‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 145 sur 162 · DU CLIMAT DE L'HIMALAYA · texte numérisé non relu

DU CLIMAT DE L'HIMALAYA

Des bosquets de Sapindus se rencontrent aussi assez fréquemment : ces arbres ont la propriété de s'emparer du terrain, et d'étouffer toute autre végétation ; le faible échantillon de cet arbre joint à la valeur de ses graines, le protège contre les dévastateurs des forêts , mais quelquefois on en abat' un grand nombre pour livrer passage à quelque immense Shorea ou Sissoo. Trois espèces de* Sapindus, qui ne se distinguent que par la forme des feuilles et la grosseur des graines, fournissent en abondance ces noix dont les propriétés détergentes sont bien connues. Une quatrième espèce : le Sapindus rubiginasus se distingue des arbres de cette famille par son fruit volumineux, oblong et solitaire, par des épines formidables qui en font, lorsqu'on le réduit à l'état de haie, la clôture la plus parfaite du monde. La pulpe qui couvre la noix de ce dernier Sapindus est particulièrement propre pour laver les tissus de soie.

Le Bassia latifolia au tronc glabre et blanchâtre et aux branches tortueuses, se couvre, au mois de mars, de fleurs charnues très-sucrées, dont les Hindous se nourrissent, et dont ils retirent, par la fermentation et une distillation tout à fait primitive, une liqueur spiritueuse très-forte ; le fruit mûr du Bassia fournit par l'ébullition une matière oléagineuse verdfttre qui sert pour l'éclairage et pour la fabrication des savons. Le bois de cet arbre est spécialement recherché pour tous les travaux de charron nage.

Plusieurs espèces à1 Acacia forment des fourrés inaborbables à cause de leurs épines acérées ; le plus recommandabie est Y Acacia arabica, qui se multiplie avec rapidité, fournit une grande quantité de gomme précieuse, et un bois très-recherché pour la confection des roues de l'artillerie.

*(l) Voir jjage 3U.

Le Zizyphus (Lotus des anciens) mérite l'attention, non à cause de ses fruits, car le produit de cet arbre, même lorsqu'il est bien soigné, est horriblement indigeste (et il faut qu'il ait bien dégénéré de ce qu'il fut au temps d'Ulysse, car maintenant il est détestable) ; mais c est sur cet arbre que se trouve en abondance, dans les forêts, le cocon qui produit la soie connue dans l'Inde sous le nom de Tusser Cette soie, un peu grosse, un peu rude, et d'une couleur grisâtre très-difficile à dissimuler, n'en est pas moins d'un usage très-précieux à cause de sa solidité, et devra, entre les mains de nos habiles fabricants, fournir un nouvel aliment à notre industrie. Cet arbre est très-rustique et on le trouve partout, depuis l'Equateur jusqu'au 31e degré de latitude nord, et là il s'élève dans l'Himalaya jusqu'à 1 800 mètres au-dessus de la mer. 11 est vrai qu'à cette hauteur ce n'est plus qu'un buisson, mais il n'en serait peut-être que plus propice, dans cette dernière forme, à l'élève du Tusser en France.

L'Olivier sauvage, Elœocarpus serratus, se rencontre assez fréquemment sur des monticules formés par une agglomération de galets foulés de gneiss, réunies par un ciment d'argile ferrugineuse mélangée de calcaire. Les fruits de Y Elœocarpus ne produisent pas d'huile, mais les natifs les font cuire et les mangent.

Enfin l'Européen rencontre un Érable, arbre qui lui rappelle, par son port et son feuillage, la patrie absente ; jusqu'à ce moment et à l'exception du Dalbergia, il n'a vu que des arbres toujours verts, avec ce feuillage penné et ces branches symétriques, qui donnent à toute la végétation tropicale une ressemblance éloignée avec les Palmiers et les Fougères, L'Acer oblonyum, un des plus nobles spécimens de sa tribu, est aussi celui qui supporte les plus grandes chaleurs, et à ce titre mérite toute l'attention de notre colonie d'Alger. Le Melia azadirachta est encore un de ces arbres qui s'accommodent des températures les plus variées. On le voit prospé-

rer également sous l'Equateur et par le 32e degré de latitude nord, et là il s'élève même à 1500 mètres au-dessus de la mer. Le bois de cet arbre, qui atteint de très-grandes dimensions, est inférieur seulement à l'Acajou, dont il a la couleur, les nuances chatoyantes et la finesse de grain; ses graines produisent une huile excessivement amère à laquelle on attribue, pour le traitement des maladies scrofuleuses, une vertu égale sinon supérieure à celle de l'huile de foie de morue; l'écorce et les feuilles ont des propriétés fébrifuges bien connues et très-énergiques.

Il n'est pas un arbre dans ces , forêts qui ne porte auelquesuns de ces Orchis aux couleurs si riches et aux formes si fantastiques ; quelques-uns signalent de très-loin leur voisinage par les parfums suaves et pénétrants dont ils embaument Pair.

Les Bambous, à eux seuls, occupent une grande part du terrain de ces forêts, et forment, en certains cantons, des blocs de plusieurs milles de surface, où la hache est impuissante à se frayer un passage. Le Bambusa Tulda croit avec tant de rapidité qu'en trente jours il produit une tige de 25 mètres de long sur 35 à 40 centimètres de circonférence. En suivant les progrès de ce Bambou, on peut, sans exagération, dire que l'on voit croître l'herbe. Ses jeunes tiges, lorsqu'elles ont 75 à 80 centimètres, sont excessivement tendres, et^un seul de ces rejetons, lorsqu'il est bouilli, remplace avec avantage un paquet des plus belles asperges. Le Bambusà glauca atteint, comme le précédent, des proportions énormes; rien n'est plus facile que d'obtenir des tiges de 35 à 40 mètres de long. Tous les deux sont sans épines et servent pour la construction de tous les échafaudages ainsi que pour les toitures des maisons. Le Bambusa arundinacea se fait remarquer par ses nombreuses tiges croissant d'une même souche ; une seule ' racine de cette espèce produit plus de cent Bambous, qui croissent ensemble parfaitement droits et sans laisser entre

eux le moindre espaee; à 10 mètres au-dessus du sol, les

tiges s'étalent en cercle, et forment un vaste panache qui

semble soutenu par une immense colonne cannelée. Les

terrains les plus secs sont couverts par le Bambusa stricta,

une des espèces les plus rustiques, car on la trouve sur les

flancs de l'Himalaya et parfaitement développée, jusqu'à une

hauteur de 2000 mètres, par 30 degrés de latitude. Enfin,

le Bambusa glauca, le plus humble mais non pa3 le moins

utile de sa famille, forme d'impénétrables broussailles de trois

à quatre pieds de hauteur. Ed. Loarer,

capitaine au long court.

. (A continuer.)

CATALOGUES D'HORTICULTURE POUR 1868 ET «869

Baltet frère», à Troyes (Aube) . Catalogue raisonné des arbres fruitiers, des arbres forestiers et d'ornement, et supplément au Catalogue raisonné.

Berlin 111», rue Saint-Symphoricn, n° 4, Versailles. Catalogue général des arbres et arbustes d'ornement, arbres forestiers (baliveaux), plantes de

. serres; spécialité: Camellia, Rhododendron, Azalée: — suppléments pour Rosiers, arbres fruitiers.

Bruant, à Poitiers (Vienne). 3' Supplément au Catalogue descriptif et rai* sonné des arbres fruitiers, forestiers, et arbres d'ornement.

Carré père et fils., à Saint-Julien, près Troyes (Aube). Prix courant, pour l'automne 4868 et le printemps 4869, des arbres fruitiers, arbres et arbustes d'ornement de plein air et de serre. •

Huber frères; à Hyères (Var). Prix courant pour marchand, et Catalogua général pour 4868-4869 dos cultures spéciales pour la production de graines de fleurs, d'arbres, d'arbustes d'ornement indigènes et exotiques. Plantes nouvelles : Ipomées du Japon; nouvelles variétés obtenues dans l'établisse* ment, etc.

•jfeoffre (Antoine). Serre du Prado à Marseille ; Catalogue de plantes de serres-, collections spéciales d'arbustes et d'arbrisseaux de pleine terre, etc.

Leroy (André), à Angers (Maine-et-Loire). Catalogue général des arbres et arbustes, etc.; Édition française, allemande, italienne et espagnole.

liéonard Cille, cours Morand, 7 et 9, à Lyon. Fxtrait du Catalogue gêné* rai des Fraises : choix des espèces nouvelles ou peu répandues.

Horlet (Gustave), aux Moncenux, commune d'Avon près Fontainebleau (Seine-et-Marne). Extrait du Catalogue général : — Plantes nouvelles on peu répandues de plein air et de serres .

Asahmt, à Montpellier (Hérault). Catalogue et prix courant, pour marchands des principales espèces de graines d'arbres, arbrisseaux et arbustes.

Verdtër (Charles), rue Duméril 12, Paris. Supplément au Catalogue général des Rosiers et autres plantes de plein air et de serre : — Prospectus des Rosiers nouveaux pour l'hiver 4868-4 869.

VertUr (Eugène, fils aîné), 3, rue Dunois, 43e arrondissement, Paris. —Catalogue et prix courant des Glaïeuls, Pivoines, Rosiers et autres plantes : — « Rosiers nouveaux pour l'hiver 1868-4869.

Travaux dy mois de Novembre.

Jardin potager. Le potager commence à revêtir sa tenue d'hiver f mais la Poireau, le Céleri, les Choui, la Chicdréo, la Scarole et la Laitue d'hiver, etc., couvrent encore le terrain. Pour prolonger sa jouissance de Fraise, on place des châssis sur les planches ; il faut songer à la plautation de nouveaux fraisiers. Lorsqu'on craint la gelée, 011 arrache une partie des différents légumes, pour les rentrer dans la serre aux légumes, ou les mettre en jauge pour les couvrir de feuilles ou litière sèche, afin d'en avoir toujours à sa disposition. Où prépare également la couverture pour les Artichauts, Céleri, Chicorée, Scarole, etc., restés en place. On arrache les Choux-fleurs qui commencent à marquer pour les planter dans la serre aux légumes, ou dans des tranchées sur lesquelles on pose des châssis. A défaut de serres et châssis, on peut couper les Choux-fleurs au-dessous de la tête, en supprimant les plus grandes feuilles, et ou les suspend avec une ficelle dans un cellier. Pour ceux dont la tête n'est pas encore formée, il faut les couvrir pendant la gelée, et les découvrir dès que la température est radoucie. On butte le Céleri en place ou on l'enterre profondément dans du terreau pour le faire blanchir. On repique encore sur côtière : Choux d'York, Cabus et Laitues d'hiver.

Vers la fin du mois, on commence à forcer les Asperges, soit en plaçant un châssis, entouré de réchaud, sur une planche d'Asperges en pleine terre, soit en plantant des griffes sur couche chaude et sous châssis. On sème encore, sur de vieilles couches chaudes ou sur terreau et sous cloches de la Laitue crêpe et gotte, Romaine, Choux-fleurs : sur couche tiède, Laitue à couper, Radis hâlifs; on repique aussi les Salades et Choux-fleurs semés en octobre.

Jardin fruitier. Trois opérations appellent l'attention du jardinier : le défoncement, la plantation et la taille des arbres. Pour la plantation, il n'y a aucun inconvénient à replanter sur l'emplacement d'un arbre mort ou épuisé, pourvu qu'on fasse un trou plus grand qu'il ne le serait dans un terrain neuf, et qu'on renouvelle la terre. On ne peut tailler, dans ce mois, qu'un, petit nombre d'arbres fruitiers, ce sont les vieux sujets épuisés ; les jeunes, plus vigoureux, peuvent attendre jusqu'aux derniers jours de février.

Dès qu'on craint les gelées, on doit rassembler toutes les branches des Fiffuiers, a l'aide de cordes, et les enveiopper de litière sèche; ou bien on creuse de petites tranchées au pied des arbres, dans lesquelles on rabat les branches en les y maintenant avec 'des crochets en bois ; on les recouvre ensuite d'une épaisseur de terre suffisante pour que la gelée ne les atteigne pas.

Jardin d 'agrément. On va encore quelquefois dans son parterre jouir des charmantes fleurs de Chrysanthèmes, et contempler tristement les derniers Asters, ou chercher »cô derniers brins de Réséda. Après avoir taillé les Rosiers do Bengale, et couvert de feuilles les plantes et arbustes qui craignent les froids, arracher les Dahlias pour rentrer leurs tubercules dans une pièce bien sèche et à l'abri de la gelée, séparer et planter les plantes vivaces, Tulipes, Jacinthes et Narcisses, etc., on peut dire adieu pour longtemps au jardin d'agrément.

Serres. Les plantes de cette température n'exigent que peu de soins pendant ce mois ; il faut seulement arroser avec discernement ; bassiner de temps en temps les feuilles de Camélia : veiller à maintenir la température au degré nécessaire, en observant que la température de la nuit soit plus basse que celle du jour ; renouveler l'air toutes les fois que le temps le permet ; et, enfin, entre* tenir les plantes dans un état parfait de propreté.

Travaux du mois de Décembre*

I! est essentiel de labourer grossièrement les terres fortes et argileuses, afin que II gelée, pénétrant les grosses mottes , les défrite facilement au moment des dégels; on doit aussi commencer à enterrer les engrais et fumiers.

Potager. Il faut avoir soin de surveiller les plantes qui ont besoin d'être couvertes pendant les gelées, telles que les Artichauts, Céleris, etc. ; écarter la couverture quand le temps est doux ou pluvieux. On repique sur couches et sous cloches ou sous châssis, les plants de Concombres semés en novembre, ainsi que les Laitues crêpe et gotte, Romaine, Choux-fleurs. On y sème la laitue a couper, les Radis, Laitues et Romaines pour faire pommer, Carottes de Hollande, Haricots de Hollande, Pois hâtifs, Poireaux, des Concombres et des Melons en pots, pour les mettre trois semaines plus tard «sur une autre couche neuve. On force les Asperges plantées en pleine terre, et on en prépare sur couches Toutes ces cultures doivent être soigneusement garanties des gelées.

• Jardin fruitier. Commencer la taille des vieux arbres chétifs. Planter toutes les fois qu'il ne gèle pas et que la terre sera bien meuble.

Jardin <f ornement. Plantations de plantes vivaces toutes les fois que le temps le permet , défoncement , labours.

Serre. Entretenir une température de 40 a 50 degrés dans les serres chaudes, et renouveler l'air autant que faire se peut ; arroser les plantes qui poussent, et très-peu celles qui restent en inaction ; déterminer une certaine vapeur par le serîngagc ou l'arrosement des sentiers, pour éviter l'étiolemeut des plantes en végétation : cette opération doit se faire le matin.

Le$ terres à forcer exigent une température aussi élevée que celle de la serre chaude, mais plus régulière ; il faut consulter souvent les thermomètres placés au dehors et au dedans, et prévenir, autant que possible, les variations dans ta chaleur. Elles doivent être garnies de fraisiers et autres plantes qu'on veut forcer.

La terre tempérée et Vorangerte n'exigent que peu de soins : veiller seulement à ce que la température ne descende pas au-dessous de 0° , chasser rhuniiJité et renouveler l'air toutes les fois que la température extérieure le permet. Il faut peu arroser les plantes qui ont besoin de repos pendant tout l'hiver ; on ne doit leur donner de l'ean que pour empêcher les feuilles de se dessécher; ceci s'entend particulièrement des Pelargonium ; toutes les plantes grasses, Grenadiers, Lauriers-Roses, Orangers, n'ont pas besoin d'eau.

Appartements. La plupart des plantes qu'on achète en fleurs pendant ce mois, sont le produit de la culture forcée ; il est bien difficile de les conserver longtemps dans les appartements, car ce passage brusque d'une température humide et élevée est un coup presque mortel. On parvient a les conserver quelque temps encore, en les plaçant dans une pièce bien chauffée; le plus possible de lumière; on leur donnera un peu d'air vers le milieu de la journée, si le temps le permet. Les arroser avec soin toutes les fois que la terre commence à se sécher , et laver ou asperger les feuilles pour enlever la poussière qui ne manque pas de s'y attacher ; l'eau doit être à peu près au Diêoie degré de température que la pièce où sont les plantes.

rarfc.- tafrtmertc hortteêtedeE. DOHTUW>,nie Cttflctte.l.

SOIIUM DSS ARTICLES COTTOIOS DANS Cl MMtiftO.

F. Hiftwco* Ctera»laj««. — Ale. Gocaclt, le Coreapals artataa* et f.b*rvatto n Mtr lei genrei voisins. — Louis Commiat, qitlqnrs mots sur U culture des Palais*. » H. PÉCBtcx, cordon horisoatal brisé pour la Tlfie. — Peuus uouvelltt.

CHRONIQUE

Deux écoles d'horticulture en France; Cours d'arboriculture de la ville de Par». Rapport présenté à l'Empereur par S. Ex. le Ministre de l'instruction publique sur renseignement supérieur de l -agriculture et de l'horticulture ; l'école d'horticulture de Cluny. Le Muséum d'histoire naturelle transformé en école centrale d'agriculture et d'horticulture. Création d'un jardin central d'horticulture au Bois de Vincennes, son but et son utilité. Importance de la consommation des légumes en France. Singulière théorie professée à. . . Saint-Germain-lcs-Belles- Filles -, trois sèves; moyens certains d'obtenir de beaux Navets, Carottes, Oignons blancs, etc. L'horticulture et l'orphéon dans les écoles de village .

Nous allons avoir enfin une école, si ce n'est deux écoles d'horticulture. La ville de Paris se préoccupe beaucoup, comme nous l'avons dit plusieurs fois, d'organiser quelque chose qui ressemble à une institution horticole : à la Muette elle a de nombreuses serres, et une magnifique bibliothèque ; sur les talus des fortifications de la porte Dauménil, elle a créé un jardin de plantes vivaces et un jardin fruitier ; et, dans les différentes sections de ce grand établissement de culture, les garçons jardiniers sont admis comme élèves, aux conditions que nous avons fait connaître dans notre chronique du mois dévjuin (p. 464), Aujourd'hui, la ville fait un pas de plus dans la voie de l'enseignement, elle veut relever le niveau des études horticoles; ce qui ne fera pas mal. A l'étude pratique, qui a lieu à la Muette et aux jardins du bois de Vincennes^ elle vient d'annexer l'étude théorique, en organisant des cours d'arboriculture qui ont lieu les mercredis à 8 heures du soir au siège de la Société d'horticulture de Paris, rue de Grenelle-Saint- Germain, n° 84.

Décembre 4868. 23

D'un autre côté, S. Exe. le Ministre de l'instruction publique, qui s'applique avec une énergique persévérance à organiser l'enseignement théorique et pratique de l'agriculture et de P horticulture dans les écoles normales et dans les écoles communales, veut aussi doter la France d'une école spéciale d'horticulture comme il en existe depuis longtemps en Belgique et en Allemagne. Dans son rapport présenté 5, l'Empereur, sur l'enseignement supérieur, M. le Ministre propose d'établir en outre un jardin central d'horticulture, pour faire sur les fruits et les légumes des observations et des expériences.

« H n'existe pas, dit-il, de sciences appliquées; il n'y a que d'innombrables applications de la science. D'où cette conséquence que, pour multiplier encore ces applications heureuses, pour rendre l'industrie plus prospère, l'agriculture plus féconde, etc., une des conditions essentielles est de fournir à la science les ressources. nécessaires pour développer la théorie, etc. »

La loi du 15 mars 1850, avait déjà classé dans la partie /acultative du programme des écoles d'enseignement spécial, les notions d'agriculture et d'horticulture. La loi du 21 juin 1865 ayant rangé ces notions parmi les matières obligatoires, on ' s'est autorisé de cette loi , lors de la réorganisation des études dans les écoles normales , pour y rendre l'enseignement agricole obligatoire, et actuellement 44 de ces écoles — sur 77 — possèdent 88 hectares en pleine culture. < J'espère, dit M. Duruy, que les conseils généraux voudront, dans leurs prochaines sessions, doter de cette annexe indispensable les établissements qui en sont encore dépourvus. Un terrain de culture, en effet, — ajoute-t-il, — ne sert pas seulement aux élèves-maîtres de champ d'expériences ; il est encore pour les instituteurs établis dans les villages comme une pépinière d'où ils tirent des greffes, des boutures, des plants d'espèces non*

velles m plus productives. Beaucoup Centre eux viennent aussi, durant Jours congés, chercher dans l'écôle-mère des sxsœples etdes conseils, »

D'après ce rapport, pli^s <de la moitié des écoles normales sont dès maintenant en mesure de donner aux communes rurales un nombre, chaque .année plus grand, d'instituteurs pourvus, au moins* des connaissances les plus élémentaires, mais aussi les plus iudispensables pour la culture maraîchère, fruitière ou agricole, et déjà « 6,000 écoles rurales ont uu sérieux enseignement d'horticulture, dont les résultats, dit M. le Ministre, sont attestés par les primes nombreuses que nos instituteurs obtiennent chaque année dans les con cours des comices agricoles.. »

« Depuis la loi de juin 1865, l'enseignement agricole fait partie essentielle de l'enseignement secondaire spécial qui est rétabli dans 77 lycées, et 247 collèges, » Une ferme-école a été annexée .au collège deNapoléonville, et le collège de Rouffach, où l'enseignement va être dirigé tout entier en vue de l'agriculture, possède de vastes terrains pour les exercices pratiques. .A Cluny., l'école possède un jardin, qui couvre 6 hectares; c'est, dit ML. le Monstre, « une véritable école de botanique et •d'horticulture, sous la direction d'un professeur d'histoire naturelle, d'un chef des travail?: de botanique et d'un habile jardinier du Muséum, p

L'Université, comme on voit, fait beaucoup pour répandre tdftps les campagnes les CQnnaissauçes agricoles. M. Duruy vent faire plus encore. Il veut créer .iuve.éoo^e pour l'enseignejnent supérieur de l'agronomie. Pour créer de toutes pièces un pareil établissement, M* le Ministre 9e cache pas qu'il fanjfcait un flombreu* personne}, de vastes terrains, >etc - , ce qui .qatraineuait à des dépenses «énormes; mais le département de JUnstrwcUw p^bliq^ue est en .mesure de J'établir immédiatement $t prçsqi^esanë .fra,^. Pour 4onner à la France une école

des hautes études agricoles quijftt digne d'elle, on propose en effet de transformer le jardin des Plantes de Paris.

c Le Muséum d'histoire naturelle, est-il dit au rapport, notre grand établissement pour l'étude de la nature, possède, en » effet des ressources immenses qui peuvent êlre utilisées en vue de l'enseignement agronomique, sans porter aucune atteinte à son caractère scientifique. Déjà en 1790, Daubenton, « le chef des Bergeries du Roi, » Lamarck, Lacépède, Fourcroy, Brongniart et les autres officiers du jardin des Plantes appelaient l'attention du législateur sur les services que le Muséum d'histoire naturelle pouvait rendre à l'agriculture, et, peu d'années après, la Convention nationale y instituait un cours de culture où devaient être expérimentée^ toutes les applications des sciences à l'art du cultivateur. »

M. le Ministre fait ensuite remarquer que les sciences naturelles ne doivent pas être enseignées, au Muséum, comme au collège de France ou dans les facultés de médecine, c La chimie, dit-il, n'y peut pas être une chimie générale, ou industrielle, ou médicale ; on a le droit de demander à la zoologie de donner, dans ses cours, une place importante aux animaux domestiques, aux insectes utiles ou nuisibles, etc . , etc. En plaçant ces sciences au Muséum, le législateur a voulu qu'elles y prissent un, caractère particulier. L'enseignement peut donc être fortement organisé dans cet établissement, en vue des besoins nouveaux. »

Le Muséum possède, dans le parc de Vincennes, un grand terrain que M. le Ministre propose comme champ d'expériences et qui deviendrait ainsi un laboratoire de recherches pour toutes les applications des sciences à l'exploitation de la surface du sol. Dans l'esprit de M. le Ministre, pour constituer renseignement supérieur agricole au Muséum, il suffirait de coordonner une partie des cours, de faire appel au dévouement « des professeurs qui sont prêts à accepter cette tâche qui ra-

mène ce grand établissement à l'esprit de sa fondation $, et, ajoute le chef de l'Université, • si on voulait un jour créer une école centrale qui fût pour les arts agricoles ce que rétablissement de ce nom (1) est pour les arts industriels, on trouverait au Muséum tout l'enseignement supérieur qui lui serait nécessaire. »

Quant à l'enseignement de l'horticulture proprement dite, voici en quels termes s'exprime M.'; le Ministre dans son rapport du 15 novembre dernier :

« Création d'an jardin central d 'horticulture. — Le terrain possédé par le Muséum au parc de Yincennes est assez vaste pour qu'à côté du laboratoire de recherches agronomiques, que je propose d'y fonder, il soit possible d'établir une école d'horticulture, théorique et pratique, qui n'existe en aucun pays d'Europe.

» Il n'est pas nécessaire de disposer de grandes surfaces et de gros capitaux pour faire sur les fruits et légumes, et sur les produits industriels qu'on en tire, des observations et des expériences d'une extrême importance. L'homme veut approprier la terre à ses besoins et ne laisser vivre à la surface, dans les deux règnes, que les êtres utiles à son alimentation ou à son industrie. Mais il rencontre une foule d'eu Demis,

(4 ) V École centrale des arts et manufactures est une institution dont peut .s'enorgueillir notre pays -, elle a produit de grands ingénieurs, ot les arts industriels lui doivent, en partie, les progrès accomplis depuis 4830. Cette école a été d'abord une institution privée. Fondée par M. Lavallée — le père de notre excellent collègue et ami M. Alphonse Lavallée — elle ne devint institution nationale que par le don fait, au gouvernement, par son, fondateur, auquel elle rapportait, au moment de la donation, en 4857, un revenu annuel net qui dépassait aent mille francs. (Rapport de M. Mérimée, au Sénat, sur la loi relative ' à la donation de l'Ecole centrale, à l'Etat, par M. Lavallée et ses enfants.) Les actes d'un pareil désintéressement sont tellement rares en France, qu'il est bien permis de les rappeler quand l'occasion se présente. L'unique récompense que l'honorable M. Lavallée a emporté dans sa retraite, est l'affection que lui conservent toujours ses anciens élèves, la seule, du reste, qu'il ait ambitionnée. F. Uerincq.

et les pins redoutables ne sont pas ceux qu'il est le plus facile d'atteindre et de connaître, fi lui faut donc, dans cette lutte implacable, appeler à son aide les patienté^ investigations de la science qui sait voir l'invisible.

j> C'est ainsi, par exemple, qu'à la Suite d'études persévé* rantes on a pu trouver le moyen de débarrasser nos Vigtiésde

la pyrale Nous Sommes beaucoup merifiS avancés ad ftrjet

des Pommiers, des Poiriers et des boissons qu'ils fournissent à une partie de la France, même à plusieurs régions de l'Europe.

y> Le jardin central <F horticulture , en permettant aux botanistes et aux chimistes d'entreprendre des observations variées et des expériences à long terme, que l'industrie privée ne peut poursuivre , serait une institution heureuse à la fois pour la science et pour le bien-être de nos populations rurales (1).

» Mis en rapport avec nos 77 écoles normales des départements qui ont des élèves dans tous les villages, il lui serait facile de faire arriver prompte m eut et sûrement des renseignements utiles jusqu'au fond de nos campagnes les plus reculées.

» Quatid l'organisation de l'enseignement- agronomique sera établie, quand les ressources budgétaires auront permis de mettre en état le terrain de Yincennes pour les. expériences d'horticulture, la France se trouvera dotée d'uoe école de plus, et le Muséum d'une vie nouvelle, »

Nous en acceptons l'augure et faisons des vœux pour que

(\) « On pense que les fruits, légumes et racines entrent peut-être pour un tiers dans la consommation alimentaire de Paris, ce qui permettrait de dire qu'ils entrent pour moitié dans l'alimentation générale de la France. L'école d'horticulture aurait donc à opérer, pouf en améliorer la production, sur des denrées dont la valeur en argent se chiffre par des mil* liards. » (Note insérée au Rapport.)

les ressources budgétaires do l'instruction publique permettent d'établir bientôt l'école centrale d'horticulture; car le besoin s'en fait vivement sentir. Il est pénible, en effet, d'entendre professer en France, à la tribune des Sociétés d'horticulture, des théories comme celle-ci, par exemple, qui me tombe sous •la main, en ouvrant les bulletins de la Société de... mettons que ce soit de Saint-Germain-les-Belles-Filles, dans le Limousin. L», un professeur discute et "résout 24 questions à, chaque séance. Cette fois, parmi les questions posées se trouve la suivante, sur laquelle nous sommes tombés :

c Les branches et les rameaux correspondent-ils avec les racines ? > :

€ Réponse : Oui ! parla circulation des trois différentes sèves : sève foulante, sève montante et sève ascendante. $

Et voilà la science qu'on enseigne dans les cercles d'horticulture ; c'est imprimé en toutes lettres dans le Bulletin de la

Société d'hortioulture de Sain t-Germain-les-Be lies- Filles,

dans le Limousin.

Dan9 une autre Société, un professeur d'arboriculture conseille de contre -planter de l'Ail et de l'Échalotte dans des Choux d'York; des Carottes et des Navets pour graines, dans les planches de Pois ; de l'Oignon blanc dans des Fraisiers, etc., etc. : «c on obtient dit-il, de bien plus beaux proproduits. »

Il est temps que tous ces professeurs de contrebande rencontrent dans les réunions horticoles des hommes sérieux, pourvus d'une instruction scientifique solide, pour mettre à néant les absurdités qu'ils y débitent et propagent. Et nous applaudissons fort à ce projet de M. le Ministre, de faire donner quelques saines notions d'agriculture et d'horticulture aux jeunes écoliers villageois ; ces notions leurs seront certainement aussi profitables que les leçons de musique des Sociétés orphéoniques, que nous ne blâmons pas, qu'on le sache bien, La musique est une excellente chose, surtout pour la

France où tout finit par une chanson : il est tont naturel qu'on soit en mesure de la bien chanter: c'est assez juste.

F. Hercncq.

LE COREOPSIS ARISTOSA ET OBSERVATIONS SUR LES GENRES VOISINS (Pl. XII). .

Le Coreopsis aristosa, originaire du nord des États* Unis, est une plante, annuelle, herbacée, glabre, très-rameuse, atteignant environ 80 centimètres à 1 mètre. Les feuilles, courtement pétiolées et légèrement engainantes, sont opposées, lobées profondément en 5 ou 7 segments irrégulièrement dentés. Les fleurs, groupées en capitule, reposent sur un réceptacle plan accompagné d'un double involucre et naissent à l'extrémité de longs pédoncules scabres non renflés au sommet. Des deux involucres , l'un extérieur se compose de 8 à 10 folioles lancéolées, entières, aiguës, étalées, de même nature que les feuilles ; l'autre intérieur, formé de 8 à 1 0 folioles scarieuses à l'aisselle desquelles se trouvent 7 à 10 fleurons d'un centimètre de largeur, d'un beau jaune de Naples, neutres, ligules,, ovales, arrondis au sommet, atténués légèrement à la base, entiers, a nervures nombreuses apparentes et parallèles. Les fleurons centraux, fertiles et tubuleux à 5 dents régulières, renferment 5 étamines dépassées par le style qui se divise en deux branches au-dessus de l'orifice du tube de la corolle.

Le fruit ou Achène, cunéiforme, comprimé, légèrement triangulaire, émarginé au sommet, cilié sur les bords, est surmonté de deux petites pointes aiguës et hispides, caractères pouvant servir, comme on le verra, de passage du genre Coreopsis au genre Bidens et à créer le genre Diodonta.

Le Coreopsis aristosa n'est pas délicat sur la nature du sol; il parait même, d'après ce que l'expérience nous a démontré, préférer les terres calcaires et meubles. Il demande à être semé au premier printemps sous châssis pour être mis en

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place à la fin d'avril ou au commencement de mai ; sans cette précaution, on le verrait bien fleurir, mais- on risquerait fort de ne point en récolter les graines. Il peut occuper avantageusement le centre des massifs et principalement ceux de Pelargonium zonale, où, en attendant la fleuraison, son feuillage, d'un vert agréable, ne nuit nullement à l'effet des nombreuses fleurs dé ceux-là.

Le Muséum d'histoire naturelle de Paris a reçu au printemps de cette année, d'un amateur passionné de nouveautés horticoles, M. Thompson d'ïspwich, quelques graines de cette plante de la famille des composées récemment introduite dans ses riches cultures ornementales, sous le nom de Coreopsis aristosa de Michaux ou Diodonta aristosa de Nuttal.

Ayant réussi à la cultiver avec succès, je la comparai avec les échantillons de l'herbier américain du Muséum et avec la description donnée par Asa Gray dans sa Flore du nord des États-Unis, et je constatai que c'était bien le Coreopsis aristosa de Michaux. Cependant le port et le fruit ressemblaient tellement» ceux d'un Bidens, qu'ils m'engagèrent à rechercher les caractères distinctifs propres à chacun des deux genres. La différence est si faible pour moi, que je crois être agréable aux lecteurs de l'Horticulteur français en leur donnant un court aperçu de la forme des Achènes (fruits), sur laquelle forme reposent les deux genres Coreopsis et Bidens et tous ceux qui ont été 'créés avec les anciens Coreopsis, par Nuttal, sous les noms de Chrysomelea, Gyrophyllum, Eublepharis, Rabdocaulisf Calliopsis, Diodonta} Cosmidium, laissant ainsi libre de classer notre plante dans les Coreopsis ou dans les Diodonta, comme le fait Nuttal, ou bien de ne considérer ces divisions que comme les groupes d'un grand genre qu'on nommerait Coreopsis ou Bidens.

I. Coreopsis. Àchène aplati, comprimé, ailé, bidenté au sommet : Coreopsis delphinifolia, tenuifolia, Wrayi, etc.

II. Chrysomelea. Achène suborhiculaire, ailé, bidenté, courbé ou convexe dans sa longueur : ancien Coreopsis lanceolata , crassifolia, integrifolia, auricula, diversifolia ou Drummondi, grandiflora, etc.

III. Gyrophyllum . Achène oblong comprimé, ailé, plan, surmonté de paillettes obtuses courtes ou de deux dents : ancien C. tenuifolia, stellata, rigida, palmata, tripleras.

IV. Eublepharis. Achène oblong comprimé, plan, caréné, marginé, cilié, sommet terminé par 2 courtes arêtes : ancien Coreopsis gladiata.

Y. Rabdocaulis. Achène linéaire, oblong, plan, comprimé, à bords ciliés, terminé par deux soies roides, quelquefois scabres : ancien Coreopsis angustifolia, linifolia, nudata.

VI. Calliopsis. Achène comprimé, lisse, courbé, chauve, sans arêtes : ancien Coreopsis tinctoria, cardammifolia, atkinsoniana, rosea, etc.

VII. Diodonta (intermédiaire entre les Coreopsis et les fîtdens), Achène cunéiforme, comprimé, émarginé terminé par deux pointes aiguës, hispides : ancien Coreopsis coronata, trichosperma, mitis, ambigua, aurea, aristosa, leptophylla, involucrata.

VIII. Heterodonta. Achène linéaire, comprimé, émarginé, terminé par 2 soies longues divergentes hispides, mais à den* ticules non réfléchies : ancien C bidentoides,

IX. Cosmidium. Achène subcylindrique tuberculeux, ter-" miné par deux soies à denticules réfléchies : ancien Coreopsis filiformis, gracilis, etc.

X. Bidens. Akène cunéiforme ou liijéaire, comprimé ou cylindrique, souvent triangulaire, terminé par deux, trois ou même quatre soies roides, plus ou moins longues, hispides à denticules réfléchies, comme dans les Diodonta.

Albert Gouaclt,

chef de culture aa Muséurç,

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