MOYENS
POUR REGARNIR^ SUR LA CHARPENTE d'uN ARBRE, UNE BRANCHE FRUmÈRE OU POUR REMPLACER UNE BRANCHE MANQUANTE.
Autrefois il suffisait, pour regariôr, sur la charpente du Pécher, une partie dénudée de rameaux à fruits, de coucher sur cette charpente le rameau inférieur, sur lequel on faisait développer des bourgeons qui comblaient cette lacune.
Plus tard, ce moyen a été remplacé par une greffe en placage, à l'aide d'un bourgeon Ugneux, que Ton couchait sur la charpente et que Ton introduisait dans une incision pratiquée sur la partie dénudée.
Il a été reconnu, que le premier moyen occasionnait une ir* régularité parmi les branches fruitières^ par suite du grand développement que prenait le Jx>urgeon. Le second moyen, sans être aussi préjudiciable à la régularité des branches à fruits^ produit cependant quelques désordres, par suite du fort empattement qu'il prend, et que j'évite, en pratiquant mes
greffes d'une autre manière qui peut très-bien s*appliquer, non- seulement aux Pêchers, mais aussi à tous les arbres finii* tiers en général.
Je prends un des bourgeons passés de l'état herbacé à Tétat ligneux, de manière qu'il ne se rompe pas entre mes doigts ou sous la ligature ; je le couche dans Tincision pratiquée sur la partie dénudée de la charpente^ et, au lieu de le laisser dans toute sa longueur, je le rogne sur un œil bien choisi, sans le détacher du bourgeon, et pouvant arriver sur l'incision; je diminue son épaisseur en ne laissant à l'œil que son épiderme et un peu d'aubier, pour le maintenir au bourgeon qui doit l'alimenter jusqu'à parfaite reprise, de sorte qu'il représente un œil que l'on emploie pour la greffe en écusson à œil dormant; cette opération terminée, on ne doit apercevoir que l'œil combiné sur les deux lèvres de l'incision. Alors, on l'attache seulement par le bas, au bourgeon^ ensuite on fait la ligature.
Aussitôt que cet œil est en végétation, on le sèvre dé son bourgeon nourricier. Cette opération peut se pratiquer pendant tout le cours de la végétation. Lorsque le sevrage sera fait, on devra retirer la ligature, et, si l'opération a été bien faite, cet ceil ne doit former sur la charpente aucun empattement ni gonflement, et cette partie de l'arbre ne doit pas être plus forte qu'ailleurs.
Ce moyen est infaillible, et il est très-rare de ne pas réussir dans toutes ses opérations.
Croux, pépiniériste^
Vallée d'Aaloay, k Seeaox.
OBSERVATIONS SUR LE CUPRESSUS DISTICEA NWBA.
Panni les nombreux végétaux dont l'Amérique du Nord a peuplé nos bois, nos parcs et nos jardins, il en est un remarquable, entre tous, par sa beauté et son utilité ; c'est le Cyprès distique. Sa végétation est active, sa taille colossale , son port majestueux ; son feuillage léger et gracieux lui donne Tapparence d'un immense Mimosa ; il le perd, à la vérité, tous les ans, mais il le conserve fort tard et ne s* en dépouille qu'après avoir subi l'atteinte d'une forte gelée. Son bois, de bonne qualité, le ' rend propre à tous les genres de services ; il est incorruptible à l'air et dans l'eau.
Les conditions climatériques de son pays natal et la spontanéité de sa croissance, sur les terrains les plus inondés et les tourbes les plus profondes, indiquent que la chaleur ne lui est pas moins nécessaire, qu'une grande humidité, pour atteindre ses dimensions naturelles. Les excroissances ligneuses qui naissent de ses racines, et que l'on a appelées bornes^ excitent la surprise par le caractère insolite de cette production . Cependant, ce phénomène, dû à l'attendrissement de Técorce et à l'action d'une humidité prolongée, ne lui est pas exclusivement propre ; on l'observe dans plusieurs autres arbres soumis aux mêmes conditions de végétation, comme le Gordonia lasiari' thus, et le Nyssa uniflora, etc.
Gomment se fait-il qu'un arbre doué d^autant de qualités soit si peu répandu? C'est que les possesseurs de terrains marécageux qui lui conviennent, ne le connaissent même pas de nom et se contentent du Saule, du Peuplier et de l'Aune qui sont loin de le valoir. Quant aux amateurs qui le possèdent et l'apprécient, c'est dans les parcs et le voisinage immédiat de l'habitation qu'ils le plantent, lorsque la nature du terrain le leur permet, ce qui est assez rare; aussi ce magnifique végétal, que l'on ne
saorait trop multiplier, ne se reneontre*t-il que par excep* tiou.
Cependant, il existe une variété précieuse qui, faute d'avoir été annoncée et décrite, est demeurée complètement ignorée; jene Tai rencontrée nulle part. Le bois en est plus brun, plus chargé de résine, plus pesant et d'une qualité supérieure. Mais ce qui lui donne une valeur incontestable et toute particulière, c'est sa faculté de croître loin des eaux et de convenir alors à plus de localités .
J'en possède im pied, qui croit avec vigueur, et dont l'aspect général permet à première vuede le distinguer; il a l'écorceplus brune, le feuillage d'un vert plus foncé, les rameaux plus diffus.
C'est le chevalier Soûlante Bodin, l'infatigable promoteur delà culture des arbres exotiques, qui le premier, jecrois, frappé des nombreux avantages que présente cette variété intéressante, en fit, en 1833, un semis dans ses jardins de Fromont et le désigna sous le nom de Cupressus disticha nigra. En a-t-il été planté beaucoup? J'en doute fort, car on n'en voit nulle part.
Les choses les plus utiles sont délaissées et vouées à l'oubli le plus regrettable, pour n'avoir pas été plus connues et appréciées à leur juste valeur.