‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 145 sur 160 · EXPOSITION D'HORTICULTURE DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

EXPOSITION D'HORTICULTURE DE VERSAILLES

L'exposition d'horticulture de Versailles, qui a eu lieu du 2d mai au 2 juinderniet^m'a rappelé les beaux jours des expositions de Paris^ alors que les plantes disposées en corbeilles étaient abritées sous une simple tente. Â cette époque la capitale de la France avait de véritables concours des produits du jardinage; aujourd'hui, après réflexions sérieuses» je suis

arrivé à reconnaître que J'aime mieux parler de suite

de l'exposition de Versailles.

C'était au milieu du Parc, dans la salle de verdure dite des Marronniers, qu'avait été dressée la tente ; plus de cinquante lots étaient artistement disposés en autant de corbeilles, autour desquelles on pouvait librement circuler ; les horticulteurs et amateurs de Versailles comprennent les expositions ; ea leur adressant des félicitations ce n'est que simple justice. Quelques semis nouveaux ont été présentés pour le 4* concours : le elargonium Prince Jérôme^ par M. Chrétien; et d'autres Pelargonium par MM. Mézard, Goréet Dimi.

La Rose Comtesse Kergarlayy a été exposée par M. Touvais, et le Rhododendron Baronne Caruel de Saint-Martin par M. Fleury.

On ne doit pas s'attendre certainement à trouver, dans cette exposition, des nouveautés comme on en rencontrait jadis dans les expositions parisiennes. Versailles n'est pas un centre de commerce comme Paris ; cette ville des anciennes résidences royales a sa spécialité de culture, pour laquelle nulle autre ne peut espérer lui faire une heureuse concurrence : cette spécialité c'est la culture du Camellia et des arbrisseaux de pleine terre de bruyère : Rhododendron, Kalmia, Azalées caucasiennes^ etc. MM. Berlin, Fleury, Dantier-Duval, Truffant,

VIU. 1t« lÎT. - Déccmbrr 1830.

Margat, Dieuzy^ etc., sont les horticulteurs qui occupent le premier rang dans la culture de ces admirables arbustes. Cette exposition n'oi&aitpasj en ce genre, ce que la réputation du pays donnait le droit d'espérer ; mais il faut s'empresser d'ajouter que l'époque de la floraison de ces plantes commençait à passer, et qu'il n^ avait que les retardataires qui y figuraient. On aurait pu sans doute avancer de quelques jours cette exhibition pour se rencontrer avec la pleine floraison des Hhododendran; mais la société de Versailles a compris qu^elle avait des membres qui pratiquaient d'autres cultures, et qu'elle ne devait pas plus favoriser ceux-ci que ceux-là.

Malgré la saison avancée, M. Bertin a encore trouvé moyen de nous faire admirer quelques belles variétés de Bhododendrotit qui formaient un admirable et majestueux groupe, du milieu duquel s'étalait un gigantesque individu portant d'innombrables bouquets de fleurs blanches avec des macules d'un vert jaunâtre. M. Fleury en avait aussi un lot très-beau qui a obtenu, comme celui de M* Bertm, \m premier prix. Les autres exposants de Rhododendron étaient MM. Dantier^Duval et Dieuzy.

Les Azalées américaines ne brillaient pas non plus parle nombre ; MM. Bertin et Dantier-Duval étaient les seuls exposants. Quinze jours plus tôt M. Bertin aurait pu présenter la plus nombreuse et la plus merveilleuse collection ; j'ai pu en admirer les restes, qui m'ont fait regretter de les visiter aussi tardivement.

En Azalées indiennesy pour la culture desquelles M. Truffaut se distingue particuUèrement^ cet habile horticulteur, en envoyant sa belle collection à Paris, quelques jours avant, en avait oublié quelques individus à Versailles, qui ont figuré avantageusement à l'exposition.

Le genre le plus amplement représenté était le genre Pelargonium^ pour lequel s'étaient mis en frais MM. Goré, Foucauld,

Duru, GuémaSy Mézard, Pigny, Chrétien et Puteaux. Les lots les plus remarquables étaient ceux de MM. Goré etFoucauld, qu'on pourrait appeler sans la moindre flatterie^ les Thibaut^Keteleér, les Dufoy, et les Rougier de Versailles ; leurs plantes étaient d'une culture supérieure.

Dans le genre Pétunia, nous retrouvons encore M. Goré, marchant à la tête des autres exposants : MM. Frulon Barbier, Quatresons aîné , Legrand , Dieuzy-^Fillion, David-Dieuzy et uteaux.

En général toutes les plantes exposées à Versailles étaient supérieurement cultivées ; je ne puis qu'adresser des éloges à MM. Frulon et Gradelle pour leurs Verveines, à M. Colomb pour ses Cinéraires, et à M. René Lottin pour un délicieux lot de Calcéolaires d'une culture exemplaire ; mais il faut accorder une mention spéoiale et des plus honorables à M» Goré pour son Chrysanihemum comtesse de Chambord^ qui n'avait pas moins de 7 mètres de circonférence. Cette variété à très-bandes fleurs, obtenue il y a 4 ans par M. Duflot jardinier de M. Lorilleux à Puteaux, est mie excellente plante, qui pousse vigoureusement et qui est très-florifère^ mais seulement chez les individus forts; car, chez les jeunes sujets la fleuraison est un peu maigre. C'est donc comme plante isolée que ce Chrysanthème est précieux et non comme plante de corbeilles. Un second pied de cette variété, un peu moins gros que celui de H. Goré, avait été exposé par M* Dantier-Duval ; il fait aussi honneur aux cultures de cet habile horticulteur.

La Pensée parait être la plante de prédilection des Versaillais : de nombreuses collections figuraient à cette exposition. MM. Falaise, Renaud aine, Ch. Puteaux horticulteurs. Guémas, Colomb, Ch. Mainguet amateurs ont été les lauréats de ce concours.

Deux lots à' Iris de MM* Doyen et Lehoux, n'étaient pas sans intérêt.

Des Balsamines figuraient déjà à cette exhibition ; elles provenaient des cultures de deux amateurs MM. Drapiez et Beaudoin.

Un groupe de plantes annuelles variées de pleine terre a valu une récompense à M. Aubert jardinier de M. Thévenot.

Le même exposant avait un lot de 40 Hortensia qui a fait mon admiration ; c'était d'un magnifique effet.

Sans leur odeur, les Roses de MM. Fontaine, Renaud aîné et AUoiteau, qui étaient merveilleuses, auraient cependant pâli à côté des Hortensia de M. Aubert.

Un Vibumum macrocephalum fleuri^ exposé par M. Chrétien, me permet aujourd'hui de recommander ithn^haudement cet arbuste, dont l'introduction dans nos cultures ne remonte qu'à quelques années.

Les collections de plantes de serre de MM. Dander-Duval, Dieuzy-Fillion, Guémas, Peelle, Puteaux, méritent aussi d'être signalées.

Je ne dois pas oublier non plus les arbres à feuilles persistantes de MM. Fleury et Dieuzy-Fillion fils, ni les conifères de MM. Rémond et Fleury. Ces lots avaient leur mérite, car ils contenaient des espèces rares ou nouvelles que le cadre de cet article ne me permet pas malheureusement d'énumérer.

Quoique ville essentiellement maraîchère, Versailles ne nous a pas montré les produits de ses marais ; la raison, nous l'avons plusieurs fois fait connaître; inutile d'y revenir. A l'exposition de mai les exposants étaient MM. Pavai*d, Mainguet, Foumier, jardiniers amateurs, et M. Langlois maraîcher pa« risien, dont les plus beaux jours de sa vie sont-ceux qu'il passe aux expositions de n'importe quel pays, au milieu de ces beaux légumes qui font sa joie et son bonheur, et de ses nombreuses médailles qui sont sa consolation.

Pour les fruits forcés, j'ai beaucoup admiré ceux de M. PeelIe horticulteur, de M. Fagret et de M" Trélawnay amateurs. Uy

avait de beaux Ananas de M"* Trélawnay, Renaud jeune et Peelle ; des fraises et des melons de MM. Pavard, Beaudoin et Colomb*

Qu'ai-je vu encore?.... J'allais écrire :Rien! quel blasphème ! J'ai vu ce qu'on ne peut voir qu'à Versailles : la plus merveilleuse corbeille de fruits forcés. J'en demande bien pardon à H. Hardy fils, du potager impérial, d'avoir été sur le point de l'oublier ; mais la vue de son admirable lot, avait tellement excité, chez moi, les organes qui poussent au péché de la gourmandise, qu'en me retirant, je m'étais promis de n'y plus penser : j'ai failli me tenir parole, et c'eût été regrettable, car un pareil résultat de culture forcée mérite les plus grands éloges. F. Heringq.

Page 1