E. BONARD
Ptrift. -— Inp. de E. DomiAim, ne Cavetto, 9.
La BanîK» des roses; l« taille courie et la taiUe longue du Rosier; ua mot sur le Rosier Manelti; exploration du Japon par M. Sieboldt et M. Maximowict; ezpioratton de' la Chine par M. Eugène Simon; le Pin Napoléon.
Tout conspire contre les Roses : le del et les hommes. Après une longue sécheresse qui a entravé le développement des rameaux des Rosiers^ mais qui a favorisé la formation des houtons, le ciel a déversé sur nos tètes des pluies désastreuses qui ont flétri toutes les jeunes Roses au fur et à mesure qu elles ouvraient leur ravissante corolle ; la floraison n'a donc pas été ce qu'elle aurait dû être. Nous avons pu jouir cependant de Teffet vraiment magique d'un champ de Rosiers fleuris, en visitant, ces jours derniers, les helles cultures de MM. Eug^jie Verdier, Charles Verdier, Marest, Levèque, Hip. Jamain, et différents autres rosiéristes de Paris et de ses environs. Que ceux qui veulent jouir du même spectacle, se hâtent ; il en est temps encore.
En parcourant ces. magnifiques pépinières de Roses, nous avons regretté que notre Société d'horticulture ne consacre pas une exposition spéciale à cette charmante fleur. Il semblerait qu^elle n'existe pas. Depuis plusieurs années, on ne lait rien pour elle. CNi les expositions sont trop tôt ou trop tard pour que la Rose se montre dans toute sa splendeur, ou bien les récompenses qu^on lui destine sont d'une si mince valeur, que le zèle des cultivateurs se trouve anéanti. La Rose n'a cependant pas perdu son prestige aux yeux des gens de goût ; . pourquoi ne pas encourager sa culture? On nous assure que la Société de Paris va adopter une nouvelle marche pour les expositions. Elle ferait trois expositions par an^ pour les spéciahtés, et tous les deux ans une de ces expositions deviendrait une
grande exposition générale. Nous faisons des yœm \^ui que ce projet se réalise (1 ).
Puisque nous tenons la Rose, vidons la question • Un honorable amatei^, M. toimain^Cogailte a appelé d^nikemeat Fattaition de ses eellègues sur la mutilation du Rosier par la taille courte. Dans une note publiée au Bulletin de la SociéU impériale d'horticulture de France, il démontre les mauvais effets de cette méthode,. «Qui ne souffre, dit-il, en parcourant le jardin des Tuileries, à la vue de pauvres Rosiers avec leur tête surmontée de trois pitons qui produiront une demi-douzaine de Roses tout au plus » ; et il précouise la taille longue en usage chez les Anglais. « Nous laisserons-nous vaincre par les Anglais dansLune question de goût, contiuue-t-il ;•.. rhorticultuçe française va-t-elle se laisser ravir la palme par nos voisins d'outre manche dans le traiter du Rosier, le plus beau fleuron de notre couroqne horticole, etc.^ etc^?
Cette note a .amené naturellement une réplique de la part de M. Eugène Yerdier. « La taille longue, a-t il répondu à une des dernières séances de la Société d'horticulture, n'est pas d'origine anglaise. Mon père, dont le nom restera attaché à l'histoire du Rosier, l'a toujours pratiquée et recommandée ; je l'ai imité dans sa pratique et ses recommandations ; les vrais cultivateiu^s suivent son exemple. Mais comme il y a beaucoup plus d'amateurs que de connaisseurs, la plupart des persoimes qui prennent amusement à cultiver les Rosiers, trouvent plus simple de rogner tous les rameaux indistinctement, que de raisonner leur taille, comme font les arboriculteurs intelligents. Xous n'avons donc rienà emprunter aux Anglais pour la taille
i*»^*»*^'*—^''^ ■» •^mmf-m^m^m^mmt^m—mi^^^t—m'.mym'mmmt^'^-mm^mmma*!^'^^^!^^^
(4) au txiûJBaab où aouâ mêlions sous presae, nou» rccevoiia avis qu'uae expo* eUio« de roses (fleurs coupées) aura lieu le dimanche 1 2 de ce mois, à Fontenayaux-tlo6es. Les horticulteurs et amateurs sont invités à y prendre part; des médailles d^honneur seront décernées aux plus belles collections.
àes Rosiers, et le plus beau fleuron de notre couronne horticole est encore intact^ ete« ^
C'est en effet une pratique trè»- vicieuse que de tailler court, ou pour dire plus vrai, que de tondre cimrt les Rosiers ; car je ne puisappeier taUleff la manière dont le plus grand nombre de jardiniers raccourcissent tous les rameaux de cet arbuste ; ils ont plutôt l'air de tondre une haie d*épines, que de tailler le plus beau de tous les végétanx.
Enfin il parait que le Rosier Manetti ne tient rien de ce qu'il {«omettait. Un de nos correspondants, homme habile et trèsexpert dans la culture duRosier, nous a signalé plusieurs défauts ^ai le feront très-rapidement abandonner^ comme sujet pour lequel il a été vanté. Le plus grand de ses défauts, est de produire, du pied, dé nombreux drageons qui affaiblissent la greffe et compromettent sa durée. Ce défaut» à lui seul, prononce la Gondamnation de ce Rosier. Il faut donc nous remettre en quête d'un nouTeaa sujet, puisque l'Églantier menace de n'en phis produire.
Le Japon qui, dans ces derniers tenlps, nous a fourni de si Mks plantes à feuillage dit panaché, recèle peut-être le précieux sujet que nous cherchons; car c'est une mine végétale inépuisable que le Japon, et nous lui devons déjà une charmante rose le Basa rugosa; un Rosier qui présenterait tous les avantages attribuas au Manetti, serait une bonne découverte, c( vaudrait bien toutes les panachures du monde. Mais^ quoique nous disions, l'hwticiilture européenne est heureuse d'avoir pu puiser à cette source pour alimenter nos jardins de plantes nouvelles. C'était une réserve que nous ménageait le gouvernenient japonais. MM. Fortune et Veitch sont les premiers voyageurs européens qui ont pu y puiser ; et chacun connaît les vi\vissantes plaides qu'ils ont rapportées en Europe. M. SieboM qui avait précédé les deux voyageurs anglais, est de retour dans sa patrie d'une nouvelle exploration au Japon, mais il
parait n'avoir trouvé que du feuillage. Enfin un russe, M. Maximowicz, après avoir fructueusement exploré botaniquement le bassin du fleuve Amur^ s'est introduit au Japon où il glane en ce moment ce que ses devanciers ont pu oublier. Il annonce un envoi de graines de deux cents espèces, panni lesquelles se trouvent beaucoup de Conifères, tels que le Thuiopsisdolahrata et deux espèces nouvelles de ce genre ; VAbies firma dont les jeunes individus ont été décrits sous le nom de Abies hipda^ et les vieux pieds malades sous celui de Abies homolepis; puis les Abies polita^ Tsuga Veitchianay Alcokiana; Lariço leptolepiSf etc.
Bien que le gouvernement du Japon se soit adouci k l'endroit des étrangers, qui autrefois ne pouvaient pénétrer sur le sol japonais, M. Maximowicz n'a pas pu obtenir la permission d'explorer lui-même le mont Judziyama. Il a dû envoyer son domestique qui lui a rapporté, après quatre mois de voyage, des échantillons secs et des graines d'uu Rosier à gros fruits épineux jaune soufre, — peut-être celui qui doit supplanter l'Églantier, -T des RvAus aucupariœfoliiiSy ZanthoœyUm ailatiioides, Stuartia monadelpha , Rhododendrum Mettemichii^ molle et deux espèces nouvelles, Sorbus gracilis, et ime foule de plantes de la Mandschourie ; ce qui fait présager que tous ces végétaux .pourront supporter le climat de la France.
La Chine, cette autre partie de l'Asie qui a été fort longtemps fermée aux voyageurs européens, et de laquelle M. Fortune a introduit en Europe de si magnifiques plantes ornementales, entre autres, une belle collection de Pivoines, est explorée actuellement par un jeune naturaliste français, M. Eugène Simon qui, jusqu'à ce jour, n'a pas enrichi beaucoup la Floriculture. U semble, en effet, s'attacher surtout aux végétaux utiles. C'est ainsi qu'il a envoyé des graines d'arbre à cire, de Mûrier à papier, cultivé depuis longtemps en France. La dernière communication qu'il a faite à la Société d'acchmatation, est relative à un Pin nommé par les Chinois Pei-go-song. Cet arbre qu'il se-
f[:1<Jr^'//;^'/^i4'//,u.J /■/■/w/////^r ff„„tijiù-.
rait désirable d'introduire dans nos parcs, dit-il, perd^ chaque année, sa vieille écorce comme le Platane. Il est regardé, en Chine comme un arbre quasi sacré, et pour lequel on a une sorte de respect. Il en a vu un, auquel on attribue deux mille ans, qui a 1 mètre 65 de diamètre et environ 30 à 35 mètres de hauteur. Les Chinois pulvérisent son écorce, et, en mélangeant cette poussière avec de l'huile, ils en font un onguent qui est excellent dans les maladies de peau. M. Eugène Simon, fait e^rer 100 kilogrammes de graines et deux sujets vivants pour lequel on lui demande 30 francs pièce^ mais qu'il espère obtenir pour 15 francs. Dans le cas où cet arbre serait nouveau, M. Simon propose de lui donner le nom de Pin Napoléon a du règne de qui il pourrait ètreTemblème, dit-il, parce qu'il est à lafois fort^ éckUant et bienfaisant. » Mais il est fort à craindre que le Pei-go-song qui, au dire même de ce voyageur, n'est pas originaire de la Chine, et qui doit venir du Thibet, ne soit autre chose que le Pinus Bungeana ; la description qu'il en donne se rapporte assez bien à cette espèce. S'il en était ainsi, l'exploration àe notre compatriote, continuerait de n'être pas très-fractneuse pour l'horticulture. Il aura du moins, pour consolation, d'avoir fait preuve de bonne volonté ; c'est tout ce que peut espérer un homme peu versé dans ta science des végétaux.
F. Hérincq.
BERBERIDOPSIS CAROLUNA, Hooker, (Pl. xiu.)
L'arbuste, aussi intéressant que joli qui portQ ce nom, est un type précieux pour le botaniste qui voit en lui le trait d'union de deux familles : les Berbéridées et Lardizabalées ; il est une heureuse et magnifique acquisition pour Thorticulteur, en ce qu'il ajoute aux arbustes de pleine terre, une espèce hors ^gne, peut-être la plus belle de toutes celles introduites dans
ces denûères années. On pevt s'en fidre une idée presque exacte, en se ûgoraninn Bégonia fuchsiùides grandi dans toutes ses parties, et surtout dans son feuillage. Tel est, m effet, l'aspect de ce charmant Berberidopsis.
Il a été découvert par M. Pearce dans les forêts de Valdivia, au Chili, oii, chose extraordinaire, ilavait échappé^ jusque-là, à toutes les recherches des botanistes et collecteurs.
G^est un arbuste glabre, toujours vert, à branches longues, grimpantes ou rampantes ; les feuilles sont alternes, pétiolées, simples, oblongues ou ovales^oblongues, échancrées en cœur à la base, terminées en pointe aiguë, bordées de fines dents piquantes^épineuses. Les fleurs sont d'un rouge foncé magnifique, disposées en grappes, et pendantes à Textrémité de pédicelles fort longs , grêles, de cette même couleur rouge des fleurs.
C'est vraiment une superbe plante que tous les jardins posséderont un jour ; elle a été mise au commerce par M. Weitch, horticulteur anglais.