L'ÉRABLE A SUCRE
Depuis longtemps le reboisement des montagnes est à Tordre du jour. On cite les essences forestières qui pourraient être utilisées dans la construction ou comme bois de chauffage. Cette question est revenue sur le tapis plus que jamais depuis ces fatales inondations qui ont désolé la France ; on a ai ssi cherché bien des espèces d'arbres exotiques à naturaliser. D'un autre côté, le prix excessif des alcools, du vin, du sucre, ont fait recourir à divers expédients, et môme aux denrées alimentaires, pour en extraire ces matières tant recherchées. Nous croyons que les vues de nos intelligents économistes et sylviculteurs se sont rarement arrêtées sur un arbre qui n'est pas difficile au sol, qui prospère sous notre climat, et qui founit dans le Nouveau-Monde un produit lucratif pour ceux qui l'exploitent.
L'Érable du Canada, dont nous entretiendrons un instant nos lecteurs, plus connu sous le nom d'Érable à sucre [Acer saccharinum)j en raison de la matière qu'il fournit, croit dans la zone tempérée, entre le 40' et le 46** latitude. Sa hauteur est celle d'un Érable-plane ou d'un Sycomore, formant une tête plus divergente ; ses feuilles, à longs pédoncules, tri- ou quinti-lobées, incisées, vertes à la face supérieure, glauques en dessous, prennent à l'arrière saison une teinte mordorée jpassant au rouge carmin, qui serait d'un effet superbe dans les avenues ou les jetées d'un parc anglais ou français. Les échancrures du calice et des pétales sont d'un vert-jaune, liseré cramoisi, et chaque bouton poi-te cinq ou six fleurs polygames, monoïques jaunâtres, disposées en corymbes pendants, munis de pédicules longs et menus. Le fruit consiste en deux capsules ailées ovoïdes, contenant quelquefois deux ou trois graines. La floraison arrive au printemps.
Le bois de TÉrahle, en général, est excellent poor les ouvra* ges d'art.
La liqueur saccharine s'extrait de l'arbre en perçant la tige avec une tarière, de manière à entamer l'aubier de deux centimètres de profondeur ; on y adapte un tube en bois ou en ferblanc, et la sève tombe dans une augette placée à la basfi. Le bois de celte auge et celui du tube seront choisis d'une nature saine, ne contenant aucun principe colorant ni amer comme ceux du Châtaignier, de FÉbénier, etc. Quand Taugette est pleine, on en place une autre, et on vide dans un grand chaudron suspendu à trois perches fixées en terre et réunies à leur extrémité supérieure ; c'est là que s^accomplissent Tévaporation et la cristallisation du jus. Cette opération est produite par un fen actif, et dès que la matière bout et s'épaissit, on Fécume ; on remue avec une spatule de bois pour l'empêcher de brûler; on a l'habitude d'ajouter de temps en temps une nouvelle quantité de sève d'Érable, jusqu'à ce qu'elle devienne sirop. Alors on la laisse refroidir, et dès qu'elle est tiède, on la passe à travers une couverture de laine. Aussitôt que cette liqueur a acquis la consistance d'un sirop épais, mais pas trop poisseux, on la verse dans des moules en terre ou en écorce de bouleau, d'où il résulte des pains ou des tablettes d'un sucre doux, ayant une odeur suave et une saveur aussi agréable que celle du jus de canne ; il est presque transparent, et ordinairement de couleur rousse. Trop cuit, le sucre sylvatique a un goût de mélasse ou de gros sirop de sucre ; il est donc important de bien saisir à point le degré de cuisson de la liqueur saccharine : il s'agit seulement d'en prendre quelques gouttes entre le pouce et l'index, et de s'assurer si on sent des grains imperceptibles. Dans les États-Unis, il est curieux de voir les caravanes stationner dans les forêts d'Érables pour en travailler la sève. , Quand leur matériel n'est pas en rapport avec le jus extrait, ils en emplissent des tonneaux, en ayant soin de ne pas la laisser
plus de deux jours dans^ces rédpieûts momentanés. Le jus d'Érable fermente bien vile, surtout si la température se radoucit. . — Pendant TébuUilion^ qui consiste, nous en avons déjà parlé, à en chauffer deux cents litres envirou par chaudière de cuivre ou de fer, pour en évaporer Thumidité par l'action du feu, il pourrait arriver que cette action trop vive fit déborder le liquide : on y obvie en y jetant quelques morceaux de lard ou de beiure ; aussitôt le niveau s'abaisse. Un chaudron de cette contenance produit cinq kilogrammes de sucre. Quelques colons raffinent le sirop avec des blancs d'oeufs, ce qui rend le sucre plus blanc et plus agréable.
L'époque la plus favorable au perforement de l'Érable du Canada est de la mi-mars à la mi-mai ; à cette dernière date, le suc est déjà trop feerfcocé, tandis que l'oxygène elle carbone sont mieux combinés au début de la sève. Le trou doit être fait de bas en haut, à un mètre du sol et du côté du midi. Une couple de trous par arbre ne l'épuisé pas et sont suffisants : vers la fin de cette période elle est moins convenable et moins cristallisable ; on ne peut en faire que de la mélasse ou du vinaigre. Un bel Érable donne dans la saison près de deux kilogrammes de sucre ; et on en récolle près de quarante millions de kilogrammes dans le seul État de New-York. La statistique de 1854 a démontré que d'autres petits États de l'Amérique du Nord avaient fourni deux cent millions de kilogrammes de sucre d'Érable. Dans les comtés de Beauharnais, de Napierville et de Chàteauguey, les usines et les raffiineries sont parfaitement organisées, et offrent de beaux bénéfices à leurs propriétaires. Nous avons ouï dire que le prince d'Auenberg, dont les aïeux ont fait planter en Bohème des forêts d'Ëk>ables, récolte, bon an mal an, six à sept mille quintaux de sucre.
La partie méridionale de la France vient d'être dotée du Sor^ gho ; pourquoi les départements du nord, de l'est et du centre ae se livreraient-ils pas à la culture de PÉrable à sucre 7 N'en ti-
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reraien vils que du bois de service^ que leurs frais se trouveraient rémunérés, surtout dans les terrains secs et légers.
Thébat-Larghe.