DE LA CONSERVATION DES RAISINS
Une découverte des plus importantes, — qui en a moins cependant que celle des applications diverses de Télectricité et de la vapeur, — a passé presque inaperçue dans le monde horticole. Je veux parler du procédé de conservation des raisins de M. Rose Gharmeux.
Depuis longues années, Thabile cultivateur de Thomery possédait un secret de conservation qui ne lui était garanti par aucun brevet. Il exposait de beaux chasselas au mois de mars et avril, presque aussi frais que ceux du mois d'octobre. Chacun s'inquiétait, demandait, cherchait le secret ; mais M. Charmeux de répondre : C'est ma propriété, et j'en fais mon profit. Je trouve la chose très-naturelle, et je ne l'en blâme pas.
Cependant, un jour de l'année dernière, M. Charmeux fit connaître pubhquement ce fameux secret. Il consiste à laisser le raisin sur la treille jusqu'à la fin du mois d'octobre et même plus tard; de le couper avant les gelées cependant, en laissant chaque grappe fixée à un morceau de sarment, de la longueur de 5 ou 6 entrenœuds, dont 3 ou 4 au-dessous de la grappe et 3 au-dessus ; le bout supérieur de ce sarment est enduit de cire à greffer pour empêcher toute évaporation des liquides qui se
trouvent encore dans le tissu fibreux. Ctiaque grappe étant ainsi préparée, il ne reste plus qu*à introduire l'extrémité inférieure du sarment dans une petite fiole remplie d^eau, à laquelle on ajoute, pour empêcher sa putréfaction, 5 grammes de charbon pulvérisé pour chaque fiole. C'est ce charbon qui est tout le secret. On bouche ensuite la fiole avec de la cire, et la préparation est terminée. On dispose alors les fioles le long des murs du fruitier, dans une sorte de râtelier, à la distance de 10 centimètres les unes des autres.
Ce procédé de conservation est, conune on voit, aussi simple que peu coûteux : le râtelier est ^n bois, il ne coûte par conséquent pas cher ; les fioles coûtent 4 fr. 50 le cent. ; Teau et le charbon ne sont pas à compter. Avec ce peu de frais, on peut ofiir à ses invités du beau et d'excellent chasselas à la fin du mois]^de mai, comme vient de nous le démontrer M. Charmeux par son exposition du Palais des Beaux-Arts.
Les soins à donner pendant cette période conservatrice sont: de retrancher de temps en temps les grains qui commencent à pourrir, et à empêcher pendant les grands froids, que la température du fruitier descende au-dessous de zéro. Tel est le procédé de conservation des raisins de M. Rose Charmeux: il réunit réoonomie à la simplicité, et se trouve ainsi à la hauteur de toutes les bourses et de toutes les inteUigences.
Le gouvernement voulant récompenser d'autres services rendus et le beau désintéressement de l'habilB cultivateur de Thomery, lui a décerné la croix de la légion d'Honneur.
EUGÈNE DE MaRTRAGNY.
nNCEMENT DU POIRIER.
Le pincement du poirier a été interprété de diverses manières. Généralement^ on Ta mal fait, parce qu'on ne calcu«
lait pas que le bouton à fruit de celte espèce ne vient pas sur le rameau de Tannée, comme dans le pêcher; puis on ne se rendait pas un compte exact des lois qui régissent la yégétation d*un arbre. On pinçait tout à la fois, et continuellement; si le sujet était souffrant, il périssait. S'il était, au contraire, trop fougueux, les bourgeons terminaux se développaient d'une manière considérable aux dépens des latéraux, qui s'éteignaient ou repoussaient en gourmands un jour d*oubli.
Si l'ébourgeonnement était mieux compris, le pincement serait simplifié.
« On peut comparer , dit à ce sujet M. Joigneaux , le bourgeon qui prend d'abord peu de sève à la rigole qui prend d'abord peu d'^eau, comme on peut comparer le rameau, qui est un bourgeon développé, au ruisseau, qui est une rigole développée. Vous ne voulez pas du ruisseau, empêchez la rigole de s'ouvrir ; vous ne voulez pas du rameau, empêchez le bourgeon de pousser, ou tout au moins de trop s'allonger.
C'estce qui a fait dire que c le meilleur cultivateur d'arbres est celui qui réussit à donner les plus jolies formes, presqua sam se servir de la serpette ou du sécateur. »
Un des praticiens les plus capables des environs de Paris, M. Cossonnet(Alexis-MagdeIeine),deLongpont, a parfaitement compris Tapplication du pincement ajax rameaux fruitieisdu poirier.
Nous avons voulu recevoir ses leçons, et nous semions i l'écoûter, comme nous aimions à écouter MMa.Hardy^ Le Père, et ce cher Dalbret, que nous venons de perdre.
À h, voix de cet homme simple, sans prétention, combien d'amateurs et de praticiens prenaient, conmie nous, leur carnet pour fixer les leçons du professeur!
Ces quelques préceptes, qui ont été également reproduits par une plume bretonne, ne sont pas dans la dernière édition de son ouvrage ; elles sont un complément des exçeUentes îb-
dieitiiimde I^l h^aUfue nismnie de ta uMe des attires /Vuttiers et delà vigne.
Le raode d'opérer, applicable en tous points au pommier, esl indépendant de la forme et de la disposition de Tarbre. Ainsi, que ce soit un espalier ou une pyramide, nous laissons de côté tout ce qui regarde la formation de la charpente, et nous ne considérons que la production fruitière proprement dite.
Au printemps, les yeux se développent en bourgeons. Lorsque ceux-ci ont atteint de 8 & 10 centimètres de long, on les pince à 3-4 feuilles, pour obtenir subséquemment quelques bourgeons moins vigoureux. Pourtant, si à la base de ce bourgeon il y a des yeux qui semblent se disposer à fruiti on laisse le bourgeon unique s'allonger, et on le pince quand il a une longueur de i5«20 centimètres.
Si, du même point ou sur le même conrson, il s'est développé un bourgeon double, on en pince un à 3-4 feuilles, et Tautre à 15-20 centimètres de long, pour offrir h la sève des issues suffisantes ; car si elle était trop concentrée, elle ferait partir à bois les yeux destinés à fruit. Ces longs bourgeons sont nommés appelle-séve.
Pour maintenir la santé de rarbre^ et pour entretenir une égale végétation dans ses diverses parties, il est nécessaire de répartir sur toute son étendue, un certain nombre de ces ajh pelle-sève^ formés soit d*un bourgeon double, soit d'un bourgeon simple. Terme moyen, il en faut 60 à 80 sur un arbre vigoureux de 3 à 4 mètres d'envergure en espalier.
Il arrive souvent que, sur un courson, il se développe trois ou quatre bourgeons. Dans ce cas, on en supprime un ou deux, surtout ceux de devant, pour n'en conserver que deux, dont un est pincé à 3-4 feuilles, et l'autre à 20-25 centimètres.
Si les bourgeons se multiplient, il faut supprimer ceux qui offriraient un trop fort développement, et se conformer pour
les autres aux principes ci-dessus, les pinçant à 34 feufflei» excepté les appelle-séve.
Opérations cCaoûL — An commencement de ce mois^ sur les variétés hâtives, un peu plus tard, sur les variétés tardives, ou casse à deux ou trois feuilles de la base les bouigeons appellesève et autres ; mais il faut se garder de faire cette opération en une seule fois, on interromprait brusquement le cours de la sève, et Ton compromettrait grandement la santé et l'avenir de ces poiriers.
Il est également très-important de consulter, pour faire cette opération, l'état de la végétation plutôt que Tépoque indiquée, et éviter de la pratiquer assez tôt pour faire partir en bourgeons les yeux de la base ; car, dans ce cas, le but serait manqué, puisque l'œil se serait ouvert à bois au lieu de se mettre à fruit pour le printemps suivant. J'ajouterai qu'un mauvais sécateur convient parfaitement pour opérer la suppression des bourgeons, une cassure étant préférable, dans ce cas, à une coupe vive et bien faite.
Quand on a à rabattre de gros coursons pour les rajeunir» il faut le faire quand la sève est en mouvement, an mois d'avril et non pas à la taille d'hiver. Dans ce cas, la sève se détourne souvent, et le courson s'annule. Il va sans dire que les plaies doivent être recouvertes avec un enduit, mastic ou autre.
Nous engageons les amateurs d'arboriculture àsuivreM. Cossonnet dans les divers jardins qui lui sont confiés. Il leur sera facile de voir que les dessins de son livre paraissent calqués sur ses arbres-modèles.
Th. Larguer.