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LES HYBRIDES

La question des hybrides végétaux est une grave et importante question pour l'horticulteur. Depuis longtemps elle divise les physiologistes : les uns, Kœlreufcer et Kaigfat particulière-

meiityOtit potét!Oï!nme un principe fondamental, que les hybrides qm proviennent de la fécondation entre deux espèces — ne pas confondre avec variétés — sont toujours d'une stérilité absolue ; e'est-à-dire que les individus obtenus par celte hybridation ne donnent jamais que des graines avortées. D^aulres botanistes, et tom les horticulteurs, ont admis que les hybrides étaient fertilbSy qu^ils fécondaient leurs graines par leur propre pollen. &ifin, d'autres encore, Linné d*abord et après hii M. Regel, pensent qu'un hybride peut -se reproduire pendant une série de générations, qui peut être indéfinie.

En présence de cette divergence d'opinions, le savant professeur de botanique du Mus;êum, M. Adolphe Brongniart, tenta quelques expériences vers 1834, et les quelques hybrides qu'il obtint, entre autres un Tabac provenant de la fécondation du Nicotiana tabacum par le Nicotiana glaxica^ donnèrent gain de cause aux partisans de la stérilité absolue. Ayant assisté à ces expériences, j'ai parta^ celle opinion, et, depuis, j'ai toujours combattu l'hybridiié des espèces, malgré les nombreux hybrides de Nyclago qui, chaque année, étaient présentés par M. Lecoq, deClermont, et principalement ceux qui provenaient des horticulteurs. Les résultats que j'avais vus au jardin des plantes m'autorisaient à combattre la fertilité chizles hybrides d'espèces, et à avoir peu confiance en ceux que le commerce horticole nous annonçait.

Mes convictions, sur cette question, viennent d'être profondément ébranlées par le beau et intéressant travail d'un de mes cûilëgues au Muséum, M. Naudin, auquel l'Académie des sciences vient de décerner le grand prix des sciences physiques.

Les conclusions de cet intéressant travail sont basées sur les résultats de nombreuses expériences Faites par Fauteur de 1854 à 1861 » Grâce h la bienveillance du professeur de culture, H. i)ecsisiie> ^^i a mis à la disposition du patient et hâ-

bile expérimentateur^ une grande surface de terrain, dans deux enclos différents appartenant au Muséum, M. Naudin a pu cultiver, en pleine terre, un nombre considérable d'hybrides qu'il obtenait, et les suivre dans le cours de plusieurs générations. C'est ainsi qu'il a donné à ses observations, comme le fait très-bien remarquer le rapporteur de la commission académique, M. Duchartre, « un caractère de rigueur et de généralité que n'avaient pas offert celles de ses devanciers » et qui ne permettent pas de mettre en doute les résultats obtenus^ ni de contester les conclusions qu'il en déduit.

« Or, dit M. Duchartre, dans son rapport h l'Académie des sciences, ces conclusions tendent à modifier profondément les idées admises par la majorité des physiologistes, relativement aux conditions qui règlent la production des hybrides. La première et la plus importante de toutes, est que les êtres singuliers qui résultent delà fécondation croisée de deux types différents, loin d'être condamnés à une stérilité absolue, soiil fréquemment doués de la faculté de produire des graines susceptibles de germer. Sur 38 à 40 hybrides d'espèces, qu'il a obtenus et qu'il décrit dans son mémoire, 9 seulement, 10 peutêtre se sont montrés entièrement stériles ; tous les autres, formant les trois quarts du nombre total, ont donné des graines qui ont parfaitement germé. Ces hybrides fertiles appartenaient aux genres Primula, Daturay Nicotiana, Pétunia, Linariay LuffUj Coccinia et Cucumis. >

Des faits nombreux observés par M. Naudin, il résulte que les hybrides féconds ont une tendance à revenir aux formes productrices, c'est-à-dire aux espèces types qui ont servi au croisement; en un mot, l'hybride fécond ne se reproduit pas indéfiniment, comme l'admet Linné, avec tous ses caractères essentiels. A chaque génération, l'hybride perd de son caractère distinctif, dételle sorte qu'à la troisième ou quatrième, il ne produit plus que l'un de ses deux parents. Ce fait, très-impor-

tant au poiat de vue horticole, puisqoMl détruit la tliéorie de b permanence et de la transmissibilité des formes de Thybride par voie de génération, se trouve confirmé par les hybrides animaux. En effet, les hybrides féconds du rt^gne animal, et trèsmes, puisqu'il n'existé jusqu'à ce jour que celui du lièvre et du lapin, obtenu par M. Roux, président de la société d'agriculture de la Charente^ présentent ce même phénomène du retour à l'un des types producteurs. Pour Thybride de M. Roux, qu'on appelle Léporidey il perd de son caractère hybride dès la première génération, et à la troisième, il ne produit plus que le lapin ; pour le conserver, il faut constamment recourir à son accoai^ement avec le lièvre.

Cette constatation du retour à Tun des types producteurs, fait perdre à Thybride végétal une grande partie de sa valeur, et en diminuera certainement le nombre. Car si les horticulteurs admettent tant d'hybrides, c'est parce que, jusqu'à ce jour, on a attribué, à ces plantes, la propriété de traniunettre indéfiniment leur forme ou leurs caractères distinciifs par voie de génération, ce qui leiu*donnait une grande supériorité sur les simples variétés quine se repooduisent pas par graines. Du moment où ces hybrides retournent à l'un de leurs parents, ils perdent cette supériorité, et n'ont pas plus d^mportance que ces mille formes éphémères qu'on obtient par la simple voie des semis.

Parmi les points à élucider, d'après le programme de l'Académie, il y avait celui-ci : La fécondité des hybrides est-elle en rapport avec les ressemblances extérieures des espèces qui les produisent? A cette question, M. Naudin répond : En général, oui; mais dans certains cas exceptionnels : Non. Ses expériences lui ont fourni des exemples d'espèces très- voisines qui se fé« coudent difficilement l'une Tautre, ou ne donnent que des hybrides stériles, tandis que des espèces très-différentes lui ont donné très-facilement des hybrides féconds .

Quant à la cause de la slérili té des hybrides inféconds, il a re-

omiiu qu'elle était due tentôt à ht défectuosité dupotten, Um^ UA à rifliperfecttûii de Tovute* Dans ie plumier cas^ <m peut rendre l*faybride fertile en le fiSoondant avec k prilen d'unée ses parents; dans le second cas, le vice de conformation de ToTule^t un obstacle insurmontable ; rien ne peat ramener la fertilité.

Sageret aTait déjà ùii connaitoe que, dans un hybride, les caractères des deux producteurs^ pouvaient n'éti*e pas fondus, mats seulement rapprochés, c'est*à«dire qu*un hybride provenant, par exi^Q^e, d'une espèce à fleurs rouges et d'une autre espèce à fleurs jaune clair, pouvait présenter ces deux couleurs non pas fondues pour produire du rouge orange ou du rouge brique, mais du rouge et du jaune séparés sur deâ fleurs distinctes; en un mot, qu'un hybride pouvait présenter sur lo même individu les deux espèces qui l'avaient produit. Nous possédons depuis longtemps, dans les collections, un exemple des plus remarquabtes de ces sortes dhybrides ; c'est le Cytisus Adami, hybride du C. IcAwnumk fleurs jaunes en grappes, et du C. purpureusj à fleurs solitaires» pourpres. On voit^ sur le . môme individu de ce €ytise, des grappes de fleurs jaunes comme celles du Cytisus laburnum, des fleurs solitaires pourpres comme celles du Cytisus purpureus, et enfin deâ grappes de fleurs rose vineux ou jaune pourpre, coloris qui est le résultat de la combinaison ou de la fusion des deux couleurs ded types producteuns.

M« Naudin, par ses nombreuses expériences, a pu conflrmer ce foit précédemment exposé par Sageret, et il explique ce phé« nomène de disjoncliany comme il le nomme, par la préseûce, dans l'hybride, des deux essences spécifiques, qui tendent à se séparer plup ou moins rapidement l'une de l'autre, et il voit même, dans cette disjonction, la véritable cause du retour dés hybrides fertiles aux types spécifiques d'où ils prôvieûnent»

L'auteur du mémoire couronné par l'Académie des sciéftces a

enoatre constaté, qae le pollen étranger à tineplante, pentexeroer une certaine influence sur raccroissepient de Tovairey mais qa'il est impuissant à faire naître un mbr yoir dans la graine i e*e5t--à^re que le pollen d*unû plante étrangère peut détermi-* n^on surcroît de vitalité sur un ovaire qui devient un fruit par* fait en apparence^ mais qui néanmoins ne renferme point de graines, ou ses graines, si elles sont développées^ ne contiennent pas d'embryon .

Ainsi, il résulte des expériences de M. Naudin, an point de vm purement horticole : T que les hybrides d'espèces peuvent être fertiles, mats qu'ils retournent par la voie de la génération ou des semis, aux types qui les ont produits, exactement comme les simples variétés; 2"* que des espèces très-voisines peuvent être fécondées l'une par Tautre et donner des produits féconds; que cependant des espèces congén^s fort analogues ou même presque semblaUes à Textériettr, comme les trois CiicuriHta ou Courge denos jardins, ne peuvent s'hybrider entre elles ; 3*" que le croisement est £.u contraire plus facile entre espèces très** distinctes et très- éloignées botaniquement Tune de l'autre ; V et enfin, que ta fécondation croisée ne peut, en général» avoir lieu mite deux espèces appartenant à deux bons genres delà même famille, etqii'eile est absolument impossible entee espèces ^ partenant à des familles très«diiérentcs.

11 n*y a donc rien à espérer de la fécondation de la oapooine tubéreuse et des oxalis, par la Pomme de terre; opération tentée, malgré mes observations, par un ^réné hybridateur.

En présenee des faits nombreux présentés par M. Naudin^ et qui sont le résoltat d'expéricMes nombreuses, faites avec ikne exactitodeet des soins les plus minutieux; malgré lesconoln*^ sions de M. Godron qui oppose, dans son mémoii^e présenté à l'Académie, quelques faits contradictoires, il est désormais impossiUe de nier Thybridité entre espèces, sans m montrer en^ nenû du progrès tcientifique. La p^csistanee dans ses vieilieb

doctrines, serait, en effet, la négation de ce progrès. Ce serait res teindre nne science que de supposer ses principes immuables; ce serait rédu^e le savant à l'état d^automate, qui chaque année répéterait les mômes choses, avec la même précision et dans un ordre aussi invariable que celui des lettres de Talphabet, Mais il n'en est pas ainsi, et les erreurs, chaque jour constatées dans la science, sont les meilleures preuves de sa mutabilité et de son progrès ; reconnaître ses erreurs scientifiques, c'est faire preuve d'amour et de dévouement à la science qu'on professe.

F- Hér)ncq.

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