LE DRAINAGE EN CHINE
Le Drainage est, comme beaucoup d'autres découvertes nouvelles, une invention renouvelée des Grecs. Il y a longtemps en effet, qu'il est pratiqué chez le peuple chinois. Voici ce qu'on rapporte à ce sujet :
A environ 20 kilomètres, au N.-E. de la ville de Canton^ et à 8 de la mer, on rencontre une immense étendue de terrain couvert des plus belles récoltes. Ce terrain û'était, en 1845, qu'un vaste marais malsain où grouillaient les plus hideux reptiles. Un des principaux habitants de la province, qui n'est ni ancien élève de l'école polytechnique, ni ex-élève de l'école des ponts et chaussées , mais qui est simplement un chinois intelligent, entreprit de le dessécher pour le livrer à la culture. Son premier soin fut de le débarrasser de ses eaux puantes. Il ilt ouvrir des fossés profonds, et d'une largeur d'un mètre environ, tous parallèles et aboutissant à un autre fossé plus profond encore et plus large. — Cinq fossés principaux et trente secondaires furent ainsi ouverts sur ce terrain qui compte environ cinquante hectares, et qui vit bientôt ses eaux s'écouler à la mer. C'était déjà un beau résultat^ mais il fallait encore pour rendre ce terrain cultivable, assainir entièrement la terre. On creusa alors des tranchées moins profondes que les fossés secondaires et perpendiculaires à ces derniei*s ; puis, aux deux extrémités et dans le fond de ces tranchées, on planta des pieux auxquels furent fixés des câbles tissés en branches de saule, ceps, vignes ou tiges de roseaux. Toutes les tranchées ainsi garnies de ces câbles, le chinois fit placer sur ces derniers des mottes
de terre gazoonées et retournées a&n que Therbe se trouva en dessous, et il fît ensuite combler les tranchées avec la terre qu'on en avait extraite.
Un anglais qui passait par là^ vit l'opération, l'examina; revint en Angleterre, et inventa le drainage avec autant d'aisance et de facilité qu'un de ses concitoyens créa les jardins anglais. — Seulement le drainage anglais coûte fort cher ; les drains ou tuyaux se brisent assez facilement,- s'obstruent et se remplissent de racines avec la plus grande facilité ; ce qui fait qu'ils n'agissent avec efficacité que pendant peu d'années; le drainage chinois, tout aussi bon, durant peut-être plus longtemps, ne coûte que la peine de couper ses di*ains sur des saules ou sur des roseaux qui se trouvent toujours dans les terrains humides, tant il est vrai que le créateur a placé le remède à côté du mal.
Ceci nous rappelle une anecdote arrivée à un de nos amis, homme charmant, qui s'est illustré dans le monde par une foule de faits surprenants. Cet homme charmant, et de plus très aimable , possède un magnifique manoir dans un département qui se livre particulièrement a \3LCiiUure des poulardes. Le terrain de ce beau domaine est un sable on ne peut plus sec; les plantes y sont rabougiies et n'y croissent qu'à force d'arrosements. Le châtelain désolé de n'avoir sous les yeux qu'une aussi ;?tè/rc végétation, consulta son jardinier, il y a deux ans, sur les moyens à employer pour bonifier le sol. L'illusli'e et intelligent directeur des cultures — car on n'est plus jardinier d'un château maintenant, on est directeur— conseillai drainage comme le remède le plus efficace. Le propriétaire, dans l'espoir d'avoir des fleurs à lui pour orner ses salons, les jours de réception, fit drainer parc et jardin. 5,000 francs furent consacrés à cette opération ; aujourd'hui on en dépense autant pour faire enlever les drains.
Pour le jardinier, le drainage est une alfreuse mystification
des anglais. On nous assure qu^il rédige en ce moment un mémoire contre le drainage, appuyant son opinion de Tessai qui en a été fait sur le terrain très sec, de ses jardins. Nous recommandons ce très intelligent directeur des cultures, aux personnes qui désireraient avoir un jardinier très habile dans Tart de cultiver la terre, d*empécher les plantes de fleurir, et de laisser mourir les nouvelles qui lui sont confiées. Malheureusement nous ne connaissons pas que lui de cette force-là.