NOUVELLES INSTRUCTIONS PRATIQUES SUR LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE
i. — N'arraoher qu'à la fin d'octobre, c'est-à-dire quand elles sont parfaitement mûres, les Pommes de terre tardives.
S. — Les Pommes de terre précoces doivent être arrachées, au contraire, vers la fin de septembre. Un plus long séjour dans la terre les exposerait à germer prématurément, ce qu'il faut surtout éviter. /
3 . — Aussitôt après l'arrachage, étendre et laisser sur le soi, durant au moins un mois, celles que Ton destine à la plantation, afin de les faire verdir sous l'action du jour et du soleil, eu ayant soin toutefois de les remuer plusieurs fois et de les préserver des gelées, s'il en survenait.
Ce procédé que j'ai indiqué pour la première fois en 1855, dans ma notice du 2 janvier, a été constamment employé avec succès, notamment par M. R.-R. Gauthier, horticulteur distingué de Paris, à qui j'avais remis manuellement cette notice, et qui, deux ou trois ans après, a propagé en son nom ce procédé, oubliant sans doute de qui il le tenait.».
4. — Après avoir ainsi fait verdir les Pommes de terre, on doit les rentrer dans un lieu sec et les placer sur des claies grossières (notice du 14 janvier 1853), au lieu de les mettre en tas. Ces claies de branches d'arbres sont, pour lès cultiva* teurs, d'un emploi beaucoup plus pratique et plus économique que les boîtes à claire-voie inventées postérieurement par
M. R. Gauthier, et elles produisent le même effet; mais il faut avoir soin, en les superposant, de laisser un intervalle entre elles, au moyen de trois petits billots de bois ou de supports, afin que l'air et le jour puissent circuler, et qu'on puisse remuer avec la main les tubercules.
5. — Pour retarder la germination des Pommes de terre destinées à la plaatation ou à la consommation, il faut les remuer souvent, pour changer la direction delà sève qui tend surtout à se porter dans les yeux qui, par la position du tubercule, se trouvent placés en dessus. Par ces fréquents déplacements des tubercules,- on détourne donc momentanément la sève de sa direction naturelle, c'est-à-dire verticale. J'ai longuement expliqué ces divers phénomènes de végétation, de germination et de circulation de la sève dans la notice que je lue au Congrès de la Sorbonne, en mars 1864.
6* — Avec cette précaution, mais toujours dans des lieux exempts d'humidité, on peut encore conserver les Pommes de terre, en les mélangeant avec de la braise de four à chaux ou de four à pain, ou avec des cendres ; on évite ainsi la fermentation et l'altération spéciale qui se produisent souvent après la rentrée de la récolte.
7. — Pour la plantation, on conserve encore, avec avantage, les Pommes de terre en les déposant, aussitôt après la récolte, dans des trous de 3 à 4 pieds de profondeur et au milieu de terre fortement tassée. À cette profondeur, elles ne germent pas, si l'opération a été bien faite.
8. — Quant aux Pommes de terre destinées à la consommation, il faut surtout se garder de les rentrer humides. On doit les passer dans un lait de chaux fortement salé, préparé dans une cuve. On met successivement les Pommes de terre dans un panier à main, et on les plonge plusieurs fois de suite dans le liquide refroidi, puis on les étend pour les faire sécher avant de les rentrer.
Le léger enduit de chaux et de sel qui les recouvre les préserve de la fermentation et les empêche de se gâter.
Cette préparation (espèce d'enrobement ou de pralinage), est aussi excellente pour les tubercules destinés à la plantation ; mais elle doit être appliquée avant tout travail de germination, c'est-à-dire aussitôt après la récolte, car le contact de ce lait de chaux sur des Pommes de terre germées fait jaunir les germes, les altère et peut même les détruire.
9. — Employer pour semence des Pommes de terre provenant de plantations d'automne ou de février, bien mûres, entières et de moyenne grosseur et avoir soin de les placer la cot* rmne en dessus. Les germes de la couronne sont les plus nombreux, les plus vigoureux, les plus hâtifs et les plus productifs. Le renversement du tubercule dans la terre retarde et contrarie le développement naturel des germes.
40. — Dans des terres de médiocre qualité, j'ai obtenu de bons résultats de l'emploi de grosses Pommes de terre pour semence ; mais, dans de bonnes terres, elles donnent des tiges d'une trop grande vigueur qui attirent à elles une partie de la sève qui se serait portée dans les tubercules, dont la grosseur, sinon le nombre, laisse alors beaucoup à désirer. On remédie à cet inconvénient en coupant les gros tubercules en deux et en travers, et on divise ensuite la couronne en deux morceaux. La partie inférieure du tubercule portant les germes les plus tardifs, les moins vigoureux et les moins productifs, germes souvent filiformes (dits à tort femelles), il faut la réserver pour la consommation. '
Lorsqu'on divise les tubercules, il faut faire cette opération an moins un mois avant la plantation, afin que la plaie, en se desséchant, forme une croûte dnte qui garantit la pulpe contre la pourriture et les attaques des insectes.
41 . Si, au lieu de donner à manger aux bestiaux les petites Pommes de terre, on veut les utiliser pour la plantation, voici
deux moyens d'en tirer un Irès-grand parti (mes expériences de Billancourt) s
Si la culture se fait à la charrue, on plante ces petites Pommes déterre», qui ne donnent qu'une ou deux tiges deux ou trois tuberoules, dont tin beau, à trois pouces de distanoe en ligne non interrompue.
Dans les jardins, oh les labours se font à la bèohe (louehet), on doit planter 5 ou 6 tubercules en cercle d'un pied de diamètre, et en placer 3 ou 4 au milieu. On obtient ainsi une touffe, non pas de tiges Irès-vigoureuses, mais donnant, en raison de leur grand nombre, un produit considérable.
Ce second mode de plantation pourrait également se pratiquer dans la culture en champ ; mais il faudrait, après le labour, bien herser le terrain et planter au piquet, en espaçant les touffes d'au moins un pied sur la ligne.
Les Pommes de terre ainsi obtenues doivent être employées pour la consommation, mais non pour la reproduction.
14. — Les plantations doivent se faire, autant que possible, dans un jardin qui a été fortement fumé pour la dernière récolte : dans les jardins, par exemple, à lq suite de Chouxpommés ; dans les champs, à la suite des Betteraves, Colza, Sarrasin , Chanvre, Lin, etc.
13. — Généralement on plante tard les Pommes de terre tardives et c'est très à tort} elles doivent être plantées en février, comme les précoces. Les tardives mettant plus de temps à accomplir toutes les phases de leur végétation, elle* ont besoin d'un séjour dans la terre plus long même que les précoces.
i 4. — La plantation peut se faire avec avantage à l'automne, mais de préférence, comme je l'ai dit bien des fois depuis 1852, dans les beaux jours de février. Toutefois, à c$s deux époques, mais surtout à l'automne, elle demande des précautions particulières.