QUELQUES MOTS SUR LA CULTURE DES PATATES
• . On a déjà bien parlé de la Patate; on a indiqué bien des moyens de culture et de conservation,, et malgré cela on est toujours à tâtonner ; car les résultats obtenus laissent beaucoup à désirer.
C'est après l'avoir vu cultiver et conserver l'hiver de bien des manières pair différents jardiniers, et entre autres par mon ancien patron, M. Cajon — et non Cajan, comme il est écrit par erreur dans mon article sur la taille du Melon -* que je viens indiquer un procédé bien simple et infaillible de l'obtenir sa maximum de sa beauté.
Je ne veux pas faire ici l'histoire des divers modes de culture auxquels la Patate a été soumise; je me bornerai au procédé à l'aide duquel M. Cajon obtient depuis 5 ans un succès surprenant.
Il faut mettre en végétation les tubercules de Patates conservés à cet effet, dans le courant du mois de mars; un peu plus tôt, un peu plus tard, suivant la quantité qu'on veut faire. On peut les mettre en végétation de plusieurs manières : 1* en plaçant les tubercules dans des pots remplis de terre de bruyère sèche, et qu'on enfonce sur couche tiède; 2* en les mettant dans de la mousse un peu humide, et en les plaçant ainsi dans un local modérément chauffé ; 3° ou bien encore en les enterrant dans une terrine remplie de terre de bruyère ou de terreau un peu humide qu'on dépose dans une serre chaude. Mais, quelque soit le moyen employé pour les mettre en végétation, il faut bien observer qu'une température subitetneqt trop élevée et trop humide les fait pourrir au lieu de les faire végéter. On doit donc, par conséquent, leur donner graduellement et simultanément la chaleur et l'humidité.
Aussitôt que les tubercules ont poussé des jets longs de 10
à 1 2 cent. , on coupe ces jets pour faire les boutures. Ici ce n'est plus comme pour mettre les tubercules en végétation ; il n'y a pas à craindre une température élevée subitement. Toutefois, il convient de dire qu'avec 25 ou 30 degrés de chaleur et le degré d'humidité correspondant, on obtient facilement la reprise des boutures qui reprennent comme du chiendent.
Quand on est pourvu de boutures en quantité suffisante pour pouvoir couper dessus, c'est-à-dire du 10 au 20 mai ou plus tard; si la saison est humide et fraîche, comme par exemple en 1867, — car on serait exposé à un insuccès, — on prépare son terrain par un bon labour.
Les Patates réussissent bien dans toutes les terres; mais elles préfèrent une terre douce et légère fumée de Tannée précédente, à une terre trop compacte. Les terres fortes donnent de beaux produits, mais les tubercules sont très- aqueux et pourrissent presque aussitôt après l'arrachage.
Le terrain étant préparé et disposé en planches larges de 1»20 cent., tracées en deux rangs, on coupe les extrémités* des tiges de Patates au-dessous de la troisième ou quatrième x feuille, et on les plante, avec le doigt, à 60 cent, de distance sur rang, puis on arrose un peu. On place ensuite, auprès de chaque bouture, un pot de jardin qui doit servir à la couvrir quand le soleil sera trop ardent, ou les nuits trop froides. Quinze jours après cette plantation les boutures seront parfaitement enracinées. Les soins à leur donner ensuite consistent à enlever les mauvaises herbes, et à donner quelques bonnes mouillures de loin en loin dans le courant de Tété.
Par ce simple procédé M. Cajon obtient tous les ans une récolte extraordinaire. Cette année il en avait deux planches cultivées de cette manière, et c'était plaisir de voir à chaque pied de Patate, de 4 à 6 tubercules du poids moyen de 7 à 800 gr. chacun. Il y en avait bien de plus gros, de 2 kilogr., mais le pied qui les avait fournis en portait un moindre nombre.
Les Patates plantées comme je viens de l'indiquer ne poussent par beaucoup de tiges, et tous les tubercules se trouvent attachés à la base de la. bouture; de sorte que ce sont les premières racines formées qui donnent tout le produit. Quand les boutures sont au contraire repiquées avec des racines, il arrive le plus souvent que les tubercules se trouvent à 50 cent, du pied; les plantes produisent beaucoup de chevelu; par conséquent beaucoup de tiges, et la sève se trouve ainsi perdue en favorisant le développement des parties herbacées.
Quant à la conservation, de tous les essais que nous avons faits avec M. Cajon, le seul qui nous a réussi jusqu'à présent est celui dans lequel les tubercules sont placés à une haute température sèche, sans être changés de place souvent. Par exemple : aussitôt arrachés les mettre sous la bâche d'une serre chaude, sur des planches ou toute autre chose, de'manière qu'ils ne reposent pas sur le sol qui est toujours plus ou moins humide. On peut les mettre aussi dans un local quelconque d'un appartement, où la température est ordinairement de 15 à 20 degrés et ne descend pas ou-dessous 4 à 6 au-dessus de zéro pendant les plus grands froids. Rien n'est plus simple et plus facile comme on voit que cette culture, devant laquelle reculent bien des jardiniers et des propriétaires; c'est surtout la conservation hivernale qui effraye; c'est la pierre d'achoppement. 11 faudrait pouvoir obtenir, par des semis répétés, une variété plus facile à conserver. Alors les Patates feraient une rude concurrence à la Pomme de terre.
M. Cajon poursuit avec une persévérance digne d'éloges ses essais de culture de la Patate ; il en fera connaître les résultats, par des notes qui viendront compléter cet article que je publie aujourd'hui pour engager les lecteurs de YHorticulteur français à tenter cette culture, et à faire, comme cet habile jardinier, des essais et des remarques dont la publication viendrait aider au développement et à la propagation d'un produit
alimentaire. Je serais heureux si, pour ma part, je pourrais contribuer à faire avancer un peu la culture de la Patate qui, je l'espère, fera bientôt partie de la grande culture, et fournira m aliment sain et délicieux aux pauvres comme aux riches.
Je réclame l'indulgence des lecteurs de l'Horticulteur fran? gais pour cette note qui, je l'avoue est un peu roide ; mai» j'ai fait «non possible pour être compris ; et j'ose espérer qu'on ne jugera pas trop sévèrement un humble garçon jardinier qui n'a que ses soirées pour écrire, et qui cherche à les employer le phis fructueusement on partageant aves ses confrères le irait de son travail et de ses observations .
Louis, dit Comperat,
garçon jardinier à la Faisanderie, à Cbatou