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NATURALISATION D'ARBRES RÉSINEUX EXOTIQUES

Ia Société impériale et osntrale d'agriiàidtuEe poaièds i Harcourt , arrondissement de Bernai (Eure) , un domaine daas

kîqiiel M. Pépin fol chargé, en 4852, d'essayer la oniture de tous les arbres résineux exotiques, nouvellement introduits en France, afin de savoir jusqu'à quel point ces variétés supporteraient le froid et Thumidité de cette partie de la Normandie où, du reste^ la température est plus uniforme et la sève plus régulière qu'aux environs de Paris, pour en régler yios tard les applications à la grande culture .Voici, à ce sujet, les savantes et minutieuses observations de M, Pépin :

Le Cedrus deodara, planté sur des côtes escarpées, n'a pas perdu une seule feuille. Il en a été de même du Cèdre de TAtlas^ dont la tige élancée présente un grand avenir comme bois de construction ; il est plus vigoureux et plus robuste que le Cèdre du Liban) et sa tige est beaucoup moins garnie de grosses branches latérales* ,

Le Cedru8 deodora robwla pousse avec une grande vigueur et résiste parfaitement au froid .

Le lÀbocedrui Chiliensis introduit par graines» en 1848, de la proyince de Valdivia (Qiili), a le bois jaunâtre , résineux, tiès-dar et odorant ; son port est pyramidal ramassé et son feuillage argenté. Il avait souffert en mars 1 854, de 1 4"" de froid ; mais les plants qui n'avaient alors que 10 centimètres ont aujouid'hui 50 et 60 centimètres.

Les Junipems Chmen$is^ Japanicaf mexicanaj excelsa^ Gosmnthanea^ plantés sur des bruyères, dans des terrains de gros silex, au nord et à l'est, promettent d'acquérir de belles dimenaîoQs. Ces genévriers ont le bois dur et coloré, ce qui les fait rechercher pour la marqueterie et l'ébénisterie.

Le Juniperus curva qui habite les montagnes du Népaul et du Gachemiret le /. Chkiensis qui croit en Chine, au Japon, et dans les lies Lin-Kien, et le /. Japonica n'ont pas, jusqu'à ce joui, souffert de nos hivers si variables.

Le Jumperus gassaimutianeay de THimalaya, croit chaque an* née avec une vigueur tout exoeptionoelle. Le J. ezcelsa. de la

même contrée, est vigow^ux et rustique ; son bois est très^ur et très-coloré .

Le Thuya gigantea^ découvert en 1853^ enCalifomiey par M. Boursier de la Rivière, est un des grands arbres du continent; mis en pleine terre en 1855, il a passé Thiver et pousse vigoureusement. Sur 10 sujets, 2 proviennent de semis, 4 de boutures, 4 de greffes sur Thuya de Chine. Jusqu'ici aucune différence sensible n'a été signalée. Cependant M. Pépinarema^ que, dans les Conifères^ que les individus £rancs de pied atteignaient une plus grande élévation, tandis que ceux de boutures ou marcottes se mettent plutôt à fruits.

Le Cupressus torulma, des montagnes du Boutan et du Népaul, se développe, à Harcourt^ d'une manière remarquable. Il en est de même du Cupressus funebris découvert en Chine, par Fortune ; ce Cyprès a fructifié sur des arbres hauts de 2 mètres. LeC Knightiana ou elegansj d'origine mexicaine, est d'une croissance très-rapide .

Le Taxodium mexicûnunt se plaît dans les sols frais ; l'extrémité de ses jeunes bourgeons gèle parfois, ce qui ne l'empêche pas de repousser vigoureusement.

I^ Chamœcyparis encoides^ à port pyramidal et à feuilles rougeâtres en hiver, résiste en France, comme au Japon.

Les Glyptostrobus heterophyllus et pendulus, originaires de laCiiine, poussent admirablement dans le terrain siliceux mêlé de gros silex.

Le Cryptomeria japonica^ dont on connaît les fameuses montagnes en Chine et au Japon, réussit à toutes les expositions, sur les pentes et les plateaux.

Les Cunninghamia sinensis et glauca n'ont point souffert depuis cinq ans.

V Araucaria imbricata^ dont on a formé un'massif, mieux qu'au Pré Catelan, se développe avec vigueur. Son port particuher est connu de nos lecteurs. Ses graines, grosses et longues,

sont recherchées par les Chiliens qui les tont griller comme des châtaignes, puis les mangent. — VAraïu^aria brasiliensis a toujours succombé à 7 et 8"* de froid.

Le Taxùdium sempervirens [Séquoia) trouvé en Californie en 1840, a le privilège de pousser de nouveaux jets au coup de serpe de l'élagage et du recepage. Un taillis de boutures, planté il y a cinq ans, a atteint, aujourd'hui, 1 , 2 et 3 mètres de hauteur.

Le fameux iSeguota gigantea^ dont les graines ont été apportées en 1853, delà Cahfomie, est définitivement naturalisé chez nous. Attendons maintenant qu'il acquière, comme en Californie, 100 mètres de hauteur sur 10 à 12 mètres de circonférence.

Le Podocarpus Chinensis^ de Chine et du Japon, le P. lœtade la Nouvelle-Hollande, le P. Totara de la Nouvelle-Zélande, ont subi les hivers de 1854 et 1855 ; ils ont succombé en 1856, par l'attaque du ver blanc aux racines.

Les Podocarpus Koriana du Japon, et spicata de la Nouvelle- Zélande, port et feuillage remarquables, ont pris un développement extraordinaire.

Le Saxe-Gothea conspicua (de la Patagonie) pousse avec vigueur sur les pentes au nord. — Le Fit:^roya PcUagonica est dans les mêmes conditions de succès, ainsi que le Torreyanucifera dont le péricarpe charnu recouvre unenoix oléagineuse.

Les Cephalotaxus pedunculata et Fortunei donnent chaque année desbranches verticillées, disposées horizontalement, couvertes de feuilles longues et distiques d'un joli effet.

Le genre ÂMesj expérimenté dans ses dernières nouveautés à Harcourt, a produit des exemplaires de deux mètres d' éleva, tion dans les variétés suivantes :

A. Douglasii (Tsuga), il forme de vastes forêts dans les montagnes rocheuses de la Californie et du Mexique ; à Harcourt, il est exposé à tous les vents.

A . Brunoniâna (Tsuga) croît sur le Bôutan, et dans le flo^ paînthân ; jolie espèce à feuilles argentées en-dessoûs.

A , nobilts, trouvé près des cataractes dtt fleure Colnmbia. Vigoureux, port remarquable, feuillage glauque.

A . religiosa, du Mexique ; se développant très-bien.

A, Nordmanniana, très-grand arbre de la chaîne adscharienne, près des sources delà Cyri, ayant certains rapports avec l'ancien Sapin argenté.

A. Apollinis. Dire qu'il forme, avec le PinLaricio, des forêts entières dans le Parnasse de TAttique et en Grèce, c'est assurer son existence parmi nous.

A. cepludovicay découvert sur le mont Enos, par le général J. Napier; branches plus inclinées et feuilles plus fines que celles du Pinsapoy dont il égale la rusticité.

A • pindraw; grand arbre de l'Himalaya ; sa vigueur ne laisse rien à désirer.

A. pmsapo. Un de nos plus beaux Conifères, trouvé en 1839, par M. Boissier dans la Sierra-Nevada ; il se plaît dans toutes les situations.

Â. ciUcica; découvert en 1853, dans l'Atte-^Mineure, sur le mont Taurus, par le botaniste voyageur M» Baknsa ; on peut raocueiUir sans crainte.

A. Memiezii ; planté sur une côte élevée dans un sable caillouteux^ il végète aussi bien qu'en Californie*

A. orierUalis, croissant spontanément à Trébizonde, est ici dans de bonnes conditions.

A.jesœnsis; très-rare, rapporté desties Jeeoet Karaftoau lapon; végétation bonne.

A. khtUrow ; celui-ci n'a pas trouvé le climat aussi chaud que les versants et les crêtes de l'Himalaya^ car il n'a pu réusmr.

A. religima^ du Mexique ; devra réuBShr dans nûs départements de l'Ouest et du Midi.

Le genre Pinuê n'a pas été le sujet d'études moins miéres^ santes; les variétés expérimentées sont :

f^inuê parvifiora^ reehercbé au Japon pour la plantatiiwi des piomenades publiques; a résisté aux trois derniers hivers»

P. éxeeha, supérieur au Pin du Lord, duquel il se raj^reche le plus. Il constitue avec le P. hngifolia et YAbies khutrmv las forêts de l'I&nalaya, du Boutan et du Népaul ; ce roi des Pins^ ainsi que l'appellent les Indiens, est définitivement acclisialé.

P. mmUicola; a donné des jets analogues à oeux <^'ii a produits dan s la Californie .

P. ayacahttke^ du Mexique. Livré à Tair libre en 4855, sur une pente à l'ouest, sa végétation le fait romarquer.

P .Lamberliana, arbre des plus élevés de la Californie, abom» diot sur les montagnes rocheuses, oh il mesure Jusqu'à 80 mètres de hauteur sur un diamètre de 3 mètres. Indépendamment eb la nésine^ il produit un suc niirfntif^ et ses graines sont bonnes à manger. Cet arbre pousse avec vigueur; sa flèdifis'est ailongée de 1 mètre chaque année.

P. painhy Cffoit au Mexique, entre Lerma et Toluca. fiwa (mcore une bonne acquisition pour la sylviculture»

P. Ger&rdimM^ habite la chaîne de rHimalaya, rwherché pour la cpialîié de son bois et de ses graines.

JP. scUfimana; arbre magnifique de l'Amérique septentiMiiale ; il préfère ks terrains sableux et frais.

P. Coulteri: connu sous le nom de P. mfêerocarfm. On le bouve en Califecnie, ea compagnie du P. Lambertima. Très-> vigoureux «t robuste k toutes les exposîtioas. Comme plu^ sieurs ankes, il a déjà fait ses preuves au Jardin ^es Plantes de Pazîs.

P. tuberculatay habite les montagnes de Santa-Cruz ; d'im très-joH aspaot par ses feuilles longues de 1 5 à 36 eratimètves ; il a résisté en {deine terre depuis trois ans.

P imignis {Cahf orme) . Parfaitement robu stedeg^wis sept ans ;

sa végétation est extraordinaire, comparée surtout à celle des environs de Paris et de Versailles.

P. ponderosa, a été rencontré auprès des cataractes Golumbines ; ce Pin, aux grandes proportions, aux longues feuilles, au bois dur et lourd, préfère les terrains élevés et frais, Tair vif et la température fraîche.

P. austraUsy a presque aussi bien végété dans les taillis d'Harcourt que sous le ciel de la Virginie.

P. Benthamiana ; de la même origine que le P. ttibercuUUa; est très vigoiu^ux.

P. Jeffreyi, de l'Amérique uord-ouest; comme le précédent, on le dit remarquable ; ses bonnes dispositions nous permettront d'en juger plus tard.

P. muricata, de San-Luis, en Californie ; a résisté au climat frais et humide d'Harcourt.

P. Boursieri (Californie) ; même observation qu'au Pimus Je/freyi.

P. Uaveanay croit sur les montagnes mexicaines où les habitants vont en récolter les graines pour leur nourriture ; il préfère un sol léger et une exposition chaude.

P. FremonJtiana (Californie); ses graines sont aussi avidement recherchées que celles du précédent. Sa rusticité ne laisse rien à désirer.

P. Halepensis ; a gelé dans l'hiver 1 854-55 ; il ne faut pas pour cela l'abandonner ; on devra l'essayer ailleurs.

Les Abies balsameay C anadensis ; les Pmus inopsy tnUvt^ rigida eipungensj rapportés par M. Michaux fils de 1 820 à 1 832, ont été plantés à Harcourt par lui-même ; ce sont maintenant des arbres en pleine fi'uctification et répandus dans les pépi* nières.

Toutes ces notes, recueillies scrupuleusement par l'honorable chef de l'Ecole botanique du Muséum, présentent un intérêt immense^ aujourd'hui surtout que les Conifères jouent un si

grand rôle dans les jardins, et que la question du boisentientdes montagnes est mise à l'ordre du jour par les soins du gouvernement et par les études d'hommes sérieux qui en ont calculé toute la portée ; c'est ici le moment de parcourir l'ouvrage de M. Carrière, intitulé les Hommes et les choses en 1857, et dont ce journal a fait un des premiers l'éloge mérité.

M. Pépin se promet de livrer aux mêmes expériences une collection de 85 nouvelles espèces de Pins, recueillies par M.Roelz à 650 mètres au-dessus du plateau de Mexico, qui est lui-même à plus de 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Thébat-Larghé.

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