LES BONNES POIRES ET LA MANIÈRE DE LES CULTIVER
par M. Charles Bàltet (1 ).
Si nous nous sommes abstenus, jusqu'à ce jour, de parler
des publications horticoles et arboricoles qui, depuis quelques
(4) A Troyes (Aube), chez Bouquot^ imprimeur-libraire, rue Notre-Dame, 43. — Prix : "75 cent., et 4 fr. par la poste.
années» sont sorties des boutiques des libraires, c'est que......
— Comment dire cela, sans soulever des tempêtes^ sans nous faire de nouveaux ennemis? La chose e^t difficile. Ma foi, un de plus ou de moins, ce n'est pas une affaire ; le nombre en est si grand, que les nouveaux disparaîtront dans la masse des anciens. — Eh bien , c'est que la plupart des publications nouvelles que nous avons lues, sont des livres nouveaux faits avec des livres très-anciens, par des hommes qui ont oublié les premières notions de la science qu'ils veulent traiter. Ils font de l'organographie pour de la physiologie végétale; ils nous disent que la pomme de terre est une racine; que les spongioles des racines ont été créées et mises au monde pour absorber t les gaz les plus propres à ]^ nourriture des yégétaux ; » que la fleur est le lit nuptial des plantes, et ils attribuent à M. T. de B. (Thiébaut de Berneau)ce qui revient à Linné. Ils écrivent encore que les Orchis, les Cuphea ont des fleurs personnées, et si vous leur demandez ce qu^on appelle demi-fleurons, ils s empressent de répondre que ce sont « des fleurs à corolles plus ou moins brillantes, mais ineomplètesj c'est-à-dire qui n'ont que des pistils. >I1 n'est pas question de mademoiselle Marie, mais on parle de douairières qui bénissent le ciel de n'imprimer à leur front qu'une ride légère et non des signes qui marquent le nombre des années, etc., etc. Un autre dit que le liber est destiné à devenir de l'aubier; que les feuilles rejettent c pendant le jour, la surabondance du fluide aqueux impropre à la nouiriture de la plante; » — que le fluide séveux vient subir son élaboration dans le tissu fibreux des feuilles ; — que la sève d'août est la sëve ascendante qui monte au printemps dans les feuilles, où elle se repose des fatigues de son ascension^ jusqu'au 1^' août, et qu'alors, elle reprend une autre route^ » ce qui fait qu'on la nomme sève d'août, etc.
Nous pourrions multiplier les citations; mais celleen^i suffi-
Mnt pour montrer que des livres qui émettent de pareilles hérésies, devraient être brûlés en place de Grève. On compren* dra également notre silence à leur égard , et le peu de sympathie que nous devons inspirer aux auteurs, qui comptaient voir sortir de notre plume un éloge pompeux de ces chefis-d'œuvre d'erreur et d'absurdité. Non, jamais nous ne recommanderons des livres qui perpétuent Tignorance, on qui propagent Tabsûrde. Nous serons plus sévères encore pour les mauvais ouvrages qui traitent de Thorticulture, que pour les introduc* tions de mauvaises plantes. Ici c'est une simple afTaire d'argent; là| pour les livres, c'^est l'éducation horticole qui est faasséei c^est le progrès du jardinage qui est enrayé dans sa marche déjà si lente.
Si aujourd'hui nous sortons de notre réserve, c'est qu'enfin il nous est tombé sous la main une petite brochure, peu volumineuse— 48 pages seulement — pleine de bonnes choses, et qui traite d'un sujet que tous les auteurs ont toujours négligé. Cette petite brochure, dont le titre figure en tête de cet article, est sortie de la plume d'un de nos praticiens les plus habiles et les plus instruits. M. Charles Baltet est, avec son frère, propriétaire des grandes etriches pépinières de Croncelsà Troyes, où est établie une belle école d'arbres fruitiera. Là, toutes tes variétés anciennes et nouvelles sont strictement étudiées, soit sous le rapport de la qualité des fruits, soit sous celui de la végétation des arbres. Jeune encore, mais doué d'une intelligence supérieure , M. Charles Baltet a acquis rapidement à l'école de son père, ainsi que par l'observa* tion et Pétude, les connaissances pratiques qu'il développe dans sa brochure : ce qu'il a écrit, illo sait, iU'a observé, expérimenté ; ce n'est pas du plagiat.
Après la description abrégée des meilleures variétés de poires à cultiver, notre jeune et savant pomologue expose ses remarques surles soins adonner à certains fruits, sur la forme
de Tarbre, le sol et reiposition, et, chose importante négligée jusqu'à ce jour, sur la taille et le pincement qu'il faut appliquer à chaque variété. C'est là surtout que M. Charles Baltet rend les plus grands services aux disciples de Pomone, et nous n'hésitons pas à ajouter que ce précieux travail aidera beaucoup à rendre les discussions du Congrès pomologique de Lyon mieux mûries, moins longues, et les décisions moins changeantes* Avec la brochure de H. Cb. Baltet, on est assuré d'avoir des arbres qui produisent toujours de bonne récolte. Da reste, pour montrer toute l'importance de cette nouvelle publication, voici quelques extraits :
f Beurré Hardy. Fruit assez gros, etc.... L^arbre est très-vigoureux, se plaisant dans tous les terrains à poirier, à toute exposition. Il est fertile en haute tige sur franc, en pyramide, palmette et espalier, sur cognassier.
< Si on allonge la taille pour forcer la production, on fera de petits crans à la base do la flèche, et de plus grands sur les parties dégarnies de la tige. Si on taille court pour empêcher la tète de s'envoler, on cassera à demi, dans l'été, les bour* geons latéraux des membres.
« Nouveau Poiteau
Tailler long ;■ pincements répétés ; faire de petits ci^aus u la base de la flèche. Les flèches trapues ne seront pas taillées si Farbre est bien garni. >
Nous recommandons, sans réserve^ la Bannes Poires de H. Baltet ; c'est un bon choix de variétés ; les renseignements sur la nature du sol, et sur la manière de tailler chaque variété, sont, nous le répétons, des renseignements précieux, qui feront faire un grand pas, dans la voie du progrès, à l'arboriculture fruitière.
F, H v-rr.
ÉTAT DE U POMOLOGIE A BORDEAUX Réponse aux accusations de M. Glady.
Notre compte rendu de Texposition des fruits, qui a eu Heu à Paris en septembre dernier, vient de nous attirer une verte semonce, d'un vaillant champion de la Gironde outragée.
Nos lecteurs se rapellent, sans doute, le passage de ce compte rendu concernant une collection bordelaise composée de fruits tavelés et pourris ; à ce sujet nous avons dit que le congrès pomologique avait eu lort de choisir Bordeaux pour sa prochaine session.
Un habitant de cette ville, M. Glady, qui a eu le plaisir de visiter plusieurs fois cette riche et brillante exposition d'automne, et qui a publié ses impressions danâ les Annales de h Gironde, « sans s' éloigner de la vérité, » n'a pu «contenir son indignation en lisant les ridicules critiques de Técrivain aveuglé ou méchant > de V Horticulteur français. H s'est empressé, — après cinq mois de réflexion — de rétablir la vérité, dans le n^ du 16 mars de la Retme horticole.
Voici une partie du troiS'Sim très-concentré, sorti de l'alambic bordelais, après plus de 150 jours de dtetillation*
a M. Hérincq ne peut pardonner au congrès pomologique du Rhône, d'avoir décidé qu'il irait tenir à Bordeaux sa session de 4899. Cette idée Toppresse, l'étreint et le suU en tout lien ; ses nuits sont agitées ; il a de pénibles insomnies ; il fait des rêves afiSreux, et une nmt^ an proie i un hideux cauchemar, il a vu comme voient les somnambules, sous le ciel brumeux, inclément, inhospitalier de la Gironde, tous les fruits venus dans ce malheureux pays, tatoués, galeux et pourris. . . .
Combien a duré pour M. Herincq, ce terrible cauchemar ? nous rignorons. Toujours est-il, que, revenu de son sommeil léthargique.— (0E\ !
— il a pris le rêve pour la réalité^ et pénétré des grendee vérités qni, la nuit^ avaient germé dans son cerveau^ il s'est empressé^ dès sou laver» d'écrire cette page éloquente (Voir ce passage : Horticulteur français page 438).
— Ainsi, d'après le spirituel Bordelais, il n'y avait pas, à l'exposition de Paris, des fruits de Bordeaux. Ils n'existaient que dans notre cerveau ; nous ne les avons vus qu'en rêve, comme voient les somnambules, et c'est revenu d'un sommeil liihargiquCj que nous avons écrit les impressions de notre terrible cauchemar. Cest bien là te résumé de la première partie de l'accusation de M. Eugène Glady. — Nous ne la réfuterons pas ; M. Glady se charge de se réfuter. Nous nous permettrons seulement une remarque : — On dit : (Test pendant un hideux cauchemar que M. Ilérincq a vu des fruits de Bordeaux^ et c*est revenu de son sommeil léthargique quHl a écrit ses impressions. Ceci n'est pas très-logique. Si nous avons eu un cauchemar^ nous n'avons pas pu sortir d^un sommeil léthar^ gique, car ce sont deux cas de maladie tout à fait différents ; Tun exclut forcément l'autre.
Le Cauchemar est une espèce d'asthme nocturne déterminé par des rêves affreux ; ceux qui en sont atteints se sentent couper la goiige, ou ila voient une bande de démons danaer une saturnale sur leur poitrine, ou bien encore ils se sentent pris dans un trou étroit par lequel ils voulaient passer. Ils ne peuvent ni fuir ni appeler du secours ; les jambes leur manquent, la voix v^ent expirer sur leurs lèvres ; ils étouffent, etc. Le réveil est un bienfait; on se souvient très^bien des mille angoisses qu'on éprouvait.
Le sommeil léthargique est plus agréable; c'est la suspension continue de l'aclion des sens ; c'est un état d'assoupissement qui est suivi de VoMi des impressions reçues ; quelquefois on perd les connaissances intellectuelles qu'on possédait antérieurement ; on cite même de malades, sortant d'un sommeil
lithargiqne, qoi ont oublié de retirer leur langue après TaYcir montrée au médecin !
Donc, si nous sortions de léthargie, nous ne pouvions pas nous rappeler Taffireux cauchemar qui nous a fait voir des fruits mal nommés et tatoués de Bordeaux, — Duquel de ces deux états sortions-nous ? M. Glady répond à la page 145, ligne 25 :
a La Yérité^ dans tout cela^ c'est que la Société dliorticuUure de b Gironde n'a pas eu llionnear de concourir à l'éclat de l'exposition; elle n'y a pris aucune part, ni collectivement^ ni par quelqu'un de ses membres. M. Rousseau fils^ qui a eu l'idée d'envoyer ses fruits i l'exposition de Paris^ ne faisait point partie de notre Société. >
— Peu nous importe , la collection de Bordeaux était exposée à Paris ; elle existait ; nous n^avons donc pas « pris le rêve pour la réalité» « Maintenant dans quel état se trouvait cette collection 7 M, Glady nous le fait connaître même page, ligne tô:
« Voici, du reste^ ce qui a pu causer l'erreur de M. Hérincq : M. Rousseau a vu cette année sa collection d'arbres fruitiers envahie par deux plaies funestes^ le puceron et le tigre. Ses arbres ont été malades^ et n'ont pu produire de beaux fruits comme les années précédentes ; néanmoins^ M. Rousseau n'a pas craint d'exposer ati concours de Bordeaux une nombreuse collection de poires et de pommes. Son lot n'a obtenu qu'une médaille d'argent grand module, tandis que le Jury lécompensait d'une médaille de vermeil le lot de M. Gérand^ moins considérable^ mais plus distingué. Après huit jours d'exposition^ ces fruits revinrent chez M. Rousseau ; il eut alors l'idée de les envoyer à l'exposition de Paris, sans se préoccuper des conditions du programme dont il n'avait aucune connaissance. Peu expérimenté dans l'art d'emballer les fruits, il les entassa p61e-mèle dans des caisses, comme il eût fait pour des ponunes de terre. Ils arrivèrent ainsi i Paris dans un piteur état, et MM. Andry et Rouillard, commissaires de l'exposition, durent jeter un grand nombre de fruits gâtés et trop maculés : le reste fat exposé.»
n CAlot peu séduisant, etc. etc.... Voilà ce qu'aurait dû dire H. Hérincq pour rester dans le vrai, et non injurier la Société pour un fait qui lui était complètement étranger ^
— Ainsi de Taveu de M. Eugène Glady , les fruits de Bordeaux exposés étaient dans un piteux état; le lot était peu séduisant. — Que nous reproche-t-il donc d'avoir rêvé, d'avoir vu comme voient les somnambules, etc., d^étre aveuglé ou méchant ? Nous ne sommes pas plus aveuglé que somnambule. Toute notre erreur est dans cette phrase ; «( La Société de Bordeaux avait aussi exposé collectivefnent.j^ On nous dit que ce n'est pas la Société de Bordeaux qui a exposé ce lot peu séduisant, que c'est un particulier étranger à cette Société. Soit, nous reconnaissons Terreur et nous acceptons la rectification. L^erreur était facile, dans une exposition où les lots ont été pendant quatre ou cinq jours exposés sans numéros, sans nom d^exposant ; M. Glady doit se rappeler le fait. Mais changet-elle le fond de la question? non! On reconnaît avec nous que c les fruits étaient en un piteux état » .Que peut faire après cela qu'ils proviennent de un ou de plu$ieui*s exposants? Pour nous, ce sont toujours des fruits de Bordeaux. Nous avions à apprécier l'état de la pomologie dans le dépar« tement de la Gironde. Le jugement que nous avons porté est le résultat de l'examen attentif et impartial d'une grande collection bordelaise qui a eu le second prix à Bordeaux ; il me semble qu'on nepeutpas puiser ses renseignements à unesource plus pure. Si nous sommes dans l'erreur, ce n'est qu'après le Jury de Bordeaux qui a récompensé ce qui n'était pas alors recompensable. Jusqu'à preuve du coutmire, nous mainteuoiis que les collections.de fruits de la Gironde, ont une infenorité très-marquée sur celles des départements du iihône et de la
Seine.
Cette conclusion va sans doute nous attirer quelques nouveaux traits d'esprit bordelais; nous le rectifierons comme Dous venons de le faire ; nos lecteurs reconnaîtront une fois de plus que cet esprit ressemble beaucoup à celui qui provient de l'empire où siège la déesse de l'oi^eil et de la vanité : que
c'est de I'esfait de tain puv, qui ne laisse «ucune trace par révaporation à la luœière.
Ainsi, notre tort, nos lecteurs l'ont reconnu : c^est encore d'avoir dit la véritë. Noua n'ignorons pas que c'est la sincérité de nos appréciations qui nous yaut la réputation de méchant, d'aveugle, etc. , eto« ; car, aujourd'hui, quiconque ose dire la vraie vérité, et ne veut pas se dépouiller de sa dignité d'homme, pour ramper aux pieds de ceux qu'il veut exploiter, est considéré comme un méchant. La flatterie, — cette louange mensongère, *— voilà la vérité de l'époque. Arrière qui De veut pas remployer ; c'est un méchant. — Je serai donc méchant toute ma vie 1
F. HERINCQ.