INSTRUMENTS DE JARDINAGE DU XVP SIÈCLE
Les instruments figurés dans la planche XII , quoique ne portant le nom d'aucun fabricant, sont certainement du xvï* siècle. Seulement cette espèce de petite Serpe appartient au règne de Henri III^ tandis que les Gsailles et ce curieux Cueille-fruit sont plutôt de l'époque Henri H.
Ces instruments réunis par M. Lavallée, notre collaborateur, sont la preuve bien claire de l'état avancé de ThorticultuTe et cJQ goût qu'elle inspirait déjà à cette époque. Je ne parle pas de leur luxe, mais de leur forme, de leur commodité. Ferait-on beaucoup mieux aujourd^huiT
Les Cisailles j fig. 1 , sont légères, un peu courbées et ainsi plus maniables que celles d'aujourd^hui.
L'instrument, fig. 2, est difficile à définir : il tient du Cueille' (fuit et de VÉchenilloir^ mais il nous parait plutôt destiné à un usage analogue à celui du sécateur. Je m'abstiens d'en faire une dfiscription qui en dirait beaucoup moins que la figure elle* mime. Il jouait probablement le râle d'un sécateur qui serait porté au bout d'un long manche. Ce genre d'instrument n'est plus en usage aujourd'hui, mais on en fait d'à peu près semblables. Dans celui figuré il faut signaler la disposition trèssolide et la combinaison de deux lames de ressort pour donner plus de force au coup ; enfin^ la lame très-entière et par conséquent très-résistante.
La Serpe, fig. 3, est remarquable par sa petitesse. Elle était destinée à être continuellement portée, conune le prouve encore son étui. Cet instrument que l'on voit rarement aujourd'hui serait, surtout l'été, d'une grande utilité pour couper les rqets et les ramilles sur les troncs et au pied des arbres. Le sécateur et la serpette demandent trop de temps pour être employés, et Ton ne peut porter sans cesse notre serpe- ordinaire, qui, d'ailleurs, fait une besogne un peu grossière, puis n'a pas les 3 tranchants de celle que nous figurons.
Ces instruments, damasquinés en or avec le plus grand luxe, ciselés et gravés, constituent de vraies pièces artistiques et seraient recherchés de tous les collectionneurs de vieilles ferrures. Ce ne sont pas les instruments journaliers du jardinage, mais leur beauté^ inutile pour leur emploi, les a sauvés du temps et a su nous les conserver.
Au xvL* oiècle les ouvriers étaient divisés en corporstionti, et on n'était reçu patron qu'après une sorte d'examen. Il (allait faire ce que Ton appelait un ehef-d'csuvreoM pièce de maîtrise, et la confection ingénieuse et parfaite de cette pièce pouvait seule faire accorder le titre désiré. Il est an moins probable que les trois instruments de jardinage dont nous venons de parler étaient ainsi quelques pièces de maîtrise d'ouvri^s taillandiers*
Parmi ces maîtres taillandiers^ les noms de deux Ilalieus, établis à Paris fabricants d'oulils et d'instruments de la socle nous sont conservés. C'étaient de vrais artistes. L'un» Antonio Picdno^ sous Henri 11^ l'autre , Hiobellini Cavalièro^ sous Henri in. Ce dernier francisa son nom au milieu de sa carrière et mit sur ses œuvres Michel Chevalier.
Nous pourrons bientôt signaler encore un certain nombre d'instruments horticoles anciens , dont quelques-uns sont fort dignes d'intérêt. Les collections du Louvre et de Ciuny» et oeUes de quelques particuliers^ nous permettront de compléter les quelques renseignemeioits que nous donnons aiqourd'huL
Eug. DE Martragnt.
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