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NOUVEAU LIEN POUR GREFFER

Une des grandes préoccupations des greffeurs est le lien qui sert à assujettir le greffon sur le sujet. La laine a été pendant longtemps la seule ligature employée à cet usage. On reconnaissait bien le défaut de sa trop grande résistance, dont l'effet était d'arrêter, au-dessus de la ligature, toutes les fibres .radiculaires descendantes du greffon, qui produisaient un bourrelet, au lieu de continuer à s'allonger sur tout le corps du sujet pour opérer la soudure intime des deux pAlies. On était obligé de suivre attentivement l'évolution de la greffe, pour couper à temps la ligature ; et c'était une perte de temps. On chercha à employer l'écorce de tilleul, d'osier et la toile gommée, etc. ; le même inconvénient de résistance se reproduisait toujours.

Depuis quelques années , les pépiniéristes font . usage de longues feuilles, qu'ils appellent feuilles de Laiche (Careœ), et qui réunissent toutes les conditions voulues.

Nous devons la connaissance de ces feuilles à M. Côulombier fils, pépiniériste à Vitry (Seine), qui nous en a remis une petite botte. L'examen de ce nouveau lien à greffer, nous a appris que ces feuilles n'appartiennent pas aux Carex ou Laiches, mais à une plante aquatique, qui croit abondamment sur les bords des rivières et dans les marais, la Spargaîne rameuse (sparganium ramosum), aussi vulgairement appelée Ruban d'eau.

Cette plante appartient à la famille des Typhacées (Massettes et Masses d'eau) ; au lieu d'avoir deux longs épis superposés au sommet de leur tige (dont un est comme du velours) comme dans les Typha, ces Spargalnes ont plusieurs petits chatons globuleux (les uns mâles, les autres femelles), disposés le long de la hampe dans la partie supérieure ou de ses ramifications.

Ses feuilles sont très-longues, étroites, rubanées et offrent un certain degré de résistance, suffisant pour maintenir la

' greffe, pendant les premiers jours seulement de l'opération du greffage ; car, par la dessiccation à l'air et l'action des agents extérieurs, ces feuilles se dessèchent, perdent leur ténacité, et se brisent naturellement, sous le simple effort du sujet qui grossit. Il n'y a dès lors ni bourrelet, ni étranglement comme arec les autres liens.

La récolte des feuilles de la Spargalne rameuse se fait à la fin de l'été; on les fait sécher à l'ombre; puis on les rassemble en bottes qu'on tient dans un endroit se#. Au moment de s'en servir, on les descend à la cave, ou on les place dans un endroit un peu humide où elles absorbent un peu d'humidité et redeviennent souples. On les fend alors longitudinalement en lanières plus ou moins étroites suivant le besoin. ,

F. Herincq.

EXPOSITION UNIVERSELLE D'HORTICULTURE

Tout finit, dit-on, par un bouquet. L'Exposition universelle d'horticulture de 1857, fait toutefois exception ; car elle a fini par des avalanches de fruits et de légumes.

L'œil n'avait plus rien à faire dans ces derniers jours d'exhibition; ce n'était pas pour lui qu'on avait étalé tant de richesses pomologiques. Cependant, il se récréait encore et trou* vait plaisir à contempler toutes ces grosses Poires disséminées dans divers lots, et qui portaient les étiquettes de : de Belle Angevine, Beurré Clairgeau, Râteau gris, Colmar d'Àremberg, Doyenné du Comice, Poire de Curé, Duchesse d'Angoulème, Beurré Kel, Soldat laboureur, Van Marum, Beurré Capiaumont, des deux Sœurs, Triomphe de Jodoigne, Beurré Bachelier, Prince impérial, Sucrée de Montluçon, Beurré superfin, Louise bonne d'Avranches, etc. Il se demandait sont-elles aussi bonnes qu'elles sont grosses? Et le palais son voisin de l'entresol lui répondait : excepté la Belle Angevine, toutes

sont excellentes, car le Curé est délicieux dans telle localité, et certaines années .

Nous n'essayerons pas, cette fois, de citer les noms de tous les exposants; la liste serait par trop longue; car tout ce qui possédait quelques belles Poires dans son jardin, à oette époque, s'était empressé de les envoyer à Paris, avec des noms plus où moins exacts; et oeux qui n'y songeaient pas, trouvaient de bons voisins pépiniéristes, qui les leur empruntaient pour les oindre à celles d« leur collection. C'est admis, parait41, pour les expositions de fruits. L'année prochaine je veux exposer la plus ôche collection de belles Poires; elle me coûtera un peu cher; mais je ne serai pas le seul à faire des folies pour obtenir une grande médaille, à l'aide de laquelle on passe pour un grand homme aux yeux des gens... qui ne vous connaissent pas ; car pour les voisins et les amis, ils savent bien à quoi s'en tenir sur votre mérite personnel, et vos droits à pareille récompense; ils vous appellent même d'un nom qui n'est pas précisément agréable; mais on met leurs quolibets sur le compte de leur jalousie, et on est fier d'être un lauréat d'une société d'horticulture quelconque; ça fait bien dans le paysage. 0 vanité I tu rends plus aveugle que les sables brûlants de l'Egypte!

Donc, pour l'année prochaine je veux exposer un lot des meilleures Poires pour la spéculation* J'en ai pris la liste, celte année, en relevant les noms de toutes celles que MM. Baltet, de Troyes, avaient exposées comme telles; il ne me reste plus qu'à trouver les plus beaux spécimens, c'est affaire d'argent* Voici, en effet, d'après ces habiles pépiniéristes de Troyes — qui avaient une des plus belles et des plus nombreuses collections de fruits à cette dernière Exposition — les Poires qu'ils exposaient comme avantageuses pour le commerce : Duchesse d'Angoulême, Fondante des bois, les Beurrés six, gris, superflu, Hardy, Diel, d'Amanlid, Capiaumont; Louise bonne d'Avran-

ches, Colmar d'Àremfcrg, de Tongres, Graslin, Délices d'Har* denpotit, Passe»crassane, Sucrée de Montluçon» Conseiller de la Cour, Nouveau Poiteau, Seigneur Espéren, Soldat laboureur, Àlexandrine Douillard, Fondante de Panisel, Catiiiac et belle Angevine*

Les Pommes étaient aussi magnifiquement représentés» Les plus grosses, celles qui attiraient par conséquent l'attention des visiteurs* avaient noms : Belle Dubois, Calville blanohe» Rei* nette franohe, grise de Hollande, d'Angleterre* de Brie; Cantorbéry, Canada, Grand Alexandre, etc.

Quant aux exposants* il faut oiter en première ligne M* An» dré Leroy d'Angers, dont la eolleotion, placée hprs concours* se composait de 200 variétés, au moins, de Pommes; 400 et plus de Poires; 15 Coings, etc.

Après cette collection sans rivale, on peut placer celle des frères Baltet, de Troyes (hors concours) ; de MM. Deseine* de Bougival, Dupuy-Jamin (collection rigoureusement étiquetée) Ooux (I), Jamta<-Durand, Cochet, de Suisnes* Rouillé Courbe, Rivière, d'Amiens, Alfroy Neveu, Vasseur, Aguillon, Bivort* GuiUot* Lelandais, Mauduit, Millet (Belgique), Méchin* Donné, Marc* La Haye, etc. ; puis les Sociétés d'horticulture de la Côte* d'Or, de Clermont (Oise), de la Moselle, du Hainaut, et Dodo née (Belgique), etc.* d'Orléans* Nantes, Coulommiers, Mete, Melun et Fontainebleau* l'école communale de Remalafd (Orne) f la Commission prussienne qui a exposé la plus intéressante collection de Pommes, accompagnée de dessins co- . Ion es. La Suède avait aussi une collection de fruits cultivés dans ce pays du Nord, et qui étaient dignes d'attention; elle se composait des variétés d'origine indigène dont quelques-unes seulement paraissent de bonne qualité; et de va*

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(4) Dans notre dernière Chronique, nous avons placé par erreur l'établissement de M. Croux à Antony; c'est vallée d'Aulnay> à Sceaux (Seine) qu'il faut Am* F* H.

riétés étrangères au pays, qui sont pour la plupart de nos fruits* de choix. La culture des arbres fruitiers en Suède remonte au moyen âge; et ce sont les moines qui, en ont été» dit M. Anderson, les premiers promoteurs. Au commencement du 18e siècle, les jardins fruitiers possédaient déjà, — grâce aux encouragements donnés par Gustave Vasa, Charles IX et la reine Christine, — Ai variétés de Cerises, 30 de prunes, 1 29 de Poires et 53 Pommes. Depuis la fondation de la Société suédoise d'horticulture à Stockholm, en 1852, le nombre des variétés s'est considérablement accru, et aujourd'hui la culture des arbres fruitiers est en possession 'de nos meilleurs fruits, en Pommes, Poires, Prunes, Cerises, Groseilles; car les Abricots, Pèches, Amandes, Raisins, ne mûrissent que dans les années chaudes.

Mais à défaut de Raisins de la Suède nous avons eu les magnifiques Chasselas dits de Fontainebleau, de MM. Rose et Constant Gharmeux, de Thomery, qui avaient de terribles concurrents en MM. Crapotte, Cirjean et Lambert Pacotte de Conflans-Sainte-Horiorine, sur les bords de l'Oise, non loin de Poissy. Les Chasselas de cette localité n'offraient aucune différence avec ceux de Thomery ; et il me parait certain qu'une bonne partie des beaux Chasselas de Fontainebleau, si recherchés sur les. marchés de Paris, proviennent de Conflang. Je n'y vois pas grand mal, bien au contraire. Quant aux Raisins de. table en. collections, on admirait toujours ceux de M. Knight de Ponchartrain, et de la Société d'agriculture do Reaune.

Les plus belles Pèches, il va sans dire, sortaient des cultures de M. Lepère de Montreuil ; et de grosses Grenades avaient été envoyées de Kouba (Algérie) par M. Leroy qui avait joint à son envoi des Ketmies (fruit de V Hibiscus esculentus), des gros Piments et de belles Aubergines.

La dernière quinzaine d'octobre était consacrée aux lé-

gumes. La Société de secours mutuels des jardiniers maraîchers de la Seine avait réuni un lot tout à fait hors ligne. Puis venaient tes sociétés de Clennont (Oise), de Nantes, Dodonée (Belgique), la maison Vilmorin, la Suède qui montrait des Pommes de terre provenant des provinces extrêmes situées sous le 69* degré de latitude; MM. Devaux, Thibaut-Prudent, Guénot, etc.

Jamais on n'avait vu de Choux aussi volumineux que ceux de M. Ghauvart. Le café des Variétés s'en est rendu acquéreur, et s'est empressé de mettre une grande pancarte sur laquelle on lisait : Pour faire la soupe aux choux. — Tout n'est que réclame en ce monde !

M. Guénot avait réuni une très-intéressante collection de beaux Navets : Lincolnshire, Long rose du Palatinat, Long blanc de Westburg à collet violet, Jaune de Finlande, Jaune hâtif de Drummond, etc.

Les Ignames de la Chine (Dioscorea batatas) étaient représentées par celles de M. Remond, de Versailles, un de ses zélés propagateurs, et de M. Vivet d'Àsuières ; et sous ce nom de Dioscorea batatas la Société de Clennont (Oise) avait exposé des vraies Patates qui appartiennent au Convolvulus batatas. Il est i&cheux qu'une Société" qui doit enseigner la science, commette pareille erreur. L'école de Remalard exposait aussi des Ignames d'une belle venue, et qui dénotent de sérieuses connaissances horticoles chez le zélé instituteur qui la dirige.

Le Cerfeuil bulbeux était exposé par MM. Vivet et Verneuil ; cette racine, malgré les beaux spécimens qu'on montre dans toutes les expositions, a beaucoup de peine, comme l'Igname, à se faire accepter ; c'est pourtant un délicieux mets.

Dans le lot de M"e veuve Froment on remarquait de beaux produits en Patates : grosse courte, Watteline, ronde Sageret, rose de Màlaga, et une variété rose de la Nouvelle-Orléans.

Les Pommes de terre étaient nombreuses. M. Vilmorin en

avait une collection d'au moins 160 variétés ; celle de M* Samuel Adler (Cologne) pouvait en compter 160 à 180»

Dans la collection de M* Thibaut-Prudent, il pouvait y en avoir de 130 à 140. La Société de Nantes n'avait guère qu'une soixantaine de variétés; mais les produits étaient beaux; les deux autres appartenaient à MM. Remy, de Pontoise* et Courtois-Gérard de Paris .

Ici je jtermine ma tâche ; je l'ai remplie aveo conscience. Si j'ai passé sous silence quelques lots de l'Exposition des fruits, c'est que véritablement, ils m'ont paru n avoir aucun intérêt général ; et si je n'ai pas parlé des nombreuses nouveautés po« mologiques, les exposants en comprendront la raison : pour apprécier la valeur d'un fruit il faut le déguster ; or, il n'était pas même permis d'y toucher.

J'ai donc fait ce que j'ai pu; advienne maintenant que pourra! •

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