VIGNES EN CORDONS OBLIQUES
Favorisés comme nous le sommes h Lyon, par le climat et le sol, il est fâcheux de voir la vîgneen espalier, abandonnée pour ainsi dire à elle-même; à part quelques jardins ou les cordons horizontaux reçoivent quelques soins, le reste est fort négligé. Cependant la vigne bien conduite en espalier donne toujours des produits satisfaisants , plus importants que ceux obtenus des arbres à fruits à pépins dans les mêmes conditions de culture et au moins égaux à ceux du pêcher. Je vais tâcher de donner un aperçu de ce qu'il est possible d'obtenir de la vigne comparativement au pêcher.
Un pêcher élevé sur un mur de trois mètres de hauteur et ayant neuf mètres d'envergure, donne annuellement cinq cents belles pêches, dont le prix moyen est de 20 centimes l'une, ce qui fait 100 francs. La vigne sur la même surface de mur, donne 125 kilogrammes de raisin; en admettant quMl faille huit grappes pour un kilogramme, à 80 centimes, cela fait également 100 francs. Mais on dira que les pêches se vendent facilement 30 centimes la pièce ; cela est vrai pour celles qui
sont précoces ou tardives. Il en est de même du raisin ; conservez-le jusqu'à la fin d'octobre et même plus tard, il y en a fort peu alors sur le marché, et vous le vendrez facilement l fr. 20 le kilogramme, ce qui donnera le même prix que pour * les pèches. Maintenant, si on considère le temps qu'il faut passer pour soigner convenablement un pécher, ainsi que les connaissances spéciales que Ton doit avoir de sa culture ou plutôt de sa formation et de son entretien, on verra qu'il est' assez difficile d'en tirer tout le produit qu'il peut donner. En outre, sa vie n'est jamais bien longue, étant en plein rapport à sept ou huit ans, et à 'peu près usé vers sa vingtième année. La vigne e)dgô moins de soins assidus que le pécher; le pincement est plus simple, plus facile à faire ;'le palissage se fait pour ainsi dire en une seule fois, et les autres opérations ne présentent rien de difficile. Elle n'est en plein rapport qu'à oeuf ou dix ans, mais elle peut vivre le double de temps du pécher. De plus, elle s'accommode de tous les terrains et peut, sous ce rapport, venir là où le pécher ne végéterait même pas. Nous avons, dans les environs de Lyon, des horticulteurs qui jouissent d'une grande réputation et qui ont fait, du pêcher, des modèles que pourraient envier les plus célèbres cultivateurs de Montreuil : entre leurs mains la vigne atteindrait certaiaeoient en peu de temps ton maximum de produit; mais elle n'a été Tobjet d'aucun soin particulier de la part de nos horticulteurs lyonnais, et pourtant elle peut nous donner d'excellents raisins pendant six mois et même plus, ainsi qu'un produit aussi rémunérateur que celui du pécher, avec une culture bien plus facile. A Thomery, où le raisin se vend deux à trois francs le kilogramme, la vigne est élevée en cordons horizontaux ; mais, à tort ou à raison^ les habiles cultivateurs de ce pays mettent un temps considérable à élever leurs treilles. Je n'ai rien à en dire, si ce n'est que je trouve leur marche trop lente et c'est en vue d'abrégeu un temps précieux, que je vais faire
connaître une nouvelle disposition., bien plus simple, et pouvant étrç établie plus i^apidement sans nuire ni au produit, ni a la longévité de la vigoe*
. Ayant élevé ^ TécoLe de la Saulsaie des arbrea fruitiers de différentes ui||nières^ j^ai remarqué que, quapd les branches charpentières sont obliques, la sève se . trouve mieux répartie sur toutes les branches fruitières; aussi» ai -je établi des vignes à cordons obliques, comme M. Dubreuil l'a fait pour le pécher. Celte forme est des plus simples et facile à disposer; en dix ans, au plus tard, un mur de trois ipètresdc hautevir peut être parfaitement garni. La vigne î\ la Thomery, avec ses cordon; horizontaux , présente quelques difficultés pour l'élever ; si les bras sont un peu longs, les coursoDS de l'extrémité sont trop vigoureux, tandis que ceux de la base restent affaiblis. La forme en palmette ou cordons verticaux beaucoup plus récente^ quoique facile à élever, présente aus^i d'autres diflicultés. Sur des mura de trois mètres et plus de hauteur, la sève se portç à l'extrémité des cordons et abandonne les coursons de la base; dans la forme obhque, on évite l'inconvénient des deux autres formes. Je ne suis pas l'inventeur de celte nouvelle disposition pour la vigne; M. Forney en a établi à Paris depuis dix ans et il préfère aussi ce système aux deux autres. Je dois dire ici que le meilleur raisin ;i cultiver eu e$palier est le Chasselas doré ou de Potitainebleau; le Chasselas rose ne lui cède rien en qualité, et le Frankental est un excellent et beau raisin noir.