‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 143 sur 160 · DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PARIS

La ville de Paris tient à devenir champêtre. Partout, sur ses quais, ses boulevards, ses places publiques, on voit de grands arbres sortir de terre comme par enchantement.

Cette méthode de planter de gros végétaux, et qui émerveille tout le monde, n'est pas nouvelle : elle est renouvelée du règne de Louis XFV, et, il y a quelque vingt ans^ on l'employait chez le duc de Dewonshire, en Angleterre, pour créer ujie haute futaie, dans une partie du parc, un jour de fête. Nous ignorons quel a été le résultat de ces plantations ; nous connaîtrons bientôt celui des plantations parisiennes. D'après le procédé qui a été employé pour les marronniers de la Bourse, nous doutons fort qu'un heureux succès couronne l'œuvre. Ces

arbrei ont été, en effets littéralement plantés dans du mortier* Les trons creusés, pour recevoir la motte de ces arbres privés de toutes leurs racines chevelues, étaient entièrement remplis d'eau, et c'est dans cette eau que des ouvriers jetaient la terre, tandisque d'autres la foulaient avec des pillons. N'est-ce pas là du mortier qui, en séchant) se calcinera et deviendra presque aussi dur que de la pierre? Gomment veut*on que les jeunes racines, qui vont se former, — s'il s'en forme jamais , — pénètrent un pareil solî Sont-ce bien des jardiniers qui plantaient ces arbres? En voyant ces hommes à l'œuvre, nous les avons pris pour des aides-maçons embauchés à la place de Grève. N'esU il pas triste de rencontrer à Paris, — cette ville des hautes capacités — des hommes assez insensés pour donner ainsi, en exemple, des pratiques aussi contraires aux saines doctrines de l'art du planteur ! Il n'y a qu'à Paris où l'on voit de pareilles monstruosités.

Pendant qu'à la Bourse on scellait des arbres dans du mortier, onfaisait ouvrir,surles boulevards, de larges tranchées autour des jeunes arbres pour entourer leur racines de bonne terre meuble, dans laquelle ces organes nourriciers peuvent se développera Taise et puiser une abondante sève pour entretenir la vie chez ces pauvres êtres, qui ne jouissent pas d'une existence bien somptueuse. Mais, à côté de cette heureuse médication, on s'empressait d'en apphquer un autre qui en neutralise presque aussitôt l'effet. Cette bonne terre est récouverte d'une épaisse couche de bitume qui la prive de l'action bienfaisante de l'air et des pluies ; on laisse seulement un rond de i mètre 50 environ de diamètre au pied de l'arbre, sous cette impénétrable couverture^ C'est précisément là où la terre.à le moins besoin d'être aérée. Ce n'est pas, en effet, à la base de la tige que se trouvent les jeu*" nés racines chargées de pourvoir à la nourriture de l'arbre ; c'est à 1 mètre et même à 2 mètres du tronc. On a pu le voir aussi bien que moi, en se promenant sur les boulvards et

sur cette petite place qui se trouve à la jonction des rues de Ri voli et Saint-Aùtoine. Là ces arbres ont 2 ou J ans de plantation et leurs racines s'étendent déjà à plus d'un mètre du tronc (ta leur donne de la bonne terre, oui, mais aussitôt on les enseve lit dans un cerceuil de bitume, ou l'air, la chaleur et la pluie ne doivent plus pénétrer. Les personnes chargées des planta Uons de Paris n'ignorent pas cependant que les racines ont besom de recevoir de l'air pour rerapHr leurs fonctions et oue la plupart des arbres et particulièrement les ormes sont comme les femmes qui ont un joH pied. Comment aloré ensevehssent-ilsainsileursracines sous une couche de bitume? Il nous semble qu'une bonne épaisseur de gros sable de rivière remplacerait avantageusement le bitume dans les intervaUes des arbres.

On s'étomie encore du dépérissement desarWs des Champs- Elysées. Ce n est pas étomiant, ces arbres qui aiment tant à voir leur pied, ont reçu une surcharge de i mètre de terre Si ces arbres étaient jeunes, ils pourraient peut^t^ produire'des racmes adventives dans la couche superficieUe du sol et se re placer dans les conditions normales. Mais ce sont des centP naires, et à ^t âge l'écorce est trop épaisse pour permettrea^" faisceaux radiculaires de la traverser pour former déjeunes racmes dans la portion de terre aérée. Cette formation pourrait peut^tre avoir lieu si l'homme aidait la nature, s'il pratiouait une décoitication amiulaire à chaque tronc, à 30 centim. enLn sous terre. Un bourrelet se produirait à la lèvre supérieure do a cic^nce, par suite de l'agglomération des faisceaux radicu laires descendant des bourgeons, et bientôt après ces faisceau " rencontrant des petites saiUies soit cellulaires soit fibreu eT "o prolongeraient et constitueraient des racines, qd deviendrln n nouveau siège d'absorption capable, pe^t' tre, P ati^te ous les bourgeons et les feuilles qui, dans l'éti actue d^ choses, ne reçoivent qu'une insuffisante nourriture

Nous rappéllerous donc, pour tenniner, que la belle végétation d'un arbre dépend le plus souvent de sa plantation. — Tout arbre, quelle que soit son essence» ne doit pas avoir ses racines trop enterrées ; plus la terre est compacte et firoide, moins la plantation doit être faite profondément. H faut une terre meuble bien aérée^ pour obtenir de belles et bonnes racines, et ce sont les bonnes racines qui font les beaux arbres. Favorisons donc leur développement. 0. Lesguter.

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