INTERDITE AUX TERMES DE LA LOI
0 désintéressement! Enfin, c'est le siècle qui veut cela ; inclinons-nous, et passons à un autre.- Mais c'est très drôle l-C'est pourtant dommage; car cette nouvelle variété de Scabiease à fleurs pleines est très intéressante. —Après tout, il doit nous ôtre permis de dire qu'on peut se procurer cette nouveauté chez M. Van Houlte, horticulteur à Gand (Belgique): cette reproduction partielle ne peut pas faire grand tort au directeur propriétaire de la c'est-à-dire du Journal horticole, qui interdit la
reproduction des articles qu'il emprunte souvent aux journaux anglais. —Encore plus drôle !— Si cependant cela lui causait un grave préjudice, nous lui proposons de traiter à l'amiable des dommages et intérêts, sans tambour ni trompette !
Bryonia laciniosa.
Si nous avions pu nous faire acheter par un marchand, et que ce marchand ait beaucoup de cette Cncnrbitacée en multiplication, nous dirions: «De toutes les nombreuses plantes de la famille qui possède les Heloos et les Cornicbons, nous n'en connaissons pas qui soit plus ornementale que ceile-ei, et qu'on peut se procurer chez notre patron. — Ses fleurs sont bien insignifiantes, ^ c*est vrai, c'est même très vrai, parole.... — mais aussi comme son feuillage rachète bien Finsignifiance de la partie florale ; comme ce feuillage est abondant ! et quelle gentillesse daus ses fruits I OD dirait des cerises !-- Achetez ! achetez ! c'est du bon! » — Uais comme nous ne sommes pas vendu, — il est vrai que nous n'avons jamais mis d'écrlteau à notre porte,— nous ne tenons guère à faire faire, à nos abon* nés, Tacquisition de laBryonede Ceyian, uniquement parce qu'elle a un abondant feuillage, et des fruits gentils, qui ne mûrissent pas sous notre climat; s'ils veulent l'acheter, libre à eux.
Nous annoncerions bien encore d'autres plantes figurées dans ce recueil, d'après les dessins du Botanical Magazine ; mais nous craignons de faire tort à cette publication, ou plutôt nous voyons la le? menaçante, et nous nous taisons. Si nos lecteurs veulent connaître les nouveautés qu'elle produit, ils doivent s'inscrire comme souscripteurs ; cest ce que cherche l'éditeur. La science de ses rédacteurs est pour lui QDe marchandise qu'il vend à ses abonnés seulement. Bientôt nous verrons s'ajouter à son premier avis celui-ci : « Défense à mes abonnés de communiquer à leurs amis, noéme de vive voix, le contenu des numé. ros de ma...., c'est-à-dire de mon journal. La science de mes rédacteurs ne doit pas sortir du cercle de mes souscripteurs ; qu'on se le tienne pour dit. »
Si tous les journaux agissaient ainsi , quel progrès ferait la science? Fort heureusement la soif du gain ne tient pas tout le monde. Les journaux anglais permettent qu'on entretienne d'autres lecteurs que les siens des idées et découvertes de ses rédacteurs ; usons de la permission . En les parcourant, nous trouvons à mentionner :
Prunus triloba^ Lindl.(Gardner's Chronicle).Gette espèce de Prunier, envoyée de Chine par M. Fortune , est très ornementale. Ses rameaux
sont effilés, garnis de feuilles velues oblongues, découpées en trois lobes, et doublement dentelées sur les bords. Ses fleurs sont semi-doubles, rose clair, larges de 4 centimètres, solitaires et assez longuement pédonculées; son fruit est duveteux. — Ce nouveau Prunier a fleuri dernièrement , et pour la première fois, chez M. Glendinning, à Cbiswick.— Pleine terre.
Befaria Mathewsii (Botanical Magazine). Le Pérou est la patrie de cette nouvelle espèce; elle crott dans les montagnes , à une altitude de 4 ,800 à 3,400 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est M. W. Lobb qui en a envoyé les graines à H. Weitch. Ce serait un grand arbrisseau à rameaux couverts d'une épaisse couche de poils rougeâtres, et à feuilles oblongues-elliptiques^ longues de 3 à 8 centimètres, glabres et d'un vert foncé en dessus, glauques en dessots. Les fleurs, grandes et disposées en grappes cor;mbiformes,sontde couleur jaune-soufre pâle, coloris nouveau pour ce genre. Ce Befaria exige peu de chaleur ; la serre froide lui sufiit, pour passer l'hiver.
Bégonia' heracleifotia var. nigticans (Bot. Mag., pi. 4983). On désigne aussi cette variété, dans les catalogues marchands, sous les noms ùe Bégonia punctala et Bégonia nigricans^ à cause des panachures noires de ses feuilles, qui sont d*un très beau vert et découpées comme les feuilles de la Berce (Heracleum). Les pétioles, les tiges et les pédoncules sont rougeâtres; les bractées sont d'un beau vert pâle ; les pétales blancs, et l'aile du fruit rose. Cette plante, qui n'est, ainsi que le constate M. Hooker, qu'une simple variété, produit ses fleurs l'hiver.
Bégonia Griffilhii (Bot.Hag., pi. 4684). C'est cette espèce que H. Henderson, horticulteur anglais, cultive sous le nom de Bégonia picla, qui appartient à une plante bien différente de la sienne. Le BegoniaGriffi' thii n'a pas de tige : ses feuilles naissent d'un rhizome souterrain ; elles sont assez grandes, obliquement en cœur,acuminées au sommet, élargies à la base en deux grandes oreillettes arrondies, don tune recouvre l'autre, bérisséesde poils tuberculeux sur la face supérieure, qui est d'un vert sombre élégamment panaché au centre, entouré d'une large bande d'un vert pâle, qui est elle-même encadrée de vert foncé se fondant avec le rouge pourpre des bords; la face inférieure est d'un vert pâle, avec bordure rouge. Ses fleurs sont grandes, blanches, disposées en cymes au sommet des hampes plus longues que les fleurs. Cette espèce, originaire des Indes orientales, fleurit lliiver et une partie du printemps.
Thunbergia laurifolia (Bot. Mag., pi. 4985). Cette nouvelle espèce, remarquable par ses grandes fleurs, forme un arbrisseau grimpant irhs rameux, à feuilles longuement pétiolées, oblongues-lancéolées, à trois oer-
Tores longitudinales. Les fleuri sont grandes, d*un bleu pile, avec Foeil jaunâtre, et larges de 8 centimètres, disposées en grappes nues à Taisselle des feuilles ou au sommet des rameaux. Les graines de cette belle espèce ont été envoyées delà presqu'île de Halacca, en Angleterre, dans ces dernières années; la plante est de serre chaude ou de bonne serre tempérée.
Echeveria canaliculata (Bot.Mag., 4986).Plante grasse à tige courte, épaisse. Les feuilles d'abord réunies en rosette au sommet des rameaux, s'écartent ensuite au moment du développement de la hampe florale ; elles sont épaisses, oblongues et pointues, creusées en gouttière en dessus, d'an vert glauque et roussfltre. Les fleurs, longues d*environ S5 milimè très, sont d'un rouge minium et orange en dedans, disposées en longues grappes terminales. Le calice a les sépales linéaires étalés; la corolle a le tube très court élargi'et les cinq segments dressés. — Celte espèce est originaire des monts Real del Monte, au Mexique ; et doit être cultivée en serre chaude.
Gardénia cilriodora (Bot. Mag. , pi. i9S7). Arbrisseau du port Natal, toujours vert, haut de 60 centimètres, à feuilles un peu coriaces , elliptiques-lancéolées aiguës, accompagnées de longues stipules subulées ; ses fleurs blanches, très abondantes, exhalent une délicieuse odeur d'oranger; la corolle a le tube court et cinq lobes obovales obtus ; le style est saillant et fortement renflé dans la partie supérieure au-dessous du stigmate en forme de mitre. Ce Gardénia est de serre froide.
Bégonia Wageneriana (Bol. Mag., pi. 4988). Ce Bégonia, originaire du Venezuela, a le malheur d'être le type d'un genre créé par M . KIotzsch , sous le nom un peu trop barbare de Moschkowitzia ; ses fleurs , très abondantes et blanches, apparaissent au printemps; les mâles sont à deux pétales, les femelles en ont cinq. Comme tous les Bégonia^ cette espèce 6st de serre chaude.
Cypripedium hirsutissimwn (Bot.Mag., pi. 4990). Cette nouvelle espèce, qui croit spontanément à Java, est voisine des C. insigne el bar" bolum. Les feuilles sont longues de 30 centimètres, distiques aiguës ou bifides, carénées, d'ua même vert sur les deux faces. La hampe florale est à peu près de la longueur des feuilles, d'un vert nuancé de pourpre et hérissée de longs poils étalés, qui se retrouvent sur la spathe et la face externe des fleurs. Ces fleurs sont grandes, larges d'environ 40 centimètres, vertes sur les sépales et le labelle ; et violettes sur les deux pétales latéraux largement spatules. Le sépale supëiieur est grand, en forme de cœur; tontes ces divisions florales sont ciliées sur les bords. -- Cette plante est de serre chaude. F. IIerincq.
LE SAPIM EPICEA.
Nous n'avons pas l'îBteotion de rappeler ici Tbistoire de ce bel arbre, uoe fortuue des peuples du Nord el des montagnes , un ornement de nos parcs et de nos jardins. Nous laisserons également de c6té ce qui toucbe à Texploitation des forfits de Sapins, et tout le parti que l'industrie ou le commerce retirent de son bois, de sa résine, de son feuillage et de ses graines. Nous allons seulement examiner quelques usages auxquels on peut Tassimiler ; nous ne parlerons que sur des faits.
Avênve. — Quand on crée une grande avenue , on a raison de préférer le Marronnier d'Inde pour le majestueux, le Platane pour le pittoresque, le Tilleul de Hollande pour le gracieux ; ce sont les trois essences d'avenues par excellence. On peut adopter également — selon le sol et les convenances ~ le Févier d'Amérique, les Erables plane, Sycomore et Negundo, l'Orme, le Frêne, le Bouleau, le Catalpa, TAylautbo glanduleux, le Robinier, le Sorbier des oiseleurs, le Noyer, l'Arbre à cidre; on en rencontre souvent de beaux exemples. Nous avons toujours admiré les avenues en Peuplier dltalie, c'est magnifique. Le Peuplier noir est moins beau, mais plus avantageux pour le produit, et le Peuplier neige, blanc de Hollande, a un cacbet de sévérité et d'originalité qui lui est propre.
11 y a bien encore le Yir^ilier essayé en allée au Muséum, le Magnolier dans l'Ouest et le Mûrier dans le Midi de la France; puis l'AzeroUer, le Cormier, le Micocoulier, le Hêtre, le Gièae, et plusieurs arbres d'un mérite secondaire — en avenue , entendons-nous ; — nous les appelons ici pour leur accorder seulement une mention bonorable.
Le Sapin Epicéa est beaucoup plus rare.
Les architectes-paysagistes ne manquent jamais d'en orner les jardins qui leur sont confiés; ils placeront bien çà et là quelques-uns de ces nouveaux Conifères récemment introduits, afin d'être à la hauteur de l'époque , mais ils réserveront toujours les places d'honneur à V Epicéa. Un groupe jeté sur une pelouse, un massif perdu dans le lointain, un rideau pour faire repoussoir, un voisin à masquer, toiqours VEpieea.
Maintenant, figurez-vous par la pensée un rang de ce Sapin, ou mieux deux rangs dessinant les deux cAtés d'un chemin, d'une roule, d'un passage, d'une allée, ne reconnaissez-vous pas que vous avez devant vous l'imposant, le sombre et l'élégant réunis.
La constitution particulière du Sapin Epicéa lui donne une forme
pyramidale qae chacun connaît. L'homme peut aider à celte disposition naturelle en taillant aux ciseaux dès qu'il a de S à 3 mètres de hauteur, les branches trop longues ou disgracieuses. Si Tavenue est étroite ^ ou d'une moindre longueur, on devra tailler ces pyramides sur un diamètre plus restreint, et c'est quelque chose de très joli que des lignes ainsi eomposées. Tous ces arbres verts , régulièrement taillés en pyramide polygone ou conique, peuvent entourer des places, des squares, etc.
L'opération de la tonte sera confiée à un homme qui comprenne bien qu'une branche de Sapin rasée près du tronc ne laisse aucun œil advenur pour la remplacer, et que les petites ramifications doivent être presque abandonnées à elles-mêmes, surtout à la base de l'arbre.
Poiif la plantation, on choisira des sujets de pépinière, contreplantés plusieurs fois^ hauts de 1 , S ou 3 mètres, et bien ramifiés. On ne retranchera aucune racine, et les branches seront laissées à elles-mêmes. Dans l'été, on les mouillera fortement au pied et à la tête. — S'ils sont exposés au vent, ou pourra les contenir avec un tuteur posé en biais ou avec des fils de fer, comme au bois de Boulogne, ou encore en enterrant l'extrémité des branches de la couronne inférieure.
ïïaie vf've. Nous n'avons pas besoin d'énumérer ici toutes les sortes d'arbrisseaux et arbustes employés dans la confection des haies vives ; nous en ferons le sujet d'un article spécial. Qu'il nous suffise de recom mander pour cet usage le Sapin Epicéa. On se sert de plants repiqués deux on trois fois au moins» trapus, hauts de 40 à 50 centim. La distance à conserver entre deux pieds sera proportionnée à la qualité du terrain, du plant, à la hauteur future de la haie, à la destination de cette haie, soit comme dêture le long d'un chemin, d'une propriété voisine, soit comme palissade verte à rintérieur d'un Jardin ou sur le bord d'une rivière. Nous en avons mesuré qui étaient distancés de 10 à 50 centim. sur les rives de chemins de fer et dans quelques jardins, en clôture intérieure ou extérieure.
Ces haies vives sont taillées aux ciseaux comme une baie d*aubépine; la flèche est coupée quand elle a atteint la hauteur destinée à la haie — On doit toujours forcer le coup de ciseaux dans la partie supérieure, et laénager les branches intérieures et inférieures.
Bois. La Sylviculture s'est emparée depuis longtemps d^YAbiespicea. Mais on n'en couvre pas assez les côtes, les bas-fonds, les versants, les crêtes des montagnes (Si la terre est trop mauvaise, les Pins [sylvestre et Laricio, le Mélèze doivent être préférés). On plante de jeunes semis repiqués de 2 h 4 ans, en les distançant de 65 à 150 centimètres. Un
coup de pioche suffit pour ouvrir le trou et y enterrer leplani;— dans l'hiver de la première année, on piochera les intervalles pour détruire les herbes; — on serre, avec le pied, la terre à chaque plant, et on les laisse grandir. Si une gelée printanière détruisait Toeil terminaison pourrait redresser le plus beau bourgeon et écourter les autres.
Quand la forêt atteint 4, 5, 6 mètres, on coupe les moins beaux arbres dans les parties trop confuses; cette éclaircie peut être pratiquée pendant plusieurs années, jusqu'à ce que la plantation ait acquis les conditions d'air, de force pour atteindre de belles proportions. L'émondage aura dft en être modéré, pour éviter l'affaiblissement de la tige et la perte de la sève. Les terrains ainsi plantés acquièrent une grande valeur. Le Sapin epicea est donc à la fois un arbre utile et un arbre d'agrément.
Thébat-Larch^.
CHRONIQUE HORTICOLE
i»O0irucifoii de* chenille*; ver eolltoire eu
la fraise en arbre.
Aux chasseurs malheureux que le gibier ne vient pas trouver, voici un moyen d'user leur poudre. Le Courrier de l'Isère croit devoir signaler à ses lecteurs une excellente méthode pour détruire les nids d'insectes en général , et ceux des chenilles en particulier. — « Un coup de fusil, dit-il, à poudre non bourrée, tiré à cinq ou six pouces (vieux style) des nids de chenilles , en débarrasse entièrement les arbres , sans causer aux branches aucun dommage. )>— Pour détruire cent nids de chenilles, c'est cent coups de poudre à tirer. Le système est aussi économique qu'expéditif ; quanta son infaillibilité, il n'en faut pas douter, puisque le Courrier de r Isère Aéchve la méthode excellente. . . — sans doute pour amuser les chasseurs affligés de myopie ! — Décidément les fabricants d'instruments agricoles n'ont qu*à fermer boutique : l'autre jour, un cultivateur de pommes de terre creusait les trous avec la main , binait et buttait avec la main ; aujourd'hui, l'échenilloir est aboli ; le fusil, n'ayant plus de gibier à détruire, se fait l'exterminateur des chenilles. 0 progrès ! comme tu marches. . . à reculons ! Espérons que bientôt le canon servira aussi à détruire les taupes et les hannetons.
En parlant de hannetons, la joie, le bonheur du jeune âge, en voici une autre de découverte importante! On vient de découvrir que '^
haoneton esl iiffligé do iœnia ou âulrement dit du ver solitaire ! Pauvre aolmal, que je le plaius! comme il doit souffrir, quand attaché par la paile à uû fil , et travaillé par le maudit ver qui lui fait éprouver d'atroces douleurs d*estomac, il est obligé de voltiger quand même pour amuser les bambins, qui le secouent rudement à lui casser la cuisse^ s'il a le malheur d'arrêter un instant son vol au moment d'une crise violente. 0 âge sans pitié! ne maltraite plus cette pauvre petite béte ; laisse-la vivre en paix, Car elle porte en elle le germe certain de la destruction de sa race. Oui, ce ver solitaire doit un jour — qui est plus ou moins éloigné — faire disparaître de la scène agricole et horticole ce Goléoptëre ravageur de
DOS arbres fruitiers et autres. Demandez plutôt à M. X ,
membre de la société d'horticulture. . . . d'un arrondissement de France. Uvous répondra: « Quand on aura trouvé le moyen de propager ce ver solitaire que j'ai découvert dans le hanneton, on pourra, par son emploi, détruire radicalement toute celte gent exécrable^ vouée à l'extermination, et qui jusqu'à ce jour est inexterminable. »
Nous recommandons la culture du ver solitaire du hanneton aux personnes sans profession et qui n'ont aucun moyen d'existence ; elles arriveront en peu de temps h une fortune considérable; et comme la reconnaissance est une des grandes vertus du genre humain, il n'est pas douteux que les cultivateurs du tœnia hannelonien n'élèvent alors à l'auteur de la découverte sa statue colossale qui tiendra un ver à la main (ne pas lire «erre), et qui verra à ses pieds des hannetons teirassés on mordant la poussière. Nous ferons connaître à nos lecteurs le jour de l'inauguration de ce monument.
Autre genre de découverte qui prouve, une fois de plus, que notre société se compose de deux classes d'individus : \eg grecs et les grecques! ou, pour parler le langage vulgaire : les floueurs et les floués.
Il y a quelque temps, les journaux anglais annonçaient qu'un individu , répondant au nom de Giraud, de Paris, vendait une Fraise arborea du mer Bouge, qui jouissait d'une grande réputation parmi les mangeurs de ce fruit délectable. Bon nombre d'Anglais, sur la foi de l'annonce, achetèrent laFraise nouvelle arborea, originaire dlimerRouge.Ce Fraisier, vendu comme une nouveauté, remonte cependant, dit-on, à la plus haute antiquité : il naquit le jour ou Moïse sépara ce mer en deux, dans la partie mise à sec, et pendant l'absence des flots. Recouvert ensuite par les eaux, il serait resté éternellement submergé sans la maladres^^e d'un voyageur naturaliste qui, ayant laissé tomber son mouchoir de poche
- su —
à cet endroit, plongea pour te reconquérir» et conquit en même temps le précieux Fraisier arborea^ qu'on vend en Angleterre, et qui ne tardera pas, sans doute, à passer te détroit. Cependant un incrédute d'Anglais — il y a des Thomas dans tous les pays — ayant consulté te savant rédacteur du Gardener*s Chraniclej apprit que le fameux Fraisier en arbre n'était qu'une innocente flouerie, et sonna l'alarme par la voix de la presse. Tous les journaux anglais de répéter alors l'avis du Gardener'Sy qui engageait ses abonnés de se tenir en garde contre ce grec borticole, ce qui valut au Manchester Examiner la lettre suivante :
« Monsieur le Directeur,
« Je viens de lire dans votre numéro d'hier un passage extrait du
x> Gardener's Chronicle, qui me concerne, et dans lequel on dit que la
B Fraise arborea de la mer Rouge, que je vends, est le Cornouiller
» commun^ et qu*ainsi je flouerais le public. Une insinuation aussi atten-
» tatoire à mon honneur ne peut rester sans protestation de ma part,
d J'attends donc de votre impartialité la publication de cette lettre dans
» le plus prochain numéro de votre estimable journal.
» Veuillez faire savoir à tout le public anglais que je suis attaché à
» rétablissement impérial de la Ferme-école de Grenoble (Isère), éta-
> blissement patroné par le gouvernement français, qui lui alloue de B fortes subventions pour le développement de Tborticulture, et qui en-
> courage par des primes les introductions de nouveautés. C'est ainsi D qu'il m'a été alloué, il y a deux ans , une somme de 18,000 francs, » pour avoir introduit la Fraise arborescente, et afin de me mettre en M mesure de la multiplier et de propager sa culture. Je suis arrivé sous » ces auspices à Manchester, il y a deux mois, et depuis je vends aux » amateurs, publiquement et avec toute la plus franche loyauté, le pré- » cieux végétal que j'ai apporté avec moi, dans un bat puremml phi- » laïUhropiqtM . J'espère, Monsieur, que vous rectifierez l'erreur qn'in-
> volontairement sans doute vous avez commise, d'après les suggestions * d'une feuille mal disposée en ma faveur, etc
n J'ai l'honneur, etc.
» T. GiRAUD, de Paris. »
— Hein! que dites-vous de celui-là! J'espère qu'il a sur la tête une belle mèche de cheveux ! — Pendez-vous, Bellet, Martin et Consorts, vous n'êtes que de la Saint-Jean ! Pourtant, n'imitez pas trop
rolre confrère; le toitpet ne lui a pas tout à fait réussi; car l'éditeur du joamal, étouDé de recevoir cette singulière lettre, ébranlé légèrement aussi dans ses convictions, demanda des renseignements au ministère de l'agriculture, à Paris» et apprit que Tallocation des 18,000 francs était on petit sac à tabac, et qu'il n'existait pas de Giraud à la Ferme-école de Grenoble ; mais que cette ville avait le triste privilège de voir son nom inscrit sur les prospectus de la plupart des fripons qui parcourent FEurope en vendant des plantes impossibles. Aussi H . Lindley, qui a eu ainsi recours au ministère de ragriculiure pour constater l'identité de cet effiron té coquin, conseilla-t-il à ses lecteurs de recourir au ministère de leur huissier pour faire saisir le citoyen Giraud, partout où il se présentera. — C'est aussi le conseil que nous donnons à nos abonnés, quand un Giraud quelconque viendra leur olflrir des nouveautés marquées du cachet du ridicule, comme celles dont nous avons donné les noms dans plusieurs numéros de ce recueil. Mais il est douteux que notre conseil soit suivi ; eu France on aime beaucoup à être trompé; c*est une maladie qui est passée à Tétat chronique, et rien n*en pourra guérir nos concitoyens.
F. Herincq.