‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 11 sur 160 · CULTURE DE LA TRUFFE · texte numérisé non relu

CULTURE DE LA TRUFFE

Le chine truffier et la mouche truffigène.

L'année dernière nous lisions chaque jour, à la quatrième page des journaux politiques^ une pompeuse annonce qui devait faire pftmer d'aise et de plaisir tous les gourmets mangeurs de truffes.

La truffe, y disait-on, n'est pas ce fu'un vain peuple peine , c'est-à-dire un champignon'; c'est tout simplement une noix de galle souterraine, produite sur les racines d'un chêne truffier, par la piqûre d'une mouche truffigène, qu'on peut se procurer» moyennant /liiance, chez l'auteur de l'importante découverte.

Si saint Thomas eût vécu à cette époque, il n'aurait certainement pas cru un mot de l'annonce du marchand de mouches truflfigënes, et cette belie découverte n'eût été pour lui qu'un canard truffé^ açcoiijpagnédela plus merveilleuse carotte.

Les savants rédaaeurs de la Science pour tous sont moins incrédulc9; cardans leur numêio du iQ noveiabre 19^6, lis admettaient dans

leor jonroal la réefôme des iournaux politiques, qui avait pris âge Mrmre plus «cienUfiqoe squs to plume, d'au H. Grasset, — ne pas Kra GraasQt, CQtoMiôa du Palais*Royal, — et dans laquelle il était dit qa*oa p4>uvaU % produire h volonté la truffe» par suite de la découverte d* H. Ravel, sur le sol de la France , et même de toute l'Europe » pourvu que le terrain fftt t^tiair$ ou de transport^ à base de ehaux ou d'argile, peu profond, mélangé à des sables siliceux. — (Quelle érudition dans un journal pour tous!). — Pour être plus sftr de réussir^ il faut faire, disait Tannonce, un semis de glands produits par des chtoes trufOers — dont M. Ravel vend les graines; — et lorsque cette nouvelle plantation a atteint T^ge de quatre ou cinq ans on dépose simplement au pied de ses jeunes arbres la mouche trufiigène ou sa chrysalide, et toe^ le tour est joué: la reproduction de la truffe s'opère naturellement sous rinfluenoe de ces éléments. »

H. Hambosson, le savant pour tùtis^ ne donte pas, « que les propriétaires et agriculteurs ne s'empressent de mettre en pratique n mejM qui est peu dispendieux, et qui offre tant d'avantages, etc. »

Aujourd'hui, c'est la Preue qui se fait le prôneur de la mouche trnffigène. Devant une pareille publicité, il est de notre devoir d'éx^lairernos lecteurs afin de les mettre en garde contre une (Avorte spéeulativej dont M. Jacques Valserres s'est faille défenseur^ en hii consacrant deux longs articles, dans la firesse ; numéros des 1 ^ et 4 < janvier dernier.

Comment le rédacteur de la partie agricole de la Presse est-il arrivé à admettre la théorie de la mouche tiuiRgène? C'est parce que les beta- Biates Bnlliard et Gœrtner ne sont pas d'accord sur le mode de repro* ductioD de la truffe, <— que le vague qui caractérise leur théorie eiK lève toute autorité, — que Bosc a remarqué, dans un boia de chênes ajfanl une couche végétale propre à la truffe, certaines (ijM»l«if v^iifeam à l'extérieur, et dont les évolutions annonçaient loi^ours la présenee^V tnbercule ; — enfin, parce que M. B. Robert crut recomaUre^ en 1847» que le précieux condiment de la dinde se développait au contact dea racines chevelues de ces essences vers Textrémité des filaments <aipillaires imperceptibles , et que, par une sorte d'intuition, il aoulevail alors, sans la résoudre, une question fondamentale, en disant, dans use note présentée à l'Académie des sciences, ce qui suit: — « Ne pourraita on pas admettre que les truffes sont des noix de galle souterraines, « qu'elles doivent leur origine à une circonstance analogue à celle qui

« bit naître les ooU d« giHe wr kis ifian«a knncbei dM (^^

■ pkiûre d*aa iusecu ? »

• Ceue bypotbèse, dii H. Yalsom», m uu viritaUft tnrttde himière. »

«^ Noos admettons le trait de lumière: Q a éclairé, en effet, H. Ravel, en hii faisant Toir le profit qa*il pourrait tirer de lliypothèse. Mâlbenreosement, il ateliementébloai, en même temps, Pancien rédaeleur en chef do journal VAgrieulture^ qae Fécrivain de la Preue n'y a pas ?a dair.

Yoità conmenl ranlear dn CM 4e$ &i$êau9M arrifé à reconnattr» Hgneranee des botanistes , la science de M. Ra?el, et k admettra qne la truffe « n'est pins que le résultat de la piqûre de la tipale, pénétrant « dans le sol pour y déposer ses ttoh à rexirémité dea filaments eapil • a laîres du cbéne. Cette $^Êppc$itian adeaise, dit^il, donne la clé iM • différentes obserTstiena ftiitea par les savants, et est, en «telqne « sorte, la syntbèse qui doit les rattacher les unes aux autrea. Telle est à « nos yeux, conclut-il, la véritable solution du problème. » Et allez donc, sonnei trempettes I

No«s avoua admis le trait de lonièfe, nens adaMttoaa la tn^pêêitmi mais seulement comme membre de la société protectrice dei anlasiat« Car 11 est évident que le bnt de notre coilè«ne est aimplement de protéger la vie des innocentes tipules contre la gleutonnerie dea hn^ mains. Qael est Vhemme, en efst, qui osera aqourd'bul «'tnfiNyifer des nîdadeehenilles sens forme de dinde ti«fl6el En résumé, la truie, d'après le système Ravel baaé sur ao aanéei d'observations conatanlea» n'est pas autre chose. Cooutea plutôt le protecteur des meuehes tmiftgènes :

D'après M. Ravel, voici comment se forme le tubercule mystéfiaui qui tant de fois a mis les savants à la torture— (Pauvres savants. Us doivent être rompus^ surtout s*Us ont lu les articles de M. Yalserres!) c — Lés mouches ou tipules qui voltigent sans cesse sur les truffières « pénètrent dans le sol, atteignent les racines chevelues des chênes, et. « les piquent aux extrémités pour y déposer leurs œufs. I^ piqAre fait i sortir une goutte de liquide laiteux, qui est le premier élément de la

■ truffe, son embryon en quelque sorte. Le filament radiculaire blessé « périt bientôt, et la goutte commence une vie indépendante. »

Bravo! ^bien trouvé; mais alors ce n'est pas une galle, car nous n'avons jamais vu celles des Jeunes bourgeons continuer leur accroissement quand elles s'en trouvent séparées. Il est vrai qu'on ajoute: —

< Elle se développe sans doute aux dépens des principes riches d'azote c et de carbone qui se trouve toujours en abondance dans le voisinage c des racines — - (Evidemment ceci ne fait pas Tombre d'un doute).

c Ainsi l'élément essentiel à la génération des truffes, c'est le travail c de la tipule ; sans son intervention providentielle, malgré les chênes c verts, malgré le terrain calcaire, il n'y aurait point de récolte à esc përer. M. Ravel a fait à cet égard de nombreuses expériences.»

M. Yalserres ne dit pas qu'il les a suivies ; ce serait cependant bien important à savoir; mais l'écrivain de la Presse^ qui doute des paroles de BuUiard et de Bocb, a une entière confiance en celles de M. Ravel; et nous.... aussi !I

c Dès le premier jour de sa formation, continue l'ancien journal de a H. E. de Girardin, la truffe se compose donc d'un amalgame de suc c laiteux et de couvain qui se développent simultanément, de telle sorte c que le tubercule est une espèce de composé, à la fois végétal et « animal.

Animal, très bien! mais végétal! Pourquoi? Est-ce parce qu'il y a eu une goutte de suc laiteux ? C'est si peu de chose que cela ne vaut pas la peine d'être compté.

c Les œufs éclosent lorsque la truffe est mûre et peut servir de pâture c aux vers. C'est alors le moment de la récolte. »

Et aussi celui de la servir aux gourmets. Pouah! archi-pouah !

Il y a cependant quelque chose qui chiffonne M. Yalserres. C'est la manière dont M. Ravel fait voltiger ses tipules: il en voit en été comme en hiver, et le savant naturaliste de la Presse prétend que ce n'est pas possible, — IG'est que le marchand de mouches truffigènes a été aussi trop â>loui par le trait de lumière de M. Robert.

« Les études de M. Ravel , dit-il dans son deuxième article, laissent « encore beaucoup (le mot est fort) à désirer. II affirme que les mouches u voltigent sur les truffières l'été comme Thiver, même par les temps les c plus froids,— (Pourquoi pas? en mettant des ganis et un cache-nez). « — Or, si la tipule est soumise aux mômes lois que les autres insectes, « aussitôt la propagation de l'espèce assurée, elle doit s'éteindre. Com- « ment dès lors admettre une pérennité conlraire à toutes les ^règles de « la science. Comment une exception aurait-elle été faite en faveur de « la tipule, et pourquoi ne serait-elle pas soumise à la loi qui régit les « êtres inférieurs? Jusqu'à preuve du contraire nous ne [croyons pas « que celle dérogiilion existe.»— (Enfoncé M. Ravel! deux bons points

àM. Valserres pour avoir trouvé eeia). — Quoiqu'il en soit^ ajoule-NI, il y a évidemment là une méprise qu'il sera facile de redresser.

Ainsi^que les gourmets se rassurent; la truffe» grâce à M. Ravel, ne périra pas desîtôt. On sait maintenant que c'est un nid de chenilles; seulement on n'est pas positivement certain de savoir comment on pourra multiplier les mouches truffigènes: M. Jacques Yalserres propose de laisser, chaque année» en jachère une certaine partie des truffières, a Lorsque les découvertes de M. Ravel seront plus connues et c mieux comprises, nous ne doutons pas, dit-il, qu'on ne se range à c notre avis et qu'on ne laisse chaque année, sans la fouiller, uneétenc due de^terrain en réserve pour la reproduction des tipules. »

Quant à nous, nous promettons aux propagateurs des tipules de ne plos tuer la moindre mouche qui pourra venir se promener sur notre nez ; nous le laisserons plutôt transformer en truffière que d'en extenniner ane seule. D'abord nous devons protection à tous les animaux répandus à la surface du globe ; ensuite, nous pourrions détruire les mouches truflBgènes de H. Ravel, et ce serait priver notre pays d'une fortune considérable; car « le succès de la nouvelle industrie, si longtemps rêvée par nos pères, repose presque tout entier sur la multiplication de la tipule et la facilité de pouvoir en expédier au loin des semences. • C'est chose assurément très simple, surtout « maintenant que l'atc tcDtion est éveillée sur ce mystérieux problème, il sera peut être c (i^.cile, en étudiant^ la loupe en m(itn,des tubercules nouvellement arrac héàjd'y découvrir les œufs, d C'est toujours M. Yalserres qui dit cela.

Que M. Rambsosoo, savant rédacteur du journal la Science pour Ions, accepte la théorie de M. Ravel, rien d'extraordinaire; mais qu'un écrivain quia rédigé le journal l'Agriculture ldidéve\ofpe et Tappuie de son autorité, c'est à n'y pas croire. Il est permis d'être.... savant, mais pas àce degré là.

En lisant les deux articles de la Presse^ nous nous sommes demandé plusieurs fois : Est-ce sérieux? Hélas oui ! c'est très sérieux : l'auteur du manuelde Droit rural et d'économie agricole est un écrivain trop grave pour chercher à mystiGer ainsi ses lecteurs. En tout cas il aurait bien fait d'étudier un peu mieux le sujet; on n'est pas ignorant à ce point là. S'ilavait pris la peine de lire le consciencieux et beau travail de MM.Tulasne, sur la Truffe, et le rapport de M. Brongniart, à l'Académie des sciences, il aurait appris quelle est la nature de la Truffe; de quoi elle natt, et comment elle s'accroît. Il saurait que le précieux tubercule, si Cher aux gourmets, a été observé dans tous ses états, à tous les âges, à

h ioKsfit tomme au microscope, et qu'on n*y a jamais trourë d*œufs denoooehes traflUgènes ni d*fnsectes, comme dans les noix de galle, et qu'il est entièrement végétal. Il aurait tu comment sa galle wnterraine se développe, et quelle part les insectes de M. Ravel prennent à sa repro* duction. Des dessins fidèles, des détails anatomiques, accompagnant le travail des deux savants botanistes, dont un est membre de Flnstitut, lui auraient peut-être rendu la vue que le trait de lumière de H. Robert lui a bit perdre. Noos engageons M.Valserres àprendreconnaissance de cet ouvrage.ll a pour Wirt: Histoire et monographie des çhampignom hy pages; on le trouve dans toutes les bibliothèques publiques et Ton s'empressera de lui communiquer. Après sa lecture, M. Valserres n'hésitera pas un instant à réfuter lui-même son article, qui peut causer les plus grands dommages à Tagriculture ; car beaucoup de propriétaires, comptant sur la science des savants de la Presse, ont peut-être même déjà détruit de belles cultures pour les transformer en truffières, à Taide du chêne et de la mouche de M. Ravel Vite donc, à Tœuvre H. Valserres, car la déception, la ruine peut-être de quelques trop confiants cultivateurs ne se fera pas attendre; c'est toujours le résultat de cette Rausse science élaborée dans les usines des journaux politiques. Nos abonnés trouveront dans ce recuei), année 1855, page 463, l'extrait do travail de M.TuIasne. Ils verront que la Truffe est bien un végétal, qui natt, comme tousles champignons, d'un myce/tum ou blanc flocouneux. Quesachairest ferme, composée de cellules, dont une partie est remplie de petits grains d^une teinte foncée^ qui sont les graines, desquelles naîtront d'autres Truffes, sans le concours de la mouche trurOgëne. Nos abonnés peuvent en manger sans répugnance.

Les œufs et les mouches ne se trouvent que dans le mémoire de M. Ravel et dans son établissement de Martignac en compagnie des semences du chêne particulier aux truffes.... nous allions dire en compagnie de carottes colossales !

Il doit y en avoir aussi un dépôt aux bureaux de la Science pour tous et de la Presse. Quantànous, nous n'en tenons pas.

F. BÉRincQ.

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