‹ L'horticulteur français de (volume 3)Chapitre 7 sur 162 · RÉCLAMATIONS AU SUJET DU POMMIER DU CHATEAU DE VAUX PRASLIN · texte numérisé non relu

RÉCLAMATIONS AU SUJET DU POMMIER DU CHATEAU DE VAUX PRASLIN

Le rôle du chroniqueur n'est pas précisément, comme le di~ • sait, un jour, un de nos collègues : de prendre la copie de ses collaborateurs, ou, à défaut, de reproduire des annonces empruntées aux catalogues marchands, pour composer ses chroniques. Le rôle vrai du chroniqueur est de raconter les faits du moment, et qui peuvent intéresser ses lecteurs; par conséquent, avant de prendre la plume, il faut faire la chasse aux nouvelles et choisir son gibier.

Or donc, le mois dernier, en chassant sur les terres de la Société impériale et centrale d'horticulture de France, c'est-àdire en lisant son Journal, je découvris à la page 643 (n° de novembre 1866) la pièce que voici ;

a Les objets suivants ont été déposés sur le bureau :

» 5° Par M. Rivière, jardinier-chef au palais du Luxembourg, » une brandie d'un Pommier plus que séculaire qui a été di- • rigé sous la forme du cordon horizontal, dans le jardin de » Vaux-Praslin, ancienne propriété du surintendant Fouquet, » et qui remonte peut-être à l'époque de ce célèbre financier. » — A ce sujet M. Rivière donne lecture d'une note dans la- » quelle il décrit l'état de cet arbre dont l'existence prouve *> que, loin d'avoir été imaginée dans ces derniers temps, la » forme de cordon horizontal était parfaitement connue de nos » pères. » (Procès-verbal de la séance du 8 novembre 1866, inséré au journal, page 643.)

Je pris note de cette pièce comme d'une chose très-intéressante et, dans ma chronique du mois de janvier, je la rapportai en ces termes, page 9 :

« En fait de taille, M. Rivière vient de faire une .singulière » découverte; il a trouvé que l'inventeur de la forme du cordon

i horizontal pour le Pommier n'est pas oelui qu'on pense.

• L'habile jardinier du Luxembourg a rencontré, dans le jar- » dia du château de Praslin, un vieux débris de Pommier en i cordon horizontal, qui prouve que cette forme a été ap-

• pliquée bien avant la naissance du savant arboriculteur qui

• l'a inventée il y a une vingtaine d'années ! Le nouveau ne sera

• t-il donc toujours que du vieux ressuscité? »

Eh! bien, voyez, chers lecteurs, combien je suis malheureux. Le passage du procès-verbal cité plus haut, et la note de M. Rivière publiée dans le même numéro du journal, page 658, n'avaient produit aucune lémotion dans le Parnasse horticole. J'en reproduis la substance, à peu près dans les mêmes termes, et voilà tous les dieux qui me lancent leurs foudres! Ne puis-je donc toucher à rien sans exciter les colères divines ?

A cette occasion notre éditeur a reçu la lettre suivante :

« Bourg-la-Reine, 28 janvier 4867. » Monsieur,

» D&M sa chronique, le numéro de V Horticulteur français du mois de janvier 1887, contient un article de M. Herincq, sur lequel je crois devoir appeler totre attention.

• Sans me nommer, mais en me désignant toutefois, M. Herincq insinue que longtemps avant moi on aurait appliqué au Pommier la forme en cordon horizontal. Et à l'appui et comme preuve de cette articulation, il parle d'un vieux Pommier, soi-disant dirigé sons cette forme, Pommier que M. Rivière aurait découvert tout récemment dans le jardin du cbàteau de Praslin.

» J'avoue, en toute humilité, qu'il ne m'a pas fallu un grand effort d'imagination pour inventer ce qu'on me conteste aujourd'hui. Toutefois, mon humble et petite découverte a rendu, il faut bien le reconnaître, quelques services à l'arboriculture. Elle permet de cultiver des arbres fruitiers en bordures; ce qu'on n'avait pas fait auparavant.

» Encore une fois, c'était une très-modeste invention, pour me servir du terme qui s'est trouvé sous la plume de M. Herincq, très-modeste, oui; aussi n'en ai-je point tiré vanité.

» Mais tant qu'on n'aura à m'opposer que le Pommier de Praslin, 011

me permettra de douter toujours que d'autres avant moi aient appliqué la forme horizontale.

» Et, en effet, les praticiens se demanderont toujours quelle similitude on peut trouver entre un souchon de Pommier greffé sur franc,

qui semble avoir été primitivementdirigé en é vantail et dont on aurait plus tard incliné les branches survivantes, — et le Pommier greffé sur paradis on sur doucin, à deux bras, dirigé sur fil de fer à quarante centimètres dn sol, comme j'ai eu l'avantage de le préconiser. Je soumets cette question i tout juge impartial.

» Je vous prie d'insérer la présente lettre dans le prochain numéro de r&erticulteur français.

» \4ffréeK, Monsieur, etc.

» Jamin J.-L

»;De la iMf*on Jtmin et Durand. -

Cette lettre devait être adressée, naturellement, k la Société d'horticultare qui a publié la note incriminée, et non à L'Horticulteur français. Nous n'avons fait que donner une autre forme à cette phrase du procès- verbal : « loin d'avoir été f'rçpaginée dans ces derniers temps , » etc., et nous ne comprenons pas que ce qui était innocent dans le Journal de cette Société , devienne criminel en passant dans le nôtre. — Si nous insérons cette lettre, c'est uniquement pour témoigner de notre impartialité, et pour montrer, à M. Jamin, l'esprit de conciliation qui nous anime. Nous pouvions d'autant plus refuser son insertion, que M. Jamin nous prête des expressions qu'on cherchera en vain dans notre article : La « tres-modeste invention », par exemple, qu'il emploie, dit-il, « pour se servir du terme qui s'est trouvé sous la plume de M. Herincq, » a pu se trouver en effet, sous notre plume, mais elle n'est pas tombée sur le papier ; quand on cite, il faut citer textuellement. Ceci dit, nous donnons la parole à M. Rivière qui, de son côté, nous a adressé la lettre suivante, pour rétablir le sens de sa pensée mal interprété.

Paris, le 28 janvier 4867.

Monsieur Hhwgq,

Dans la séance de la Société impériale et centrale d'Horticulture de Fiante, du 8 novembre 4866, j'ai décrit la figure d'un vieux Pommier

en cordon dont l'établissement devait remonter à une^époque trègreculée, et j'ai ajouté, à ce propos, qu'en arboriculture, comme en toutes choses du reste, les inventeurs suivaient souvent la même route, et qu'il arrivait, quelquefois, qu'on croyait inventer une chose qui existait déjà, mais inconnue cependant de l'inventeur.

Dans votre chronique de V Horticulteur français, vous dites, à ce sujet, que j'ai a trouvé - que l'inventeur de la forme du cordon

horizontal n'est pas celui qu'on pense Le nouveau ne sera-t-il donc

toujours que du vieux ressuscité ? »

Ces quelques paroles ont fait, que ce que j'ai dit, à cette séance, a été interprété contrairement à ma pensée. Je n'ai voulu, en aucune façon, porter atteinte à la réputation si bien méritée du propagateur et de l'inventeur du Pommier dirigé en cordon horizontal. Je ne suis qu'un praticien ; mais je cherche à approfondir mon métier, à faire la lumière sur l'histoire si peu connue du progrès de l'arboriculture en France, et non à affaiblir ou à anéantir le mérite de mes maîtres. Chacun sait que M. Jamin père, si connu de tous, est un arboriculteur d'un taleit incontestable, et je n'ai pas songé un seul instant, en publiant ma note sur le Pommier de Vaux-Praslin, à le faire passer pour un plagiaire.

Le hasard m'a misen présence d'un arbre centenaire, ayant la forme d'un double cordon horizontal à deux bras ; j'en ai été très-surpris, et j'aurais cru manquer à ma conscience, si je n'avais pas fait part de ma découverte qui, j'en suis persuadé, intéresse l'arboriculture.

Il est frai que l'arbre de Vaux-Praslin est un double cordon à deux bras et que la forme imaginée par M* Jamin ne présente qu'un seul cordon à un ou deux bras. Mais l'horizontalité existe chez l'un oomme chez l'autre et la distance du sol aux branches est la même; le mérite de l'un n'enlève rien à l'autre, et nous devons certainement savoir gré à M. Jamin père d'avoir appliqué, répandu et propagé le cordon horizontal, méthode excellente d'ailleurs sous le rapport de la quantité et de la qualité des fruits qui naissent d'après elle.

Je ne voudrais pas qu'on pût croire que j'ai voulu intentionnellement ou pour une.raison inavouable, affaiblir les mérites d'un genre de culture très-avantageux et* surtout, faire penser que mon intention était de réduire à néant le fruit de l'expérience et de la pratique d'un horticulteur aussi distingué. Mais je ne puis pas faire que le vieux Pommier horizontal du jardin de Vaux-Praslin soit un jeune arbre» et que set

ZtUtf't^t l'tft.r .

/' S' /'/"// S s Vf ,J//SY'Vf>,SsV

f'as\ / / / V // ////y/ //////s / '/, y /s

branches, <pii sont horizontales, soient perpendiculaires. Quant à son âge, j'affirme qu'il date du siècle dernier.

J'ai cru devoir, Monsieur le rédacteur, vous adresser ces observations, pour rétablir le sens vrai de mes paroles, que quelques-uns de nos collègues ont pu mal interpréter. Je le répète : je n'ai vu dans ce Pommier, qu'on vieux monument de l'arboriculture du xviii* siècle , et, en le signalant, je n'ai pensé qu'à l'intérêt qu'il pouvait offrir, au point de rue purement historique.

Veuillez agréer, Monsieur, etc.

Auguste Rivière.

Nous n'ajouterons rien aux explications si claires et si nettes de' M. Rivière; comme lui, nous n'avons pas voulu dire autre chose que ce qu'il a dit. Il est regrettable que M. Jamin ait été aussi mal conseillé. En l'engageant à faire porter sur nous le poids d'une mauvaise interprétation, on espérait un petit scandale autour de son. nom. On sera fortement désappointé; car, envers M. Jamin, nous avons conservé la modération et le respect qu'on doit à tout homme qui a rendu de réels services à l'horticulture.

F. Heringq.

VÉRONIQUE IMPÉBIALE (Boucharlat jeune) (Pl. II).

Cette Véronique, qui a obtenu une prime de deux jetons à la séance du 25 octobre dernier, de la Société impériale et centrale d'horticulture de France, est une variété très-méritante du Veronica speciosa, gagnée par M. Boucharlat jeune, et qui est mise au commerce par M» Boucharlat aine, horticulteur à Cuire-lès-Lyon (Rhône).

La plante est vigoureuse mais naine ; ses feuilles d'un beau vert foncé en dessus, et d'un vert jaunâtre clair en dessous, sont opposées, sessiles, coriaces, oblongues-obovales, entières, avec les bords un peu épaissis. Les fleurs sont disposées

en grappes simples presque cylindriques, dressées, et assez compactes, longues de 10 à 12 centimètres. Le coloris est le plus riche qui ait été obtenu jusqu'à ce jour dans le genre Véronique; il est d'un beau rouge amarante brillant, fortement pourpré de carmin' magenta. Les étamines à filets blancs se détachent admirablement sur ce coloris foncé, et donnent à la grappe une ressemblance frappante avec les beaux épis de Metrosideros.

Le Veronica speciosa, source de plusieurs variétés horticoles, est originaire de la partie septentrionale de la Nouvelle- Zélande. Il croît à la base des collines sableuses qui s'avance jusqu'à l'embouchure du fleuve Hokianga, et qui se trouve souvent recouverte d'eau quand le flux de la mer remonte. Il y fleurit pendant l'hiver, et sa fleuraison est dans -toute sa splendeur au mois de décembre. Les indigènes désignent cette Véronique sous le nom vulgaire de Napuka.

En France, le Veronica speciosa et ses variétés sont des plantes de serre froide ou de simple orangerie. On les livre pendant la belle saison en pleine terre, et on jo\iit de leurs fleur3 jusqu'aux premières gelées. Il leur faut une exposition découverte et un sol humide. Elles sont très-voraces; cultivées en pot, il faut les arroser abondamment et souvent .

Le bouturage est le meilleur mode de multiplication. Des boutures faites en février, et poussées, après la reprise , à la chaleur et à la nourriture, forment de magnifiques plantes à livrer en pleine terre dans le courant de mai ,

Page 1