‹ L'horticulteur français de (volume 4)Chapitre 96 sur 160 · LESCUTEa · texte numérisé non relu

LESCUTEa

LE BAMBUSA GRAOUS.

ET QUELQUES PLANTES CONSIDÉRÉES AU POINT DB \UE ORNEMENTAIS OU PITTOBESQUll.

On recherche aujourd'hui avec enopressement pour décorer les jardins paysagers , les plantes dont le port bîtarre et étranger^ si je puis m*exprimer ainsi y rappelle à l'iâiagination des con«trées lointaines, non par leur provenance, mais par leur aspect, leurs couleurs, leurs formes, celles surtout dont le feuillage majestueux ou singulièrement coloré attire le regard immanquable ment. Mais je vais essayer de mieux me faire comprendre. Que l'on jette un regard même distrait , dans une serre chaude ; on bien que Ton pénètre par exemple, dans la belle serre froide du Muséum d'histoire naturelle , Thomme le moins captivé par cette passion que fait naître la culture et Tétude du règne végétal, comprendra ou mieux sentira que toutes ces espèces proviennent de pays lointains ; aucune de ces plantes n'est celle de nos pays ; le port Tallure, la couleur, l'odeur, tout est dififéîent ; eh bien ! ce sont ces plantes ou plutôt les plantes analogues que j'appellerais volontiers plantes pittoresques, que l'art horticole, avancé et rafiné comme il Test aujourd'hui, cherche

à placer dans le parcs et jai dins paysagers ; Faire deviner sous le climat tempéré de notre belle France^ la torridité des abords du désert, la fertilité d'une oasis, la chaude humidité d'une savane, l'aridité glacée d'une alpe, ou même l'inconnu de tant de contrées, c'est là une question éminemment artistique, poursuivie avec succès par le pinceau ou le crayon des peintres, mais que touche seulement depuis quelques années l'art hor« ticole.

Les végétaux qui peuvent faire concevoir ceux des régions intertropicales, insulaires, ou au moins méridionales, sont ceux que l'on recherche surtout. Les plantes de ces pays ont en général, pour caractère, une végétation d'apparence vigoureuse, des formes grandes, larges et souvent bizarres, des couleurs parfois tranchées, et prescpie toujours plus de parties vertes que les végétaux de notre climat. Il est certainement restreint, le nombre des espèces qui puissent avoir les divers caractères dont je parlais tout à Theure, et jouir en même temps d'une rusticité assez grande pour être cultivées en'plein air toute l'année ou au moins pendant les quelques mois d'été. Pourtant nous pourrions en citer successivement quelques espèces vivaces et même des arbres dignes de paraître sur la scène horticole à ce point de vue ; telles seraient :

Les Wigandia, le Chamœrops excelsa, ce Palmier rapporté successivement par Won Siebold et Fortune et qui supporte, sans souffrir, le climat brumeux de l'Angleterre, mais qu'aucun Français n'a jusqu'à ce jour osé risquer en pleine terre ;

Les Canna Lamberti, indica, Wavscewiezii, coccinea, orientalis^ glauca, flaccida, le Gynerium argenteum, cette merveilleuse graminée, sans compter les espèces acquises positivement à la pleine terre, comme les Rheum, les Onopordon, le Carduus Marianus, les Yucca, les Urtica nivea et utilis, THeracleum de Rantonnet, les Ricins, les Martynia, quelques choux frisés ou panachés, etc., etc.

Et dans ua autre ordre, les Araucaria imbricata, Gedi*us Deodora, les Cuninghamia Sinensis , les Ephedra, les Taxodium distichum ;

Enfin sur le bord des eaux, les Arundo Donax et mauritauica^ les Arundinaria, les Bambusa nigra et gracilis.

Ce dernier, originaire derHymalaya, est cultivé en Chine sur

une assez grande échelle pour la confection des ouvrages de

sparterie. Ces paniers et ces corbeilles à la fois si solides et si

élégantes, que l'importation nous procure en si grande quantité,

sont, dit^n^ faits avec ses tiges et les pétioles de ses feuilles.

Il est encore utilisé pour faire des clôtures. Ce sera probable*

ment là une fort précieuse introduction, comme utilité dans les

provinces méridionales, comme ornement pour le nord. Il est

en effet probable que ce bambou croissant dans des régions dont

le climat est à peu près semblable au nôtre, et d'ailleurs spon«

tané à une altitude assez élevée, pourra supporter nos hivers

comme le Bambusa nigra ; mais ne présumons point trop

d'avance ; le bambusa gracilis est une plante encore presque

inconnue. La maison Vilmorin à qui on doit cette introduction

avec tant d'autres, en a mis cette année en vente quelques

paquets de graine^ Nous avons pu, grâce à l'obligeance de

M. Houlet, en voir plusieurs jeunes pieds dans les serres du

Muséum ; enfin nous en possédons nous-méme un pied venu de

Belgique. La rusticité de ce bambou serait une heureuse chose

pour les jardins paysagers ; mais, je le répète, nous ne pouvons

malheureusement qu'espérer.

A. De Talon.

MI3LT1PUCATI0N DU PISTACHIER.

Le titre de ce Journal dit assez que toutes les cultures qui peuvent être essayées sur tel point de la France, seront enregistrées dans ses colonnes. Après avoir recommandé aux sylviculteurs du nord, les forêts des Erables sacchariferes . nous

venons engager ceux du midi à étendre les plantations de Pifltachiens.

C'est surtout le climat provençal que semble préférer, en France, cet arbre fruitier exotique ; les départements qui avoisinent TEspagne lui rappellent également^ par les concentrations et les réflexions de chaleur, la Perse, l'Arabie, la Syrie, d'où Vitellius le transporta dans le sud de TEurope. Nous Tavons rarement rencontré dans nos pérégrinations alpines et dans la Suisse, où les contrastes de chaud et de froid sont parfois trop brusques ; cependant, la chronique &a cite de forts individus qui passaient l'hiver près de Lyon, vers la fin du iS* siècle, et d autres qui tapissaient des murs aux pépinières du Roule et du Luxembourg à Pari». Nous n'avons pas la prétention de les naturaliser au bois de Boulogne, pi même à la Tète d'Or (grand paie de Lyon). Nous relaterons seuleqient les expé* nences de MM. Joachim Poutet, Paul Haynaud et NégrelFérand; communiquées à la Société de Marseille, laissant aux hommes de pH>grès le soin de les augmenter encore.

Le Pistachier atteint 6 mètres environ. Ses fleurs en grappes apparaissent en mai; elles sont unisexuelles; l'espèce est dioïque, c'est-oàrdire que pour obtenii* du fruit, on doit avoir des pieds mâles et des pieds femelles, ceux-ci en plus grande quantité, ou ce qui 66 fait em France, ou pose une gieCfe mâle sur chaque femelle ; cette greffe est un écusson pratiqné en juin aur le vieux bois, en juillet sur le nouveau.

D'après une plantation de 400 Pistachiers obea un propiié^ taire, àMarseille,— etdontla moitié, en rapport en 1852, a produit 400kilog. de fruits vendus 800 fr., — il est à peu près reconnu que les arbres venus par semis sont préférables, pour \9l vigueur^ aux arbres greffés, mm ils sont mçina fertiles. La ceproduciion par $emi$ est la même que celle de rAmandier* Au Ueu de le greffer sur lui-ciéme, les cultivateurs niarsi^illais h grofient sur Térébiuthe, et le trouvent pliy robuste et plus

pwdiKîtif-, Thonin et Dohamel dlit exprimé la mémo opinion en dlârtt âté ïaiiê. Thmiiiî ^mite que le KsUchîer franc gèle dans le Lângtiedôc k 6 dôgré* de froid, tandis^ qu'il en supporte le double, àhÉ qu'il esit greffé sur Térébinthe. Duhamel croit que l'arbre tout eu produisant des fruits plus nombreux et pins béaUï, peut cnôore, par son tronc sauvage, fournir la résine si recherchée du commerce pour la fal sifier avec la résine de Mélë2è.

Le Térébinthe croit ordinairement dans nos provinces méridionales ; rien tt*est facile Comme sa transformation en Wslaehier. On les élague en hiver pour ]es ététer à 50 ou 80 c. du sol ; au printemps, on ébourgeonne toutes les pousses du bas, èft ménageant toutes celles de la partie supérieure ; car si on ne laissait que celles qui doivent être écussonnées, le vent les tordrait ou les décollerait ; maig^ au montent de la greffe, en juillet, on ne conserve que les deux ou trois qui doivent recetoir l'écussôn ; on pose eet écusson et chaque rameau, qui a ma rinoûulatioh, est rogné h deux yeui au-demis; a dans lu quinjsaine qui suit, Tœil ne se développe pas^ om pince ces deux bourgeons sauvages pour l'y obliger^ en même temps poot ériter qu'il soit noyé parla résine*

La première semaine de juillet est la meilleiiiQ pour cette Opération, et les rameaux gourmands donnent les greffes les plus saines. L'individu mâle étant moins vigoureux qne Tautre, ne saurait être placé sur le même sujet sans dépérir; il est pins sage de les isoler, en orientant les mâles suivant les vents les plus fréquents pendant la floraison ; leur faculté de féconder auloin permet de les éloigner Vxat de l'autre, à de grandes distances. n

M. Raynaud obvie an décollement, à la strangulation, par le pincement^ qnand la jeune greffe a atteint itf à 20 centimètres, et répété pendant le cours de la sève, sur les ramifications qui tendraient a s'emporter. La réussite de toutes ces opéra* tîons et de la vie de l'arbre a été constatée sur des terrains in*

clinés au sud, à l'est et k Touest. I^ variété préférable serait celle d' A]ep, dont les premiers exemplaires avaient été importés par le général Garavaque ; une grande partie du fruit a la coque entr'ouverle, mais en nombre proportionnement moins grand quand la récolte est abondante.

Quand nous songeons que la France est tributaire de la Sicile, de l'Asie et de l'Afrique pour cette production v^étale, et qu'il y a des terres non exploitées en Algérie, nous nous demandons pourquoi MM. les économistes n'ont pas plus souvent touché celte question ; nous engageons les planteurs à la mettre en pratique immédiatement.

ThAbat-Larghë.

Page 1