OBSERVIONS RELATIVES A QUELQUES SARRACENIA DE L'AMÉRIQUE DU NORD
au point de vue de leur culture $ur le continent européen;
frAfc M. E. Raméy {{).
Le but que je me suis proposé dans cette notice n'est pas de traiter des Sarracenia au point de vue purement botanique; car je n'aurais pu et su que répéter ce qu ont déjà dit ou écrit* de ces curieuses plantes, les nombreux savants qui s'en sont occupés depuis près de trois siècles. Dans ces circonstances, mieux vaut donc m'abstenir, ne doutant pas que les travaux publiés èur cette question ne soient connus ou qu'on ne trouve facilement à les consulter en cas de besoin.
Ce que je désire, c'est consigner ici quelques renseigne» ments, en partie nouveaux, recueillis de visu, par un de mes amis, sur la végétation des Sarracenia dans certaines parties de l'Amérique du -Nord, 'où ces plantes croissent à l'état spontané, et exposer quelques réflexions personnelles sur la culture qui convient probablement à ces plantes, et sur la possibilité de les naturaliser sur plusieurs points du continent européen.
(<) La à la Socteté Unnèenne de Paris, dans la séance du kk mai 4867. — Adtouoftfaj t. VII, p. 911.
Ainsi qu'on Ta déjà dit, les vrais Sarracenia, au nombre de
sept ou huit, espèces, occupent dans l'Amérique du Nord une aire de dispersion assez vaste, puisqu'elle s'étend à Test des montagnes Rocheuses jusqu'à la mer , et depuis la baie d'Hudson jusqu'aux confltasdu golfe du Mexique : c'est-àdire une zone com-
sarracenia pnrpnret. prise, ehtye le 30* et
le 50e degré de latitude. Toutefois c'est plus particulièrement entre le 40e et le 45* degré qu'ils croissent le plus abondamment. On les cite principalement dans la Géorgie, la Floride, la Virginie, les deux Carolines, l'État de New- York, le Canada, etc. Le Sarracenia purpurea, beaucoup plus répandu, et surtout beaucoup plus rustique que les autres, s'avance bien plus au nord, et on le retrouve abondamment jusqu'aux bouches du Saint-Laurent, dans la Nouvelle-Ecosse , le Nouveau-Brunswick , au cap Breton, aux lies Saint-Pierre et Miquelon et même à Terre-Neuve et dans le Labrador. On voit par là que ces plantes vivent en même temps, et dans des contrées où les hivers sont parfois très-rigoureux, plus rigoureux que chez nous (c'est le cas pour le Sarracenia purpurea), et dans d'autres qui corres pondent aux parties méridionales de l'Europe, où les gelées sont faibles ou à peu près inconnues: c'est surtout le cas pour les S. Drummondii, rubra, psittacina, flava, undulatay variolaris, etc.
Les Sarracenia croissent dans les prairies marécageuses et moussues; mais leur vraie station est la tourbière à Sphagnum.
De même qu'en Europe, ces tourbières à Sphagnum se rencontrent aussi bien dans les bas-fonds que sur les collines, et aussi bien dans des parties boisées ou des clairières de bois que dans les plaines découvertes. Ces tourbières sont trèscommunes dans les environs de Boston (Massachusetts), dans les terrains qui sont inondés pendant une grande partie de l'automne et de l'hiver, et jusque assez avant dans le printemps. C'est là, sur et dans le Sphagnum pur, et non dans la terre, que poussent abondamment les Sarracenia, dont les rhizomes, ainsi que le3 feuilles, qui sont persistantes, restent couverts, pendant plusieurs mois, d'une couche épaisse d'eau assez claire et que parait se renouveler insensiblement. Ils se trouvent de la sorte garantis des gelées, car ils sont au-dessous du niveau de congélation.
Lorsque au printemps l'eau se retire, les Sarracenia entrent en végétation; feuilles et; fleurs se développent rapidement, et il n'est pas rare de les voir fleurir un mois après.
Vers la fin de l'été, de juillet, août en septembre , arrivent la maturité et la dispersion des graines ; puis la végétation se ralentit, et la plante parait entrer dans la période de repos, qui se continue pendant l'hivernation sous l'eau. Il se peut toutefois qu'avec le retour de l'humidité et que pendant cette submersion (mais plutôt au moment où la couche d'eau diminue et qu'elle s'échauffe avec le retour du printemps), les rhizomes commencent à s'allonger ; de nouvelles racines se forment ; les bourgeons à fleurs formés de la saison précédente se gonflent et n'attendent pour partir que le moment favorable/c'està-dire la lumière et l'air. C'est ainsi que s'expliquerait la rapidité du développement de nouvelles feuilles et des fleurs, après que le retrait de l'eau a laissé ces plantes à découvert, rapidité de développement qui pourrait être en quelque sorte tomparée à celle des plantes des montagnes qui ont commencé à végéter sous la neige, et qui se hâtent de compléter leur vé-
gétation el de fleurir' aussitôt que la neige qui les couvrait est fondue.
Ê'eat peut-être pair cette stagnation prolongée sôus l'eau que pourrait s'expliquer ce fait tant discuté de la présence de l'eau trouvée en assez grande abondance, à certaines! époques de l'année, dans lés ascidies, ou feuilles en forme d'urne- ou dé cornet, mais principalement dans les vieilles feuilles persistantes de ces plantes, cette eAu ayant pu y rester emmagasinée depuis l'immersion hivernale.
Une des portions de l'Amérique du Nord les plus riches en Sarracenia purpurea est toute cette' partie du Canada occidental occupée par les lacs Supérieur, Ontario, Érié, Saint* Clair, Huron, les chutes dd Niagara * le fleuve Saint-Laurent et ses affluents, etc.; c'est-à-dire un pays excessivement marécageux, un elimat marin par excellence. — Là les prairies et les tourbières à Sphagnum se rencontrent à chaque pas, c'est* à-dire que les Sarracenia y Occupent des espaces considérables et y forment de nombreuses colonies* croissant en tapis serrés qui sont faciles à enlever, puisque leurs racines ne tiennent que dans d'épaisses couches de Sphagnum; aussi peut-on en couper des plaques ou des touffes à coup de pioche ou de bêche, comme s'il s'agissait de plaques de gazon. — Gette partie de l'Amérique Correspond au Nord de l'Espagne, au midi et au sud^ouest de la France ; elle a surtout une aiia* logie toute particulière avec lés environs de Bayonne, de Bordeaux, les Landes et leë marais* de nos côtes de l'Ouest, notamment ceux de la Loiré-Inférieure* Les gelées sont quelquefois trèâ^intenses dans la région américaine des Sarracenia dont bous venons de parler , et il n'est [pas rare, paraît^], de trouver à la fin de l'hiver, à l'époque oh l'eau se retire et même après qu'elle s'est retirée, l'eau remplissant les feuilles deà Sarracenia complètement gelée, et parfois de* touffes entières de Sarracenia prises entièrement (rhisomes
et feuilles) dans 1* glaoe sans que pour cela la plante périsse* Il me sembfe ressortir de ces faits que la culture de ce genre de plantes n'exige pas autant de chaleur qu'on lui eti donne habituellement, et qu'on pourait arriver à cultiver les Sarra* cenia, Sous le climat de Paris, sans le secours des serres, en les plaçant dans un milieu analogue à celui où oes plantes croissent naturellement, c'est-à-dire air confiné, chaud et humide en été ; ce qui pourrait être obteûu eu les plantant dans des sortes de bas fonds encaissés, des fosses, des tranchées , des cressonnières, des bassins, puisards^ mare*, etc*, confeo tiofcés ad hoc> et au fond desquels ou sur les parois desquels ont pourrait faire pafcser ou Suinter un filet d'eau pure (en évitant autant que possible qu'elle soit chargée de calcaire), se renouvelant sans cesse ou à peu près, et qui humecterait par capillarité, soit là terre des pots, le charbon de bois, la tourbe, ou mieux la moussé ou le Sphagnum dans lesquels on les aurait plantés.
Pour éviter que dans ces sortes de fosses l'évaporation fût trop active, pour empêcher L'air de s'y dessécher, d'y subi* de brusques et fréquentes variations de température, et prévenir les effets pernicieux d'une insolation trop forte, on pourrait les orienter en conséquence, ou bien établir un système de vitrage, de panneaux, des baquets ou tonneaux dé* foncés, des paravents* dés Sortes de paratoleil, des rideaux d'arbres ou de branchages/ de treillages, d'arbres enfin qui Varieraient selon les circonstances* On pourrait encore, et- de même que lorsqu'il s'agit d'établir une fôpgeraie* choisir uri endroit convenable, tel qu'une clairière de bois où de bosquet, ètc«, eu bien en créer un, comme par exemple un aquarium à bassins ou augefc disposés en gradins suf une où deux pentes, à la faoon de ceux employés en pisciculture pour . Téolosion des œufs et l'élevage des jeunes poissons. L'eau pourrait descendre, passer d'un bassin dans l'autre et être
dispensée à volonté. Les plantes pourraient y être cultivées, comme tious l'avons dit, sur (lu Sphagnum, de la tourbe ou du charbon de bois, soit à même les cuvettes de ces bassins, soit dans des terrines ou des pots dont la base seule plongerait dans l'eau. Resterait la question d'air ambiant, qu'il serait facile de réaliser, en tenant compte des conditions nécessaires à la vie de ces plantes, et telles enfin qu'elles se rencontrent dans les tourbières de Sphagnum.
M. L. Neumann, du Muséum d'histoire naturelle de Paris, a d'ailleurs obtenu déjà de bons résultats en cultivant ces plantes sur des mottes de terre ou dans de petits godets placés au fond de grands pots dont la base plonge dans l'eau et dont le dessus est couvert d'une plaque de verre; le tout placé dans une serre. Mais ce qu'il faudrait chercher, ce serait d'arriver à obtenir le même succès sans le secours d'une serre, et nous pensons que cela est possible au moyen de cloches et d'abris, comme on le fait pour quelques Fougères des. lieux mouillés, et pour certaines Jungermannes , Mousses et autres Cryptogames.
Pour donner une idée de la facilité avec laquelle on pourrait arriver à cultiver en plein air ces curieuses plantes sous notre climat, je citerai ce fait qui m'a été communiqué par M. Posth. Un habile horticulteur de Boston, M. Hovey, cultive les Sarracenia en pots Remplis de Sphagnum et dont la base plonge dans l'eau d'un bassin, ou bien dans une soucoupe tenue à l'ombre ou à demi-ombre, et dont il renouvelle de temps en temps l'eau, en faisant donner une mouillure à la seringue ou à l'arrosoir. Les pots sont quelquefois recouverts d'une cloche; d'autrefois ils sont entièrement à l'air libre. En hiver les pots sont descendus au fond de l'eau d'un bassin ou d'un fossé et au-dessous du niveau de la congélation, et on les en retire au printemps, comme nous le faisons à Paris pour . certaines plantes aquatiques délicates, telles* que le JK-
chardia, etc. Des pieds cultivés ainsi vivent plusieurs années, quoique négligés souvent à la mouillure en été.
Il me parait ressortir avec évidence de ces faits, ainsi que des résultats déjà obtenus de divers côtés dans la culture des plantes qui nous occupent et de quelques autres, telles que Nepenthes, Cephalotus, Dionea, Drosera, etc., que les Sarracenia peuvent être cultivés dehors sous le climat de Paris, et je suis très-porté à croire qu'il serait possible de les naturaliser dans les Landes, dansles tourbières h Sphagnum du sudouest et de l'ouest de la Loire-Inférieure, du Morbihan, des Côtes-du-Nord et de la Manche , et probablement aussi dans toutes celles de France, ainsi que dans les stations où croissent les Drosera, les Hypericum Elodes, les Myrica Gale, les Eriophorum, etc., les localités où poussent ces plantes en Europe ayant la plus grande analogie avec celles où croissent les Sarracenia dans l'Amérique du Nord .
J'incline d'autant plus à croire à la possibilité de cette culture et de cette naturalisation, que nous possédons déjà dans nos jardins des végétaux herbacés, ligneux, résineux, etc., originaires des mêmes contrées que les Sarracenia, et qui s'accommodent assez bien, et de notre cljmat et de nos modes de culture en plein air, notamment le Gaultheria procumbens , le Lariœ americana, leLedum latifolium, etc., etc., et qu'enfin nous arrivons à cultiver à l'air libre sous le climat de Paris, certains Nymphœa, Nelumbium et autres plantes aquatiques délicates et de régions plus chaudes, telles que le Japon, l'Australie, etc., que l'onarrive à conserver l'hiver par l'immersion et quelques abris à la portée de tout le monde-
— Î94 — SUR L'ORIGINE DES GERANnJM DOUBLES.
MONSJBUR,
Je viens de lire .dan* l5 Horticulteur français, n° 7°, un article de M. Àug. Ferrier sur les Géranium à fleurs doubles, et une note à la suite portant votre signature.
Les plantes qui en font l'objet étant mes compatriotes, je peux vous en parler avec assurance.
Je ne vous dirai rien de celles provenant de M. Martial de Champflour, M. Aug.Ferrier est bien informé sur leur origine.
Je connais un peu celle de M. Amblard, horticulteur à Clermontet beaucoup celle de M. Jean Lerozié, jardinier à la fila* ture de Saint-Martin-Lès4Uom.
Dans un semis qui s'était fait naturellement, sur un terrain où l'année précédente existait un massif de Géraniums, une centaine de ces plants furent choisis comme étant les plus beaux, les plus vigoureux, montrant un plus large feuillage, et furent plantés par le jardinier Jean Lerozié. L'époque de la floraison arrivait; les ombelles se montrèrent* Trois de cette multitude présentaient des boutons plus gros qu'à l'ordinaire ; le jardinier m'en parla, je fus les voir. Il y avait évidemment des fleurs doubles ; mais un seul, quelques jours après, montrait des fleurons rouges; les autres fleurissaient vert. M. Chaté peut encore se rappeler qu'une ombelle de ces derniers, que je lui* adressai directement, ne* fut pas trouvée par lui digne de figurer dans une collection. Le jardinier de Saint-Martin ne jugea donc pas à propos de garde? les plantes h fleurs vertes pour Tannée suivante ; le double rouge fut conservé, multiplié et vendu par Félix Domas, jardinier à Riôm, à M. Lecoq, £our le compte de M. Van-Houtte qui, depuis quelques jours, avait aussi acheté celui de M. Amblard de Clermont.
Voilà l'origine exacte de celui de M. Lerozié, et j chose étrange !
le jardinier de Saint-Martin et moi fûmes à Ciermont avec une ombelle fleurie de cette plante au jardin de Botanique . M. Cis* terne, le jardinier en -chef, examina longtemps notre fleur, et nous mena vers un massif où se trouvait celui de M. Aroblard, qui, commç celui de Saint-Martin, était né en compagnie de Géranium à fleurs vertes, également bizarres, extraordinaires; mais plus belles que les sœurs vertes de celui de Jean Lerozié.
Ainsi, Monsieur, je peux vous affirmer que le Géranium dont je vous dis l'origine est né de graines, semées seules, sans fécondation artificielle, et non comme vous le pensez dans votre note. Je suis actuellement possesseur d'un certain nombre de cette variété.
Si ma lettre peut compléter l'histoire des Géranium auvergnats je suis bien aise de vous l'adresser. Ce n'est donc pas pour vous contredire que je vo'n ai fait l'histoire du Géranium de Saint-Martin ; c'est pour que vous soyez fixé sur son origine, et si ces renseignements peuvent vous être agréables, veuillez les agréer avec mes salutations bien respectueuses.
Nicolû àIné,
Nous remercions M. Nicolo de sa communication, et nous recevrons avec reconnaissance toutes celles qui nous seraient adressées sur ce sujet; nous aimons avant tout la vérité.
• CATALOGUES D'HORTICULTURE
poufc 48M.
Fontaine et Dnflot, quai de la Mégisserie; 8, Paris. — Catalogue des Oignons de fleurs, plantes bulbeuses^ arbres fruitiers, forestiers et d'agrément, Fraisiers, plantes vivaces et graines (automne 4867).
Ferdinand CSloede, horticulteur, faubourg Saint- Louis, 44, à Beauvais. — Catalogue descriptif de nouvelles variétés etj autres de Fraisiers ; Prix courant pour l'automne 4861 et le printemps 4868.
Çnenot, 6, quai Lepelletier, Paris. — Catalogue d'Oignons à fleurs, Glaïeuls, plantes bulbeuses de toute nature, Fraisiers, Pivoines, arbres et arbustes.
ItoUe-ChfciiTière, quai de la Mégisserie , 44, Paris. — Catalogue d'Oignons
à fleurs.
Paul Tollard, quai de la Mégisserie, 20/ Paris. — Catalogue général de
graines, Oignons à flenrs.
Ii. Renault, rue de l'Arcade, 45, Paris. — Extrait du catalogue général ides
principales espèces de graines potagères, fourragères et de fleurs.
Orou et Al», vallée d'Autnay, à Sceaux (Seine). — Catalogue des arbres fruitiers et d'agrément. *
Travaux du mois de Septembre.
Potager» On continue de semer en pleine terre, des Radis, Rayes, Carottes hâtives, Pimpernelle, Poireau, Cerfeuil, Chicorée fine d'Italie, Laitues diverses, Mâche, Épinard; Choux pommés hâtifs, Choux-fle rs, etc. — On prépare les meules à Champignons; on continue de butter lo Céleris ou on l'arrache, ainsi que le Cardon, pour le faire blanchir, en les plantant profondément en rigolles dans du terreau.
Pépinière. On veille toujours à l'équilibration des arbres ou espaliers; pincer long, coucher et palisser les branches vigoureuses ; dépalisser et redresser les branches faibles ; découvrir les fruits trop ombragés,
Jardin d'agrément. Récolte des graines, et semis d'automne (voir page 444, 4854). Vers la fin du mois, on peut commencer à planter dans des pots ou à mettre en carafes, pour les appartements, les Oignons de Narcisse de.Constanùnople, grand Primo et Soleils d'or, les Jacinthes, les Crocus, Tulipes hâtives. — Il faut avoir soin de choisir des Oignons très-réguliers, bien fermes, et la couronne, où naissent les racines,- tres-saine. On peut attendre le mois d'octobre pour planter ces oi nons en pleine terre.
Serres* Les nuits commencent à devenir fraîches; on doit rentrer, dans la deuxième quinzaine, les plantes de serres chaudes ; rempoter, ava/it, celles qui en auraient besoin; les arrosements doivent être donnés préférablement le matin . On dispose, vers la fin du mois, les panneaux des serres tempérées, châssis, bâches, etc.
Paris. — Imprimerie horticole de E. Donkacd, rue Cassette, 9.