleurs qui représentent bien le type de leur variété idéale ; le ChoUfleûr n'est pas une espèce botaniquement distincte de celle dés Choux verts, mais un produit de Tart, Une acquisition pré* dense due à la bonne culture et que l'on ne peut conserver que par des procédés particuliers^ mis en pratique pour la récolte dés graines ; aussi ces graines se vendent-elles fort cher en tout paya.
• Quoi qu'il en Soit, il est très-possible d'en obtenir de bonnes ailleurs qu'à Paris, mais à la Condition d'imiter autant que possible la culture des maratchers de cette ville (Paris). Ce mode de culture est d'ailleurs applicable avec quelques variantes mus de8 climats difiérents; je l'ai mis en pratique en Algérie pendant plusieurs années, et je viens de l'etpéri^ menter à Nîmes également avéo succès.
* Il consiste à semer la graine de Chou-fleur en automne (premiers jours d'octobre pour l'Algérie, mi-septembre à l4imes); on repique le jeune plant, trois semaines après lé semis, sur arik» bien ierreaaté à bonne exposition où ou le laisse hiver«^
ner : voilà pour TAlg^ie : mais à Nimeô Thiver se fait assez sentir pour nécessiter l'abri de châssis vitrés^ ou de cloches de verre ou tout au moins de bons paillassons ; car le Ghoufleur ue supporte pas plus de 4 degrés de froid, et il faut nonseulement préserver le plant de la gelée, mais il faut encore le faire prospérer de telle sorte qu'il puisse être fort et vigoureux lorsque les fortes gelées ne sont plus à craindre, c'est-à-dire vers la fin de février, époque à laquelle il convient de le mettre en place. On choisit pour le planter la meilleure terre du jardin, qui doit être bien ameublie et copieusement fumée; les plants levés en motte sont plantés en ligne de façon à ce qu'ils soient distancés de 1 - mètre les uns des autres en tout sens : on peut, si on veut, planter un rang de laitues entre les lignes pour tirer parti du terrain ; on bine fréquemment et on arrose avec d'autant plus d'assiduité que la saison se montre plus sèche : ce dernier point est important, car Içs Chouifleurs qui ont souffert de la sécheresse au printemps ne donnent aucun résultat satisfaisant,
» Une partie des plants marquent leurs ponunes avant d'avoir atteint à leurs dimensions normales; il faut les arracher a mesure qu'on les aperçoit, car ils ne peuvent produire de bonnes graines : mais la plus grande partie réussira bien si la culture est bien conduite, et fournira en mai des Choux-fleurs qui ne laisseront rien à désirer sous le rapport de la belle apparence et de la qualité. Ils constitueront dans cette saison u^i produit d'autant plus estimé qu'il ne peut avoir de concurrence, les Brocolis ayant, à cette époque, disparu sans retour. Mais je dois dire que ce résultat est d'autant plus difficile à obtenir que Ton est plus éloigné des climats où le printemps est doux, calme et un peu humide, et que la région méditerranéenne, avec ses journées brûlantes, suivies de coups de vent impétueux et glacials du nord, avec ses myriades d'insectes et sa sécheresse perpétuelle, convient peu à ce genre de
production ; aussi ne parvientnon à Ty obtenir qu'au prix de soins excessifs de tous les instants.
» Maintenant supposons que Ton soit en possession de beaux Choux-fleurs ; on choisira parmi ceux-ci, pour porte-graines, ceux dont les pommes seront le mieux faites, dont le grain sera le plus serré et le plus fin, et dont le pied sera le plus court ; on continuera de leur donner les soins de la bonne culturel et bientôt leurs pommes se déformeront et s'élargiront; une partie des tiges florifères qui les composent monte* ront^ se ramifieront et .donneront naissance à une grande quantité de fleurs jaunes auxquelles succéderont des siliques contenant plus ou moins de graines qui mûriront en juillet. On fera la récolte des graines lorsque les siliques seront devenues jaunâtres, un peu avant leur dessiccation, en arrachant la plante tout entière que Ton portera dans un grenier où les graines achèveront de mûrir et de sécher.
» La graine de Choux-fleurs, lorsqu'elle est bonne^ est de couleur et grosseur uniformes, un peu moins grosse que celle des Choux pommés ordinaires, un peu plus grosse que celle des Choux de Bruxelles ; toute graine de Choux-fleurs dans laquelle on en remarquerait de très-grosses , est suspecte de dégénérescence, il faut éviter de s'en servir. Avec un peu d'habitude^ on reconnaît sûrement à première vue la graine de Choux- fleurs de toute autre graine de Choux.
■ La première idée qui doit venir et qui vient effectivement à tout cultivateur qui ignore le procédé que je viens de décrire, et qui se propose de récolter des graines de Chouxfleurs, est de choisir ses porte-graines parmi lés plus beaux Choux.*fleurs qui ont pommé à l'automne, et de les conserver en bon état jusqu'au printemps suivant, au moyen d'abris et de couvertures. Les Choux-fleurs ainsi conservés fleurissent en février^mars et produisent une grande quantité de graines, mais que Ton reconnaît au premier coup d'œil pour abâtardies, et qui le sont en effet si profondément^ que les sijyets
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qu'elles fournissent n'ont plus rien de commun s^vec les Choux* fleurs : ce sont des Choux verts qui montent et qui fleurissent à la manière des colzas. J'ai observé ce phénomène en Touraine, en Algérie et en Amérique; j'ai fait là-dessus une suite d'expériences curieuses que je ne puis relater ici, et qui toutes m*ont démontré que les botanistes qui affirment que le Chou-fleur n'est pas une espèce distincte des Choux verts, mais une variété horticole sortie de ceux-ci, sont bien près de la vérité. •
A. GUILLIER.