CULTURE DE LA POMME DE TERRE
Vaut-il mieux planter les Pommes de terre au printemps, en automne ou en hiver ?
Vaut-il mieux les butter ou ne les pas butter?
Est-il préférable de les planter entières, ou de les couper, et, dans ce dernier cas, doit-on faire les morceaux gros ou petits?
Toutes ces questions, malgré leur importance pour la culture d^un de nos produits les plus précieux^ sont encore à un tel degré d'incertitude, qu'il ne sera pas inutile, je pense, de faire connaître les résultats d^une assez longue pratique sur la première question, et ceux que des expériences suivies avec la plus scrupuleuse attention sur les deux autres, m'autorisent à publier avec toute l'assurance que donne l'autorité des faits.
Depuis sept ans^ nous plantons, à la Ferme-école, des Pom^ mes de terre en automne et en hiver ; nous en plantons aussi au printemps jusque vers la mi-avril, et toujours les plantations automnales et hivernales ont donné des produits plus abondants, un peu plus précoces et beaucoup plus sains que la plantation printanière. Ces résultats sont si constants et si sensibles, que le doute ne saurait être permis sur l'avantage qu'il y a à
planter le tubercule le plus tôt possible. Malheureusement, les exigences des travaux agricoles d'automne, qui ne peuvent être remis, et le défaut d'engrais, qui sont tous employés aux céréales, ne permettent pas de donner à cette pratique toute Textension qu'elle mérite. Mais lorsqu'on le pourra, on fera toujours bien de planter les Pommes de t^rre le plus tôt possible, en ayant soin de les recouvrir assez pour qu^elles soient à l'abri des plus fortes gelées, ce qui nécessite une couverture d'environ trente centimètres de terre. Si, de plus, on a soin de mettre les tubercules au-dessous du fumier et non pas audessus, comme cela se pratique au printemps sans inconvénient, on peut être assuré que la récolte sera à l'abri des froids les plus intenses.
Par suite de la crainte que le fumier mis en contact avec la semence soit une cause déterminante de la maladie, nous avons jusqu'à ce jour exécuté nos plantations de la manière suivante :
Après avoir doimé au sillon toute la profondenr à laquelle peut atteindre la charrue à double versoir, nous plaçons les tubercules à une distance proportionnée à leur grosseur, distance qui est comprise dans les Umites de 25 à 40 centimètres environ ; nous faisons ensuite glisser une légère couche de terre sur la semence ; puis nous épandons le f utnier dans le sillon, et l'opération se termine en fendant par le milieu les deux billons de chaque côté ; ce qui termine l'opération, jusqu'au moment où la terre étant ressuyée par les premiers hâles du printemps, nous donnons un ou plusieiws hersages énergiques, tant pour ameubUr le sol que pour le nettoyer ou le niveler. Enfin, la levée des plantes est suivie de nouveaux hersages et de cultures entre les lignes, tant au petit scarificateur qu'à la houe à cheval, et cela durant tout le temps de la végétation de la Pomme de terre, toutes les fois que le besoin s'en fait sentir.
On remarquera que dans les opérations successives qui viennent d'être détaillées, il n'est pas question du bultage; c'est qu'en effet nous ne buttons pas les Pommes de terre, et en voici la raison : A la suite de quelques expériences faites à Roville de i 829 à 1833, il fut constaté que le buttagedes Pommes de terre nuit à leurs produits. Mais ces essais n'ayant eu lieu que sur deux espèces, je voulus les répéter en Limousin en les faisant sur une plus grande échelle. J'opérai donc en 1 839 et 1840 sur dix-huit races ou variétés, et sur seize pieds ou touffes de chaque variété, ayant soin que le poids de la semence des huit pieds qui devaient être butlés, fût le même que celui des pieds qui no le seraient pas, toutes les circonstances du sol, de fumure et de culture étant d'ailleurs exactement les mêmes; or, tel fut le résultat :
Les cent quarante-qi?atre pieds buttés produisirent 1 60 kilog. 70 grammes, et le produit des cent quarante-quatre pieds non huilés fut de 168 kilog. 45 grammes, ce qui fait, en faveur des Pommes de terre non buttées, une différence de 7 kilog. 75 grammes^ soit environ 34 hectolitres par hectare.
Mais il importe de dire que le buttage ne fut pas défavorable à toutes les variétés dont six profitèrent de cette culture. Ce sont la Brugeoise, la Mardive d'Irlande, la Chandemagor, la Truffe d'août, la Vitelotte et une variété couleur violette qu'on cultive en Limousin, et dont j'ignore le nom.
Quant aux douze variétés auxquelles le buttage fut nuisible, ce sont : la grosse jaune, la blanche qui fut la première introduite en Limousin, et qui est connue dans le pays sous le nom d'ancienne, la Saint-Jean, la Rohan, variété Sommeiller, la patraque jaune, la patraque rouge, la Marjolin, la Rohan proprement dite, une deuxième variété de Rohan, la Schaw.
On ne doit donc pas proscrire d'une manière absolue le buttage dans la culture des pommes de terre, car, avant de se prononcer, il importe de savoir à quelle variété on a affaire.
Oii ne peut que constater ici que le buttage est contraire ou avantageux selon les races que Ton cultive, en recommandant toutefois de ne janiais butter avec une très grande énergie, car alors cette opération est défavorable à toutes les variétés, les tubercules ne se formant qu'avec peine sous une couche de terre qui dépasse 25 centimètres.
La troisième question est de beaucoup la plus importante, et c'est aussi celle dont la solution ne peut laisser aucun doute. Les dix-huit variétés, dénommées dans l'expérience qui a trait au buttage, ayant été divisées en gros et en petits morceaux, la semence des 144 pieds implantés en gros morceaux, pesa 14 kilogrammes 15 grammes, la semence des 144 pieds implantés en petits morceaux 3 kilogrammes 25 gr. seulement ; ils étaient à peu près de la grosseur de ceux qu'on emploie dans la culture du pays.
Produit des gros morceaux, 194 kilogrammes 15 grammes soit 14 fois la semence.
Produit des petits morceaux, 117 kilogrammes 75 grammes ou 36 fois la semence.
Ainsi le rapport du produit à la semence est, pour les petits morceaux, près de trois fois plus élevé que celui des gros ; mais doit-on en conclure qu'il faut donner la préférence aux petits morceaux dans la culture de la Pomme de terre î
Les questions de cette nature sont toujours complexes, car elles doivent être envisagées sous deux points de vue ; sous celui du rapport entre le produit et la semence, rapport qui, pris isolément, ne signifie absolument rien, et sous ce point de. vue, autrement important que le premier, du produit comparé à rétendue de la terre ensemencée, déduction faite de la semence.
Or, en rapportant à la culture d'un hectare toutes les données ci-dessus, nous arrivons à ce résultat :
Avec les gros morceaux, il faut, pour ensemencer unlieclarei
56 hectolitres qui en donnent 770, desquels retranchant la semence, on obtient pour produit net 714 hectolitres.
Avec les petits morceaux^ il faut, pour planter un hectare, 1 3 hectolitres, dont le produit étant 466 hectolitres, donne un produit, semence déduite, de 453 hectolitres, résultat qui établit un avantage de 261 hectolitres à l'hectare en faveur des gros morceaux de Pommes de terre employée pour la semence.
Qr, les frais, à l'exception de l'arrachage et de l'emmagasi* nage, n'étant pas plus élevés dans l'un que dans l'autre cas, on voit tout l'avantage qu'il y a à forcer le poids de la semence, n est vrai que, depuis longtemps, les pommes de terre sont si rares et si chères au printemps, et la récolte en est si casuelle, qu'on est excusable de regretter la semence, bien que l'économie que l'on fait de ce côté tourne toujours au préjudice du produit.
Les résultats ci-dessus se déduiraient aisément de la théorie qui enseigne que pour croître et prospérer, tout être organisé, soit végétal, soit animal, a besoin, dès sa plus tendre jeunesse, d'une bonne mère qui lui fournisse amplement toute la substance nécessaire au complet et prompt développement de ses organes.
On a dà remarquer que les produits indiqués sont plus que doubles de ceux que l'on obtient en grande culture. Mais je dois dire que la plantation eut lieu dans une partie de jardia défoncée, dans le but d'y planter du Houblon ; que la fumure fut abondante, et que, pendant leur végétation, les Pommes de terre reçurent, en temps opportuns, tous les soins d'une culture maraîchère.
On doit conclure de ce qui précède :
l"" Que la plan talion hivernale des Pommes de terre est avantageuse^ tant sous le rapport du produit que sous celui d'un peu plus de précocité et de moins de tendance à la maladie.
2* Qae le buttage ne peut être ni conseillé, ni proscrit d*une manière absolue ; que son utilité dépend des variétés auxquelles on l'applique, mais qu'en général on peut admettre qu'il est plutôt nuisible qu'avantangeux.
3* On doit admettre avec la plus grande certitude qu'il eit avantageux, quelles que soient les races de Pommes de terre que l'on cultive, de forcer le poids de la semence, soit qu'on ait recours à des Pommes de terre entières, soit qu'on emploie des Pommes de terre coupées.
Entières, elles sont moins exposées à la pourriture ; mais comme on ne peut guère alors employer que des tubercules moyens, on risque d'en planter qui n'ont pas atteint leur conaplète maturité, et c'est là une cause infaillible de la dégénérescence des produits.
Il serait donc préférable, si ce n'était la crainte de la pom^ nture des mères, de choisir les plus grosses Pommes de terre qui ont toujours atteint leur complète maturité, et do les couper en morceaux trois ou quatre fois plus gros qu'on ne le fait communément.
Il est cependant un cas où Ton peut et où Ton doit môme couper en très petits morceaux les Pommés de terre de semence : C'est lorsqu'on a peu d'une espèce que Ton veut propager proniptement ; car alors c'est à la multiplication de la semence que l'on doit viser bien plus qu'à un produit abondant comparé à l'étendue cultivée.
Ad. de Brcchard,
D'recleur de la Feiue-écolo de Chavaigoac.
EMPLOI COMME KNGRVIS DI^S E.VUX AMMONIACALES PUODUiTES DAiN:) LES U^LN^iS A GAZ.
M. Le Roi, ingénieur civil et ancien directeur de l'usine 4
gax de ChAloiis*-sur-Mame, étant embarrassé par les eaux ammoniacales et les goudroBSj comme cela a ordinairement lieu dans ce genre d'usines, les faisait transporter dans une vieille carrière de craie abandonnée, située dans une contrée absolument aride, où la mousse elle-même ne trouvait pas assez de substance alimentaire pour y végéter : c'était de la craie toute nue. Au printemps suivant, on remarqua que le chemin qui conduisait vers la carrière était couvert d'herbe, tandis que toute la contrée conservait son ancienne aridité.
Ayant vérifié le fait, il ne fut pas difficile de reconnaître que cette fécondité était due à quelques fuites du tonneau ; M. Le Roi reconnut également que là où les eaux étaient versées en trop grande abondance, il n'y avait pas de végétation. L'habile observateur conclut d'abord qu'un emploi modéré de cette liqueur est très utile» tandis qu'employée en surabondance elle perd sa vertu fécondante. Cependant cela n'expliquait pas comment il poussait de l'herbe sur de la craie absolument stérile ; et voici comment, après une observation longtemps continuée, il explique le fait : Le vent charrie de la poussière, qu'il laisse tomber à la surface du sol lorsqu'il diminue d'intensité ; puis il reprend ces dépôts, qu'il charrie ailleurs, sans que jamais le sol crayeux puisse s'en approprier une partie suffisante pour donner naissance à la végétation. Or, le goudron, mêlé aux eaux ammoniacales, fonne une substance visqueuse qui fixe ces particules de terre vagabondes, et, au bout d'un certain temps, elles forment une couche végétale très azotée et par suite très fertile.
Les conséquences suivantes résultent des observations de M. Le lloi : Inemployée en proportion convenable, Teaii ammoniacale des gaz est un excellent engrais ; 2* employée en trop grande abondarxe, elle devient nuisible, parce qu'elle surexcite la végétation, qui se renverse et dépérit avant d'arriver à maturité ; 3"" un mélange d'eau ammoniacale et de goudron forme
un sol fertile, en fixant les particules trop mobiles qui sont entraînées par le vent.
Dans le rapport fait à ce sujet par M. le général Hygonnet à la Société nationale d'agriculture de Paris, on remarque les avantages que le savant ingénieur a aussi obtenus au moyen de goudron de gaz, dont il a enduit les pieds des arbres fruitiers, qu'il préserve ainsi des insectes, fourmis, chenilles, etc., etc., et notamment de la destruction occasionnée par les rongeurs. Un kilogramme de goudron qui coûte 1 0 centimes, peut servir à enduire le pied de cinq cents arbres sur une hauteur d'environ 50 centimètres, distance plus que nécessaire pour la préservation contre les insectes de toute nature et contre les rats d'eau.
Itns.^ Imp. hortieolt de J.-B. Gios et Donnadd, nie Gaatotte, 9.
^/Mrt- jssâ. PI- j
GUnre àe Nimy (fig. 2) est une plante de 30 à 35 cent, de hauteur, à capitules moins grands que ceux de la variété précédente, mais ses ligttles, également disposés sur deux rangs^ sont larges, pkts, du plus riche carmin velouté, d'un très brillant édat.
Tom Pouce (fig. 3) est une variété naine qui n'atteint guère que' 1 2 à 1 5 eentimètiet de hauteur ; elle se couvre de capitules de grandeur moyenne, à ligules d'un beau carmin pourpré.
Nous avons vu ces trois variétés à rexposition de Paris en 1857 9 où elles ont été couronnées d'une médaille d'argent de 1 ** classe ; elles méritent réellement cette récompense.
Culture. Ces plantes sont rustiques et de pleine terre ; elles se multiplient très facilement par la séparation des touffes, et par boutures iwxxes h Tombre et sous cloches. Leur floraison brillante et abondante, qui se montre en mai et juin, les fera rechercher pour la décoration des jardins. Elles sont en vente chez M. Bedii^hans, jardinier fleuriste àNimy, près Mous (Belgique.)
F. Heringq.
fETDNIA VARIÉS (Pl. îv.)
Les Pétunia que nous figurons dans ce numéro, sont des gains nouveaux qui viennent d'être mis au commerce par M. Rendatler, horticulteur à Nancy (Meurthe.)
Louis Van HouUe (Rendatler) — (fig. 4), est une variété remarquable par la f(mne de la fleur et le coloris qui est très distinct de celui des variétés connues. Ses fleurs sont très grandes, bien étalées, carmin vif, liserées de même couleur phis foncée, à ceatre blanc pur, veiné de vert jaunâtre.
Mi$dame ftf ut/lier (lliniUiery ~ (fig. 1.) Cette variété est variable comme le Petmia tmmiiabk duquel elle provient. Les
fleurs à fond roseîoncé sont bordées de blanc pur ; les 5 lobes> maculés de blanc, forment, quelquefois en rayonnant /une étoile autour de la gorge, comme le représente la figure.
Victor de Pruines (Lanier) — (Gg. 3.) Flenrs très pleines et 1res grandes (10 centimètres de diamètre), d'un beau rouge vif à reflet violette •
Louis Ingelreht (Rendl.) — (fig. 2.) Fleurs grandes, blan-
chesy marquées de 5 bandes longitudinales, carmin vif. Cette
belle variété de premier mérite a obtenu le l^prix à Texposi*
tion de Nancj .