EN PLEIN AIR
J'ai vu ces jours derniers, dans un jardin d'Àrpajon, une curieuse et bien intéressante bordure de plantes. Je n'en voulais pas croire mes yeux ; il m'a fallu y mettre la main. C'est qu'il s'agit en effet d'une bordure faite avec la pudique Soutirée que, jusqu'à présent, nous tenons, même en été, dans nos
serres les plus chaudes, et de laquelle nous n'obtenons, ainsi cultivée, que de grêles tiges, quelques rares fleurs, et jamais de fruits mûrs. Je ne sais comment le propriétaire du jardin qui possède cette bordure a été amené à cultiver ainsi la Sensitive; le hasard peut-être? En tous cas, depuis plusieurs années, il n'a pas d'autres bordures dans son parterre , et c'est je vous assure, de bjen curieuses et iniéresantes bordures. Ces plantes sont très-trapues, des plus florifères , et, chose Remarquable, elles sont toujours d'une extrême sensibilité ; le moindre attouchement fait fermer leurs folioles, et renverser la feuille entière.
Voici comment il procède pour obtenir ses belles Sensitives : Vers la fin de février, ou commencement de mars, il sème en rayon sur une couche à melon et sous châssis, en ayant soin d'isoler les graines pour pouvoir lever le plant en motte plus facilement, au moment de la transplantation. Il faut que la couché ne soit plus trop brûlante ; mais il ne faut pas non plus qu'elle ait perdu la plus grande partie de sa chaleur ; car si elle était trop froide, les graines pourriraient. Toutefois l'excès de chaleur de la couche est plus à craindre que le froid. Les graines germent au bout d'un certain temps. On repique le plant sous châssis et on le laisse ainsi jusqu'à la fin d'avril; il ne demande pas d'autres soins que ceux qu'on donne aux Melons : arrosements, air, etc.
A la fin d'avril, on prépare, dans la partie la mieux exposée au soleil, le terrain qui doit recevoir les Sensitives, en ajoutant du bon terreau et de manière que le sol se trouve être à peu près mi-terre, mi-terreau. On lève ensuite le plant de la couche en bonne motte, pour mettre en place; chaque pied isolé vaut mieux que la réunion par deux : la Sensitive est plus forte et plus belle.
Il faut alors la tenir fraîche, sansexcès et la garantir, jusqu'à la reprise, de l'action des rayons trop vifs du soleil. Après cela
il n'y a plus d'autres soins à donner que ceux que reçoivent les autres fleurs : binages, arrosements, sarclage, etc.
Quand vient le froid, on peut lever les Sensitives et lés mettre en pot pour les conserver l'hiver ; mais la conservation est difficile. Mieux vaut renouveler le semis au printemps suivant, avec des graines achetées, car la Sensitive ne mûrit ptfs ses fruits à l'air libre, et très-peu parviennent à maturité dans la serre.
Tels sont les renseignements que nous a fournis le propriétaire du jardin où nous avions tant admiré ses Sensitives, et nous les publions, espérant qu'ils pourront engager nos lecteurs .à tenter la culture en plein air d'une plante aussi* curieuse.
A. de Tàlou.