POIRE BEURRE SIX
L'arbre est d'une vigueur ordinaire, d*un beau port et fa> tile ; il réussit aussi bien en haute tige et en pyramide qu'en espalier, parce que son fruit résiste aux vents, son arbre se forme bien sous tous les aspects, et les branches se ramifient sur le bois de Tannée. Les feuilles assez rapprochées sont d'un vert foncé t
Le fruit est gros ou très gros^ selon qu'il est solitaire ou à trochets; calebassiforme ventru. L'épiderme mince, de couleur vert-pomme, parsemé de points bruns, prend une légère nuance jaune clair à l'approche de sa maturation qui arrive en décem-
bre ; c'est-ànlire qu'on a dû en déguster au mois de novembre, et qu'on pouten avoir encore au commencement de janvier.
La chair blanche, un peu verte sur la peau, est fine, fondante, remplie d'un suc ni acidulé ni parfumé, mais d'une saveur délicieuse qui rappelle notre fameux Beurré d*Hardenpont (ci-devant Beurré d' Arenbergj .
Le Beurré Six, obtenu par M. Six, jardinier à Courtray, est un des plus beaux et des meilleurs fruits de table dont la Pomologie moderne se soit enrichie.
Ces précieuses qualités, jointes à la fertilité de l'arbre, lui réservent une place dans tous les jardins fruitiers.
L'échantillon que notre gravure représente pesait 730 grammes. Il a été récolté sur une jeune pyramide dans une École fruitière de l'étabUssement horticole de MM. Baltet frères, pomologues à Troyes, où la variété se trouve en multiplication depuis plusieurs années .
Il a été dessiné sous nos yeiix et dégusté par nous-mème .
F. Hérincq.
PEUT-ON GREFFER DES ARBRES A FEUILLES PERSISTANTES SUR DES ESPÈCES A FEULLES CADUQUES?
Depuis quelques années les plantations d'arbres à feuilles persistantes sont fort à la mode, et bientôt on ne voudra plus des espèces à feuilles caduques ; elles seront reléguées dans quelques jardins conservateurs jusqu'au moment où l'uniformité d'une verdure perpétuelle, faisant naître l'ennui, amènera un revirement en faveur de la chute des vieilles feuilles à l'automne, et de l'apparition de nouvelles au printemps. C'est ainsi que vont les choses en ce monde ; soumettons-nous à cette loi, et répondons à la question inscrite en tôte de cet article et qui nous est posée par un de nos abonnés.
Oui certainement, les arbres et arbrisseaux à feuilles persistantes peuvent être greffés sur des espèces qui perdent leurs feuiUes; mais il faut, comme pour toutes les greffes, du reste, qu'il existe entreles deux sujets qu'on veut unir un certain degré de parenté, c'est-à-dire qu'il faut que les deux esp^ces appar*» tiennent au même genre, ou au moins à deux genres de la même famille et très voisins Vun de l'autre; car, Tunion intime de la greffe sur le sujet, ne peut avoir lieu qu'autant qu'il y a uniformité dans la nature des tissus et dans celle de la sève, et cette uniformité de structure du bois ne se rencontre que dans les végétaux d'un même genre, d'un même groupe, d une même famille naturelle, tels qu'ils sont établis dans les classifications botaniques. La greffe du Rosier sur Houx, celle de la vigne sur oranger et beaucoup d'autres de ce genre sont autant de mystifications qui n'ont d'égale que celle du mariage d'une carpe et d'un lapin ; aussi est-ce avec peine que nous avons lu dans un Traité d'arboriculture, publié il y a à peine trois ans, que le groseUler à maquereaux réussit parfaitement greffé sur le Pla- QUEMiNiER {Diospyros virginiana) .
L'union par la greffe d'un arbre à feuilles persistantes sur un arbre à feuilles caduques n'est pas un fait anormal : la caducité ou la persistance des feuilles n'a jamais été un caractère de genre, encore moins de famille. Le Mélèze qui se dépouille de sa verdure n'est pas pour cela exclus de la famille des conifères ; les Prunus lusiianica et laurocerasus (Laurier de Portugal et Laurier amande) ne diffèrent pas génériquement des autres pruniers ; ils présentent la même slructure de tige, de fleurs et de fruits ; la persistance des feuilles est un caractère spécifique, c'est-à-dire qui appartient à l'espèce, et il serait aussi déraisonnable de les séparer du genre Prunus qu'il serait peu logique d'exclure du genre humain tous les individus qui ont la tète chauve.
Le greffage des arbres à feuilles persistantes sur arbres à
feuilles caduques est donc possible toutes les fois qu'on ne sort pas des limites naturelles ordinairement indiquées par les genres et les familles établis par les botanistes . Mais il est cependant une remarque à faire ici : c'est que parmi les espèces d'un même genre il y en a qui reçoivent plus facilement la greffe.
Ainsi, pour les essences à feuilles persistantes, MM* Baltet firères, pépiniéristes à Troyes (Aube), font remarquer que le Photinia gkdn^aj ou Cratœgus glabra, et le P. serrulata detir tata, viennent parfaitement greffés sur Cognassier commun^ mais pltis vigoureusement sur le Cognassier d'Angers. MM. Baltet préfèrent l'écusson à la greffe en fenle, et n'emploient jamais de trop gros sujets, dans la crainte du décollement de la pousse de la première année. Us ont obtenu ainsi des Cratœgus glabra à haute tige, de deux mètres de haut, n'ayant que deux ans de greffe • Ces habiles pépiniéristes ont remarqué que cet Alisier ne vient pas aussi bien sur épine blanche que les autres Alisiers.
V Eriobotrya japonica (Bibacier, Néflier du Japon) réussit également bien sur cognassier, mais greffé en fente ou en placage; comme au précédent, l'épine blanche lui convient moins .
Le Cotoneaster buzifolia ou mespilus buxifolia, aux rameaux pendants, au feuillage luisant, sur lequel tranchent ses fruits rouges, vient parfaitement sur aubépine. Greffé en lète sur haute tige, il forme d'agréables parasols. Le Cotoneaster microphylla s'élève, au contraire, en pyramide élégante; ses fruits nombreux, d'un rouge poudré, contrastant agréablement avec son feuillage sombre, en font un très joli arbuste.
Outre le marcottage en pied, MM. Baltet multiplient le Laurier amande {Pruntis laurocerasus), écussonné sur le Merisier commun, à fruits rouges {Cerasus avium)^ et sur Merisier à grappes {Cerasuspadus), à haute tige et demi-tige : par ce moyen, le sujet est très robuste contre le froid dans les terrains ordinaires.
Tons les mahonia penv^t être greffés sur Épinevinette {Berberis vtdgaris) ; celle da Népaul (0. Nepalensis) donne des tiges assez fortes pour permettre de lui rapporter des greffes de Mahonia à une certaine hauteur .
Le cognassier et Taubépine sont encore les sujets les plus convenables pour recevoir la greffe du Buisson ardent {mespUus pyracanlha)^ à fruit écarlate et à fruit blanc jaunâtre.
Le Cerasus carolina vit plusieurs années sur le merisier à grappes, et le Cerasus ilicifolius se greffe sur Sainte-Lucie^ malialebj et, à cause de la finesse de son épiderme^ on peut l'introduire de la même façon que les rosiers greffés en serre.
Les clématites, toujours vertes, reprennent sur la clématite ordinaire ; la ténuité des rameaux exige quelques précautions dans l'opération.
On pourrait très certainement greffer le Fusain du Japon sur celui d'Europe, TAlateme sur le Nerprun ; les fibumum awa^ fuski et sinensis sur la Viorne; les ligustrum japonicum et Nepalense siu* le Troène des bois, etc., etc.; mais la fadlité avec laquelle tous ces arbustes se multiplient par le bouturage, le marcottage ou les semis, n a pas donné lieu d^en essayer la multiplication par la greffe.
Le greffage des espèces précitées se fait généralement bien, disent MM. Baltet, en introduisant, sous Técorce, des petits rameaux munis de deux ou trois yeux et taillés en biseau, tel qu'on pratique la greffe de boutons à fruits, surtout depuis qu'on Ta appliquée à regarnir les arbres dénudés, dont Técorce trop vieille s'opposerait à la pose de Técusson.
Quant au greffage des arbres à feuilles caduques sur les espèces à feuilles persistantes, le fait que nous avons reproduit du Magnolia grandiflora, qui a reçu de M . Margat plusieurs espèces perdant leurs feuilles, prouve suffisanmient que l'union est aussi facile et peut être pratiquée dans certains cas .
Hérincq.