‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 105 sur 162 · SOMMAIRE DIS ARTICLES CONTENUS BARS CE NUMÉRO · texte numérisé non relu

SOMMAIRE DIS ARTICLES CONTENUS BARS CE NUMÉRO

F- HiftMcft,€krMt«ae, — F. Huihcq, Compte rendu de l'Bxpeafttten 4'kerttearilare de Paris. — H. Bailloh, Bereeeera» krsjronvetrlea (Pi. VI). — BgaiAO. Note sur ta cultare des sMffnealaveée*. — Ern. Bonard, Calaâtaaa nouveau de M. Bleu. — Charles Baxtet, Combinaison de la taille et de f arqure sur le Poirier. — Qdétibr, Procédé poer blter la production des boutons à fruits des Poirier» greffés sur frase. — Hbrdkr, Les erreurs en hortieeUare; fraises détostiaitioss des plaises. — X... Traviflido mots.

CHRONIQUE

Chasse aux hannetons du bois de Boulogne; l'engrais de hannetons mie en suspicion; le pourquoi ; l'huile de hanneton/ 11 n'est pas seul à commettre les dégâts qu'on lui reproche -, les chenilles; la loi sur l'échenillage ; Platon et les philosophes de Brives-la-Gaillarde. Résultat de l'association du travail sans capital. Le jardin d'Arboriculture fruitière à Vincennes; l'École d'horticulture mijote ; ee qui manque encore ; condition d'admission des jardiniers à rétablissement de la Muette comme élevés. La seconde Exposition d'horticulture de Paris; procédé torturo-phyiiologique pour obtenir un bourgeon à bois d'un bouton à fleurs. Taille en trois temps.

Jamais qd n'avait vu Hannetons aussi drus.

D'où il résulte que M. le préfet de la Seine, qui ne manque aucune occasion de donner des preuves de sa sollicitude pour la classe des promeneurs du bois de Boulogne, a fait faire des battues dans cette somptueuse promenade parisienne, dans laquelle les hannetons aveuglaient les visiteurs qui vont là admirer noctum&ment la belle nature et méditer, au clair delà lune, sur les bienfaits de l'administration municipale. Des escouades de cantonniers secouaient les arbres ; d'autres ramassaient les insectes importuns, les fourraient dans des tonnes où ils trouvaient la mort par asphyxie dans l'huile lourde; puis on les broyait comme*chair à pâté, et le tout est devenu un excellent engrais qui va servir à fertiliser les squares de la capitale. Bel exemple de prévoyance et d'économie. — Sera-

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t— il suivi par les propriétaires et les cultivateurs? C'est peu probable. Déjà une inquiétante question a éfé soulevée et qui refroidira le rèie des personnes disposées à imiter l'administration du bois de Boulogne.

Dans jute des dernières séances de la.Soçiété d'horticulture de France, quelques membres ont mis en doute, en effet, la valeur de l'engrais de hannetons, et ils se sont réciproquement demandé s'il n'y a pas inconvénient à enfouir, dans le sol, des insectes qui portent dan? leur sein, le germe de leurs descendances, ou, autrement dit, des œufs d'où naissent les vers flancs. Cette question a été discutée par les médecins de la savante compagnie, hommes compétents en la matière, mais qui n'ont rien résolu ; il n'y a là rien d'étonnant. Les jjns prétendent que les œufs de hannetons asphyxiés conservent leur vitalité, et qu'ils sont aptes à reproduire le ver blanc, quand ils sont ensuite enfouis en terre ; que, conséquemment, il y a péril en la demeure. Les autres docteurs soutiennent au contraire que l'asphyxie s'étend aux œufs; que la mort de la mère entraîne naturellement la mort des jeunes embryons, comme l'asphyxie chez une chatte anéantit la vitalité de ses petits chats, etc., etc., qu'en conséquence il p'y a aucun péril à les enterrer. La question en est là, et ne fera pas grand chemin tant que les médecins seuls s'en occuperont, car ils n'ont pas tous la science infuse les docteurs, malheureusement pour l'humanité souffrante.

Voilà donc l'engrais de hannetons en suspicion. Il ne reste plus aux détenteurs de cette nouvelle matière fertilisante, pour ne pas perdre le fruit de leur récolte, que d'imiter ce grand industriel du Midi qui extrait du hanneton une huile excellente et de toute première qualité; car c'est ainsi que ce qui est calamité pour les uns estftnç source de richesse pour les autres.

Mais soyons juste envers tout le monde, même envers le

hannetoi). Aussitôt qu'on aperçoit yn arbre dont les feuilles sont toutes rongées, on s'empresse d'accuser ce çoléoptèrç, et le propriétaire de l'arbre ainsi ravagé ne trouve pas d'imprécations assez virulentes pour lui témoigner son peu de reconnaissance. Si ce brave propriétaire regardait de plus près, il verrait (juele hanneton n'est pas seul à commettre un tel dégât. Il a, cette année, comme auxiliaires, çt auxiliaires très-actifs, leschenilles qui s'acquittent assez bien, elles aussi, de la mission qu'elles ont reçije de la nature : celle de tenir en éve^ l'activité des cultivateurs. Jamais et c'est surtout ici le cas de dire : on n'a tant vu de chenilles barbues. — Dans certaines localités les chênes sont entièrement dépouillés de feuilles comme en hiver.

Il y a pourtant une loi sur l'échenillage ! A quoi donc sert-elle? Certes, s'il fut jamais une bonne loi, o'est bien celle-ci; car elle ne lèse la liberté de personne. Si Platon l'eût connue, il l'aurait certainement citée comme étant une de celles que les citoyen» doivent aimer plus que leur vie, puisqu'elle a pour effet d'assurer la conservation des substances indispensables à leur existence. Mais bien différente est la manière de voir du phi losophe d'Athènes, de celle d'pn philosophe de Montmorency, cultivateur de cerises, qui prétend, lui, — ainsi que tous se* coreligionnaires de Brives-la -Gaillarde et autres lieux, — :que le bien doit venir en dormant ; que l'échenillage est du su perfhi, et qu'il faut savoir se# contenter du nécessaire.

Cette philosophie est, en effet, celle de tous les cultivateurs routiniers. Une loi nouvelle dont la stricte exécution leur assurerait chaque année une belle et abondante récolte, sera toujours considérée, par eux, comme vexatoire, et portant atteinte à leur liberté d'action. Eh bien! braves gens, dormez . encore ainsi philosophiquement sur vos deux oreilles pendant quelques années, et vous verrez ensuite ce que peuvent les vers blancs, hannetons et chenilles réunis ; ils vous donneront une fameuse preuve de la puissance de l'association du travail sans

le moindre capital, et ils vous apprendront, puisque vou6 semblez l'ignorer :

• t qu'entre nos ennemis

» Lés plus à craindre sont souvent les plus petits. »

Pour aujourd'hui je ne vous dis que çaî.^.le développement serait du superflu et friserait l'économie politique, terrain sur lequel je ne dois pas m'aventurer. Seulement, lisez et méditez à l'ombre de vos arbres dévastés, la fable du bon La Fontaine: Le Lion et le Moucheron, vous pourrez en tirer un salutaire enseignement. *

En fait d'enseignement, il parait que nous allons être enfin bientôt dotés d'une Ecole d'Horticulture; la chose 'mijote à l'ombre des grands arbres du bois de Boulogne, dans la grande officine de la Muette, à Passv.

Il y a quelques années, à l'occasion de la Saint-Fiacre, de la distribution des prix aux élèves jardiniers de la ville de Paris, et de la destruction de la pépinière du Luxembourg, nous . émettions cette idée : que l'administration municipale possédait, dans son jardin de la Muette, les premiers rudiments d'une école d'Horticulture, qu'il ne lui manquait plus, pour la compléter, qu'un jardin fruitier et potager, et qu'elle pourrait se servir du square de Montsouris pour créer une école pomologique et arboricole. Cette idée est aujourd'hui en partie réalisée. A côté de son jardin de plantes vivaces, établi sur le talus des fortifications du bois de Vincennes, au bout de l'avenue Daumesnil, la Ville vient de créer cette école, qui est placée sous la direction du professeur Dubreuil. C'est un jardin mo* dèle, destiné à l'enseignement de la taille des arbres fruitiers et à l'étude des différentes espèces de frnits. Des dépenses considérables, mais bien entendues, ont été faites pour en assurer le, succès.

Le terrain, très-mauvais de cette partie du bois, a été préparé et fumé d'une manière toute spéciale. Pendant le défon-

c ement, M. Dobreuil fit mettre comme engrais : une couche de fumier de vache, une couche de raclures de cornes et de calcaire, et enfin une couche de vieux chiffons de laine. Par cette combinaison de matières fertilisantes, les arbres sont assurés d'une abondante nourriture pour plusieurs années. Dès la première, ils se nourriront des principes du fumier ; la seconde et la troisième ils recevront ces principes encore du fumier et des déchets de cornes; plus tard, les chiffons de laine, dont la décomposition est encore plus lente, entreront en ligne pour servir à l'alimentation* On a ainsi une base d'établissement des plus solides. Ce terrain, si parfaitement préparé, est coupé par des murs en bois — l'administration de la guerre ne permettant pas de constructions en maçonnerie dans le périmètre des servitudes militaires de ses travaux de défense, — pour la culture des arbres en espaliers.

Cette école comprend deux parties distinctes : Tune consacrée à la démonstration et aux collections; elle réunit toutes les variétés et toutes les formes. L'autre est destinée à l'exploitation, c'est-à-dire à la culture de quelques espèces seulement, qui sont représentées par les Poires Doyenné d'hiver et Doyenné blanc, pour montrer tout le parti qu'on peut tirer de la culture fruitière

Un cours est fait par M. Dubreuil; et en dehors des leçons du professeur, le public est admis à visiter ce nouvel établis* sèment les mardis et jeudis de 1 h. à 4 heures, et le dimanche de 9 à 3 heures. Au point de vue de l'arboriculture fruitière et de la culture des plantes de serres,- la France n'a donc plus rien à envier à la Belgique ; une école de plantes de pleine terre est en voie de création à Vincennes, non loin du jardin fruitier où M. Jarlot (Jules) commence à réunir les plantes les plus ornementales, et, d'ici à quelques temps, ces collections .d'espèces vivaces de pleine terre seront aussi complètes et aussi intéressantes que celles des plantes de serre de la Muette.

— lëë —

Restera à créer l'école des plantes potagères et l'enseignement horticole. Leur tout viendra, nous l'espérons j car l'administration municipale ne voudra pas laisser son œuvre inachevée.

Dans l'état actuel des choses,, l'école proprement dite n'est pas positivement constituée; toutefois, chaque année, on admet un certain nombre de jeunes ouvriers comme élèves, qui, à défaut de cours, peuvent puiser la science théorique dans les livres d'une riche bibliothèque horticole Qui est mise à la disposition de tout le personnel de l'établissement, durant les heures noil consacrées au travail. D'après une circulaire de M. l'administrateur des promenades de la ville de Paris, voici les conditions d'admission :

« Les élèves, pour être admis, doivent être âgés de 1 8 ans révolus, et être munis, soit d'un livret, soit d'un passe-port, qui constate leur identité. Il est nécessaire, en outre, qu'ils possèdent les premières notions de l'art horticole et qu'ils aient fait pendant un an au moins de la culture pratique.

» Les demandes d'admission doivent être adressées à M. l'administrateur (avenue d'Eylau, 1 37) avant le 1er mars de chaque année. Elle3 indiqueront les noms et prénoms, date et lieu de naissance des candidats ; elles seront accompagnées d'une note sur leurs antécédents et de leur adhésion aux conditions suivantes :

» 4* Les élèves sont assujettis aux règlements concertant les ouvriers et chefs de section dès établissements horticoles de la ville de Paris.

> 2° Chaque mois ils sont changés de section, afin d'étudier avec fruit tous les 'genres de culture.

» 3° L'administration alloue aux élèves, à titre de rémunération de leur travail, une somme dé 6S fr. pat mois;

» 4° Les élèves qui désirent quitter l'établissement en préviennent le chef de culture, quinze jours à l'avance et ne peu:

vent réclamer le payement de ce qui leur serait dû avant le jour de la paye , qui a lieu du 8 au 10 de chaque mois. »

Ce n'est guère, comme on le voit, qu'un règlement administratif pour des ouvriers et non pour de vrais élèves, puisqu'il faut posséder les premières notions dé l'art horticole et avoir fait de la culture pratique pendant du moins un an. On ne peut donc regarder les jardins de là fille que comme des Ecoles de perfectionnement. C'est toujours quelque chose. Espérons que M. le Préfet de la Seine, qui a presque tous les éléments d'une bonne école d'horticulture, en décrétera officiellement bientôt la création. Il ne lui manque plus qu'une école de culture maraîchère ; on peut l'avoir facilement. Un grand hospice d'aliénés se termine en ce moment aux environs de Paris, près Epinay. Pour être fou, on ne mange pas moins, tl faut donc des légumes à l'administration, par conséquent un potager est nécessaire, et un assez grand potager; car, outre les pensionnaires, il y a un personnel assez nombreux qu'il faut aussi nourrir. Ne pourrait-on pas profiter de cette nouvelle création pour établir, sur les vastes terrains de la ferme de cet hospice, un potager école, où les élèves dé la ilùette iraient tout à tour parfaire leur instruction horticole t C'est une idée que je soumets —toujours très-humblement — à qui de droit; je serais seulement très-heitteux — dans l'iùlérèt dé l'horticulture de mon pays — de la voir mettte à exécution. Elle a tant besoin, en effet, l'horticulture de ûbite belle Frânfce, qu'on élève un peu le niveau des connaissances sciëhtifiques de ses jardiniers — Soit dit sans vouloir médire de mes fcoufrères — ; car o'eSk bien triste de voir autant de hautes intelligences horticoles si peu défrichées!

La seconde Exposition d'horticulture du Palais de l'indue trie n'a pas fait précisément merveille comme les fusils chas* sepbts ; elle a été néanmoins visitée pendant sa durée de cinq jours, par 2,499 pèrsofanes, qui croyaient entrer à l'EJtpo-

sition des Beaux-Arts, et qui, parait-il, s'il faut en croire les grands journaux, se sont plaintes à l'administration des tourniquets, qu'elles n'en avaient pas vu pour leur argent. Ceci pourrait bien être vrai. Ce qui est certain, c'est que cette nouvelle exhibition des produits de l'horticulture parisienne ressemblait singulièrement, avec ses nombreux cyprès ,et thuya, à un cimetière, dans lequel on allait enterrer les Expositions horticoles de Paris , décédées des suites de l'abus qu'on en fait depuis quelques années. Que les autres Sociétés se le disent, et particulièrement la Commission de l'Exposition du Havre, qui a la prétention de tenir une Exposition d'horticulture ouverte du in juin au 31 octobre! N'est-ce pas de la démence?

On va sans doute me reprocher encore la véhémence de ma critique. A qui la faute si je suis véhément ? On veut tuer la science que j'aime ; je défends la chose aimée ; et si mes arguments sont souvent habillés à la légère, c'est parce que les choses ou les hommes qu'il me faut combattre ne se montrent pas toujours très-sérieux.

— Un arboriculteur de Chartres, qui s'est voué à la torture des arbres fruitiers, vient de découvrir un nouveau procédé torturo-physiologique, à l'aide duquel il transforme les fleurs de Pécher en bourgeons à bois. Au commencement de l'automne, quand l'opérateur éprouve le besoin de faire naître une branche, là où il n'y en a pas, il s'arme d'une loupe, cherche une fleur dans la région dénudée, l'ouvre délicatement quand il l'a trouvée, et enlève entièrement son pistil Cette suppression a pour effet de donner plus de vigueur aux autres organes de la fleur qui se transforment en feuilles, et alors cette fleur devient un bourgeon. — Morphologiquement, la chose n'est pas impossible, l'inventeur ne nous apprend rien de nouveau ; mais pour découvrir, au mois de septembre, le pistil dfune fleur de. Pécher et l'enlever seul, sans blesser les autres

organes, il faut être un très-habile organogéniste et posséder une fameuse loupe. L'opérateur de Chartres me parait être très-fort ; car le chef actuel de l'école organogénique,- M . Bâillon, — autrement habile qu'un tailleur d'arbres dans l'art de découvrir un organe qui n'est pas encore formé, — n'a réussi, dans cette opération, que pour ainsi dire exceptionnellement ; presque toutes les fleurs ainsi opérées par lui se sont fanées et n'ont rien produit. Le procédé proposé et développé par le savant arboriculteur de Chartres est donc tout simplement impraticable.

— Le dernier numéro des Annales de la Société d'horticulture de Maine-et-Loire, en parlant de la* taille en trois temps, d'après un article de la Revue horticole du mois de juillet dernier, dit à ce sujet : e: Ce procédé, dont l'inventeur n'est pas nommé, est nouveau sans contredit et fort original. 9 Ce procédé n'est pas nouveau, et il est regrettable que notre confrère ait cru devoir garder le silence au sujet de l'inventeur ; car il ne doit pas ignorer que c'est M. Armand Gontier, de Fontenay-aux- Roses, qui en faisait l'application dans ses pépinières pour former ses abris; et que c'est l'Horticulteur français qui l'a fait connaître, sous ce titre humoristiepe — comme dit M. le Vice-secré taire de la Société d'Angers — Taille en trois temps — dans le numéro de mars 1863, page 63. Si messieurs de la Revue croient devoir cacher la source où ils puisent leurs articles inédits et s'abstenir de nommer VHorticulteur français, ceci les regarde ; mais ils devraient au moins citer l'auteur des inventions qu'ils recommandent. Cette manière de pratiquer leur donne un petit air, qui pourrait faire supposer, aux malintentipnnés, .qu'ils cherchent comme M. chose à s'emparer tout simplement dubien d' autrui.

F. Herincq.

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