FR\NÇOIS*ANDRÉ MICHAUX
Michaux et son fils. Tous deux ont des di-oits à la reconnais-
sance publique, car leur vie tout entière, leur fortune, furent consacrées au progrès de Thorticulture et de Tagricùlture, qu'ils ont enrichies de nombreux et précieux végétaux.
« La noble passion de n'obtenir de la célébrité que par des services distiugués rendus à la société, fit entreprendre à Michaux père, dès son jeune âge, des voyages longs et pénibles qui ne cessèrent qu'avec sa vie, et qui hâtèrent le moment de sa mort. • (Poiret, Encyclopédie botaniqite.)
André Michaux naquit, en 1746, sur le domaine royal de Versailles ; son père exploitait la ferme de Salory, située dans le parc. Il prit de bonne heure Thabitude des travaux champêtres et le goût de la simplicité. Doué d'une extrême activité, il employait à s'instruire tous les moments de loisir que lui laissaient les travaux de la ferme qu'il partageait avec son frère; car il avait 19 ans quand la mort vint lui enlever son père. En 1769, trois ans après la mort de sa mère, il se maria à une fille d'un riche fermier de la Beauce, qu'il perdit l'année suivante ; il venait d'en avoir un fils. Le désespoir que lui causa celle mort lui valut Tamitié la plus tendre d'un homme célèbre de la Cour de Louis XYI, de M. Lemonnier, médecin des enfants de France, et qui aimait à s'entretenir avec lui de botanique et des principes sur la naturalisation des végétaux. Mais rien ne pouvait distraire le feimier de Satory. Il résolut de quitter des lieux qui lui rappelaient sans cesse le bonheur qu'il avait perdu, et de visiter des contrées lointaines situées sous un climat analogue à celui de la France, pour en rapporter des productions qu'il pourrait ensuite y acclimater; son ambition était de se rendre utile à sa patrie. En 1777, il se démit de sa ferme en faveur de son frère, et se mit à étudier la botanique à Trianon sous Bernard de Jussieu, pTiis au Jardin des Plantes de Paris, et alla en Angleterre étudier la culture des végétaux étrangers dont s'occupaient alors les horticulteurs anglais. Après des herborisations sur les montagnes
de J* Auvergne, dans lôs Pyrénées et en Espagne, Michaux obtint, par rintermédiaîre de son protecteur, M. Lemonnier, une commission pour explorer l'Asie Mineure, le rêve de sa jeunesse. Il partit en 4782, avec le consul de Perse, neveu de J. J. Rousseau, et Monsieur, frère du roi, plus tard Louis XVID lui assigna 1200 livres d'appointements! .... De tout temps, comme on voit, les gouvernements se sont montrés généreux envers les savants* .. • c Michaux^ dit M. Deleuse, ne se permit aucune observation sur l'insuffisance de cette somme ; il fit à ses frais toutes les dépenses nécessaires, » et quitta la Francç à destination d'Alep.
A cette époque, la Perse était en proie à la guerre civile, ^eu importe à l'intrépide Michaux. Il essaye d^y pénétrer par un des ports du golfe Persique ; mais aussitôt il est pris par les Arabes qui le dépouillent complètement, ne lui laissant que ses livres. Nu comme Adam, et sans ressources, il ne savait que devenir, quand le consul anglais, à Bassora, vint à son secours, bien que le traité de Versailles qui mit fin n la guerre maritime avec l'Angleterre, ne soit pas encore signé. Mais pour ce consul, un naturaliste, qui voyage pour le bien de l'humanité, doit être protégé par toutes les nations, et il fournit à Michaux les moyens de continuer son exploration. Une autre fois, en remontant le Tigre, il paye un nouveau tribut aux Arabes pillards. « Les Arabes, dit-il, dans son journal de voyage, m'avaient volé mes souUers, et le sol était si brûlant, qu'il m'était impossible de poser mes pieds ailleurs que dans les endroits couverts d'eau. » Mais ce n'est pas la perte de ses souhers qui l'affecte en ce moment, c'est d'avoir manqué une occasion favoi-able à ses recherches .
Ue Bassora, Michaux se rend à Schiras, puiii^ à Ispahan. De là, il traverse des déserts, des chaînes de montagnes, et parcourt pendant deux ans la Perse, depuis la mer des Indes jus- . qu'à la mer Caspienne. Dans les provinces situées entre le 35« et le 45'' degré de latitude, il se trouve dans la patrie de la
plupart des arbres et des plantes qui enrichissent nos jardins et nos champs* C'est là que croissent nakurellemmt le Noyer, le Cerisier, la Vigne, TÉpeautre, la Luzerne, le Sainfoin de Malte, le Pois chiche, l'Oignon^ etc.
De ce voyage, Michaux rapporta de nombreuses collections de graines, des herbiers; Thoriiculture lui doit quelques jolies plantes ornementales, entre autres, le Zœgea leptaureay charmante Composée à fleurs jaunes, le Rosa simpHcifolia, et cette belle Campanulacée que T Héritier a consacrée à la mémoire de l'intrépide et modeste \oyageur, en lui donnant le nom de Michauœia campanulata»
La sylvicultiure s'est enrichie du Zelcoua {Planera crenata)^ arbre forestier originaire des bords de la mer Caspienne et de la mer Noire, particulièrement propre aux plantations des grandes routes, des avenues, des places publiques, etc.
À sou retour en France, en juin 178S, après cinq années d'absence, il fut accueilli par les savants de Tépoque, qui de- ' mandèrent pour lui une récompense bien méritée* Mais MichauX) qui ne recherchait point les honneurs, demanda seulement de retourner en Asie^ pour explorer les contrées situées à Test de la mer Caspienne, puis le Thibet et le royaume de Cachemir, dont les productions du sol étaient alors peu con* nues, et où il existait des objets de commerce qu'il désirait introduire en France. Sa demande ne fut pas agréée. Le gouvernement de Louis XVI voulait introduire^ dans ses forêts, des arbres de l'Amérique du Nord, il le désigna pour remplir cette mission. Michaux partit pour New- York, le i" septembre 1 785, deux mois après le retour de son exploration en Perse.
F. Herincq*
(A continuer 0
Travaux du mois de Février.
Jardin d'agrément. On peut commencer à la fia da mois les semis de gazoos et de plantes annuelles de pleine terre qui ne supportent pas le repiquage^ telles que giroflée de Mahon, pavot, coquelicot^ adonis, coreopsis, nigelles, pieds d*alonette, réséda, nemophila, clarkia, gitia, etc. On plante en motte les plantes vivaces et bisannuelles qui D*auraienl pu Tôtre à Tautomne, telles que campanules, digitales, coquelourdes^ œillet de poëte, etc. Les bordures de pàquere'.tes, mignardises, etc. , peuvent èire aussi replantées^ si les gelées ne sont pas trop fortes. C'est encore le moment de semer sur couche )e8 quarantaines) giroflée, amaraule, cobéa. verveine, sensitive^ pétunia, pervenche, rose^ etc. On doit tailler ou éplucher les arbustes, et avancer lé plus possible les labours.
Jardin fruitier. On continue activement les labours, les plantations et la taille. Mais le groseillier noir ou casais ne doit être taillé qu*au moment où les feuilles commencent à se développer ; il en est de même des framboiàiers. Oo peut commencer, si le temps le permet, de mettre la main aux fraisiers qui ont dû être fumés avant Thiver ; on émiette le fumier, on débarrasse le cœur des plantes, et si le terrain est préparé, on peut planter du nouveau plant. Enfin, s*il 7 a des punaises sur le bois des pêchers, il faut les détruire, en brossant, pv un bcao temps, toutes les branches qui en sont garnies.
Potager, On sème en pleine terre Toignoo, les pois hfttifs, tels que michaoi) nain de Hollande, prince Albert, d*Auvergne, des lentilles, des fèves de mar rais, etc. Dans la seconde quinzaine^ ce sont : salsifis, scorsonères, poireau^ panais, carotte, épioards, cerfeuil, persil, pimprenelle, cresson alénois, chicorée sauvage, et des petites laitues de printemps dans les planches d'oignon . Ces différentes salades et fournitures doivent être semées trés-serrées, sans quoi les feuilles deviennent très-dures; la chicorée surtout est très-amère. Oo repiqué" de Is romaine verte, oignons, choux-pommés, choux-fleurs, oseille. Vers la fin da mois, on peut semer choux-fleurs, gros choux cabus de Saint- Denis, de Milan ; pomme de terre'Marjolin, comice d*Âmiens, etc.
Les couches et châssis reçoivent de nouveaux semis de pois, haricots, fèves, concombres, melons, choux rouge, choux-fleurs, aubergine, piment, radis roses* rayes, céleri. Ou y repique les cucurbitacées semées le mois précédent, ain» que des laitues pommées et des romaines. On continue le forçage des asperges et des fraisiers.
Serres. Maintenir une chaleur suffisante pour entretenir la vie des plantes, mais pas assez élevée pour provoquer la végétation. Donner de l'air toutes les fois que la température extérieure le permettra, et arroser avec modération les plantes qui sontcncore dans leur période de repos.
-i-nrai>@<a
Paris. ~ imprimerie horticole de E. Oomiaoo, me Cvsiette.o.
SOHHâlBK DBS âRTIGLSS COnTBNDS M»^ C» NDIIÉE».
F. Humco. €liroiilq«e. — Gels. llaerBi» ThareM (PI. lU). — H. BsoittEb, les «Mllet0 ttaiBS tSfl^s de fer. -^ Db Tcamsisii, se taiUei pu rot ft««l«rfl. — Cboux, P«lrier forme en vase ( flg. noire ). — Ci. Baltbt, commeQt on fait vivre tons les ^•lrier«i sar Ce^Aa^sier. — P. Hshinco» dissertation sur la yrégéimî%^n : de la lève (Suite). ~ F. HsRutco, les ▼•y«||e«iHi «•lleetevrs de L'Hortienltnre : Aadré- ■X (taite). — Catalogues d'horticnltore poar 1866. — Travaux da mois de mars.
CHRONIQUE
Rien de nour^au sous lè soleil; Transplantation de gros arbres sous le règne de Louis XIV; Le R. P. Sébastien et le diable; L'abus de? lies; Il faut du nouveau ; Les récifs; PHx des légumes et des fruits de primeurs; Nouveau mode de cooservatioB du raisin; Les pépinières du Luxembourg ne seront pas détruites. Lettre de TEmpereur; Le Marronnier du 20 mars; fausse nouvelle; Exposition de 4 867 ; Troubles qu'elle occasionne dans les sociétés d^horticuiture ; Lettre rectificative au sujet de la réorganisatiou de la société de TAube; Le Now)eau Jardimer iUustré pour 4860; Une singulière réclamation»
Ni7 sm6 sole npvum! dit Ovide; ce qui veut dire^ paralt-il^ qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Et voici ce que' rapporte, dajïsV Événement f M. Babinet, deFInstitut, pour prouver la vérité de cet axiome :
« Nous admirons aujourd'hui les plantations improvisées d'arbres grands comme père et rnère. J'ai souvent entendu mon grand-père citer la machine appelée diable^ avec laquelle un religieux Carme, Sébastien Truchet^ qui vivait de 1657 à 1 729, transplantait les arbres les plus gros. Fontenelle lui a fait rhomieur d'un court éloge. — « Il a souvent travaillé pour le roi même, c'est lui qui a inventé la machine à transporter de gros arbres tout entiers sans les endommager, de sorte que du jour au lendemain, Marly changeait de face et était orné de longues allées arrivées de la veille. » — Que fait-on de plus aujourd'hui, ajoute M. Babinet, pour nos boulevards, nos
Mars 1S66. 5
quais^ nos squares? Seulement on fait pour la société ce qu'on faisait alors pour le souverain. î>
C'est ainsi, en effet, que se faisait la transplantation des parcs royaux^ sous le règne du grand roi qui «était à lui seul i'Étâttout entier.
Un jour, rapportent les chroniques du temps, Louis XlV étant à Marly, dit au père Truchet : — 11 manque ici une avenue ; il faudra en planter. — Quelques jours après VÉtat trouva à la place indiquée rune belle allée de grands arbres. — Comment, avez*vous pu, dit le grand persécuteur des calvinistes, transporter ces arbres gigantesques ? Pour exécuter aussi rapidement un pareil travail, le diable a dû être de la partie? — Sire, reprit le père Sébastien, en montrant sa machine, voici le diable qui nous a aidé à satisfaire ce royal caprice ; Votre Majesté peut dormir tranquille; elle ne doit rien à Satan. — Et le nom de diable resta au chariot qui sert à transporter les grandes caisses d'arbres. — * Telle est du moins la légende que j'ai trouvée dans les mémoires inédits d'un de mes grandsoncles, lesquels mémoires mentionnent le succès contestable de ces opérations qui, du reste, ont été abandonnées par nos aïeux , et que nos contemporains abandonneront à leur tour ; car, pour quelques arbres qui résistent à la mutilation de leurs racines, combien d'autres meurent Tannée même^ ou traînent en langueur pendant 2 ou 3 ans ! J'en ai vu pas mal de ces malheureux, au bois de Vincennes (annexe de Charenlon), auxquels à chaque instant, on faisait l'amputation de quelques branches mortes, ot qui finissaient par ne pas donner plus d'ombrage qu'un jeune arbre nouvellement sorti des pépié nières. C'est bon pour produire un coup de théâtre, mais non pour ériger quelque chose de durable .
Puisque je suis au bois de Vincennes, faisons m. ^our de lacs. A Saint-Mandé, lac avec une miniature d'île de peupliers et habitée seulement parles canards. A l'ancien couvent des Minimes,
pîès de Nogent, lac encore avec plusdeuw lies, ponts et kiosques. Ancienne plaine de Charenton, grand lac^ toujours avec lies, ponts et kiosques. Partout des lies; c'est un abus. Quand donc abandonnera-l-on cette vieille routine des lies, des ponts et des kiosques, et qui fait, d'une belle pièce d'eau, de petits roisseaux sans effet, parfois d'une navrante mesquinerie? Le lac de Charenton est^ dit-on, le plus grand de tous les lacs de Vincennes et du boîs de Boulogne. Avec le système des lies et du pont plus ou moins rustique, on Ta réduit à Tétat de fossé circulaire d'une largeur très-ordînaire, qui ressemble assez à des fossés de fortifications inondés. Croit-on qu*une large nappe d'eau ne serait, pas plus grandiose que ces quelques tombereaux de terre sur lesquels on jette le pont sempiternel et le kiosque traditionnel? Cet accessoire de pièces d'eau pouvait avoir sa raison d'être sous la restauration : cette lie, à la rigueur, pouvait être une sorte de protestation ; on mettait des lies partout pour rappeler au gouvernement le prisonnier do Vile de Sainte -Hélène. — Vous ne vous attendiez pas à celle-là. — Aujourd'hui, une lie n'a plus le moindre sel ; c'est môme quelque chose de très-fade.
Il est temps de faire du nouveau. Par exemple, pour ce beau lac de Charenton^ n' aurait-on pas pu remplacer les fameuses lies par des pointes de rochers disséminées çà et là au milieu desquelles aurait été se jouer le canotier; en s'engageant sur ces récifs, il eût éprouvé des émotions inconnues, jusqu'à ce jour, aux navigateurs parisiens. Du reste, je dois le dire, cette idée doit être à l'état de germe dans le cerveau de l'habile architecte des promenades de la ville de Paris ; car aux environs dé la grotte^ située à Textrémité des lies, il a jeté quelques rochers qui font très-bon effet ; il peut voir, par ce petit modèle , ce que produis aient des centaines de ces blocs plus ou moins pointus, à la place de ces masses de terre, qui ne permettent pas de jouir de toute retendue de ce magnifique étangs
Pour animer le paysage et remplaça? les kiosques on aurait pu ériger^ sur les rives, les chalets de rigueur pour des restaurateurs, des cafés, voire même pour de paisibles habitants ; c^eùt été une petite bourgade suisse établie sur les bords d'un petit lac de Genève; et certes, elle aurait attiré plus de visiteurs que ces lies avec leurs ponts, qui, après tout, ressemblent à toutes les iieset à tous les ponts de ce genre. — Du nouveau, messieurs les paysagistes, du nouveau ! Tout marche autour de vous.
Voyez plutôt à l'étalage de Joret du marché Saint^Honoré, et à celui de Potel du boulevard des Capucines. Je les admirais hier ; il y a là des Haricots verts, des petits Pois, des Asperges, des Pommes de terre nouvelles, du Raisin, des Fraises, etc. ! En voyait-on autant il y a 20 ans? La culture maraîchère, — cette branche de l'horticulture si difficile cependant à entrsdner dans le mouvement du progrès, — a marché; elle donne en janvier ce qui ne s'obtenait autrefois qu'en mai et juin. Il est vrai qu'elle fait payer ces primeurs un peu cher.
Les Haricots verts valent 25 francs la livre.
Les Ponmaes de terre coûtent 6 francs; mais il y en a de meilleur marché, qui proviennent de rAlgérie, ou qui sont tout simplement des petits tubercules de l'année dernière, qu'on a fait tremper dans un mortier de teiTe franche pour leur donner une apparence de jeunesse ; celles^à on les a pour 3 francs la livre.
Les Asperges sont cotées 40 et 50 francs ; il en vient aussi de l'Algérie, mais comme elles ont perdu à peu près toute leur saveur les marchands ne les vendent que 8 à 12 fr. la botte.
Les petits Pois sont encore tous de provenance algérienne ; ils valent, en cosses, 2 et 3 francs la livre; j'en ai vu vendre dans des petites charrettes par les rues de Paris.
Les Fraises ne courent pas encore les voies publiques et ne se vendent pas à la livre ; elles valent 1 franc et 1 franc 50 centimes la pièce.
Le Raiân vaut de 15 à 25 fraiics la livre. 11 y eti a de plusieurs provenances. Le Chasselas est français ; il est conservé de Tannée dernière, ou il provient de la/culture forcée. Le Raisin noir, que les marchands appellent le Gros noir^ vient de l'Angleterre, de ce pays brumeux qui ne permet pas la culture en plein air de la Vigne. Mais les Anglais sont amis du progrès ; ils ont des serres d'une construction particulière pour cultiver la Vigne, et ils en obtiennant des résultats fabuleux, dont on peut juger, en ce moment, chez nos marchands de primeurs.
YdX vu, ces jours derniers, un nouveau mode de conservaticHi de Chasselas, qui prouve que les jardiniers français ne sont pas moins habiles que les jardiniers anglais. Ces Chasselas conservés, tenaient aux ceps qui, plantés dans des pots, portaient de nouvelles feuilles. Interpellé malicieusement par Taimable maltresse de la maison, qui croyait m^embarrasser en me demandant Texphcation de ce fait étrange, — comme si un chroniqueur était jamais embarrassé de répondre à une question quelconque : — La chose est des plus simples^ dis-je. On a planté le long d'un mur, des Vignes taillées rez-de terre et auxquelles on a laissé de longs bois pour la fructiGcation. On a marcotté ces longs bois dans des pots enterrés au pied de chaque cep. Pendant l'hiver on les a protégés par des panneaux mobiles, et dans le courant de janvier, après les avoir sevrés, on les a transportés dans une serre chaude. Là» les yeux se sont développés en bourgeons à feuilles, et les grains un peu ridés se sont gonflés et ont repris un aspect de fraîcheur qui peut faire croire à des raisins nouveaux ; mais le jus sucré et parfumé de ces raisins révèlent la conservation ; les Chasselas forcés sont généralement un peu verts.
J'avais dit juste. C'est ce moyen qu'avait employé le jardinier de la maison ; et il tient à son secret, parait-il, car on voulait me faire jurer, sur la plus belle grappe, de n'en point parler. Si le secret in'avaitété confié, je n'en parlerais certes pas,
ïùdis oiHnme jedoisà ma petite intelUgeiice de Tavoir deviné, je le considère conune mien^ et je le divulgue pour en faire profiter ceux de nos lecteurs qui voudraient en essayer pour o&ir des raisins sur pied, au mois de janvier prochain^ à leurs amis et connaissances. C'est ainsi qu'on sert^ aujouod'hui, ce fruit si cher jadis à Noé. On fait circuler les ceps dans les bras des valets^ et chacun tire son grain I Ça ne manque pas d'un certain pittoresque, et, aveo un peu d'imaginatibn, on peut se croire en pleine vendange.
Du raisin à la vigne la transition est naturelle. Donc nos . lecteurs ont dû entendre parler -— car j'ai toujours oublié de le mentionner -— du projet de destruction des belles pépinières du Luxembourg, qui comprennent les arbres fruitiers^ la plus riche collection de Vignes, et la non moins riche collection de Rosiers. La désolation était dans tous les cœurs, et des pétitions furent adressées à l'Empereur, pour demander le retrait d'un projet qui supprimait une des plus belles promenades de la capitale. Les pétitionnaires ont gagné leur procès. L'Empereur vient d'adresser la lettre suivante h M. le ministre de l'intérieur.
Palais des Tuileries, le 49 février 1S66.
or Mon cher monsieur de la Valette,
» Je suis allé visiter le jardin du Luxembourg pour me rendre personnellement compte du mérite des réclamations qui m'avaient été adressées contre l'aliénation de certaines portions de ce jardin. Je me suis convaincu qu'il y avait tout avantage à ne pas prolonger la rue Pérou» à laisser ainsi intacte la partie ouest de cette utile promenade publique^ et à n'en détacher que les parcelles indiquées dans le plan ci-joint. Je vous prie donc de prendre les mesures nécessaires, pour faire modifier dans ce sens les projets originairement arrêtés.
ce Recevez Tassurance de ma sincère amitié.
« Napoléon. »
Espérons que la pépinière et l'école de botanique de Técole
de inédecine ne se troHvent pas dans les parcelles indiquées ; car ce sont elles qui constituent la partie vraiment utile de cette intéressante et belle promenade publique.
Je franchis d'un bond la Seine, pour jouir des feuilles du Marronnier du 20 mars, dont les grands journaux ont annoncé la venue. Je perce la foule qui, comme moi, a le nez en Tair, pour contempler ces bienheureuses feuilles ; mais, moi et la fonle, nous nous apercevons, arrivés au pied du susdit, que messieurs du grand format se sont amusés à nos dépens.
Pour utiliser ma sortie, j'allai jusqu'au Champ de Mars, où s'élève le palais d^ Texposition de 1867, à laquelle est conviée l'horticulture. Il parait, d'après ce que j^ai ouï dire^ qu'il y aura peu d'élus, par suite des conditions imposées aux exposants. De tous côtés, néanmoins, les horticulteurs se préparent, et les sociétés d'horticulture délibèrent. Si nous en croyons quelques correspondants, ces délibérations seraient, dans certaines locahtés, très-animées.
Dans im extrait imprimé du procès-verbal de la Société d'horticulture de TAube, que nous venons de recevoir, il paraU que la discorde est aussi dans le cam^ des Troyens ; mais pour autre chose qu'une pomme. D'après nos informations, ce serait à la suite de la révision des statuts,' — qui interdissent les honneurs du bureau aux praticiens, les réservant exclusivement aux amateurs, — que de nombreux dissidents auraient fondé la So^ ciété régionale que nous avons annoncée dans notre dernière chronique, comme étant le nouveau titre de la Société (Thorti' culture de l'Aube réorganisée.
M. le Secrétaire général de cette Société nous prie de rétablir la vérité; ce que nous faisons avec empressement en reproduisant sa lettre.
Monsieur lk Directeur, Ce n'est pas sans quelque étonnement que la Société d'horticulture de TAube a appris par votre Journal (n° de janvier dernier, page 8),
qu'elle se réorganise et se transforme an point de devenir une autre Société, une Société tout à fait nouvelle s'occupant de tout chez elle et ailleurs. Elle me charge de vous mander qu'il n'est rien de tout oela^ et de vous assurer que» fidèle à sou modeste programme, elle se renferme dans les limites de son titre et de son territoire, et croit rester aussi dans celles des bienséances en s*abstenant d'aller offrir à des voisins, peut-être plus avisés qu'elle, le secours prétentieux de ses lumières et de ses inspirations.
Il est vrai que, comme celle de Paris, la Société de l'Aube a revu dernièrement et modifié quelques articles de ses règlements. Ces modifications introduites pour fermer la porte à des agitations qui menaçaient de devenir chroniques. Tout heureusement ouverte à certaines ambitions qui se voyant déçues n'ont su faire rien de mieux que de s'enfuir, séance tenante, puis se réunir, entraînants et entraînés, et dresser, à côté de la Société ancienne, ce colosse de Société cenirale régionale horticole, vigneronne et forestière^ dont le programme pyramidal n'a pu être pris au sérieux que par les cerveaux d'où il est sorti.
En insérant ces quelques lignes dans le prochain numéro de votre journal, vous rassurerez, monsieur le Directeur, sur le sort de la Société d'horticulture de TAube ceux de vos lecteurs qui ont pu la croire morte. Ne serait-ce pas dommage vraiment de mourir si jeune? La voilà qui entre dans son seizième printemps, la fleur de la vie à qui est permis le long espoir, sinon les vastes pensées. Votre journal, s'il m'en souvient, est né la même année : ne sont-ce pas là aussi deux ftges admirablement associés pour une alliance durable?
Veuillez agréer, monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Secrétaire général de la Société,
HARMiJfN.
P. S. Les pièces imprimées que vous recevrez en même temps que cette lettre vous mettront mieux au courant de toute cette affaire, qui évidemment vous a été présentée sous un faux jour.
Ces désunions sont regrettables; mais elles sont la conséquence même de la composition de ces sociétés : éléments hétérogènes, étrangers, en grande partie, à l'horticulture.
Parmi les autres lettres de notre coirespondance mensuelle.
AfttuJ'fr/^ j^tVt.r .
/?t?l>rnji/ jrr
fT..^-^-
^/■■fr/ry"^^^-/:./'.---
il en est un certain nombre qui félicitent les anteurs du Nouveau Jardinier illustré^ d'ayoir apporté d'importants change^ ments dans l'édition de 1866 ; ne pouvant répondre individuellement à nos aimables correspondants, nous les prions de recevoir nos remerclments pour les choses flatteuses qu'ils nous adressent; nou5 pouvons leur donner l'assurance que chaque nouvelle édition sera revue avec le même soin, et toujours tenue an courant des nouveautés et des perfectionnements de la science horticole. Nous regrettons de ne pouvoir satisfaire à la demande d'un réclamant, qui prétend « que le Nouveau Jardin nier illustré de 1 866, qu'il a vu à un de ses amis, n'étant pas le même de celui de 1865 qu'il a, on doit le lui changer parce qu'il n'a plus le bon. » — On voit vraiment encore de bien drôles de choses en ce siècle de lumières ! Nil sub sole novi. Ovide était décidément prophète.
F. Herincq.
HUERNIA THURETI Cefa(PL. IH).
Le genre Huernia a été formé aux dépens des Stapelia. Il comprend des plantes à tiges charnues et à fleurs en étoile.
L'espèce que nous figurons dans ce numéro a des rameaux très-nombreux d'un vert glauque gai» le plus souvent à 4 an* gles garnis de dents, et portant les fleurs dans leur partie inférieure. Ces fleurs sont inodores, pédicellées et réunies par 5 à 10 au sommet d'un pédoncule court. Le calice est à 5 lobes. La corolle en clochette est à 5 lobes étalés, d'un vert jaun&tre saupoudré de rouge en dessous, jaune en dessus et marquée de petites stries couleur carmin, disposées circulairement, et devenant de plus en plus allongées vers roriflce du tube.
Cette espèce est assurément une des plus intéressantes du genre, par l'abondance des fleurs qui paraissent vers la fin
d'août et se Buccèdeni durant plus de deux mois. Sa culture e^t facile. Gomme tous lesStapelia, on la place en serre tempérée. Pendant le repos^ on la place sur les t9J)lettes de devant. La terre doit être substantielle» poreuse, et riche en terreau de feuilles. Pendant la période végétative les arrosements doivent être copieux* On la multiplie x>ar boutures.
Cbls,
Horticoltenri chaussée d(i Maine, Paris.