OEILLETS NAINS TIGE DE FER
Monsieur le Rédacteur,
Sincèrement admirateur de rOEillet, cette fleur divine {Dianthus), j'ai toujours suivi avec assiduité les nombreuses et remarquables améliorations que lui ont fait subir nos borticulleurs français.
Parmi ceux-ci, sinon en tête, du moins au premier rang, nous pouvons placer hardiment uo travailleur infatigable^ un véritable amant de son art, dont les recherches continues ont été^ disons-le de suite , récompensées par les plus heureux résultats. Depuis plus de douze ans, M. Âlégatière (membre de la Société impériale d'Horticulture du Rhône), aussi modeste qu'intelligent, a constamment eu pour but unique Tamélioration, le perfectionnement de cette charmante fleur qui rivalise avec la Rose pour Téclat et le parfum.
Je ne parierai pas des magnifiques résultats obtenus par lui à l'aide des semis et des croisements réitérés : tout le monde amateur connaît aujourd'hui ses beaux Œillets nains remontants, qui l'ont placé au premier rang des horticulteurs spécialistes. J'ai hâte de faire connaître aux nombreux amateurs de cette Caryophyllée la remarquable production que M. Alégatière a enfin obtenue par l'hybridation.
Malgré la richesse sî variée de son coloris, malgré la suavité de son parfum, TCEillet a contre lui la trop grande flexibilité de ses tiges^ flexibilité entraînant Pemploi, toujours disgra* cieux pour la vue, de nombreux tuteurs et liens. Frappé de ces inconvénients, M. Âlégatière, h force de recherches studieuses et assiduesi vient^ enfin, de sortir vainqueur de cette lutte entre l'intelligence et la nature récalcitrante ; lutte toute pacifique, et qiû fait autant la gloire du vainqueur que le suc* ces du vaincu.
Voici donc, Monsieur le Rédacteur, ce que j'ai pu voir et apprécier, par mes propres yeux, dans les fréquentes visites que j'ai faites à rétablissement horticole de M. Alégatière (i). Un Œillet nain remontant hybride, dont les couleurs obtenues jusqu'à ce jour sont les plus riches comme tons purs : rouge écarlate, feu et blanc ! Mais là n'est pas le mérite de ce nouvel OËillet ; sa qualité réelle^ sérieuse^ consiste en une tige florale toujours droite, et résistant à toutes intempéries. Si vous prenez une de ses tiges et que vous l'incliniez jusqu'à terre, dès que vous retirez la main, la tige reprend sa position verticale et rigide. Jamais, quelque surchargées d'eau que soient les fleurs, la tige ni le pédoncule qui les supporte ne fléchissent. M. Alégatière nomme à juste titre sa nouvelle production ; Œillet nain remontant à tiges de fer.
De plus, l'aspect de la plante, loin d'être maigre et chélif , comme l'est celui de beaucoup d'Œillets, offre à l'œdl une végétation trapue, vigoureuse et touffue. D'un pied richement fourni de feuilles^ s'élancent de nombreuses et véritables tiges d'acier, qui supportent à leurs aisselles tantôt deux et trois boutons, tantôt de véritables groupes de boutons bien conformés, courts, arrondis qui, lorsquHls s'ouvrent pour l'épanouissement de la corolle^ présentent au regard charmé unflot de pétales aussi
• (f) A Monplaisir-Lyon.
remarquables par leur volume que par la grâce de leur forme.
Je crois pouvoir aflBrmer, Monsieur le Rédacteur^ que ce nouvel (Xillet est destiné à obtenir un succès aussi légitime que durable. Pour l'ornementation de nos jardins' publics, squares, etc., je suis persuadé qu'on en ferait les massifs les plus riches de couleur, et les plus précieux, en ce sens qu'il ne nécessite aucun lien ni tuteur. Pour les jardins particuliers, entre les massifs^ nous vendons bientôt de ravissantes bordures diOEillets nains remontants tiges de fer; si je l'osais, je dirais que cette nouvelle et remarquable création est destinée à détrôner l'ancien Œillet.
Aussi savants que précieux et utiles pour Tamateur horticole^ les articles que j'ai eu le plaisir delii*e fréquemment dans votre estimable publication m'ont engagé^ Monsieur le Rédacteur, à ' vous transmettre les appréciations qui précèdent, persuadé que, si vous voulez bien leur accorder l'hospitalité dans vos colonnes, vous acquerrez, en faisant connaître V Œillet tiges de fer y autant de droits à la reconnaissance des horticulteurs et amateurs qu'à celle de l'inventeur.
Agréez, etc. Henri Beurieii,
propriétaire à Lyon .
NE TAILLEZ PAS VOS ROSIERS
Il est dans la nature de l'homme de chercher sans cesse. Ce désir insatiable de la nouveauté l'entraine souvent trop loin et le plonge dans Terreur , en lui faisant méconnaître les leçons de la nature, le meilleur des guides. Tai préconisé , il y a peu de temps^ Télagage des conifères, en me basant sur ce que la nature enseigne' elle-même cette opération. Aujourd'hui » je vais soutenir une thèse, qui peut paraître bien diamétralement opposée, et qui, cependant^ est tout aussi naturelle. Je veux parler de la taille du Rosier.
Depuis goaraote aimées environ» la plupart des horticulteurs ayaient rhabitude de tailler ces arbustes très-court, et, pour parler avec plus de vérité, ils les mutilaient. Si Ton examine avec attention l'organisation de cette plante , sa manière de pousser, il est bien facile, je pense» de reconnaître que TÉgiantiei: tend sans cesse à faire un buisson, à mêler ses. ramilles à nos fourrés. Alors pourquoi porter la serpette sur cet arbuste, qui d'ailleurs n'est généralement pas très* vigoureux? N'est^e pas le fatiguer que de le forcer sans cesse à repousser de nouvelles branches en raccourcissant les anciennes? Une raison, d'ailleurs, me parait concluante contre la taille du Rosier: c'est que les plaies qu'on lui fait ne se recouvrent pas comme chez beaucoup d'autres arbres. Après sept ou huit années d'existence de cet arbuste^ si l'on a pratiqué la taille à deux ou trois yeux, on le verra couvert de cinquante à soixante plaies béantes. On pourrait m^objecter que Ton doit recouvrir ses plaies avec de la cire à greffer. C'est à la vérité un palliatif contre le mal, mais la plaie n'en existe pas moins , et , dans tous les cas , il reste toujours un chicot mort. N'est-ce pas là une belle leçon que nous donne la nature?
En pratiquant le régime de la taille courte , l'homme observateur reconnaîtra bientôt que, dans les espèces vigoureuses, il n'obtiendra que du bois gourmand et, par conséquent, pas de fleurs, et dans les espèces grêles et qui poussent peu, que des brindilles sans rigidité et sans force et bientôt la mort : il verra aussi que, dans les espèces d'une vigueur moyenne, il fera produire des branches amaigries qui ne donneront qu'une mauvaise floraison et la mort un peu plus tard. Dans les trois catégories dont je viens de parler, la taille est donc plus ou moins fatale.
Plusieurs de mes amis m'ont confirmé dans l'idée de supprimer la taille du Rosier. M. Lafosse, entre autres , amateur aussi distingué qu'habile, me disait dernièrement, en m'autorisant à le citer :
a J*avaia dans un endroit de mon jardin un eertain nombre de Rosierp, de différentes espèces, qui poussaient peu et ne me donnaient qu'une mauvaise floraison. le leur donnais cepeur dant tous messoins, je les taillais régulièrement, je supprimais avec attention les sauvageons , je binais le sol dafts lequel i\s sont plantés, etc. Malgré tous ces soins^ je n'obtenais rien. Ennuyé de la persistance du mauvais résultat , j'abandonnai mes Rosiers^ croyais-je, à leur malheureux sort , c'est-à-dire que je ne m'en occupai plus. C'est alors que je ne fus pas longtemps à reconnaître que mes Rosiers reprenaient de jour en jour delà vigueur, et j'eus la satisfaction, après un certain temps, de voir ces arbustes très-bien portants.
» Depuis que je les traite ainsi, ou plutôt depuis que je laisse la bonne nature leur donner ses soins, j'ai des résultats magnifiques. »
Je veux parler aussi un peu de mes propres observations . J'ai, comme beaucoup d'autres, préconisé, dans le temps, la taille du Rosier; mais l'expérience m^a bientôt démontré que j'étais dans l'erreur, et que cette opération est fatale à la santé de cet arbuste. En effet, depuis quelques années , je laisse courir sur un massif de Rhododendrons quelques pieds de Rosiers. Le succès a été tellement grand, qu'aujourd'hui ces d: bustes étouffent mes Rhododendrons. Dire la grande quantité de belles Roses que j'ai obtenues serait presque impossible. Au printemps dernier , j'ai compté sur un Thé Solfalar 1,200 Roses fleuries en même temps, et je n'ai pas tout relevé . Ce qui m'a engagé à traiter la question, c'est qu'elle est aujourd'hui fréquemment controversée dans les publications horticoles. Il y a, sans doute, de bonnes opinions pour la taille, il y en a également de bonnes contre cette opération. Je me suis rangé , d'après mon expérience, du côté des horticulteurs qui prohibent la taille , voilà pourquoi j'écris ces quelques lignes. Il n'est pas besoin de dire que, s'il existe des branches mal portantes et par conséquent nuisibles, il faut les retrancher.
Je ne sois cependant pas exclusif d'ane manière absolue. Si Ton manque d'espace^ c^est^à-dire si Ton n'a à sa disposition qu'un petit jardin ^ on peut^ selon moi^ pratiquer l'opération suivante : Tailler long (cinq ou six yeus) les espèces de végéta* tion moyenne : ne pas tailler du tout les espèces grêles et peu vigoureuses, et employer la méthode de Tinclinaisou des bran-^ ches pour les espèces très- vigoureuses.
De Têrnisiek.
{Journal (fagiioultaré et cCfuyrtioiUturê de la Gironde.)